Le Frère de Voltaire 1685-1745)

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Le frère de Voltaire
A. Gazier

Revue des Deux Mondes tome 34, 1906


Le frère de Voltaire


LE FRÈRE DE VOLTAIRE (1685-1745)


Il serait bien curieux le chapitre d’histoire littéraire qui serait intitulé Voltaire et son frère ; mais, suivant toute apparence, on n’écrira jamais ce chapitre-là, car Voltaire paraît avoir pris un malin plaisir à ne pas renseigner la postérité sur les divers membres de sa famille. On sait en gros qu’il était fils d’un ancien notaire au Châtelet devenu sur le tard receveur des épices de la Chambre des comptes ; on sait également qu’il perdit sa mère de très bonne heure, qu’il avait un frère plus âgé que lui d’environ dix ans, et que sa sœur aînée, devenue Mme Mignot, a donné le jour à l’abbé Mignot, à Mme Denis et à Mme de Fontaine. Hors de là, on ne sait rien ; sur les dix ou douze mille lettres qui composent la correspondance de Voltaire, il n’y en a pas une qui soit adressée à son père, mort septuagénaire en 1722, ou à son frère aîné, qui vécut encore vingt-trois ans, ou à sa sœur ou à son beau-frère. L’auteur du Siècle de Louis XIV dit que son père avait bu jadis avec Corneille, et il paraît insinuer que ce receveur des épices était un homme dur et austère. Quant à son « janséniste de frère, » c’est à peine s’il lui a consacré vingt lignes, et elles sont d’une bien grande sévérité. Écrivant en anglais à son ami Thiériot, le 14 juin 1727, il déclare que son frère est le dernier des hommes à qui on pourrait confier le secret de son retour d’Angleterre ; il se plaint de son caractère indiscret, de sa grossièreté pédantesque, de son insolent égoïsme, et il dit en finissant : « Je vous avoue dans l’amertume de mon cœur que son insupportable conduite envers moi a été une de mes plus vives afflictions. » Dix ans plus tard, cherchant à découvrir si ce frère ne serait pas marié secrètement, il déplore son fanatisme, et dit qu’on le croit « fort intrigué dans l’affaire des convulsions. » Il n’est même pas question de lui en 1745, année de sa mort, bien que Voltaire, qui a signé son acte de décès, ait été son héritier. Quelle a été la nature de leurs relations ? nul ne le pourrait dire au juste ; mais ce que l’on sait, ce qui ressort de l’examen des documens contemporains, c’est qu’il était impossible de voir deux hommes plus dissemblables. « J’ai deux fils qui sont tous deux fous, aurait dit leur père, l’un fou de dévotion, et l’autre fou pour les vers et pour le théâtre. » C’est cette folie de dévotion qu’il peut être intéressant de considérer en étudiant d’après les sources le caractère et le rôle du janséniste convulsionnaire qui se nommait Armand Arouet, « le frère Brou ou le frère à la Bague. »

On sait aujourd’hui, grâce aux recherches de Jal, qu’Armand Arouet naquit à Paris le 22 mars 1685, et qu’il fut baptisé le 5 avril de la même année dans l’église de Saint-Germain-le-Vieil, une des nombreuses paroisses de la Cité. Il avait pour parrain « très haut et très puissant seigneur monseigneur Armand-Jean Du Plessis, duc de Richelieu, » et sa marraine, « très puissante dame Charlotte de Loobespine (sic, lisez l’Aubespine), » était la duchesse de Saint-Simon, la propre mère de l’auteur des Mémoires. Avec de pareils protecteurs, un ambitieux aurait pu se pousser dans le monde ; Armand paraît n’en avoir jamais eu le désir. Il a laissé son cadet courtiser les Richelieu et se servir de leur crédit pour faire sa fortune. En 1709 (c’est encore à Jal que l’on doit cette indication), il assistait avec François-Marie au mariage de leur sœur Marie-Marguerite qui épousait le sieur Mignot, et il prenait sur le registre la qualité de clerc tonsuré demeurant à Saint-Magloire. Agé alors de vingt-quatre ans environ, il n’était plus, comme on l’a cru à tort, un écolier en soutane. La dévotion sans doute l’avait porté à vouloir se faire oratorien. Mais en 1709, l’année qui vit détruire le monastère de Port-Royal, l’Oratoire était persécuté par les jésuites qui proposaient de l’anéantir ; et si le jeune Arouet inclinait dès lors vers le jansénisme, comme il y a lieu de le croire, il put comprendre qu’il ne ferait pas bon d’être le confrère du Père Quesnel. Il abandonna donc le petit collet, et il rentra dans le monde. Le 2 janvier 1722, il assistait dans l’église de Saint-Barthélémy en la Cité à l’inhumation de son vieux père, et l’acte de décès, signé par les deux fils du défunt, prouve qu’ils habitaient l’un et l’autre le bâtiment du Palais où venait de mourir le receveur des épices de la Chambre des comptes. Bien qu’ils suivissent des voies très différentes, puisque Voltaire était déjà l’auteur d’Œdipe et que la Henriade était presque achevée, Armand et François-Marie n’étaient pas alors des frères ennemis ; suivant toute apparence, ce sont des discussions d’intérêt qui les ont divisés à tout jamais. Voltaire accusait son père de l’avoir déshérité ; il ne se contentait pas des quatre ou cinq mille livres de rentes que lui valait sa part de la succession paternelle ; il attaqua donc le testament, et un procès fut engagé qui dura longtemps et qui ne paraît pas avoir été gagné par le poète.

Plusieurs années s’écoulèrent durant lesquelles le receveur des épices semble n’avoir joué aucun rôle, tandis que son frère le poète, bâtonné par le chevalier de Rohan et embastillé pour la seconde fois, était finalement exilé en Angleterre. On peut toutefois se demander si Armand n’aurait pas lui aussi rimé quelques vers ; s’il n’aurait pas du moins engagé son frère à faire œuvre de poète janséniste ; si, en un mot, il ne serait pas l’auteur ou plus probablement l’inspirateur de deux petits ouvrages en vers : un poème dont il existe des copies manuscrites avec cette indication ; Poème héroïque de M. Aroüette (sic) de Voltaire et une ode en 19 strophes contre les jésuites. Les poésies jansénistes du XVIIIe siècle sont en général d’une grande platitude, et l’on a dit en plaisantant que la grâce, sans laquelle un poète ne peut rien, est précisément ce qui leur manque le plus. Or les vers attribués à Voltaire tranchent manifestement sur les autres ; la facture en est assez bonne ; il s’y rencontre çà et là de beaux vers, et certaines allusions, certaines espiègleries, certaines méchancetés aussi donnent à penser que les deux pièces pourraient bien être de lui. Si ce n’est pas lui qui les a composées, c’est donc son frère ou bien quelqu’un des siens. Mais, comme le dit avec raison un bibliophile du temps qui avait inséré dans ses recueils des copies de ces deux poèmes, ils ne sauraient être antérieurs à 1728. Or, Voltaire à cette date était encore en Angleterre ; il publiait la Henriade, il travaillait pour le théâtre, et ne paraissait guère songer aux querelles religieuses qui reprenaient avec une nouvelle intensité depuis la mort du diacre Paris. Il est bien difficile aussi d’admettre que Fauteur de l’Épître à Uranie, le Lucrèce nouveau qui voulait dès 1722 « arracher à la religion son flambeau, » ait consenti à décrire, en 1728, une apparition du saint évoque Jansénius au cardinal Fleury ou à versifier une diatribe contre Ignace de Loyola.

Mais d’autre part, c’est bien Voltaire qui, en août 1725, c’est-à-dire trois ans après avoir écrit l’Épitre à Uranie, adressait à la présidente de Dernières la lettre si curieuse où se lisent ces lignes : « Je sers Dieu et le diable tout à la fois assez passablement. J’ai dans le monde un petit vernis de dévotion que le miracle du faubourg Saint-Antoine m’a donné. La femme au miracle est venue ce matin dans ma chambre. Voyez-vous quel honneur je fais à votre maison, et en quelle odeur de sainteté nous allons être ? M. le cardinal de Noailles a fait un beau mandement à l’occasion du miracle, et pour comble ou d’honneur ou de ridicule, je suis cité dans ce mandement. On m’a invité en cérémonie à assister au Te Deum qui sera chanté à Notre-Dame en action de grâces de la guérison de Mme La Fosse… »

Ce fragment d’une lettre écrite à la Comédie-Française dans la loge d’une actrice a besoin d’explication, car nous y voyons Voltaire mêlé de la façon la plus directe aux choses du jansénisme. Voici les faits : Anne Charlier, âgée à cette époque de quarante-cinq ans et femme du sieur La Fosse, ébéniste au faubourg Saint-Antoine, fut guérie subitement, le 31 mai 1725, en suivait la procession de la Fête-Dieu, d’une perte de sang dont elle souffrait depuis vingt ans, et qui l’avait réduite à l’extrémité. L’effet produit par cette guérison soudaine et radicale fut d’autant plus considérable que le prêtre qui portait l’ostensoir, messire Goy, curé de Sainte-Marguerite, était un appelant de la bulle Unigenitus, c’est-à-dire, aux yeux des jésuites, un janséniste avéré, un hérétique notoire. C’était donc, à soixante-dix ans d’intervalle, une réédition de ce fameux miracle de la Sainte-Épine qui en 1656 avait transporté Pascal de joie et d’admiration. Ici, Pascal c’est Voltaire en personne, Voltaire âgé de trente et un ans et déjà célèbre. « Pour comble ou d’honneur ou de ridicule, dit-il dans sa lettre, je suis cité dans le mandement. » Et de fait, il est bel et bien question de Voltaire dans le mandement de Noailles qui relate officiellement le miracle ; voici le passage qui le vise de la manière la plus directe. Après avoir parlé du désintéressement dont Mme La Fosse fit preuve en refusant absolument les présens que voulaient lui faire « une auguste princesse et d’autres personnes d’une grande considération, » le cardinal ajoutait : « Enfin un homme connu dans le monde, sur qui le miracle avait fait une vive impression, pressa le mari, par un mouvement de charité, de recevoir quelque argent. Le sieur de la Fosse, pénétré de reconnaissance de la grâce si surprenante faite à sa femme, répondit avec foi qu’il ne serait pas dit qu’il eût vendu les dons de Dieu. » L’homme connu dans le monde, Voltaire aurait pu dire en empruntant à Molière un vers du Misanthrope :

C’est moi-même, messieurs, sans nulle vanité,

et il est aisé d’expliquer la suite de sa lettre à Mme de Bernières. Il est allé, comme tant d’autres, visiter la miraculée du faubourg Saint-Antoine [1] ; il a manifesté hautement sa surprise, voire son admiration, et il a cru pouvoir offrir au mari une somme d’argent qui fut refusée. Mais comme une politesse en vaut une autre, on lui remit un exemplaire du mandement où il était parlé de lui, et « la femme au miracle, » Mme La Fosse en personne, vint le prier de vouloir bien assister le dimanche 26 août, presque au lendemain du jour où il écrivit à la présidente, au Te Deum solennel que la paroisse Sainte-Marguerite devait chanter à Notre-Dame en vertu du mandement du 10 août.

