Le Corset : étude physiologique et pratique/04

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IV

INDICATIONS


Le corset abdominal ne violant aucune des lois de la physiologie est applicable dans tous les cas normaux, c’est-à-dire à toutes les femmes bien portantes ; il constitue, à mon sens, la manière normale de se vêtir et de se maintenir sans porter atteinte à aucune de nos fonctions.

Il peut être porté à tout âge, parce qu’il n’est pas construit d’après un type unique déterminé à l’avance, qu’il ne doit point modeler le corps à sa forme, mais bien au contraire épouser la forme de celui-ci, en suivant les variations apportées par la conformation du sujet. Ce n’est pas un appareil spécial que je préconise, mais bien plutôt une indication précise devant servir de règle pour la construction d’un appareil et, pourvu que l’indication donnée soit suivie, peu importe le procédé employé pour atteindre le résultat cherché.

Chez l’enfant, par exemple, on conviendra que pour laisser toute latitude au développement du squelette, au fonctionnement des viscères thoraciques et abdominaux et pour prévenir les attitudes vicieuses du tronc, il y a intérêt à dégager la partie supérieure du corps de tout vêtement rigide à forme déterminée, quelle que soit cette forme. L’enfant se développera d’autant plus facilement que son action musculaire sera plus énergique, ses mouvements plus fréquents et plus variés. Il faut donc, pour favoriser la variété et l’amplitude des mouvements, débarrasser le haut du thorax de toute entrave.

Fig. 15.
Enfant de 9 ans.
Fig. 16. — La même avec la brassière ordinaire.

Il ne semble pas que cette opinion ait prévalu jusqu’à ce jour, et bien des fillettes se tenant mal, ayant les omoplates saillantes, le buste incurvé, manquant en un mot d’énergie et de force, sont munies de corsets dits de maintien. Ces corsets emboîtant la région dorsale tout entière sont complétés par des bretelles qui entourent l’articulation scapulo-humérale dans le dessein de l’attirer en arrière.

En avant, ils sont formés d’une surface plane placée sur le haut du thorax. L’ensemble du système tend à immobiliser le buste pour le redresser. Le moyen me semble illogique au moins dans tous les cas où il n’existe point de lésions anatomiques. J’estime en principe qu’il est de beaucoup préférable de favoriser la liberté complète des mouvements, c’est ce qu’on cherche d’ailleurs par la pratique des exercices de gymnastique ; mais je démontrerai qu’on peut y aider, d’une façon beaucoup plus efficace parce qu’elle est constante, par l’emploi d’un corset bien appliqué.

Fig. 17. — La même avec le corset Gâches-Sarraute.
L’enfant se tient mal parce que ses épaules sont lourdes à porter, parce que l’effort qu’il doit faire pour se redresser le fatigue ; ses muscles n’ont pas l’énergie nécessaire pour le maintenir ; sa nutrition suffit à peine à son développement, et il se laisse tomber en avant. Ce corset de maintien qui embrasse son dos et ses épaules l’empêche de se redresser et ne fait qu’augmenter le poids dont il est chargé. Les bretelles tirent l’articulation en arrière, mais la colonne vertébrale ne se redresse pas sous leur effort, elle prend une position spéciale, absolument anormale, et qui persiste même après l’enlèvement de l’appareil. En un mot, le corset dépassant une certaine hauteur, surtout lorsqu’il est muni de bretelles, ne soutient pas la colonne vertébrale, il pèse sur elle ; et si les attitudes vicieuses sont plus fréquentes chez les fillettes que chez les garçons, c’est à ce dispositif mal entendu qu’il faut l’attribuer.
Fig. 18. — Fillette de 12 ans avec une brassière.

Le seul moyen propre à favoriser le redressement et le maintien du buste chez l’enfant comme chez la femme, j’en suis convaincue par l’expérience, consiste à fournir un appui seulement aux vertèbres lombaires. Sous l’influence de cet appui même très léger, combiné avec une pression s’appliquant très bas, en avant, le haut du corps se redresse immédiatement, le thorax bombe, les épaules s’effacent ; l’enfant se trouve allégé de tout le poids de son buste. J’ai eu maintes fois l’occasion de réaliser cette expérience sur des fillettes se présentant dans les conditions décrites, je faisais couper les bretelles et descendre le corset vers le bassin ; aussitôt, la nature reprenant ses droits, le buste se plaçait dans l’extension. C’est ainsi que j’ai pu réunir un certain nombre d’observations dans lesquelles le corset abdominal a certainement favorisé le développement général des enfants et corrigé très rapidement leurs mauvaises attitudes (fig. 15 à 19).

