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Le Dragon Impérial/VIII

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Armand Collin et Ccie (p. 92-105).

CHAPITRE VIII


LA MAIN QUI TIENT LE SABRE N’EST PAS CELLE QUI A FRAPPÉ


Les jeunes filles sont plus délicates que les premières pousses du thé impérial.

Elles se plaisent à lancer le volant léger que leur pied attrape et rend à leur main,

Ou à faire éclore des pivoines écarlates sur des robes de soie, tandis que devant leur fenêtre un petit oiseau chante, près de l’eau, sous un saule.


Peu d’instants avant la quatrième heure, Ko-Li-Tsin sortait de la pagode de Koan-In, où il venait de voir l’empereur Ta-Kiang. Il avait l’air soucieux ; ses regards, si vifs d’ordinaire, étaient fixés à terre ; il remontait machinalement la grande Avenue de l’Est.

— Ta-Kiang est bien cruel, se disait-il. Il me semble que si j’étais empereur mon cœur ne cesserait point de battre et qu’il continuerait d’aimer, de compatir aux souffrances. Mais Ta-Kiang marche, inflexible comme le bronze, vers son but glorieux, et ne voit pas les fleurs qu’il écrase en chemin. Pauvre Yo-Men-Li, quelle terrible action on te fait commettre ! Devant elle les plus féroces guerriers sentiraient leur cœur pâlir et leurs mains trembler. Que sera-t-elle donc pour toi, douce fille au grand dévouement ? Tu seras morte avant de lever le bras. De toutes façons d’ailleurs tu périras. Mille supplices déchireront ton corps charmant ; et lui, à qui tu auras donné tout ton amour et ta vie, il ne retournera même pas la tête pour donner une larme à ton cadavre.

Ko-Li-Tsin frappa du pied avec colère et s’essuya rapidement les yeux.

— Pourquoi ne m’a-t-on pas choisi ? ajouta-t-il. Un homme a de la force pour souffrir.

Il resta un instant immobile, mordant ses ongles. Les passants, étonnés, tournaient la tête pour le voir.

— Je veux la sauver ! s’écria-t-il subitement. Il est impossible que je la laisse mourir.

Et il se mit à courir. Il enfila la ruelle du Poisson Sec, qui débouche dans l’avenue de la Tour Blanche, atteignit la rue des Parents de l’Empereur et remonta le chemin des Lions de Fer, qui le conduisit à l’une des portes de la Ville Jaune. Il passa si vite sous l’arcade du portail que la sentinelle n’eut pas le temps de l’arrêter. Enfin, arrivé devant le palais de Koueng-Tchou, il s’élança dans la cour.

— C’est encore toi ? dirent les portiers, en courant après lui, que veux-tu donc ? As-tu un autre poisson à vendre, ou réclames-tu quelques coups de bambou ?

— Je veux voir le jeune serviteur à qui j’ai parlé ce matin, dit Ko-Li-Tsin essoufflé.

— Il est parti pour la Ville Rouge, dans le cortège du maître, dirent les portiers, en poussant le poète dehors.

Ko-Li-Tsin commença de courir vers la Ville Rouge, mais bientôt il s’arrêta.

— Que je suis fou ! dit-il. Je ne peux pas entrer dans l’Enceinte Sacrée.

Il regarda avec désespoir les hautes murailles de brique sanglante.

— C’est là que va mourir la joyeuse jeune fille qui tressait des bambous dans le champ de Chi-Tse-Po. Comme elle doit se trouver perdue et abandonnée dans ce grand palais ! comme elle tremble en voyant les gardes majestueux et les eunuques farouches ! et comme son cœur se serre de douleur quand elle songe qu’aucun regard ami ne lui dira adieu lorsqu’elle partira pour les pays d’en haut !

Ko-Li-Tsin regarda encore le large fossé, les hautes murailles, et haussa les épaules.

— C’est impossible, murmura-t-il. Pourtant il ne sera pas dit, lorsque la cigogne entre d’un coup d’aile, que le poète Ko-Li-Tsin reste à la porte.