Voilà donc un premier fait bien établi. Qu’il ait ou non assisté à la cérémonie de Notre-Dame, Voltaire s’est donné, en août 1725, « un petit vernis de dévotion, » et qui plus est de dévotion janséniste. C’était de sa part une pure grimace, un avant-goût des trop fameuses pâques de Ferney, et s’il donnait ainsi des gages au parti janséniste, c’est évidemment parce qu’il avait intérêt à faire acte d’hypocrisie. Peut-être croyait-il pouvoir amadouer ainsi son frère aîné avec lequel il était en procès au sujet de l’héritage paternel ; peut-être aussi, et la chose est vraisemblable, si son frère et lui ne se voyaient plus, espérait-il se concilier, en faisant bien le janséniste, les bonnes grâces de quelque personnage influent de la magistrature ou du clergé. Bien fin qui pourrait dire au juste quelle idée ou quel sentiment le faisait agir en cette circonstance. Or si Voltaire, en 1725, a pu contrefaire ainsi le janséniste pour complaire à sa famille ou à ses amis, rien n’empêche de croire qu’en 1728, durant son exil en Angleterre, il ait fait, pour se réconcilier avec son frère ou pour toute autre raison, de nouvelles avances aux jansénistes. Il aurait alors, sans se mettre en frais d’imagination, improvisé en quelques heures le petit poème que des contemporains lui ont attribué sans la moindre hésitation. Il aurait aussi, par la même occasion, et parce que son penchant pour la satire lui tenait lieu d’inspiration, composé avec plus de plaisir et avec plus de verve les dix-neuf strophes de l’Ode sur les matières du temps qu’on lui attribuait de même. A nous de voir maintenant si les considérations d’ordre purement littéraire autorisent ou non cette attribution. La contexture du « poème héroïque » de 1728 est on ne peut plus simple : une double invocation hors de proportion avec le reste de l’ouvrage, une longue prière adressée à l’Eternel par Soanen, évêque de Senez, prisonnier à la Chaise-Dieu, et finalement une apparition de Jansénius qui invite le cardinal Fleury à changer de politique religieuse, telles sont les trois parties de ce fragment d’épopée contemporain de la Henriade. Les vers sont facilement faits, trop facilement même, et quelques-uns d’entre eux sont assez beaux, celui-ci par exemple à propos des Jésuites qui, au dire du poète :

Peuplent l’enfer de saints et le ciel d’idolâtres,

ou ceux-ci encore, à propos de ces mêmes Jésuites :

Quelque fier ennemi qui les ose outrager,
Si, pendant qu’il respire, ils n’ont pu se venger,
Lorsqu’il n’a plus de traits qui puissent le défendre
Ils attendent sa mort pour attaquer sa cendre.

Mais, dans l’ensemble, ces vers ne sont pas d’un véritable poète ; ils sont d’un versificateur très habile qui traduit Virgile ou qui imite Racine, et qui réédite avec des variantes certains épisodes de la Henriade : il n’y faut pas chercher la trace d’une Conviction sincère ou d’une émotion profonde ; et d’ailleurs on la chercherait en vain même dans la Henriade.

Ce qui donne encore à penser que ces vers sont bien de Voltaire, c’est d’abord la mention de « l’exil injuste » auquel le poète se dit « condamné ; » ce sont surtout les traits satiriques que l’auteur a trouvé moyen de semer à tout propos et quelquefois hors de propos ; c’est enfin la désinvolture parfaite avec laquelle ce même auteur laisse voir qu’il est fatigué, qu’il ne s’intéresse puis à ce qu’il semblait vouloir prouver. La fin de ce petit poème est bien digne de ce gamin de Paris qui, lors de la première représentation de son Œdipe, faisait force gambades sur la scène derrière le devin Tirésias. Il est difficile de prendre au sérieux une œuvre dont voici les derniers vers :

Ainsi parle le saint, et Fleury qui l’écoute,
Le voyant remonter dans la céleste voûte,
Dans les troubles divers dont il est travaillé,
Doute s’il dort encore ou s’il est éveillé.

On comprend que les amis de Soanen ne se soient pas souciés de publier un tel poème, et que Voltaire n’ait pas éprouvé plus tard le besoin de l’insérer dans ses Œuvres complètes.

Quant à l’Ode sur les matières du temps, sans être d’une grande envolée, elle fait plus d’honneur au talent poétique de son auteur, et elle peut figurer à côté des odes authentiques de Voltaire. Les vers prosaïques y sont moins nombreux que dans le poème, et l’heureux choix du rythme paraît avoir produit d’assez bons effets. Chacune des dix-neuf strophes de cette ode est composée de six vers dont les trois premiers, trois octosyllabes, donnent, par leur sécheresse même et par la monotonie de leurs rimes accouplées, une certaine ampleur aux trois alexandrins qui les suivent. Voici, par exemple, la dixième strophe, dans laquelle le poète veut nous montrer Satan qui suggère à Loyola l’idée d’instituer la Compagnie de Jésus :

L’habile tyran du Cocyte,
Arrêtant sa vaine poursuite,
Lui promet de plus grands exploits ;
Et pour le couronner d’une gloire immortelle
Il lui dicte le plan d’une secte nouvelle
Qui doit marcher un jour sur la tête des rois.

Et la dix-huitième strophe n’est pas moins caractéristique :

Grand Dieu ! c’est toi que l’on insulte ;
Les ennemis de ton vrai culte
N’en veulent pas demeurer là.
Tu ne peux établir ton pouvoir sur la terre
Qu’en les précipitant, par un coup de tonnerre,
Dans le fond du Tartare aux pieds de Loyola. On ne ferait pas tort à Voltaire en lui attribuant ces vers lyriques, bien qu’ils ne soient pas meilleurs que les vers de J.-B. Rousseau ou de Le Franc de Pompignan. Ceux qui les avaient reçus de lui en 1728 ne pouvaient songer à les faire imprimer, car la police s’y serait opposée. Lui-même d’ailleurs les aurait bientôt désavoués, car il comprit, dès cette année-là, qu’il n’y avait rien à espérer d’une alliance avec les défenseurs du Père Quesnel. Il abandonna donc ses amis de la veille sans le moindre scrupule, et l’année 1728 n’était pas écoulée que Voltaire écrivait ostensiblement au jésuite Porée, son ancien professeur à Louis-le-Grand : « J’ambitionne votre estime, non seulement comme auteur, mais comme chrétien. » Un chrétien si orthodoxe ne pouvait plus attaquer Loyola, Laffiteau ou Tencin ; il ne pouvait plus prendre en main la cause de Mme La Fosse ou celle de Soanen ; la volte-face était complète. Mais quel curieux spectacle ! et comme il est intéressant de voir ainsi le coryphée du déisme philosophique déguisé durant trois ou quatre ans en disciple de Pascal ! Si Voltaire avait fait naufrage en mer quand il revint de son exil d’Angleterre en 1728 ou dans les premiers jours de 1729, il aurait certainement trouvé place dans le Petit Nécrologe de René Cerveau, dans ce catalogue si instructif « des plus célèbres défenseurs et confesseurs de la Vérité. » On croit rêver quand on voit ainsi associer aux illuminés de Saint-Médard l’auteur du Dictionnaire philosophique et de Mahomet.

S’ils sont de Voltaire, et peut-être, après ce qui vient d’être dit, est-il malaisé d’en douter, ces vers jansénistes seraient le dernier témoignage de son amitié pour son frère aîné. A dater de 1728, l’auteur des Lettres anglaises et le receveur des épices se sont de plus en plus éloignés l’un de l’autre. Leur antagonisme était tel que Voltaire écrivait, le 17 mai 1741, à son agent d’affaires, l’abbé Moussinot : « Je vous envoyai ma signature en parchemin dans laquelle j’oubliais le nom d’Arouet, que j’oublie assez volontiers. Je vous renvoie d’autres parchemins où se trouve ce nom, malgré le peu de cas que j’en fais. »

Si Voltaire oubliait si volontiers le nom de son père, s’il en faisait si peu de cas, n’est-ce pas surtout parce qu’il voyait ce nom porté par un frère détesté, par un homme qu’il considérait comme un fanatique dangereux ? Peut-être aussi tous les torts n’étaient-ils pas de son côté, et en définitive il pouvait avoir quelques raisons pour préférer au nom d’Arouet celui qu’il s’était donné lui-même en entrant dans le monde des lettres.

« Savez-vous ce que c’est qu’un convulsionnaire ? a dit Voltaire quelque part. C’est un de ces énergumènes de la lie du peuple qui, pour prouver qu’une certaine bulle du Pape est erronée, vont faire des miracles de grenier en grenier, rôtissant des petites filles sans leur faire du mal, leur donnant des coups de bûche et de fouet pour l’amour de Dieu, et criant contre le Pape. » C’est du frère de Voltaire considéré comme énergumène et comme rôtisseur de petites filles qu’il va être question maintenant, et l’on verra, grâce à de précieux documens imprimés ou manuscrits que nous a transmis le XVIIIe siècle, le rôle de M. le receveur des épices de la Chambre des comptes devenu l’un des « frères » de l’étrange confrérie du cimetière de Saint-Médard.