J’ai voulu mettre ces résultats en évidence à l’aide de données précises. Sur des sujets successivement revêtus du corset thoracique, puis du corset abdominal, j’ai pris des mensurations, en avant, de la base du sternum jusqu’à terre et, en arrière, de la 7e vertèbre cervicale jusqu’à terre, et toujours, dans le second cas, je constatai une augmentation de 4 centimètres au moins à la région antérieure du corps. C’est-à-dire que si, avec leur corset thoracique ou leur corset de maintien, les jeunes sujets mesuraient, par exemple, 1 m. 54 en avant et 1 m. 58 en arrière, en faisant descendre l’appareil sur le bassin, en dégageant les épaules et laçage thoracique, la différence se présentait en sens inverse, je trouvais 1 m. 58 en ayant et 1 m. 54 en arrière. Ces chiffres sont pris au hasard, mais les différences constatées atteignent les proportions indiquées (fig. 15 à 19).
Fig. 19. — La même avec le corset Gâches-Sarraute.

Dans le sens horizontal, les mensurations donnent des indications concordantes : sous l’influence du dégagement complet du buste, les dimensions de la région thoracique antérieure augmentent aux dépens de la région dorsale qui s’efface. Si l’on prend le creux axillaire comme point de repère on trouve, avec le corset abdominal, un élargissement de la région antérieure qui varie de 6 à 10 centimètres ; la région postérieure est, au contraire, rétrécie dans les proportions respectives de 3 à 7 centimètres ; mais toujours la circonférence totale du buste à ce niveau est nettement augmentée. Du reste, le fait peut aisément se vérifier sans l’aide de mensurations, il suffit de faire tout simplement endosser aux enfants leurs anciens corsages : la taille se trouve trop courte en avant et il est impossible de les boutonner, faute de largeur.

Il est donc certain que le corset bien fait, placé au-dessous de la ligne de flexion ou d’extension générale du corps, favorise l’amplitude des mouvements et permet aux fillettes de se développer aussi vigoureusement que les garçons de même âge.

Les indications que je viens de présenter au sujet des fillettes se retrouvent dans le même ordre chez les femmes normalement constituées. Chez elles aussi le redressement et le développement du buste s’effectuent par le même procédé, mais le corset tel que je l’entends fournit en outre aux organes abdominaux un soutien qui est toujours nécessaire.

Il reste maintenant à examiner les cas pathologiques pour distinguer ceux qui pourront être avantageusement traités par l’application de notre appareil.

D’après toutes les remarques que nous avons faites au sujet de l’action exercée par ce corset sur les organes abdominaux, on conclura qu’il est indiqué dans tous les cas de ptose. En soutenant le ventre de bas en haut par sa partie inférieure, depuis le pubis sur lequel il prend son point d’appui en avant, jusqu’au-dessus de la taille, il porte et maintient vers le haut tout le contenu abdominal ; son effort se transmet directement, par une répercussion facile à interpréter, jusqu’aux organes supérieurs. C’est ainsi que la masse intestinale servira de coussin à l’estomac et aux viscères qui l’entourent, comme je l’ai déjà signalé. Cet effet se produit en général tout simplement, sans difficultés, et les malades se trouvent dès l’instant soulagées sans le secours d’autres artifices.

Ce procédé est beaucoup plus logique que ceux employés jusqu’à ce jour, plus simple que la ceinture hypogastrique munie ou non de pelotes et complétée presque toujours par un corset thoracique ; car, d’une part, les pelotes ne conservent pas toujours leurs rapports avec les organes déplacés et par conséquent ne remplissent pas leur rôle ; d’autre part, le corset thoracique, en serrant la taille, refoule vers le bas les organes que la ceinture a pour but de remonter. Ces deux appareils agissant chacun de son côté dans une direction opposée entraînent les viscères en avant dans une situation tout autre que celle qui leur est assignée par la nature, et par conséquent défavorable.

Le corset abdominal réunissant la ceinture et le corset permet d’éviter la constriction de la cavité viscérale sur la région antérieure et les organes sont portés directement à partir du pubis dans leur position normale.


Abaissement du rein. — On comprend sans peine que, dans les cas d’ectopie, le rein se trouve particulièrement soutenu par cet appareil qui doit alors être très serré par le bas ; la masse intestinale lui fournit un appui permanent, le repousse dans sa loge et l’y maintient à demeure malgré la variété des mouvements que la malade peut exécuter. De plus, le corset en remontant et serrant les organes les immobilise, et l’immobilisation tout indiquée dans cette affection est à ce point appréciée par les malades que celles-ci déclarent ne plus souffrir aussi longtemps que cette immobilisation persiste.


