Le Fils du diable/Tome II/IV/20. Ivresse

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Legrand et Crouzet (Tome I et IIp. 364-373).
CHAPITRE XX.
IVRESSE.


Fritz buvait ; ses yeux éteints se fixaient sur Johann, lourds et sans pensées.

— Eh bien ! mon vieux Fritz, disait ce dernier, tu vois que c’est une affaire où il y a bon à gagner.

— Les juges d’Allemagne condamnent à mort comme ceux de France, répliqua le courrier de Bluthaupt.

Johann haussa les épaules.

— As-tu peur de mourir ? demanda-t-il en riant.

Le courrier eut comme un frémissement de terreur.

Il but un grand verre d’eau-de-vie.

— Après la mort, il y a l’enfer, murmura-t-il ; l’enfer où l’on brûle toute une éternité !… Si je n’avais pas peur de cela, maître Johann, voilà longtemps que vous ne verriez plus le pauvre Fritz dans le marché du Temple.

— Parce que ?…

— Parce que bien souvent, quand il passe le long des quais, après la nuit tombée, il se penche au-dessus de la Seine avec envie… Oh ! si la mort était un sommeil, reprit-il tout à coup avec véhémence, comme je m’endormirais bien vite, maître Johann !… mais Satan rit au fond de l’eau verdâtre… l’enfer me guette… je ne veux pas mourir !…

Sa tête s’inclina sur sa poitrine et ses yeux se baissèrent.

— La bonne folie ! s’écria Johann ; tâche donc de réfléchir, mon vieux camarade… ne te souviens-tu pas du trou de Bluthaupt et de ce que tu as vu sur la lande dans la nuit de la Toussaint ?

Le courrier frissonna.

— Eh bien ! reprit Johann, le chevalier en est-il mort ? Voilà vingt ans de cela, et Dieu sait qu’il se porte à merveille !… Il y a des juges en Allemagne comme en France, mais les juges d’Allemagne ne voient pas plus loin que le bout de leur nez… Crois-moi, vieux Fritz, je ne voudrais pas mettre dans la peine un ancien camarade… Il n’y a rien à craindre, et c’est une affaire d’or… Peut-on compter sur toi ?

Fritz secoua lentement sa tête chevelue.

— Non, répondit-il.

Johann frappa du pied avec impatience et but un plein verre d’eau-de-vie sans s’en apercevoir.

Jean et Polyte venaient d’entrer ; ils s’étaient mis à la table la plus voisine du comptoir, et ne pouvaient point distinguer nos deux convives, perdus dans l’ombre éloignée.

Ces derniers, au contraire, n’avaient qu’à tourner les yeux pour voir ; mais Fritz ne faisait jamais attention à ce qui l’entourait, et le marchand de vin était en ce moment trop occupé pour se montrer curieux.

Le bruit que faisait Polyte attira un instant son regard distrait, puis il se remit tout entier à sa besogne.

— Allons ! François, allons ! criait Polyte qui avait recouvré toute sa joyeuse humeur ; du pâté d’Italie, de la galantine, des sardines à l’huile et du vin cacheté !… Le prix ne fait rien… nous avons de quoi !

François, qui dormait debout, alla chercher tout ce que l’établissement de madame veuve Taburot contenait de vivres, et les plaça sur la table ; en même temps il déboucha deux bouteilles de vin, dit de Bordeaux, et le festin commença.

Polyte mangeait tout seul, mais il mangeait pour deux ; Jean, lui, se forçait à boire.

— Au diable les soucis ! disait Polyte ; ça n’a pas été ce soir, une autre fois, ça ira mieux !… Mange donc, petit Jean, voilà du fricandeau froid comme on n’en trouverait pas aux Vendanges de Bourgogne, le chic des chics, en fait de cuisines soignées !

— J’ai beau boire, répondit Jean, dont la joue commençait à reprendre ses fugitives couleurs, ça ne me fait pas oublier.