Un vieux recueil manuscrit intitulé Notes historiques, dans lequel sont catalogués par ordre alphabétique les personnages qui ont été mêlés de près ou de loin à « l’Œuvre des convulsions, » consacre environ douze pages à Monsieur Arouet, Armand, dit le frère à la bague et aussi Brou. C’est là qu’il faut puiser si l’on veut connaître un des hommes les plus bizarres que la terre ait jamais portés. Or voici ce que disent les Notes historiques, citant le Journal manuscrit de Gabrielle Moler, une convulsionnaire fameuse entre toutes : « M. Arouet était aîné de Voltaire de dix ans ; il avait un esprit singulier, tantôt extrême dans la dévotion, d’autres fois, ne sachant plus à quoi s’en tenir. Il en était de même à l’égard des miracles des convulsions et de toutes autres choses ; en tout il était singulier. Il succéda à Monsieur son père dans la commission ou charge de receveur des épices de la Chambre des comptes. Ce père disait, parlant de ses enfans : j’ai deux fils qui sont tous deux fous, l’un fou de dévotion, et l’autre fou pour les vers et pour le théâtre. » Quelques lignes plus bas, il est encore question de ses singularités, et le manuscrit en rapporte quelques exemples. Un jour il fut trouver un curé de la Cité, et il lui dit en jetant sa bourse sur la table : « Curé, dites-moi la confession de Gabrielle [Moler], et je vous donne ma bourse pour vos pauvres. » Une autre fois, ce grand dévot se mit en tête d’aller à l’Opéra ; il envoya chercher une voiture, et cela en sortant de chez le curé qui ne révélait pas les confessions. Lorsqu’il fut monté, le cocher lui demanda : « Monsieur, où faut-il vous mener ? » Alors il dit en balbutiant : « A l’O… à l’O… à l’Hôpital. » Et il se fit conduire, non pas chez les danseuses, mais à la Salpêtrière où était enfermée la convulsionnaire Gabrielle Moler. Le diable l’avait tenté, et il avait failli succomber ; ce fut dans cette circonstance, ajoute la notice manuscrite, que M. Arouet dit avec bien du regret et en pleurant : « Ah ! mon Dieu, mille millions de purgatoire ! » ce qu’il répéta plusieurs fois.

Armand Arouet ne semble donc pas avoir été un esprit bien pondéré ; mais les anecdotes rapportées ci-dessus le représentent simplement comme un homme fantasque et bizarre. C’est avant 1722 que l’ancien notaire Arouet traitait de fous ses deux enfans ; c’est dix ou douze ans plus tard que son fils aîné devint partisan des convulsionnaires ; voici en quelle circonstance. Voltaire et son frère avaient un cousin que les Notes historiques appellent « Monsieur Archambault, gentilhomme de Meaux, de l’illustre famille des Archambault, » et ce cousin, que l’on nous représente comme un homme de beaucoup d’esprit, — on peut être cousin de Voltaire et avoir de l’esprit, — était d’une piété angélique, d’une simplicité d’enfant. « C’est une belle âme, » disait-on de lui quand on voulait le peindre d’un seul mot. Or le cousin Archambault, qui n’était pas précisément de ce que Voltaire appelle la lie du peuple, donna dans les convulsions de la manière la plus complète ; on nous apprend qu’il mourut septuagénaire vers 1765, après avoir « exercé » durant plus de trente ans, sans autre interruption qu’un séjour de deux ans à la Bastille, de 1738 à 1740 [2].

Cet Archambault ne paraît pas avoir eu la moindre influence sur Voltaire, si ce n’est peut-être en 1725, lors du mandement de Noailles, et en 1728, à l’époque des deux poèmes jansénistes ; mais ce fut lui qui se chargea d’initier Armand Arouet aux beautés ineffables de l’œuvre des convulsions. Et ce n’est pas dans un grenier, n’en déplaise à Voltaire, que ces deux bourgeois entrèrent en relations avec les convulsionnistes et avec les convulsionnaires ; ils semblent avoir opéré pour la première fois en plein Paris, à deux pas du Palais, chez le curé de Saint-Germain le Vieil en la Cité. Ce curé, dont il a été parlé ci-dessus, était messire Jacques de Rochebouët, docteur de Sorbonne ; il exerça paisiblement ses fonctions curiales depuis 1729 jusqu’en 1743, année de sa mort, et néanmoins, c’était un des partisans les plus déclarés des convulsions dites « à grands secours, » c’est-à-dire celles qui comportaient les coups de bûche et au besoin le rôtissage.

C’est chez M. de Rochebouët que s’opéra la guérison de Madeleine Durand, de cette jeune fille d’Orléans qui avait un horrible cancer à la bouche, et dont la guérison fut aussi complète que celle de la nièce de Pascal, de la petite Périer.

Le fait ne nous intéresserait pas en lui-même, mais il a été attesté par Arouet le 8 juin 1736, et en 1747, Voltaire aurait pu lire, non sans une certaine stupéfaction, le certificat délivré par son frère ; il est imprimé tout au long à la fin du 3e tome de la Vérité des miracles de M. de Paris, par Carré de Montgeron [3].

Certaines parties de ce certificat, celles qui décrivent dans toute son horreur l’affreuse maladie de Madeleine Durand, sont d’un réalisme tel qu’on n’oserait les transcrire, de peur de donner des nausées aux lecteurs qui ne sont pas médecins ; les autres au contraire ont une saveur particulière, et peut-être ne sera-t-on pas fâché d’avoir sous les yeux un spécimen de cette prose semi-voltairienne. L’auteur des Notes historiques en avait détaché quelques passages, choisis avec beaucoup de tact et de discrétion ; on ne peut que reproduire ce qu’il avait cru devoir conserver :

« Je, soussigné, Armand Arouet, Receveur des épices de la Chambre des comptes, déclare qu’ayant été témoin d’une partie des merveilles qu’il a plu à Dieu d’opérer sur la personne de Madeleine Durand, je crois devoir rendre hommage à la vérité en donnant un témoignage de ce que j’ai vu vers la fin du mois de mai 1733. On me raconta des choses étonnantes des convulsions de cette petite fille, qui avait alors environ douze ans. Me défiant presque également de ceux qui croient avec trop de facilité et de ceux qui, déterminés à ne rien croire, s’obstinent à nier les faits sans vouloir se donner la peine d’approfondir, je pris la résolution de la voir souvent, et de l’examiner avec toute l’attention possible. Je fus frappé d’horreur au premier coup d’œil que je jetai sur cette enfant ; à peine avait-elle la figure humaine… Il ne fallait qu’un coup d’œil pour être pénétré d’horreur et de compassion. Je l’ai vue souvent tomber en convulsion ; elle paraissait alors être hors d’elle-même et ne s’apercevoir de rien de ce qui se passait auprès d’elle. Occupée de divers sentimens qui naissaient dans son cœur, elle les exprimait au dehors par des prières courtes et fort vives… Je l’ai vue couper avec des ciseaux un morceau de son cancer ; son sang coulait alors avec abondance. Mais dès qu’elle eut mis de l’eau du puits de M. de Paris sur cette coupure, dans l’instant même le sang fut étanché. Je n’ai vu cela qu’une fois, mais je sais qu’un grand nombre de personnes rendront le même témoignage, l’ayant vu comme moi [4]. Ayant appris que les plus habiles chirurgiens d’Orléans avaient déclaré son mal incurable, et que leurs témoignages se trouvaient confirmés par celui de plusieurs des plus célèbres chirurgiens de Paris, j’ai cessé de la voir assidûment, et j’ai attendu l’événement. Je l’ai vue parfaitement guérie au commencement de 1735, et plusieurs autres fois depuis, et en dernier lieu on me l’a encore présentée aujourd’hui 8 juin 1736. Les convulsions qui ont suivi immédiatement l’invocation du B [ienheureux], dont j’ai été témoin ; son cancer disparu totalement sans qu’il reste sur sa joue et au dedans de la bouche aucun vestige de fer ou de feu ; la parfaite santé dont elle jouit à présent, tout cela m’a convaincu qu’on ne peut donner à un autre agent que Dieu une guérison si miraculeuse. Il n’est que trop vrai que quand Dieu n’amollit point le cœur par l’onction intérieure de sa grâce, les grâces extérieures ne servent qu’à l’endurcir davantage. On ne doit donc point être ni surpris ni intimidé de la contradiction qu’éprouvent aujourd’hui les plus grands miracles, et cela ne doit point empêcher de leur rendre témoignage. C’est dans cet esprit que je me suis déterminé à donner le mien, pour obtenir de Dieu la grâce de ne point voir stupidement des merveilles qui étonnent les yeux et qui souvent laissent le cœur sans vie et sans mouvement. Fait à Paris le 8 juin 1736. Signé : ARMAND AROUET, etc. » Arouet a certifié de même ce que Carré de Montgeron appelle le miracle de la petite Aubigan, de cette fille qui redressa et allongea à grands coups de battoir une jambe crochue et beaucoup trop courte. Les assistans étaient « épouvantés, » lisons-nous p. 628 ; entre autres M. de la Croix l’archidiacre et M. Arouet « en étaient tout hors d’eux-mêmes. »

Ces choses-là se passaient chez M. de Rochebouët, curé de Saint-Germain le Vieil ; le fait suivant que les Notes historiques rapportent d’après Montgeron (tome III, p. 724) eut pour théâtre l’appartement même du receveur des épices ; c’est donc en plein Palais de justice que se seraient produits ces phénomènes d’invulnérabilité ; il est fâcheux que Voltaire n’ait pas assisté à cette curieuse séance.