Dilatation de l’estomac. — L’estomac, chez la femme qui porte un corset et se serre la taille, est toujours déformé, délogé de sa position et descendu vers l’abdomen ; le déplacement et la distension peuvent être plus ou moins considérables, mais ils existent généralement ; les personnes dont l’estomac est normal sont des exceptions.

Évidemment les formes ajustées du costume féminin ne laissent pas deviner qu’il peut exister en avant, au-dessus de la taille, un organe volumineux dont les dimensions varient plusieurs fois par jour, précisément à l’endroit qu’on étrangle et qu’on façonne de manière à le rendre le plus mince possible. Tel est cependant l’effet de tous les corsets, c’est en cela que consiste leur principal défaut, car il n’est pas permis de supposer que l’estomac sur lequel on appuie et auquel on assigne un espace fixe, restera à sa place après qu’il aura reçu le bol alimentaire, et pourra exécuter les mouvements propres à mettre chaque parcelle des aliments en contact avec le suc gastrique. Si la place qui lui appartient avait toujours été réservée, si l’on était habitué à voir l’estomac bomber à l’épigastre chez la femme comme chez l’homme, on ne serait pas surpris et choqué par la saillie que détermine l’application du corset abdominal, saillie d’autant plus considérable au début que l’estomac est plus distendu.

L’un des buts atteints par le corset abdominal consiste précisément à reporter l’estomac vers l’épigastre et à lui laisser une place libre suffisante pour se développer à l’aise après le repas, extérieurement pour ainsi dire, grâce à l’élasticité des téguments, et non aux dépens de la cavité abdominale en refoulant les autres organes. Le résultat est obtenu d’une manière absolue à la condition de réserver entre le bord supérieur du corset et le sternum un espace de plusieurs centimètres ; j’ai insisté plus d’une fois déjà sur cette condition indispensable, et je dois dire que j’ai eu à lutter sur ce point même avec les médecins. Car en me demandant de soutenir les seins avec le corset abdominal qui tient lieu de ceinture hypogastrique, ils ne se rendaient pas exactement compte de ce fait que les seins se trouvent sur le thorax bien au-dessus de l’épigastre et qu’en les atteignant avec le corset qui est, nous l’avons vu, toujours rigide, ils assignaient une place fixe à l’estomac et immobilisaient la région. Or j’ai toujours résisté à cette suggestion, et l’expérience m’a prouvé que j’avais raison.
Fig. 20. — Estomac relevé dans un cas de ptose.

Le corset abdominal a donc pour effet direct de soulever l’estomac et de supprimer la distension qui affecte la grande courbure ; nous sommes en droit de conclure que son application est indiquée dans tous les cas de ptose et de dilatation stomacale dont il amène mécaniquement la disparition en un temps relativement court. Il est bien entendu que s’il existe des lésions anatomiques ou organiques, l’action du corset est tout à fait inutile.


Constipation. — La pression exercée de bas en haut sur la paroi abdominale se transmet, avons-nous dit, aux organes sous-jacents. Le premier effet de cette action toute mécanique est de restituer la tonicité des fibres musculaires de l’intestin et, conséquence naturelle, d’en faciliter les contractions. La circulation intestinale semble par là même accélérée. L’effet s’étend à toute la longueur du tube digestif contenu dans l’abdomen, à la condition toutefois qu’on n’interpose pas sur un point quelconque de la paroi un élément de constriction circulaire qui viendrait diminuer en ce point le calibre de l’intestin et entraver la marche des matières en digestion. Nous avons longuement exposé que la partie antérieure de notre corset est précisément disposée en surface plane dans le but bien déterminé d’empêcher qu’un lien puisse déprimer circulairement la paroi.
Fig. 21.
Femme obèse, nue.

En outre, et ceci est une conséquence psychologique intéressante à signaler ; le seul fait de placer un vêtement serré sur la région du bassin oblige les femmes à penser à leur ventre. Comme elles se sentent d’autant plus à l’aise et que le corset tient d’autant mieux en place que le ventre est plus libre, et que, d’autre part, leur tournure est plus élégante dans ce dernier cas, elles s’habituent à se donner la peine d’aller à la garde-robe tous les jours. Toujours est-il, qu’en raison de ces causes multiples, on voit disparaître la constipation, cette affection si rebelle chez la femme et qui résiste le plus souvent à toute médication.

En somme, le tube digestif tout entier bénéficie de ce procédé de contention qui consiste, je le répète, à porter de bas en haut, uniformément et régulièrement sans interruption, tous les organes situés dans l’abdomen, et on peut affirmer que la fonction de digestion retrouve ainsi ses conditions normales, malgré la vie sédentaire qu’on mène dans les villes, malgré le costume et malgré toutes les mauvaises conditions que nous impose la civilisation.
Fig. 22. — La même avec le corset Gâches-Sarraute.