— Ça va venir, mon bonhomme, tu n’as pas encore une bouteille… Bois toujours !

Jean buvait ; son œil s’animait ; sa joue s’empourprait peu à peu, et il disait en tenant son verre d’une main déjà tremblante.

— Je n’oublie rien… rien !

On voyait, par terre et sur les banquettes, des jambes s’agiter, des bras remuer ; on entendait, parmi le concert des ronflements, quelques voix confuses qui parlaient dans un rêve.

À l’autre bout de la salle, Johann poursuivait sa tâche.

— Ça fait pitié ! mon pauvre Fritz, disait-il, de voir les haillons que tu portes… Quand je pense que tu étais si pimpant autrefois !

Fritz regarda les lambeaux de son paletot gris avec une sorte de honte.

— Je ne gagne pas beaucoup d’argent, répondit-il, et il me faut tous les soirs ma chopine d’eau-de-vie.

— Je conçois ça… mais si nous faisions notre affaire, mon camarade, tu aurais tous les soirs ta chopine d’eau-de-vie et même la bouteille… et ça ne t’empêcherait pas de mettre sur tes épaules de bons habits cossus.

Fritz passa le revers de sa main sur son front.

— Écoute, Johann, dit-il, tu m’as déjà fait donner de l’argent, et depuis que je l’ai reçu, je souffre davantage… Parfois, quand je suis ivre, j’ai envie de mettre le feu à ta maison, car c’est toi qui as glissé dans ma poche le prix du sang. Jusqu’à l’heure où je l’ai accepté, je n’étais pas damné tout à fait… prends garde, je sens que je deviens ivre… va-t’en !

Le marchand de vins recula instinctivement son siège, et jeta sur Fritz un regard sournois. Fritz était miné par des excès de vingt ans ; mais ç’avait été un vigoureux compagnon autrefois : Johann pouvait s’en souvenir.

— Quelle mouche te pique, mon vieil ami ? murmura-t-il avec douceur. Ce que j’en dis est dans ton intérêt… Je voudrais te faire gagner quelques sacs : voilà l’histoire… parce que, vois-tu bien, si tu avais une fois un petit magot, ton commerce irait sur des roulettes. Et crois-moi, quand on est heureux et qu’on peut faire bombance avec les amis, on se moque joliment des peccadilles du temps passé.

L’indignation de Fritz s’en était allée comme elle était venue ; il n’y pensait plus.

Son œil, que la colère avait fait briller durant un instant, redevenait morne et stupide.

Il tendit son verre et le vida ensuite d’un seul trait.

— Comment s’appelle l’homme que l’on veut tuer ? demanda-t-il d’une voix basse et creuse.

— Pierre, Paul, Jacques, répondit le marchand de vins, que t’importe cela !… tu ne le connais pas.

— Est-il jeune ?

— Assez.

— Est-il heureux ?

— Ma foi, je n’en sais rien… Voici la chose, mon garçon… Tu feras un voyage au pays… on te mettra un quidam au bout de ton fusil… tu tireras ; et puis tu reviendras avec du foin dans tes bottes… pas vrai que ça te va ?

Fritz ne répandait point ; il semblait penser à autre chose et ne plus comprendre.

— J’ai songé parfois, murmura-t-il après quelques secondes, que si j’avais une femme auprès de moi, jeune, douce, pieuse, je serais moins malheureux…

— Parbleu ! interrompit Johann qui vit là une nouvelle voie ouverte à sa tentation.

— Elle m’aimerait peut-être, reprit l’ancien courrier de Bluthaupt, dont l’œil hagard s’adoucit jusqu’à exprimer une émotion tendre ; je l’entendrais prier Dieu… elle me garderait contre les terreurs de mes nuits…

Johann se prit à rire derrière son verre.

— Le vieux fou ! pensa-t-il.

Puis il ajouta, tout en dissimulant autant que son ivresse croissante pouvait le permettre.

— C’est juste, mon camarade, voilà une idée qui ne m’était pas venue… Il te faut une femme, et, pour avoir une femme, il te faut de l’argent.