« Il y a des convulsionnaires qui donnent des coups d’épée à des personnes qui n’ont jamais eu de convulsion ; et comme c’est Dieu qui le leur fait faire, il rend ces personnes invulnérables à leurs coups, quoiqu’elles ne les reçoivent que malgré elles. C’est ce qui est arrivé entre autres gens de marque à un officier de distinction qui, vers le commencement de 1745, vint voir M. Arouet, chez qui il y avait alors beaucoup de monde et quatre convulsionnaires en convulsion. Cet officier ayant paru incrédule au prodige de l’invulnérabilité des convulsionnaires, Dieu voulut le convaincre par sa propre expérience que ce prodige était très réel. Tout à coup ces quatre convulsionnaires, qui avaient chacune une épée à la main, vinrent les pousser de tous les côtés sur cet officier, qui en fut si effrayé qu’il en demeura comme immobile. Il sentait à sa peau les pointes de tous les coups qu’elles lui portaient. Mais quoique ces quatre convulsionnaires les poussassent de toutes leurs forces, il n’en reçut aucune blessure, et ne put s’empêcher d’admirer un tel prodige, quoiqu’il parût fort peu content d’avoir été malgré lui le sujet sur lequel il s’était opéré. »

Mais voici, à la page suivante, quelque chose de plus fort encore, il s’agit d’une guérison opérée sur un blessé à grands coups d’épée, et cela chez Arouet, toujours en plein Palais. Voici le certificat imprimé par Montgeron en 1747 :

« Je soussigné, ancien chef des travaux des armées du roi, certifie que le jour de la Fête-Dieu 1744, après midi, étant dans un appartement de la Chambre des comptes, je suis tombé par derrière sur la tête avec une si grande force crue je sentis trembler sous moi le plancher de cet appartement, quoiqu’il soit très solide. Je demeurai un quart d’heure et plus dans cette posture, soufflant comme un bœuf et n’ayant pas la force de me relever, tout mon corps étant devenu raide comme une barre de fer. Au bout de ce temps, quelqu’un vint me relever et me mit dans un fauteuil ; mais j’étais si étourdi qu’à peine savais-je où j’étais, et je ne doutai point que ma tête ne fût toute fracassée. Mais Dieu eut pitié de moi, et une demi-heure après me guérit subitement de cette blessure d’une manière d’autant plus évidemment, miraculeuse qu’elle est plus singulière et plus étonnante. Les sœurs Félicité, Madeleine, Taïs et Fanchon Le Moine, qui étaient alors chez M. Arouet, ayant vu mon accident, vinrent sur moi ayant chacune une épée à la main, et me les pointèrent pendant près d’une demi-heure contre les côtes et les mamelles avec tant de force que leurs épées pliaient sur mon corps. Je les en grondais, n’ayant pas alors assez de présence d’esprit pour reconnaître que c’était Dieu qui les faisait agir ainsi, et je les aurais empêchées si je l’avais pu ; mais je n’avais pas la force de me remuer. Cependant non seulement les pointes de leurs épées ne me firent aucun mal, mais dès qu’elles eurent cessé de me pointer je me trouvai si parfaitement guéri de la blessure que j’avais à la tête que depuis ce moment je n’y ai plus ressenti aucun mal, et je me suis tout à coup trouvé d’une santé parfaite. Ainsi je crois très fermement qu’en même temps que Dieu a rendu mon corps impénétrable et invulnérable à ces coups d’épée, il a pareillement rétabli tout ce qu’il y avait de brisé dans ma tête. En foi de quoi j’ai signé le présent certificat, dont j’espère avoir le courage de soutenir la vérité devant telles personnes que ce puisse pourvu que Dieu, par sa miséricorde, me conserve dans le sentiment de tout sacrifier pour lui plaire qu’il met présentement dans mon cœur.

« Fait à Paris le 8 septembre 1745,

Signé[5]. »

Le lecteur défiant se dira peut-être, en lisant un pareil certificat, que la chute du pauvre homme avait dû être terrible, et qu’il en était résulté des lésions cérébrales bien graves que n’a pas soupçonnées la naïveté de Montgeron ; Voltaire, qui savait ses auteurs, n’aurait pas manqué de tirer cette conclusion et de dire après Molière :

Et je lui crois, pour moi, le timbre un peu fêlé.

Mais il n’en est pas moins vrai que ces faits-là se sont passés dans l’appartement même qu’il avait longtemps habité, dans celui où son père était mort en 1722, vingt-trois ans auparavant.

De l’invulnérabilité à l’incombustibilité il n’y a qu’un pas, et ce pas, le frère de Voltaire n’avait pas tardé à le franchir. Il a signé le 12 mai 1736, en assez bonne compagnie il est vrai, car les autres signataires sont un docteur de Sorbonne, un chanoine de Bayeux, trois bourgeois de Paris, milord Perth, le conseiller Carré de Montgeron. Boindin seigneur de Boisbessin, écuyer, et les deux frères Archambault, écuyers, l’extraordinaire certificat qu’on peut lire au second tome de la Vérité des miracles [6] :

« Nous, soussignés… certifions que nous avons vu ce jourd’hui, entre huit et dix heures du soir, la nommée Marie Sonnet étant en convulsion, la tête sur un tabouret et les pieds sur un autre, lesdits tabourets (de fer) étant entièrement dans les deux côtés d’une grande cheminée et sous le manteau d’icelle, en sorte que son corps était en l’air au-dessus du feu qui était d’une violence extrême, et qu’elle est restée l’espace de trente-six minutes en cette situation, en quatre différentes reprises, sans que le drap dans lequel elle était enveloppée, n’ayant pas d’habits, ait brûlé, quoique la flamme passât quelquefois au-dessus ; ce qui nous a paru tout à fait surnaturel. En foi de quoi nous avons signé ce jourd’hui 12 mai 1736.

Signé ARMAND AROUET.

« Plus nous certifions que pendant qu’on signait le présent certificat, ladite Sonnet s’est remise sur le feu en la manière ci dessus énoncée, et y est restée pendant neuf minutes, paraissant dormir au-dessus du brasier qui était très ardent, y ayant eu quinze bûches et un cotteret de brûlé pendant lesdites deux heures et quart.

« Fait le dit jour et an que dessus, signé… ARMAND AROUET… La petite fille ainsi rôtie, — elle demeurait exposée au feu, lisons-nous à la page suivante « le temps nécessaire pour faire rôtir une pièce de mouton ou de veau, » la « sœur » Marie Sonnet, était surnommée la Salamandre, et l’on conviendra qu’elle n’avait pas volé ce joli surnom. Une autre convulsionnaire, la petite amie qu’Armand alla voir un jour non pas à l’Opéra, mais à l’hôpital, faisait mieux encore : elle s’endormait sur le brasier ; et quand elle se réveillait, elle prenait avec la main un charbon ardent qu’elle avalait « pour se rafraîchir, » puis elle se mettait à chanter d’une voix harmonieuse comme font les cantatrices qui viennent de s’éclaircir la voix en avalant un œuf cru.

Faut-il s’étonner après cela si Armand Arouet, devenu incombustible lui-même, ne périt pas, en octobre 1737, dans le terrible incendie qui dévora la Chambre des comptes, et qui ne put être éteint qu’après trois jours, après avoir anéanti d’admirables archives et causé la mort de plusieurs personnes ? On peut voir dans les mémoires du temps et en particulier dans le Journal de l’avocat Barbier le détail de cette catastrophe ; Barbier insinue que les jansénistes pourraient bien avoir allumé cet incendie pour venger leur ami Carré de Montgeron, incarcéré à la Bastille puis interné dans une ville du Midi. « M. Arouet, dit-il pour expliquer la chose et se justifier d’avoir émis un pareil soupçon, M. Arouet demeure dans l’emplacement de la Chambre. Il est grand janséniste ; il est très honnête homme, mais cela ne fréquente que des jansénistes ; et il y a tel prêtre qu’il regarde comme un saint et qui est un cerveau brûlé, capable d’une telle méchanceté. Pour moi, j’aurais fait arrêter tous ceux qui demeurent et logent dans l’enceinte de la Chambre… » Arouet ne fut ni arrêté, ni inquiété, ni révoqué, ni mis en demeure de vendre sa charge, et néanmoins il y avait, comme on va le voir, bien du « jansénisme » dans son affaire. Voici en effet ce que disent les Notes historiques à propos de cet incendie [7] :

« Pendant les deux mois que M. de Montgeron fut à la Bastille (en août et septembre 1737), des magistrats firent brûler dans les fossés de cette prison royale la première édition de son ouvrage. A cette occasion, plusieurs convulsionnaires dirent publiquement : Ils ont brûlé les papiers de Dieu, Dieu brûlera les leurs. Ce fut vers ce temps que le feu prit à la Chambre des comptes, sans qu’on ait pu découvrir d’où était venu cet accident. Mais l’on a vu avec étonnement que l’appartement de M. Arouet, trésorier, qui tenait au bâtiment embrasé, n’a reçu aucun dommage. Une convulsionnaire, pendant ce feu, répandait dans l’appartement de ce Monsieur de la terre du tombeau de M. de Paris. »

Le rôtisseur de petites filles dut avoir bien peur ce jour-là, et l’on se demande ce que la convulsionnaire susnommée pouvait bien faire dans cet appartement durant la nuit du samedi 26 octobre, entre deux et trois heures du matin. Barbier se serait demandé si les salamandres ne savent pas allumer le feu, mais Barbier était une mauvaise langue. Il est plus que probable que la convulsionnaire habitait dans le voisinage, qu’elle put accourir au premier cri d’alarme, et qu’elle pénétra dans l’appartement d’Arouet à la faveur du désordre. Elle avait, dit l’annotateur de Montgeron, prédit expressément que l’appartement du Receveur ne recevrait aucun dommage, et elle communiquait ainsi à son ami le précieux privilège de l’incombustibilité ; elle savait l’art de préserver les maisons du feu.

Que sont, après ce qu’on vient de lire, les menus faits de convulsion, les extases, les macérations, les discours prophétiques, les prières et autres choses de ce genre ? Il est donc à peine nécessaire d’ajouter ce que relaie le Journal manuscrit de Gabrielle Moler [8], rédigé d’ordinaire par l’écuyer Archambault ; voici pourtant ce qu’on y trouve de plu6 caractéristique au sujet de M. Arouet, le Frère à la bague, ainsi nommé sans doute parce qu’il avait au doigt un anneau d’une grande richesse.

