Le Jardin des dieux/Aux flancs d’une cruche kabyle/Funéraire

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Le Jardin des dieuxEugène Fasquelle (p. 77-78).



FUNÉRAIRE



Hurle donc, hurle avec, aux lèvres, le goût fade
Du sang qui, presque noir, coule de ta griffade,

Ô femme retenue à grand’peine, tandis
Que vers l’assassiné livide tu bondis.

Mêle dans ta clameur forcenée et farouche
Une immense épouvante à l’ombre de ta bouche.

On emporte, là-bas, le cadavre figé
Et vers lui tu raidis tes beaux bras orangés.


Tu te débats en proie à ta douleur sauvage,
Et te griffant, et te mordant, tu te ravages,

Secouant tes bijoux, tes seins et tes chiffons
Et sondant ta souffrance avec des cris profonds.

Maintenant, au milieu des vieilles qui t’emmènent,
Tes cheveux renoués, tu redeviens humaine.

Un silence effrayant t’entoure. Ta beauté
Reprend déjà son rêve et sa sérénité,

Et dans la grande nuit de tes calmes prunelles
L’azur mire à nouveau sa splendeur éternelle.

Alors, dans ta pensée obscure t’enfermant,
Tu vas survivre avec tes ruses, âprement,

Jusqu’à ce qu’un sang frais reniflé par les hyènes
Étanche un soir la soif ardente de ta haine !