Il se dirigea vers le Portail du Sud. Une sentinelle tartare marchait d’un bout à l’autre du large pont de marbre qui précède l’entrée, et faisait sonner le bois de sa pique sur les dalles.

— Si je tuais ce soldat ? dit Ko-Li-Tsin, je le jetterais ensuite dans le fossé ; sa cotte de mailles et ses lourdes bottes l’attireraient au fond. Oui, ajouta-t-il en se moquant de lui-même, je tuerai, moi qui n’ai pas seulement un couteau, cet homme armé de toutes pièces. Avant que je me sois approché de lui, sa pique m’aurait traversé le cœur.

La sentinelle, dans sa promenade monotone, jetait parfois un regard sur Ko-Li-Tsin.

— Bien ! dit le poète, il m’a déjà remarqué et se défie de moi ; il paraît que j’ai l’air suspect.

Mais, à la grande surprise de Ko-Li-Tsin, le soldat semblait lui faire des signes d’intelligence.

— Que veut dire cela ? Pourquoi porte-t-il sa main à sa bouche ? pensa le poète, en imitant les mouvements de la sentinelle.

Cette manœuvre parut la satisfaire entièrement, car elle lui fit signe d’approcher du pont.

Lorsqu’ils furent près l’un de l’autre :

— Tu viens de sa part ? demanda rapidement la sentinelle.

— Chut ! dit Ko-Li-Tsin.

Le soldat cligna des yeux et se retourna vers la ville.

— De quelle part ? pensa Ko-Li-Tsin. Comment paraître tout savoir en ignorant tout ? Soyons prudent et audacieux ; cet homme est la porte par où j’entrerai. Il faut le vaincre. Entre un âne tartare et un poète chinois, la partie n’est pas égale.

La sentinelle revenait.

— T’a-t-elle remis quelque chose pour moi ? dit-elle.

— Non, dit Ko-Li-Tsin ; le message est verbal.

— Ah ! tu lui as parlé ? Elle est donc seule ? dit le soldat forcé de s’éloigner.

— Bon ! pensa Ko-Li-Tsin, je sais déjà qu’il s’agit d’une femme et qu’elle a des parents qui la surveillent. Ce Tartare est amoureux, tant mieux ! il sera facile de le tromper.


L’amour fait bourdonner le sang si fort qu’on entend un mot pour un autre ;

Il trouble la vue au point qu’on prendrait une poule pour l’oiseau phénix.


Le soldat avait marché plus vite.

— Elle est seule ? reprit-il.

— Oui ; sa mère est partie en chaise pour la pagode de Koan-In.

— Comment ! sa mère ? dit l’homme en riant.

— Sa maîtresse, veux-je dire, reprit vivement Ko-Li-Tsin. Âne que je suis, pensa-t-il, je ne songe pas que ce Tartare est un homme vil ; celle qu’il aime ne peut être qu’une servante.

Le soldat n’allait plus que jusqu’au milieu du pont.

— Que t’a-t-elle dit ?

— Elle t’attend.

— Elle m’attend ! Mais, si je quitte la Porte du Sud, je perds la vie.

— Si tu restes, tu perds l’amour.

— Il vaut mieux perdre l’amour que la vie, dit le soldat en s’en allant.

— Encore ! pensa Ko-Li-Tsin ; je mérite la cangue ! Voilà que je prête à cet homme des sentiments élevés.

Il ajouta tout haut :

— Tu perds une précieuse occasion ; elle ne se retrouvera jamais.

— C’est vrai, dit le Tartare, qui s’oublia jusqu’à s’arrêter devant Ko-Li-Tsin.

— Va donc ! insista le poète.

— C’est impossible.

— Pourquoi ?

— On me couperait la tête.

— Personne ne s’apercevra de ton absence.

— Tu crois ? Les guerriers, du haut des murailles, verraient que personne ne garde la Porte du Sud. Il faudrait que quelqu’un me remplaçât.

— Eh bien ! donne-moi ta pique, je marcherai sur le pont en t’attendant ; mais fais vite. Le bonheur t’attend là-bas, et ici l’ennui te tient.