« Ce fut le 14 ou 15 mai 1735 que M. Archambault mena M. Arouet, dit le Frère à la bague (ce M. Arouet était le frère de ce malheureux Voltaire), chez la sœur Gabrielle. Le 6 juin, elle a commencé un jeûne pour le Frère à la bague, où elle ne prenait par jour qu’un petit pain de sa façon de la grosseur d’une noisette, et autant d’eau qu’il en pouvait tenir dans la coquille de cette amande, c’est ce qui a composé sa nourriture pendant huit jours ; et son lit, toujours le plancher ; elle a fait d’autres pénitences pour ce Monsieur… Le 2 juillet, elle s’est fait acheter deux livres de pain bis pour passer les quatre semaines de son jeûne, qui doit commencer le 4 juillet sans qu’il soit interrompu par le dimanche… Elle a envoyé pendant huit jours un morceau de son pain bis au Frère à la bague… Le 13 septembre, il arriva sur le soir un frère qu’aucun de nous ne connaissait pour être de la secte des Vaillantistes [9] ; aussitôt nous vîmes la sœur souffrir extraordinairement ; elle fit signe de faire venir le Frère à la bague parce qu’il ferait sortir ce frère. Le Frère à la bague arriva, parla fortement contre ce fanatisme, et le fit sortir. Nous vîmes sur-le-champ la sœur Gabrielle reprendre ses couleurs, sa tristesse s’évanouit, et elle passa dans un état de joie qu’il n’est pas possible de décrire… Les 20, 21 et 22, la sœur Gabrielle prit également la maladie du Frère à la bague ( ? )… Le 24 octobre, avant d’entrer dans son état de sommeil, elle mangea la moitié d’une lentille crue, et au coup de huit heures elle entra dans son sommeil, en présence des curés de Saint-Germain le Vieil, M. de Rochebouët, et de Sainte-Marine, M. Isoard, de l’abbé Boucher, conseiller de Grand’Chambre, de M. Arouet et autres ; elle fut gardée à vue dans son état de sommeil ; on se succédait les uns aux autres, et chacun rendit témoignage qu’elle n’avait pas changé de situation jusqu’au 28 à six heures du soir qu’elle sortit de cet état de mort en présence de M. l’abbé Boucher, de M. Arouet et autres. Elle a fait dire sur-le-champ un Te Deum et brûler un cierge devant l’image de la Sain te-Vierge… » Gabrielle Moler fut arrêtée le 30 octobre 1738, elle avait seize ans à peine ; elle demeura à la Bastille jusqu’au 17 décembre, puis on l’enferma dans « la prison flétrissante » de la Salpêtrière où on la traita avec la dernière rigueur sans pouvoir jamais l’affaiblir, et elle mourut dans sa prison le 29 mars 1748, à l’âge de vingt-six ans, et après neuf ans et demi de captivité [10]. Arouet ne l’abandonna pas dans sa détresse ; il la visitait fréquemment, elle et les autres convulsionnaires prisonnières, et il leur procurait tous les soulagemens qui étaient en son pouvoir. Ses petites amies avaient pour lui une véritable affection, mais elles se plaignaient de son inconstance et ne le regardaient pas comme un des plus fermes soutiens de l’œuvre. Un jour, une des sœurs de Gabrielle Moler, qui ne le connaissait pas et qui sortait de la Bastille, dit à ses parens en regardant M. Arouet : Celui-là est contre les convulsions. Parfois, disent encore les Notes historiques, « M. Arouet lui représentait un monstre, » et les personnes présentes croyaient que c’était sans doute par rapport à Voltaire son frère. Enfin l’auteur des Notes assure que le Receveur des épices « s’absentait quelquefois, et pendant du temps, des assemblées où se passaient les divers états des convulsionnaires ; mais ensuite il revenait et demandait qu’on priât pour lui. » C’était en somme un convulsionniste intermittent, si l’on peut s’exprimer ainsi ; livré à lui-même il ne savait plus que faire, et il lui fallait une sorte d’entraîneur. Le cousin Archambault remplissait volontiers ce rôle, et Ton nous dit qu’il « avait soin de l’accompagner quand il le voyait mal monté, » c’est-à-dire apparemment quand il était quelque peu ébranlé par les discours que ne pouvaient manquer de lui tenir des parens, des amis, des admirateurs de Voltaire. On comprend ses perplexités, et l’on comprend aussi que les partisans de l’œuvre lui aient su gré de sa constance relative. Il mourut probablement d’un mal de jambe, dans son appartement de la Chambre des comptes, le 18 février 1745, et il fut inhumé le lendemain dans l’église de Saint-Barthélémy, sa paroisse, où reposait son père. A ses obsèques assistait « François Marie Arouette (sic) de Voltaire, bourgeois de Paris, demeurant rue Saint-Honoré, paroisse Sainte-Madeleine, » et ce représentant de la famille signa, c’est Jal qui nous l’apprend : « f. m. arouet de voltaire. » Il reprenait ce jour-là son nom de famille, mais sans lui faire l’honneur d’une lettre majuscule ; il était bien obligé de le reprendre, puisque ce nom d’Arouet le constituait héritier du défunt et lui assurait l’opulence.

Tel a été le frère de Voltaire, et l’on voudrait sans doute que les pages qui précèdent eussent une conclusion ; on souhaiterait un jugement motivé sur cet homme singulier et sur les phénomènes étranges qui l’avaient si vivement frappé. Cette conclusion serait prématurée, étant donné l’état actuel de la science, et pour juger équitablement le Frère à la bague il faudrait être au courant des choses que nul de nos contemporains ne connaît encore. « Pour tout l’or du monde et pour toutes les promesses du ciel, s’écriait l’auteur de Port-Royal, on ne me ferait pas étudier l’histoire du jansénisme convulsionnaire ; » et comme Sainte-Beuve, beaucoup de très bons esprits ont pour ce qu’ils appellent les farces de Saint-Médard une répulsion invincible. Mais en admettant, ce qui est fort possible, des mensonges avérés et des supercheries odieuses, n’y a-t-il pas autre chose aussi ? Ne se trouve-t-on pas en présence de faits précis, qui ont été relatés avec un soin minutieux par des témoins honnêtes et absolument désintéressés ? Osera-t-on soutenir que des hommes comme Rollin, l’un des adeptes les plus fervens des convulsions naissantes, aient été des fous ou des niais ? Le moment n’est pas encore venu d’étudier à fond, avec une sérénité parfaite et une indépendance absolue, des questions si délicates. Il faut laisser aux savans, qui s’en occupent avec une méthode rigoureuse et un zèle admirable, le temps de se reconnaître, de bien examiner les faits, de les classer, de voir si ces faits ont des causes, et finalement quelles peuvent être ces causes. La Salpêtrière n’est plus aujourd’hui une sorte de bagne, c’est à la fois un hospice, un hôpital, et un laboratoire. On s’y intéresse aux choses d’aujourd’hui, et l’on cherche à les comprendre et à les expliquer en demandant à l’histoire les précieux renseignemens qu’elle peut donner. Or, l’histoire n’a pas encore dit son dernier mot là-dessus ; les passions seules ont été admises à juger, c’est-à-dire à exalter ou à dénigrer sans examen. Que l’on commence par supprimer, ne fût-ce qu’à titre provisoire, le mot de miracle que Montgeron, ses partisans et ses adversaires se sont trop pressés d’adopter, et qu’on lui substitue jusqu’à nouvel ordre, non pas ceux de prodige ou de fait merveilleux, mais tout simplement celui de phénomène ; que, d’autre part, on, atténue ce que peut avoir d’excessif le terme de convulsions pour ne parler que de mouvemens ou d’agitations ; qu’on laisse de côté, si la chose est possible, les préventions, les préjugés, de quelque nature qu’ils soient, et l’on se trouvera enfin dans de bonnes conditions pour étudier des faits qui, en définitive, ont étonné Paris, la France et même le monde. L’auteur du Tableau de Paris, Sébastien Mercier, n’est évidemment pas suspect de fanatisme, et pourtant voici en quels termes il a parlé des convulsions : « Les convulsionnaires ont fait des tours de force qui surpassent, il faut l’avouer, tout ce qu’on voit à la foire de plus étonnant en ce genre. Peu de gens en ont le secret ; aussi ces contorsions ont-elles le droit d’étonner et même d’effrayer les regards les plus intrépides et les esprits les plus en garde contre ! le merveilleux. On peut assurer que ces tours ont quelque chose de vraiment extraordinaire, quoiqu’on sache de quoi est capable le fanatisme et le désir de le propager. Si quelqu’un a cru y reconnaître quelque chose de surnaturel, il est très excusable. » Voilà le langage de la sagesse ; on est excusable, dit Mercier, et d’après nos Notes historiques, Voltaire serait allé plus loin encore ; il aurait dit qu’il faut absolument choisir et être ou déiste, comme lui, ou secouriste, comme son frère. Peut-être vaut-il mieux n’être ni l’un ni l’autre ; l’idéal est de s’abstenir si l’on n’a pas le loisir d’étudier les choses à fond, et ici le « Que sais-je ? » de Montaigne est tout à fait de mise ; ou bion alors il faut chercher, avec un vif désir de ne rien admettre à la légère.

Voici, pour terminer cette étude et pour aider les chercheurs de bonne foi, un fragment de lettre bien curieux, car il émane de l’un des convulsionnaires les plus fameux, les plus compromis si l’on veut, de celui qui s’appelait dans le monde Olivier Pinault, avocat au Parlement, et qui dans l’« œuvre » était le frère Pierre, un des quatre grands frères, disent les Notes historiques, les trois autres étant M. le comte de Labédoyère (le frère Noël), le frère Etienne (Etienne Lecouteulx, marquis d’Arbois), et enfin le frère Hilaire, autrement dit M. le comte de Tilly, chevalier de Blaru. Il écrivait de Morsan-sur-Orge, le 30 octobre 1758 à M. de Saint-Hilaire, conseiller au Parlement, son intime ami, et après lui avoir parlé gaîment, mais à mots couverts, de personnages différens, il lui annonçait une petite histoire qui certainement lui ferait plaisir ; on jugera s’il avait raison.