Comme il allait poursuivre, la voix de Polyte s’éleva auprès du comptoir. Le magnifique lion en était à sa troisième bouteille. La joie le débordait ; il commençait à chanter les gaudrioles à l’aide desquelles il embellissait d’ordinaire le dessert de sa souveraine.

Car, pour être le favori d’une femme importante, il ne suffit pas d’être beau garçon, il faut encore avoir des talents agréables.

Le bruit attira de nouveau les regards de Johann, qui, cette fois, reconnut Jean Regnault.

— Tiens, tiens, tiens ! grommela-t-il en plaçant son verre vide sur la table ; que fait-il ici, celui-là ?

Il détestait le pauvre Jean, qui était le rival du neveu Nicolas auprès de la jolie Gertraud.

Et tandis qu’il le regardait en cherchant un moyen de tourner contre lui le hasard de cette rencontre, une pensée subite éclaira son ivresse.

— Tiens, tiens, tiens ! répéta-t-il ; ça doit savoir l’allemand… la petite Gertraud lui aura servi de maître… Il doit avoir grand besoin d’argent… j’ai envie d’essayer !

Sa longue et triste figure se dérida une seconde fois jusqu’à s’épanouir tout à fait.

Depuis cet instant, tout en continuant à endoctriner le pauvre Fritz, il ne perdit plus de vue Polyte et son compagnon.

— Buvez, mes petits, pensait-il ; buvez roide et ferme : ça diminuera ma besogne…

Polyte et Jean n’avaient pas besoin d’être excités ; ce dernier surtout vidait son verre avec une sorte d’emportement.

Quand le lion eut fini de chanter, ils trinquèrent.

— Quand je serai riche, dit Polyte, je prendrai Joséphine Batailleur pour cirer mes bottes… ah ! ah ! ah ! elle enragera bien la vieille, et ce sera drôle ! connais-tu madame Huffé, petit Jean ?

— Il me semble que je me noie, murmura le joueur d’orgue, j’étouffe !…

— Il faut… Madame Huffé a été Cosaque… en voilà une qui a eu des malheurs !… quand mes bottes ne seront pas bien cirées, je condamnerai Joséphine à une heure de bataille rangée avec Madame Huffé… ah ! ah ! ah ! mon Dieu ! mon Dieu !… comme on rira !

Polyte avait les larmes aux yeux.

— Ma tête tourne, murmura Jean, et pourtant je n’oublie pas… ils mentent ceux qui disent que le vin fait oublier !… je vois la pauvre mère Regnault sur son grabat… je vois Gertraud qui lève sa main… j’entends le bruit d’un baiser…

Il étreignit convulsivement sa poitrine oppressée.

— Et n’est-ce pas lui que voilà devant nous ? s’écria-t-il avec une violence soudaine ; je le reconnais bien avec son sourire insolent et ses grands cheveux de femme… Ah ! il est bien beau et bien riche ! Gertraud, Gertraud, que Dieu vous pardonne !

Il montra le poing au fantôme que son imagination exaltée voyait dans l’ombre ; puis il voulut se lever dans un état de rage folle, mais il ne put et retomba pesamment sur son tabouret.

Polyte chantait à tue-tête ; François, debout au milieu de la chambre, oscillait sur ses longues jambes et rêvait qu’il dormait.

— Eh bien, vieux Fritz, reprenait Johann, cherchons une petite femme à nous deux… en as-tu quelqu’une en vue ?

— Non, répondit le courrier.

— Voyons, que dirais-tu de la gentille Gertraud, la fille de notre camarade Hans ?…

— Un ange ! murmura Fritz.

— Et un fameux, mon brave !

— Elle est si bonne et si pure !… Ah ! le remords ne pourrait point descendre jusqu’à l’oreiller où reposerait sa tête.