Utérus. — Au risque de me répéter, je ne puis cependant passer sous silence le rôle que joue le corset vis-à-vis des organes génito-urinaires, rôle qui se déduit logiquement du mode d’action de l’appareil. En débarrassant le bas-ventre du poids de toute la masse intestinale, il amène la libération de l’utérus à sa partie supérieure ; le plancher du bassin ne supportant plus à lui seul la pression des viscères abdominaux qui pesaient sur lui, tous les organes de l’excavation se trouvent dégagés. Il est d’observation courante de voir diminuer sous cette influence les douleurs inhérentes aux déviations utérines et surtout à l’antéversion, douleurs qui se manifestent avec plus d’acuité au moment des règles. C’est au redressement de l’utérus qu’il faut attribuer cette amélioration.

J’ai également constaté que l’action n’est pas moins favorable sur les prolapsus utérins lorsque les ligaments, simplement relâchés, sont encore susceptibles de recouvrer leur vitalité.


Inflammation des annexes de l’utérus. — Le corset abdominal, ai-je dit, doit être employé chez tous les sujets normaux, chez l’enfant comme chez l’adulte. À ce point de vue il peut être classé comme un vêtement hygiénique utile à toutes les femmes. Il est également utile et peut être considéré comme le meilleur traitement des affections que j’ai signalées. Mais il est des cas où il doit être appliqué d’une façon tout à fait spéciale sous peine de n’être pas supporté. C’est lorsqu’il existe des états inflammatoires aigus des annexes de l’utérus. Ces affections rendent la région du bas-ventre très douloureuse, et pour arriver à alléger le petit bassin du poids de l’intestin qui favorise la congestion des organes génitaux, il faut agir avec prudence : soutenir le ventre très légèrement d’abord, puis progressivement à mesure que les douleurs diminuent, jusqu’à ce que la tolérance soit complète. Ce procédé exige, bien entendu, qu’aucun lien, ni aucune constriction ne soient placés au-dessus de la région que nous maintenons jusqu’à ce que les douleurs aient entièrement disparu. Il serait même à désirer que la malade voulût bien ne s’habiller qu’avec des robes retenues seulement sur les épaules sans aucune ceinture, et cela est très difficile à obtenir. Lorsque les annexites sont chroniques, le corset est en général bien supporté, cependant à certains moments on est forcé de le supprimer comme on doit supprimer toute espèce de vêtement serrant le ventre.

Tumeurs. — Les ovaires kystiques déterminent également des douleurs très violentes, et surtout sont très sensibles à la pression : dans deux cas de ce genre le corset n’a absolument pas été supporté.
Fig. 23. — Grosse tumeur fibreuse de l’utérus.
Corset Gâches-Sarraute.

Par contre les tumeurs fibreuses subissent très bien l’enveloppement de l’abdomen, et sous l’influence de l’ascension des viscères abdominaux, elles semblent se décongestionner et diminuer de volume.


Hernies. — Après avoir passé en revue les différents désordres viscéraux et recherché les moyens de les éviter, il me reste à parler de la paroi qui enveloppe les viscères et qui participe fatalement aux déformations de ceux-ci.

La paroi abdominale, dont la résistance est en quelque sorte limitée, perd ses qualités, sa puissance de réaction, lorsque sa surface se trouve augmentée d’une façon continue par la réplétion exagérée de l’abdomen ou par des grossesses successives (fig. 24 et 25). On comprend qu’il soit utile de la consolider par l’adjonction d’un appareil qui la double sur toute son étendue et qui lui permet, en l’aidant à porter et à maintenir la masse abdominale, de recouvrer ou de conserver ses dimensions normales. À plus forte raison, cet appui lui sera-t-il nécessaire si la couche profonde, c’est-à-dire les muscles ou les aponévroses, présente des solutions de continuité livrant passage à une portion du contenu abdominal, comme c’est le cas dans les hernies et les éventrations, par exemple.
Fig. 24. — Grosse femme.
(Hernie ombilicale.)
Mais ici il convient de faire certaines réserves, et de distinguer les cas susceptibles d’être améliorés par le port de mon appareil seul, des cas dans lesquels un appareil tout à fait spécial s’impose inévitablement. Sans m’occuper des causes variées qui peuvent produire les hernies, je rappellerai cependant que celles-ci affectent souvent des régions de l’abdomen difficilement accessibles et que certaines d’entre elles, en raison de leur siège et de la nature du tissu qui circonscrit l’orifice herniaire nécessitent un traitement spécial pour lequel le corset abdominal serait insuffisant : telles sont les hernies inguinales et crurales. Situées en dehors de la surface saillante de l’abdomen, elles sont, par cela même, hors de la portée d’un appareil qui emboîte la paroi. Leur siège et la nature des tissus intéressés nécessitent une oblitération locale, étroitement circonscrite, que mon appareil est impuissant à produire. Aussi n’est-ce pas à la cure de ces deux ordres d’accidents que je fais allusion lorsque je range les hernies parmi les indications du corset abdominal, mais uniquement aux hernies ombilicales et aux éventrations. Ici notre appareil est tout à fait indiqué ; connaissant son mode d’action, nous sommes assurée que s’il n’en amène pas nécessairement la cure, en déplaçant le niveau de l’orifice herniaire, il fermera le passage à l’anse intestinale. On sait que les hernies ombilicales surviennent le plus souvent à la suite de la distension exagérée de l’abdomen, distension qui, ayant augmenté outre mesure l’étendue de la paroi entre l’ombilic et le pubis, tiraille et élargit l’anneau ombilical.
Fig. 25. — Femme brésilienne ayant eu 12 enfants.