… J’ai bien ri de l’histoire de votre Provençal. Les gens de ce pays-là entendent les affaires. Mais je vais vous en conter une qui vous fera pour le moins autant de plaisir. Mardi au soir en rentrant chez moi à Paris, je trouvai écrit sur une carte que M. Dubourg était venu pour me faire part d’une conversation qu’il avait eue avec un magistrat, qui l’avait fait prier de venir lui parler. Je ne sais, Monsieur, si vous connaissez ce M. Dubourg, c’est un des plus sages et des plus célèbres médecins de Paris. Il est ami particulier de M. de Saint-Aubin, notre nouveau converti, et, à sa prière je l’avais admis deux fois au commencement de ce mois à voir nos sœurs. Et vraiment, je me souviens que vous y étiez avec lui le mercredi 4 de ce mois. Je me doutai que le magistrat, dont parlait sa carte, était M. le lieutenant de Police et je ne me trompais pas. La curiosité de savoir ce que c’était que la conversation qu’il avait eue avec ce magistrat me fit aller chez lui le lendemain matin à sept heures. Il me dit que, quelques jours auparavant M. Bertin, lui avait fait dire par M. Ferrein, son voisin et son confrère, qu’il avait appris qu’il avait vu des convulsions ce qu’il désirait de s’entretenir avec lui, non pour lui faire faire le personnage d’espion ou de mouche, mais avec toute la décence qui convenait à son état et à son caractère. M. Dubourg se rendit chez le magistrat une première fois, et ils convinrent ensemble d’un jour et d’une heure où il n’y aurait point d’interruption à craindre : voici la conversation telle que le médecin me l’a rendue.

M. le lieutenant de Police commença par lui témoigner le plaisir qu’il avait de savoir qu’il avait vu des convulsions, parce qu’il était fort aise d’apprendre d’un homme tel que lui ce qu’il avait vu, et le jugement qu’il en portait. Mais il ne fut question de la part du magistrat de savoir ni où, ni qui, ni avec qui. M. Dubourg lui répondit qu’il était facile de le satisfaire. Il déclara qu’il avait vu des convulsions trois fois, et que, pour lui en rendre un compte exact, il partagerait en cinq classes tout ce qu’il avait vu. Première classe : Coups de poings et de pieds, foulement de pieds sur le corps, tirement de membres. Deuxième classe : Pressions violentes. Troisième classe : Coups de bûches. Quatrième classe : Secours d’épées perçantes et non perçantes, et clous enfoncés dans les diverses parties du corps à coups de marteau. Cinquième classe : Crucifiement. Il reprit chacune de ces classes en particulier, et rendit compte de tout le détail de ces différentes opérations, dans plusieurs desquelles il avait été non seulement spectateur, mais acteur. Grande surprise de la part du magistrat qui vit bien qu’il n’y avait aucun moyen de nier la vérité de ces faits. Mais, Monsieur, ajouta-t-il, vous paraît-il impossible de les expliquer par la physique ? R. — Il y a quelques-unes de ces opérations que je ne crois pas supérieures aux forces de la nature, mais il y en a plusieurs autres que je regarde comme absolument inexplicables : tels sont les violens coups de bûches sur l’estomac et la poitrine, les pressions des côtes avec les pieds, dans lesquelles, on ne sait et l’on ne peut dire ce que devient le sternum ; l’impossibilité de faire percer les épées, quelque force que l’on emploie à les pousser ; la guérison subite et sans aucun remède des blessures que font les épées qui percent et les clous dans le crucifiement ; enfin la paix, la tranquillité, la sérénité du pouls, du visage, de l’esprit des personnes sur lesquelles se font ces terribles opérations. Tout cela est inexplicable et au-dessus de toutes les connaissances de la nature et de l’art.

D. — Y a-t-il dans tout cela quelque chose qui vous paraisse évidemment miraculeux ?

R. — Vous m’en demandez trop. Je ne connais pas assez toutes les forces de la nature, et il ne m’appartient par de décider de ce qui est miraculeux et de ce qui ne l’est pas. Tout ce que je peux vous dire, c’est que ces faits sont absolument inexplicables à toutes les connaissances que nous avons de la nature et de l’art.

D. — Ce spectacle se passe-t-il avec décence, et n’y a-t-il rien de capable d’offenser les bonnes mœurs ?

R. — Tout s’y passe avec la plus grande décence, et il ne s’y passe pat la moindre chose qui puisse blesser la pudeur, la modestie et la bienséance. Les personnes sur lesquelles se font les opérations que j’ai vues sont pleines de sagesse, et ceux qui y assistent sont d’honnêtes gens qui sont aussi attentifs à ne point tromper qu’à n’être pas trompés. Ils étaient tous charmés de ma présence, et à chaque opération l’on m’avertissait afin que je pusse tout examiner ; et quand je rabaissais ce qu’ils croyaient trop merveilleux, ma décision était reçue aussi agréablement que si j’avais parlé le plus conformément à leurs idées ; en un mot, je n’ai vu dans toutes ces personnes-là que candeur, droiture, simplicité et bonne foi.

D. — Qui est-ce qui préside à ces opérations ?

R. — Les deux premières fois, c’étaient des particuliers comme moi, gens d’honneur et en place. Les uns priaient, les autres agissaient. La troisième fois, c’était un ecclésiastique qui paraissait présider à tout.

D. — N’est-ce point un de ces abbés câlins, à tête penchée sur l’épaule ?

R. — Point du tout. C’est un ecclésiastique qui paraît bon sans façon, fort gai, et tout comme un autre. Il était l’un des plus empressés à me faire tout examiner et des plus attentifs à écouter docilement mes décisions.

D. — Mais je sais de très bonne part qu’il se mêle dans les convulsions des impostures et des friponneries. Il y en a qui en ont été convaincus et qui l’ont avoué.

R. — Cela peut être. Mais je suis très sûr qu’il n’y avait ni imposture, ni friponneries, ni supercherie dans ce que j’ai vu. Et quand il y aurait dans les convulsions mille fois plus que vous ne dites, cela n’empêcherait que tout ce que j’ai vu, et ce qui y ressemble ne soit très réel, très vrai, et très extraordinaire.

D. — Que pensez-vous maintenant du personnage que je dois faire au sujet de cet événement ?

R. — Puisque vous m’honorez assez de votre confiance pour me demander mon avis sur un point si important, je vous le dirai avec candeur et simplicité.

D. — Je vous en prie.

R. — Le personnage le plus raisonnable et le plus sage que vous ayez à faire, le seul même qui le soit, c’est celui de Gamaliel. Si cette œuvre est de Dieu, vous aurez beau faire, vous ne viendrez jamais à bout de la détruire. Si elle est des hommes, elle se dissipera d’elle-même.

LE MAGISTRAT. — C’est aussi le plan que je me suis proposé, et je suis charmé que vous en pensiez comme moi. Je me souviens qu’il y a vingt ou trente ans il s’éleva en Angleterre une troupe de gens qui s’assemblaient aux portes de Londres, pour y faire de prétendus prodiges. On délibéra dans le Gouvernement si on les réprimerait. Les plus sages furent d’avis de les mépriser et de jeter sur eux du ridicule. Il fit son effet, et en peu de temps, cette cabale se dissipa. Je crois qu’il en faut faire autant ici. J’ai même dit que je leur donnerais volontiers une salle à la foire.

M. DUBOURG. — Un tel propos est bon pour la plaisanterie ; mais permettez-moi de vous représenter que l’événement dont il s’agit est trop sérieux et trop important pour en plaisanter. Mais, sans parler de foire, ni de rien de semblable, laissez-leur une honnête liberté. Alors cet événement sera vu de tout ce qu’il y a de gens sages et éclairés à Paris ; médecins, philosophes, académiciens, savans, gens du monde et de la cour s’empresseront de les voir, et ce sera le moyen le plus infaillible pour découvrir l’imposture et la supercherie, s’il y en a. Elles ne pourront se soustraire à tant d’yeux habiles et clairvoyans ; si, au contraire vous jetez dessus un vernis de persécution, les convulsionnaires se cacheront, ils refuseront de se laisser voir pour ne pas s’exposer, et quantité d’honnêtes, gens s’abstiendront de les voir, pour ne se pas faire des affaires ; au moyen de quoi, il ne sera plus possible de démasquer l’imposture et la friponnerie, s’il y en a.

Cette réflexion fut fort applaudie du magistrat, qui ajouta : Vous me ferez un grand plaisir de continuer de les voir, et d’y engager aussi messieurs vos confrères. Je serai charmé en particulier que M. Ferrein en voie.

R. — J’en ai déjà fait voir à M. Petit, médecin de M. le Duc d’Orléans, et je compte en faire voir à plusieurs autres suivant que j’en trouverai l’occasion.

LE MAGISTRAT. — Je pourrais vous en procurer moi-même de plusieurs bureaux. Mais j’aime mieux que vous vous passiez de moi.

Après cette conversation, dont je suis persuadé, Monsieur, que le détail vous aura fait plaisir, l’on se sépara fort satisfait l’un de l’autre. Notre médecin continue de voir et se propose, à ce qu’il m’a dit, de faire avec ses confrères des rapports en forme.

Mais voici encore du plus curieux. Ce médecin alla voir il y a quelques jours M. l’évêque de Soissons. Il trouva le prélat avec M. l’abbé Desnotz et un autre ecclésiastique. Après avoir parlé de |la santé de l’évêque, M. de Soissons lui dit qu’il était charmé de le voir, qu’on lui avait dit qu’il avait vu des convulsions, et qu’il le priait de lui rendre compte de tout ce qu’il avait vu, et surtout des crucifiés. M. Dubourg le satisfit avec autant de détails qu’il l’avait fait avec M. Bertin. L’évêque témoigna autant de surprise que de satisfaction. Le lendemain M. Dubourg se trouva dans une maison où M. l’évêque de Senlis racontait lui-même fort exactement tout ce qu’il avait dit à M. de Soissons. Peu de jours après, il trouva encore un autre évêque, dont j’ai oublié le nom, qui l’aborda sur-le-champ en lui disant : Monsieur, vous avez vu des crucifiés, je vous prie de nous en faire le détail, ce que le médecin fit, et nos seigneurs sont comme les autres dans un excès d’étonnement de ces prodiges. Je ne sais si, au premier jour, nous n’en verrons pas quelqu’un qui viendra nous donner sa bénédiction.