— Attends, il faut que je réfléchisse, dit le soldat ébranlé.

Il reprit sa promenade, mais revint en courant :

— Prends mon sabre, dit-il. Au prochain tour, je te donnerai ma pique.

Ko-Li-Tsin prit le sabre et ferma à demi les yeux pour cacher les pétillements de ses prunelles.

Le soldat parcourut le pont en trois enjambées.

— Tu ne bougeras pas avant mon retour ? dit-il en confiant sa pique au poète.

— Sois tranquille.

Il n’y eut pas d’interruption dans la promenade ; Ko-Li-Tsin commença d’arpenter le pont au moment même où la sentinelle s’éloignait rapidement.

À cent pas elle se retourna ; elle fit un signe de tête au poète, qui la guettait, puis disparut.

Alors Ko-Li-Tsin s’enfonça sous la voûte centrale du grand portail. Il était sûr de n’y rencontrer personne. Il posa la pique contre la muraille et mit le sabre à sa ceinture.

— Cela peut servir, dit-il.

Bientôt ses semelles claquèrent sur les dalles du Boulevard de la Force. Les eunuques qui le voyaient passer le prenaient pour l’un d’entre eux. Une émotion violente le tenait par la gorge. Son cœur battait d’orgueil et de joie.

— Quoi ! pensait-il, je suis dans cette mystérieuse cité, merveille incomparable, qui apparaît souvent dans les rêves des hommes ! Moi, poète obscur, je pénètre par mes propres forces dans l’enceinte où nul n’entre ; je lève mes regards sur les splendeurs sacrées ; je viole la demeure du Ciel ! Je suis sacrilège et glorieux !

Il s’arrêta pendant un instant ; il n’osait avancer davantage.

— Allons, dit-il, en se faisant violence, Yo-Men-Li est en péril. Elle va mourir peut-être. Il faut que je meure à sa place.

Le poète tira son éventail de sa manche et le déploya pour se donner une contenance tranquille. Il traversa lentement la grande cour des manœuvres, s’engagea dans les rues somptueuses, franchit le seuil d’un haut portail et poussa un cri d’admiration devant le palais de la Souveraine Concorde. Il ne put s’empêcher d’en faire le tour.

— C’est là, disait-il, que, depuis des siècles, les plus glorieux empereurs tiennent leurs conseils. L’illustre dynastie des Mings, issue d’un rebelle, a moins duré que cette tour insensible, qui a vu Hong-Vou, Yong-Lo, Kia-Tchin, Ouan-Li, Tien-Tsong, et qui ne s’écroule pas sur l’usurpateur tartare. Oh ! mille fois vaut mieux le laboureur Ta-Kiang, choisi par les Sages immortels, que l’étranger Kang-Shi de la dynastie des Tsings !

Ko-Li-Tsin s’aperçut que les soldats de la tour le regardaient avec défiance ; il entra sous la galerie qui suit les quatre faces de la cour, et s’engagea dans une rue.

— Cette rue me conduit-elle vers la résidence Impériale ? D’ailleurs, je sais que pour passer sous le Portail du Ciel Serein, il faut être muni d’une tablette de jade qui témoigne que l’on est mandarin de service pour la semaine courante. Je ne peux pas me procurer cette tablette. Vais-je donc perdre le fruit des prodiges déjà accomplis ?

Le poète passait devant de longues salles dont les portes étaient ouvertes. Il y voyait des serviteurs occupés à différents travaux. Il remarqua une femme seule qui disposait dans un coffre des plats d’argent et d’or.

— Si je parlais à cette femme ? elle m’indiquerait peut-être une porte de service. Je pourrais lui raconter une histoire bien compliquée et bien touchante ; elle ne manquerait pas d’être attendrie. Voyons, ajouta-t-il, si je saurai lire sur son visage quel est le côté de son caractère le moins fortifié. Bon ! elle n’est plus très jeune ; et cependant son visage est soigneusement fardé. Je vais lui dire que ses yeux ont rendu mon cœur malade ; c’est toujours d’amour qu’il faut parler aux femmes qui ne sont plus capables d’en inspirer.