La peau de la région hypogastrique atteint parfois des proportions excessives (fig. 25) : Cependant les muscles et les aponévroses ne participent pas toujours au relâchement ; cela se présente ainsi lorsque la paroi a subi une pression extérieure s’exerçant de haut en bas, par exemple. Si les muscles opposent une énergie suffisante et résistent, la peau continuellement poussée vers le bas se détache de la couche musculaire, glisse sur elle et en arrive à former un repli au-dessous du ventre. L’intégrité du muscle étant au moins partiellement conservée, il est rare de rencontrer dans ce cas des accidents dus à l’écartement de l’anneau ombilical. Ceux-ci surviennent lorsque la pression agit non sur la peau seulement, mais encore sur les muscles, non lorsqu’elle vient de l’extérieur, mais quand elle résulte de la poussée de l’intestin. Alors la couche musculaire et les aponévroses se laissent distendre et se relâchent au même degré que la peau elle-même. Si l’on examine la femme debout alors que les muscles sont en activité : dans le premier cas, on sent la peau distendue glisser sur le muscle contracté qui reste immobile et maintient assez haut le contenu abdominal ; dans le second cas, la palpation indique un état très différent, la paroi est molle dans toute son épaisseur, se laisse déprimer profondément, on ne rencontre aucune résistance si l’on pousse l’intestin de droite à gauche, ou du pubis à l’épigastre. C’est chez ces femmes à paroi molle, insuffisante qu’on rencontre les hernies ombilicales ou les éventrations.

Or voici de quelle façon se produit le mécanisme de contention par notre corset. Trois actions interviennent et l’une d’une façon intéressante et tout à fait inattendue : 1° la paroi est maintenue sur toute sa hauteur : cet effet est une des propriétés du corset abdominal ; 2° la masse intestinale est soulevée ; 3° en outre, en ramassant pour ainsi dire la partie déclive du ventre, c’est-à-dire la peau, et en l’élevant au-dessus du pubis de façon à ce qu’elle soit tendue sous l’appareil, on amène très aisément l’ombilic vers la région épigastrique bien au-dessus de la ligne de la taille. On provoque ainsi une modification dans les rapports qui existaient entre la paroi et le contenu abdominal ; les points de contact entre l’intestin et l’enveloppe abdominale ont changé de place. Dès lors, l’anse herniée se trouve éloignée de l’orifice dans lequel elle avait tendance à glisser ; l’anneau ombilical est venu se placer au-dessus du niveau de la masse intestinale et il échappe par cela même à toutes les pressions qu’il subissait. Pour contrôler le fait, il suffit, après avoir installé l’appareil, de faire tousser la malade dans la station debout, l’on constate que c’est toujours le tiers inférieur du ventre qui est secoué par la répercussion de la vibration diaphragmatique, tandis que l’anneau ombilical refoulé vers l’épigastre ne subit aucune pression.

Ce procédé si simple, puisqu’il rend inutiles les bandages et les pelotes, donne toujours des résultats excellents ; il fait cesser les douleurs occasionnées par la compression de l’anse herniée, il donne aux malades une sécurité complète ; enfin il permet, en laissant reposer l’orifice, d’obtenir sa rétraction.

Le processus est le même dans les cas d’éventrations ; la surface du corset, qu’on peut serrer fortement, supporte seule tout l’effort de la poussée intérieure, laissant ainsi à la paroi toute facilité pour se reconstituer.