Cette lettre, transcrite exactement sur l’autographe, n’est assurément pas d’un aliéné, et les médecins modernes ne désavoueraient pas leur confrère de 1758 ; voici maintenant un autre fragment de la même lettre, il est très court, mais il est bien troublant : « Lundi et mardi la petite Adrienne me vint voir. Jamais je ne l’ai vue se porter mieux. Tous les soirs à dix heures on lui clouait les deux pieds sur sa croix. Elle passait ainsi la nuit, dormant comme une autre, et le matin, à cinq ou six heures, après être déclouée, elle allait par les rues où ses affaires l’appelaient. Cela a dû durer ainsi jusqu’à samedi. Aujourd’hui elle doit commencer à coucher d’une autre manière. Ce sera tout debout pendant toute la nuit les pieds cloués sur sa croix, et ce sera sa manière de se coucher jusqu’à l’Avent. Tous les écrits de nos docteurs ne l’empêcheront pas de bien dormir dans une si étrange situation. » Et la fin de la lettre est relative à la nomination du prince de Soubise comme maréchal de France. Dira-t-on que la seconde partie de cette lettre infirme la première ? C’est impossible. L’une et l’autre se complètent, et elles font voir l’extrême difficulté qu’il y aurait à vouloir aujourd’hui, dans l’état actuel de la science, porter un jugement définitif sur les phénomènes incompréhensibles qui ont si profondément divisé Voltaire et son frère.


A. GAZIER.


DEUX POÈMES INÉDITS DE 1728 ATTRIBUÉS A VOLTAIRE

Les deux poèmes dont il a été question ci-dessus, et que les contemporains attribuaient à Voltaire, nous ont été conservés par Louis Adrien Le Paige, avocat au Parlement et plus tard bailli du Temple. Ce savant bibliophile avait inséré dans ses admirables recueils de pièces deux copies différentes de chacun d’eux. Transcrits par des ignorans, les vers de Voltaire ont subi quelques mutilations sans grande importance, et les deux copies ne sont pas absolument semblables. Pour établir le texte, j’ai choisi celle qui paraissait la meilleure, et l’autre a fourni quelques variantes utiles. On trouvera sans doute un jour, soit à la Bibliothèque nationale ou à l’Arsenal, soit dans les collections particulières, des copies analogues, et l’on pourra obtenir une édition définitive de ces deux poèmes qui ne sont pas indignes de l’auteur de la Henriade et qui font mieux connaître son caractère.

<poem>

POÈME HÉROÏQUE DE M. AROÜETTE DE VOLTAIRE
[d’une autre main : Jansénius… 1728 pour le plus tôt]

Je chante un saint prélat que de fiers ennemis Veulent chasser du ciel où ses vertus l’ont mis, Source de tous les maux dont l’Église affligée Voit ses flancs déchirés et sa foi partagée. Toi qui pour mettre au jour les trames des méchans D’un monarque prophète [11] as dirigé les chants, Esprit saint, Dieu puissant, pour marcher sur sa trace, Donne-moi les secours qu’il reçut de ta grâce. Dans un antre je suis, comme lui, confiné ; Fais que l’exil injuste où je suis condamné Élève mon esprit aux vérités sublimes, Et qu’à ta seule loi je consacre mes rimes. Puisse-t-elle confondre un mercenaire auteur [12] Qui, doublement aveugle, et prophète menteur, A la fausse doctrine, à la noire cabale Prête sa voix servile et sa plume vénale [13]. Et toi dont l’Éternel, comme un Joas nouveau, A de tant de périls garant le berceau, Prends garde, jeune roi, qu’une cabale impie D’un regret éternel n’empoisonne ta vie. Ton trône sans la foi ne peut être affermi ; Des maux sous qui l’Église a trop longtemps gémi Je veux te découvrir les auteurs et les causes ; Et, leurs crimes connus, soutiens-les si tu l’oses.

Dans le fond de l’Auvergne un docte et saint prélat, L’ornement de l’Église et de l’épiscopat, Proscrit injustement par ses lâches confrères, Pleure plus leurs erreurs que ses propres misères. Il voudrait que son sang, au défaut de ses pleurs, Pût dessiller les yeux de ses persécuteurs, Et jusqu’au pied du trône où Dieu se manifeste, Aux heureux habitans de l’empire céleste Ses soupirs, soutenus par ses tendres accens [14], Montent, plus précieux que le plus pur encens. « Seigneur, si contre Rome et la secte d’Ignace Mes travaux pour ton nom méritent quelque grâce, Si, toujours à la foi [15]fidèlement soumis, J’ai pris soin du troupeau que tu m’avais commis, Et si d’un tribunal où présidait le crime L’univers voit en moi l’innocente victime, Souffre que de ton fils expirant [16]sur la croix Pour mes persécuteurs j’emprunte ici la voix, Et que, les dérobant aux traits de ta vengeance, Pour leur aveuglement j’implore ta clémence. Grand Dieu, fais que Tencin, démentant [17]son renom, Se purge avec succès des crimes de Simon, Fais que son repentir plutôt que ma ruine Le conduise aux honneurs que Rome lui destine, Et que de Molina le système nouveau Sorte avec Belzébuth du corps de Laffiteau [18]. De la Société renverse les intrigues ; Fais paraître au grand jour ses sacrilèges brigues Qui damnant Augustin, Quesnel, Jansénius, N’ont d’encens et d’autel que pour Confucius, Et de dogmes [19]nouveaux auteurs opiniâtres, Peuplent l’enfer de saints, et le ciel d’idolâtres. Enfin, puisque mon roi dans les mains d’un prélat A daigné conférer [20]les rênes de l’État, Pour remplir dignement, cette place importante, Accorde-lui, grand Dieu, ta grâce [21]suffisante ; Ou plutôt, par l’effet d’un heureux changement, Donne-lui [22]le courage et les clartés d’Armand. Fais succéder l’amour qu’il doit à sa patrie A tout ce que pour Rome il eut [23]d’idolâtrie. »

A peine le martyr acheva ce discours Dont un ruisseau de pleurs interrompit le cours, Que du ciel tout à coup [24]entr’ouvrant la barrière, L’Éternel lui fait voir qu’il entend sa prière. Pour porter à Fleury ses ordres souverains D’un regard attentif il parcourt tous les saints Qu’assemble autour de lui sa majesté divine, Et dans Jansénius [25]son choix se détermine. Ce prélat ne met pas l’espace d’un moment Entre l’obéissance et le commandement ; Il répand sur sa route une odeur d’ambroisie Préférable aux parfums que produit [26]l’Arabie, Et, plus prompt que l’éclair [27]ou que les aquilons, D’une longue lumière il trace les sillons. Un silence profond, dans une nuit obscure, Se répandait alors sur toute la nature, Et Fleury, du sommeil ignorant les appas, Était le seul mortel qui ne les goûtait pas. Du concile d’Embrun les fraudes reconnues, Les plaintes de l’Église au trône parvenues, Des organes des lois [28]la noble fermeté Par qui, dans un écrit que Thémis a dicté, L’on voit de notre foi les vertus [29]retracées, Agitait son esprit de diverses pensées. « Ministre de Louis, dit le sacré vieillard, Des ordres du Seigneur je viens te faire part. Tu vois, n’en doute pas, Jansénius lui-même, Qui par des scélérats est traité d’anathème, Mais qui, dans le lieu saint qu’habite l’Éternel, Est au pied [30]de son trône à côté de Quesnel. Par quelle autorité le mensonge et l’envie Osent-ils obscurcir la gloire de ma vie ? Pourquoi dans mes écrits de sacrilèges traits Peignent-ils [31]des erreurs qui n’y furent jamais ? Quel est donc ce venin [32]dont la secte d’Ignace A seule le pouvoir de démêler la trace ? Où sont-ils, ces cinq chefs qu’à force de ressorts Rome n’a condamnés que sur de faux rapports ? Chimériques enfans, qui ne doivent leur être Qu’à des esprits malins dont l’enfer est le maître ! Le mal vient de plus loin ; de leurs complots secrets J’ai toujours empêché les funestes progrès. Cette injure, à leur cœur profondément tracée [33], Par la longueur du temps ne peut être [34]effacée. Quelque fier ennemi [35]qui les ose outrager, Si, pendant qu’il respire ils n’ont pu se venger, Lorsqu’il n’a plus [36] de traits qui puissent le défendre, Ils attendent sa mort pour attaquer sa cendre. Ouvre les yeux, Fleury ; contre l’impiété Des lys et de la foi défends la pureté. Songe à les affranchir d’un formulaire inique, Impose [37]à la cabale un zèle apostolique ; Efface les forfaits dont Embrun s’est noirci [38] ; Ecoute plus ma voix que celle de Bissy, Respecte de Quesnel la sainte renommée, Et relève en Senez l’innocence opprimée. Résolu de venger le mépris de ses lois, Voilà ce que le ciel t’annonce par ma voix. Après les vérités que je viens de t’apprendre, C’est à toi de choisir quel parti tu yeux prendre. Si ton cœur pénitent et digne de pardon Veut imiter David plutôt que [39]. Pharaon, Tes pleurs arrêteront la foudre menaçante, Comme fit autrefois Ninive gémissante. Mais si, comme Nadab [40], oubliant ton devoir, D’un sacrilège feu tu souilles l’encensoir, Si du traître Mathan [41]renouvelant l’exemple [42], Infidèle à ton Dieu, déserteur de son temple [43], Tu présente à Baal [44] un encens criminel, Ou si, par des conseils [45] dignes d’Achitophel, Tu détournes ton roi du sentier [46] légitime, Le même châtiment suivra le même crime, Et dans le vaste abîme aux méchans préparé Tu rejoindras Mathan, Abiron et Choré [47]. »

Ainsi parle le saint, et Fleury qui l’écoute Le voyant remonter dans la céleste voûte, Dans les troubles divers dont il est travaillé, Doute s’il dort encore, ou s’il est éveillé.