Il entra. La femme poussa un cri plein de coquettes terreurs.

— Tais-toi ! dit Ko-Li-Tsin d’une voix tendre ; ne me fais pas payer de ma vie l’imprudence que j’ai commise pour te voir.

— Qui es-tu ? Comment es-tu entré ?

— Je ne sais ce que je suis depuis que je t’ai vue, car je n’ai plus d’âme ; autrefois j’étais un riche marchand de sabres. J’ai franchi le fossé, escaladé la muraille ; pour venir vers toi j’ai des ailes.

— Yu-Tchin, pourtant, ne te connaît pas, dit-elle en baissant les yeux.

— Non. Il y a cependant bien longtemps que je te poursuis, ingrate Yu-Tchin ! Chaque jour j’allais cueillir pour toi des pivoines rouges et blanches ; mais elles se fanaient sans que je pusse te rencontrer. Aujourd’hui je t’en apportais, mais elles sont tombées dans le fossé.

— Vraiment ? dit-elle en penchant la tête, et souriante.

Ko-Li-Tsin se rapprocha et lui prit la main, non sans tendresse.

— Ah ! grands Pou-Sahs ! s’écria Yu-Tchin, entends-tu ces pas ? Je suis perdue ! Surprise par les eunuques, avec un homme, dans le palais ! je périrai dans les supplices !

Elle se mit à courir avec effarement d’un bout à l’autre de la salle.

— Voyons, folle ! dit le poète, cache-moi quelque part.

— Oui ! oui ! dit la pauvre femme, en lui désignant le grand coffre d’ébène ; fourre-toi là dedans et ne bouge pas.

Ko-Li-Tsin se blottit dans le coffre, qui se referma sur lui. Il se trouva soudain dans le silence et dans l’obscurité.

— Me voici dans une position incommode et mélancolique, pensa t-il. Quels sont donc ces angles aigus qui me déchirent les jarrets ? Ah ! je me souviens ; je suis couché sur des pièces d’argenterie. Allons ! je crois le moment venu de composer mon poème philosophique.

Et il commença de méditer ; mais sa rêverie fut bientôt interrompue : il sentit qu’on enlevait sa cachette.

— Bien ! où m’emporte-t-on ? pensa-t-il.

Après une suite de balancements assez uniformes, des cahots réitérés et brusques firent comprendre au poète qu’il gravissait un escalier ; parfois il lui semblait qu’on reprenait un chemin uni, mais bientôt on montait encore.

— Ils m’élèvent aux pays d’en haut ! pensa-t-il.

Enfin Ko-Li-Tsin rebondit dans la boîte pleine de pointes aiguës. On venait de la poser à terre. Aucun mouvement ne suivit ce dernier choc. Il n’entendait plus rien. Mais il étouffait. Avec son front, sans trop d’efforts, lentement, il tâcha de soulever le couvercle de sa prison. Il obtint une petite fissure, et pour la maintenir y introduisit le manche d’un pinceau qu’il tira de sa ceinture. L’entre-bâillement laissait pénétrer un peu d’air, et, en y appliquant son œil, il pourrait peut-être voir autour de lui.

— Je tuerai le premier qui ouvrira le coffre, dit-il en posant la main sur la poignée de son sabre.

Puis il regarda où il était. Il vit une vaste salle aux murs revêtus de bois de fer découpé, au plafond pesant de dragons en relief dorés sur un fond vert émeraude, puis, dans un angle, une table aux pieds de jade vert, recouverte d’une nappe de satin jaune brodée de fleurs multicolores, et enfin, auprès d’elle, un lourd trône de bronze qui avait la forme d’un dragon cabré. La table était surchargée de porcelaines rares et de bols d’or fin ; quatre monstres d’ébène à la queue épanouie, au corps couvert de pustules de nacre, dressaient à chacun de ses angles leurs larges mufles béants, destinés à recevoir des lampes d’argent.

— Je suis dans la Salle du Repas Impérial ! s’écria intérieurement Ko-Li-Tsin. Je ne peux manquer de voir tout ce qui se passera.

Il se disposa du mieux qu’il put dans sa boite et se reprit à songer à son poème philosophique.