— Ça me paraît évident !… avec ça le père Hans a de l’argent placé pas mal… Il y a plus d’un bon garçon dans le Temple qui songe à la petite… mais si on voulait bien s’en mêler, vois-tu, ce serait toi qui l’aurais.

Pour la première fois, depuis bien des années, un sourire vint sur les lèvres de l’ancien courrier de Bluthaupt.

— Gertraud ! murmura-t-il ; elle est jolie et douce comme sa mère, et avant que le page Hans Dorn vînt au château, je croyais que sa mère m’aimerait…

Johann partagea, entre son verre et celui de Fritz, le reste de la chopine d’eau-de-vie. Sa tête tournait ; il suivait sa tâche avec une obstination machinale, mais il était, en réalité, plus ivre que son compagnon lui-même.

— À ta santé, vieux Fritz ! reprit-il joyeusement, et à celle de ta fiancée… C’est moi qui ferai la demande, si tu veux, et je fournirai gratis le vin de la noce.

Fritz vidait lentement son verre et souriait toujours. Ses paupières commençaient à battre, et il tombait dans une sorte de sommeil béat.

— C’est un beau rêve ! disait-il, tandis que sa tête alourdie branlait sur ses épaules ; ce matin, je l’ai vue sous les piliers de la Rotonde… C’est à peine si sa mère avait un plus gracieux sourire… Pour ce prix-là, je crois que je vais te donner le reste de mon âme, Satan…

Ses sourcils se froncèrent, et il appuya ses deux coudes sur la table.

— Est-ce une affaire faite, mon bon garçon ? demanda Johann.

Fritz le regarda, et fit un signe de tête affirmatif.

Pendant que le marchand de vins lui serrait la main pour sceller le marché, il s’endormit.

— Et de trois ! dit Johann, qui se mit sur ses jambes avec effort ; je n’aurai pas volé mes rentes… Mais où diable prendre mon quatrième maintenant ?… Il me semble pourtant que j’avais eu une idée.

Son regard ébloui fit le tour de la salle ; il compta sur ses doigts ; Mâlou, d’abord, puis Blaireau, puis Fritz.

— Ça ne fait jamais que trois, grommela-t-il en cherchant de l’eau-de-vie dans la chopine vide ; ah ! ah ! se reprit-il tout à coup, je savais bien !…

Son œil, réveillé, venait de tomber sur Polyte et son compagnon.

Polyte s’était endormi à peu près en même temps que Fritz ; il avait essayé de fumer ; le tuyau brisé de sa pipe restait entre ses dents.

Jean Regnault, pris par un vague désir de regagner la maison paternelle, tâchait péniblement de se lever.

— A-t-il bu, le petit drôle ! pensait Johann ; moi qui ai ma raison, je vais lui faire tout ce que je voudrai.

Jean se dirigeait en chancelant vers la porte du billard ; Johann le suivit, se démêlant de son mieux parmi les membres entrelacés des dormeurs. Il n’écrasa guère çà et là qu’une main, une joue, une poitrine, et parvint, sans autre encombre, à sortir de l’étrange dortoir.

Jean et lui touchèrent presque en même temps le pavé de la place de la Rotonde. L’air du dehors les saisit à la fois et les acheva.

Johann prit le bras de Jean qui ne le reconnut point, et tous deux commencèrent à traverser la place en s’appuyant l’un contre l’autre et en décrivant des courbes multipliées.

Chacun d’eux gardait son idée fixe : Johann croyait gagner ses rentes et faire de très-sérieuse besogne ; Jean répétait entre ses dents serrées :

— Ils ont menti !… on n’oublie rien… rien !

— De manière que tu sais l’allemand, toi ? dit Johann en manière d’exorde ; ça va joliment te servir, mon enfant… et si tu veux travailler comme un joli garçon, ta respectable bonne femme de grand-mère ne restera pas longtemps au bloc.

Jean s’arrêta et releva ses reins qui ployaient.