ODE SUR LES MATIÈRES DU TEMPS (1728)
[en marge : Voltaire poète auteur de cet (sic) ode]

Après que l’Église romaine Se vit maîtresse souveraine [48] De la demeure des Césars, Par leur aveuglement, par sa fourbe sacrée Elle crut ajouter à sa riche contrée [49] Tout ce qu’ils possédaient par le secours de Mars.

Alors en luxe monarchique De l’indigence apostolique On vit l’énorme changement ; Et, foulant à ses pieds tous les rois de la terre, On vit les cheveux blancs du successeur de Pierre D’une triple couronne emprunter l’ornement. Soudain sa cour fut décorée D’une vaine pourpre ignorée Des premiers disciples du Christ ; Et ceux qui jusqu’alors avaient été ses frères Eurent la lâcheté d’être ses tributaires Par l’appât décevant [50] que Rome leur offrit ;

La seule Église gallicane De ce joug honteux et profane Défendit toujours ses autels, Et l’inutilité d’un foudre [51] ridicule Que lancèrent contre elle un Boniface, un Jule En fît voir l’imposture [52] au reste des mortels.

Le Parlement et la Sorbonne Furent une double colonne Pour la mère des vrais chrétiens. Que de doutes levés par ces divins oracles [53] ! Combien le Vatican, jaloux de leurs miracles, Vit-il leur jugement [54] mieux suivi que les siens !

C’est alors qu’écumant de rage Le roi de l’infernal rivage Fit éclater son désespoir. Quoi ? dit-il, l’hérésie est partout triomphante ; Rome de ce poison n’en est pas même exempte [55], Et dans la seule France on brave mon pouvoir [56] !

Je veux, pour punir ce grand zèle, Emprunter des armes contre elle Chez ses plus cruels ennemis, Et qu’aux enfers armés le sein de l’Ibérie [57] Prête le seul fléau vengeur de sa patrie Par qui je peux ternir la pureté des lis.

Il dit, et plus prompt à la vue Que l’éclair qui part de la nue, Il franchit les monts sourcilleux Qui, de deux grands États réciproques frontières, Semblent, pour mettre entre eux d’éternelles barrières, Élever jusqu’au ciel [58] leur sommet orgueilleux. Bientôt il aperçoit Ignace Qui d’un Maure suivant la trace A travers les monts et les bois, De la mère de Dieu chevalier chimérique, Contre les mécréans sa valeur fanatique [59] Veut par un coup de lance en soutenir les droits.

L’habile tyran du Cocyte, Arrêtant sa vaine poursuite, Lui promet de plus grands exploits, Et pour le couronner d’une gloire immortelle Il lui dicte le plan d’une secte nouvelle Qui doit marcher un jour [60] sur la tête des rois.

L’effet répond à sa promesse ; Des disciples de toute espèce Viennent se ranger sous sa loi. De la terre bientôt ils couvrent la surface, Et leurs dogmes nouveaux au sujet de la grâce Corrigent l’Évangile et réforment la foi.

Les lis ennemis des impies Crurent terrasser ces harpies Par des jugemens rigoureux, Mais nos rois, dont bientôt ils se rendent les maîtres, Loin de venger sur eux le sang de leurs ancêtres, Du soin de leur salut se reposent sur eux.

La foi commence à disparaître. L’exemple du souverain maître Entraîne bientôt tous les cœurs, Et c’est par le conseil de ces nouveaux arbitres Qu’on voit les dignités, les honneurs et les titres [61] N’être plus dispensés qu’à leurs adulateurs.

D’Augustin, traité d’anathème De l’Apôtre des Gentils même Ils condamnent les saints écrits ; Et du siège de Rome une bulle émanée, Traitant l’amour de Dieu de vaine et d’erronée, De ce premier principe [62]affranchit les esprits. Nos prélats lâches et perfides, De la pourpre romaine avides, Reçoivent ce dogme inconnu ; Et le seul Molina, docteur de l’Évangile, Montre un chemin au ciel plus court et plus facile Que celui qu’aux vieux temps nos pères ont tenu.

Quatre seuls pasteurs de la France De ce venin par leur constance Avaient garanti leurs troupeaux, Mais la Société ne veut pas [63]qu’on la brave ; Laffiteau son élève et Tencin son esclave, Juges de ces martyrs, ont été leurs bourreaux [64].

Je vois un vieillard vénérable De la cabale impitoyable Subir les arrêts inhumains, Et par un jugement qui flétrit leur mémoire Emporter dans l’exil le renom et la gloire D’être, comme Brutus, le dernier des Romains.

Grand Dieu ! c’est toi que l’on insulte, Les ennemis de ton vrai culte N’en veulent pas demeurer là. On ne peut [65]établir ton pouvoir sur la terre Qu’en les précipitant, par un coup de tonnerre, Dans le fond du Tartare aux pieds de Loyola.

Oint du Seigneur, jeune monarque Que des embûches de la Parque Sa main a sauvé tant de fois, Si tu veux prévenir des effets plus sinistres, Ne mets point [66]désormais au rang de tes ministres Ceux qui sont plus soumis à Rome qu’à leurs rois. </poem>


  1. « Je suis souvent chez la femme au miracle du faubourg Saint-Antoine, » écrivait Voltaire à Mme de Bernières le 27 juin 1T2Î5. — Dans le Siècle de Louis XIV, au chapitre du Jansénisme, il dit en propres termes : « Le Saint-Sacrement, porté dans le faubourg Saint-Antoine, à Paris, guérit en vain la femme Lafosse d’une perte de sang, au bout de trois mois, en la rendant aveugle. » La femme Lafosse, morte le 3 juin 1760, vivait encore, en très bonne santé, quand le Siècle de Louis XIV parut, et elle n’était point aveugle ; mais Voltaire savait bien qu’elle ne lirait pas son livre ; et voilà comme on écrit l’histoire !
  2. Voyez Archives de la Bastille, II, 378.
  3. Le volume a 882 pages in-4° ; le témoignage d’Arouet est invoqué p. 597 et 608 ; le certificat délivré par lui est la XVe des pièces justificatives, p. 9. Voltaire, dans le Siècle de Louis XIV, parle avec mépris d’un « conseiller du Parlement, nommé Carré et surnommé Montgeron » qui eut « la démence de présenter au roi, en 1736, un recueil de tous ces prodiges. » A ses yeux, Montgeron est « un insensé, organe et victime d’insensés. » Ch. XXXVII. — Montgeron était en correspondance suivie avec le frère de Voltaire.
  4. Entre autres M. de Montagni, conseiller de la Grande Chambre, M. Boulin, Bous-doyen de la 1re des Requêtes, M. de Voigny, président de la Cour des aides et M. Boutin de la Boissière, frère du conseiller Boutin.
  5. Le nom est resté en blanc, malgré l’autorisation formelle que le signataire avait donnée à Carré de Montgeron.
  6. Idée de l’état des convulsionnaires, 2e partie, p. 32.
  7. Cf. La Vérité des miracles, t. III, p. 346, note de l’éditeur, Montgeron étant alors incarcéré à Valence.
  8. Née le 10 mars 1722, la petite Moler ou Mouler était un des vingt enfans d’un juif converti et d’une catholique.
  9. Détail curieux, qui fait songer à des discussions récentes, quand elle fut morte on la mit sur sa paillasse, et voici ce que disent les Relations du temps : « Le côté de sa tête et ses cheveux restèrent imprimés sur la toile. Les sœurs de l’Hôpital firent lessiver plusieurs fois cette toile sans que cette impression pût s’effacer.
  10. Détail curieux, qui fait songer à des discussions récentes, quand elle fut morte on la mit sur sa paillasse, et voici ce que disent les Relations du temps : « Le côté de sa tête et ses cheveux restèrent imprimés sur la toile. Les sœurs de l’Hôpital firent lessiver plusieurs fois cette toile sans que cette impression pût s’effacer.
  11. David, note du ma.
  12. Lamotte, note du ms.
  13. Ces quatre vers manquent dans l’autre copie.
  14. Var. soutenant de si tendres.
  15. Var. à ta foi.
  16. Var. expiré.
  17. Var. démente.
  18. Évêque de Sisteron, note du ms. — Var. du cœur.
  19. Var. Et des dogmes.
  20. Var. confier.
  21. Var. la grâce.
  22. Var. Lui donnant.
  23. Var. il sent.
  24. Var. tout d’un coup.
  25. Var. Et pour Jansénius.
  26. Var. qu’enfante.
  27. Var. Et plus vite que l’Ébre.
  28. La consultation des avocats, note du ms.
  29. Var. les vérités.
  30. Var. Est auprès.
  31. Var. Feignent-ils.
  32. Var. le venin.
  33. Var. en leur cœur trop vivement tracée.
  34. Var. n’en peut être.
  35. Var. Quel que soit l’ennemi.
  36. Var. Lorsqu’il n’a pas.
  37. Var. Oppose.
  38. Var. t’a noirci.
  39. Var. et non pas.
  40. Var. comme l’hinée.
  41. Prêtre de Baal, IV Reg. c. II, v. 18 ; note du ms.
  42. Var. suivant le noir exemple.
  43. Var. Du véritable Dieu tu désertes le temple.
  44. Var. Pour offrir à Baal.
  45. Var. par des conseils.
  46. Var. du centre.
  47. Var. Tu joindras Abiron, Dathan avec Coré.
  48. Var. maîtresse et souveraine.
  49. Var. par ses fourbes sacrées, — à ses riches contrées.
  50. Var. Par l’appas de ce vent, — faute de lecture grossière.
  51. Var. Que l’inutilité d’une foudre, — faute de copie.
  52. Var. Fit voir leur imposture.
  53. Var. Que de vivans oracles !
  54. Var. leurs jugemens.
  55. Var. même n’est pas exempte.
  56. Var. l’on brave, — faute de copie.
  57. Var. le fond de l’Ibérie.
  58. Var. jusques, au ciel, — faute de copie.
  59. Var. Contre le mécréant, en dévot fanatique.
  60. Var. Qui doit un jour marcher.
  61. Var. les mitres.
  62. Var. premier précepte.
  63. Var. ne veut point.
  64. Var. vont être leurs bourreaux.
  65. Var. Tu ne peux.
  66. Var. Ne mets plus.