Tout à coup des flûtes, des pi-pas, des tam-tams éclatèrent avec joie ; le tambour bourdonna, le gong vibra violemment, et des mandarins inférieurs, appuyés aux chambranles des portes, soulevèrent les lourdes draperies de brocart d’or.

Le Fils du Ciel, une main sur l’épaule d’un eunuque, s’avançait au milieu d’un brillant cortège de mandarins glorieux ; il parlait des affaires de l’empire d’une voix grave et haute. Il s’assit lentement sur son trône de bronze.

Les mandarins s’agenouillèrent et trois fois frappèrent la terre du front.

Puis on couvrit la table des mets que la loi prescrit et que la saison comporte ; car il est interdit au souverain de la Chine de manger des plantes potagères hâtives ni des fruits mûris en serre chaude.

Enfin Ko-Li-Tsin, attentif, vit entrer le Chef des Dix Mille Eunuques, suivi de Yo-Men-Li pâle, tremblante et affaissée sous le poids d’un grand Poisson Jaune.

Le chef s’avança vers l’empereur et s’agenouilla près de lui.

— Maître de la terre, dit-il, Souveraine Splendeur, Fils bien-aimé du Ciel, superbe Kang-Shi au glorieux règne ! permets à ton vil esclave de t’offrir ce poisson, que tu daignes préférer, bien qu’il soit indigne de ta divine personne.

Il prit le plat d’or des mains de Yo-Men-Li et l’éleva vers l’empereur. Alors la jeune fille, les joues empourprées, les yeux brillants de fièvre, tira du poisson un large sabre qu’on y avait enfoui comme dans un fourreau d’or, et, d’un mouvement rapide, en dirigea la pointe, qui jeta un éclair, vers la poitrine du souverain.

Kang-Shi, qui n’avait pas encore tourné la tête, tressaillit à la piqûre du fer, un rubis limpide vint se mêler aux pierreries de sa robe. Il se leva brusquement, et le lourd trône de bronze se renversa avec un retentissement terrible.

Yo-Men-Li, évanouie, roula sous la table, dans les grands plis de la nappe. Les mandarins précipitèrent leurs fronts vers le parquet, et les serviteurs, épouvantés, s’enfuirent en poussant de grands cris, tandis que le Chef des Eunuques, faisant mille contorsions de douleur, voulait palper la poitrine de son maître ; mais Kang-Shi le repoussa violemment.

Il regarda avec mépris Koang-Tchou courbé et frissonnant d’épouvante.

— Traître ! s’écria-t-il, tu oses t’attaquer au Ciel même, toi que le Ciel a élevé jusqu’à lui ! Pendant qu’il répandait vers toi les rayons éblouissants de sa splendeur, tu méditais un crime odieux ! Mais le Ciel est invincible, et il va faire tomber sur ta tête ses tonnerres et t’écraser.

— Grâce ! divin seigneur, soupira le mandarin.

— Peux-tu tenir à une vie si misérable et si infâme ? dit l’empereur, les lèvres crispées de dégoût. Avant de te la prendre je te ferai subir de nombreuses tortures, afin que tu confesses les profondeurs de ton crime ; ensuite tu mourras de la Mort Lente.

Les mandarins se relevèrent, dénouèrent rapidement la ceinture, faite de cordonnet blanc et nommée Pei-taï, qu’ils doivent porter enroulée à leur taille quand ils sont de service au palais, et, saisissant le condamné, le ligotèrent solidement au moyen de ces ceintures.

— Mais, ajouta le Fils du Ciel, un autre a porté le coup. Ce lâche avait un complice, qu’est-il devenu ?

— Qu’on le cherche ! hurlèrent les assistants, qu’on l’amène, qu’on le mette en pièces ! Où est-il ? Quel est le monstre odieux qui a osé frapper le Souverain du Ciel ?

Et ce cri retentit dans tout le palais.

Alors Ko-Li-Tsin apparut au milieu de la salle ; il secoua sa tête spirituelle et fière, et jetant son sabre sur le parquet :

— C’est moi, dit-il.