— Ce n’est plus Polyte ! murmura-t-il avec un étonnement profond ; où donc ai-je mis Polyte ?…

Johann prit un air mystérieux :

— De la discrétion surtout ! dit-il, croyant répondre à une question qui n’avait point été faite ; ça sera bien facile… Pour tuer un homme, on n’en meurt pas, mon mignon…

— Oh ! gronda le joueur d’orgue en serrant ses poings convulsivement, il y a un homme que je voudrais tuer !

— Bon ! s’écria Johann ; comme ça se trouve !… C’est le même.

Jean n’écoutait pas.

— Je reconnaîtrai ma route, pensait-il tout haut ; il ma volé mon argent… l’argent qui devait sauver ma grand’mère… et ce n’est rien que cela… Oh !… ne l’ai-je pas vu baiser la main de Gertraud ?

— Vraiment, fit Johann. Pas bête, pas bête !…

La voix de Jean prit un accent plaintif.

— Gertraud ! Gertraud ! répéta-t-il ; mon seul bonheur !… elle ne m’aime plus… vous voyez bien, ajouta-t-il en se redressant une seconde fois ; il faut que je le tue !

— Ça me paraît clair, dit Johann ; d’autant que tu feras d’une pierre deux coups… en voilà un petit qui a de la chance de gagner un bon billet de mille francs comme ça sans se déranger !

— Mille francs ! prononça Jean, dont un fugitif éclair de raison traversa la cervelle troublée ; pourquoi me parlez-vous de mille francs ?

— Parce que c’est le même, mon fils, et qu’il nous a volé aussi quelque chose.

— Et vous voulez le tuer ?

— Juste…

Jean quitta brusquement le bras de son compagnon.

— Allez-vous-en, dit-il à voix basse ; je ne vous connais pas.

Ils passaient à ce moment à l’angle du marché, devant l’échoppe des Regnault.

— Voilà pourtant une fameuse place ! dit le marchand de vins, et avec ce qui resterait des mille francs, la pauvre bonne femme pourrait reprendre ses petites affaires… Ah ! ah ! mais tu aimes mieux laisser vivre le beau jeune homme, mon fils, afin qu’il baise encore la main de la jolie Gertraud…

Jean lui saisit le bras de nouveau.

— Qui êtes-vous ? s’écria-t-il d’une voix étouffée ; de qui parlez-vous ?

Avant que Johann eût pu répondre, le joueur d’orgue poursuivit fougueusement :

— Il ressemble à une femme, n’est-ce pas ?… Il a la joue blanche et rose avec de grands cheveux blonds bouclés ?…

— C’est que c’est vrai ! pensa Johann étonné ; le diable est fin… si c’était vraiment le même !… tu fais là tout son portrait, mon garçon, ajouta-t-il à voix haute.

— Il sourit doucement, continua Jean ; on dirait une jeune fille déguisée…

— C’est que c’est ça !

— Eh bien ! s’écria le joueur d’orgue en serrant avec folie le bras de Johann, donnez-moi votre argent, je le tuerai !

— Johann n’était pas en état de sentir tout ce qu’avait d’incertain cette promesse faite par un enfant ivre et en fureur. Il se proclama décidément au fond de l’âme le plus adroit et le plus heureux des négociateurs.

Ses rentes étaient gagnées.

Il attira le joueur d’orgue sous un bec de gaz et lui montra son visage.

— Tu te souviendras de ça, mon fils, lui dit-il ; et nous nous reverrons demain !

Il regagna, content et fier, son cabaret de la Girafe. Une minute après son départ, Jean, qui traversait l’ailée sombre conduisant à la pauvre demeure de sa grand’mère, ne se souvenait plus de lui.

Mais, en revanche, les événements de la soirée restaient obstinément gravés au fond de sa mémoire. La souriante beauté de Franz lui apparaissait dans l’ombre, et le piquait au cœur comme un sarcasme cruel. Sa haine grandissait, envenimée ; sa lèvre murmurait, à son insu, ces mots qui étaient maintenant une sanglante menace :

— Je n’ai rien oublié… rien !…