Le Diable aux champs/1/Scène 4

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Calmann Lévy (p. 28-29).



SCÈNE IV


Chez Jacques


JACQUES, RALPH, achevant de souper.

RALPH. — Voilà d’excellent café ! J’admire qu’un homme perdu, comme vous l’êtes si souvent, dans la recherche ou la contemplation des idées abstraites, sache se créer une sorte de bien-être intérieur.

JACQUES. — J’ai un bon domestique, et je tâche de le laisser se croire le maître, voilà tout. Je ne m’aperçois pas beaucoup du plus ou du moins de bien-être qu’il me procure ; mais puisque vous le remarquez, vous qui vous y entendez davantage, je lui ferai compliment du parti qu’il sait tirer de nos faibles ressources. Voulez-vous faire une partie d’échecs ?

RALPH. — La lune est belle, si nous faisions un tour de jardin avant de nous enfermer ? Il n’est que neuf heures.

JACQUES. — Volontiers ! Mais, tenez, il est bien petit, mon jardin, et c’est bientôt fait, le tour de mes carrés de fleurs et de légumes. Ma haie a une entrée dans le parc voisin, qui est fort beau, et où j’ai la permission de me promener à toute heure. Il vous sera plus agréable de regarder la lune à travers la voussure splendide des vieux chênes et dans le miroir des larges bassins qu’à travers mes espaliers et dans le fond de mon puits.

RALPH. — Je ne me déplais nulle part avec vous ; allons où vous voudrez.

(Ils marchent et entrent dans le parc.)