Le Jardin des dieux/Dyonisiaque

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Le Jardin des dieuxEugène Fasquelle (p. 237-242).



DYONISIAQUE


I

Ô Phallus, sois le dieu de ce pays brûlant
Où la vigne s’enroule aux vagues éloquentes
Et qui sous l’olivier mêle avec tant d’élan
Aux cornes d’or du bouc la cuisse des bacchantes.

Que les adolescents qui contemplent la mer
Et regardent bleuir les roches violettes
Te portent en argent sur leur sein jeune et clair
Où tu luiras parmi les autres amulettes.


Ici l’œil est plus vif et le corps dans ses jeux
Est prompt à s’animer au sang dont tu l’enfièvres,
Ô ma terre où l’Amour dans les soirs orageux
Accouple encor, parfois, les pâtres et les chèvres.

Ta fauve odeur parmi cette race s’épand,
Ô Phallus, et mêlée à tes dyonisies,
Tu l’échauffes aux bonds de la danse que Pan
Mène au mugissement des conques cramoisies.

Ô Phallus, sois le dieu de ce pays brûlant
Où, mêlant ses doigts roux aux bagues de tes vrilles,
J’ai, sous les ceps velus, vu Priape au beau flanc
S’empourprer des couleurs joyeuses dont tu brilles !

Ranime en plein midi ton superbe tison…
Sous les cheveux bouclés, aux tempes, le sang frappe,
Qu’il est bon d’être nu, terre, sur ta toison
Et de sucer ton jus aux grains bleus d’une grappe !


La chair épanouie au soleil s’animant
Est pleine d’une ardente et divine jeunesse,
Ô Phallus, cependant que ton fourmillement
Pousse le chaud satyre à chercher la faunesse.

Aussi, roi des midis où ton pouls violent
Gronde aux tambours qu’exalte une ardeur génésique,
Tandis que la lumière à l’amour se mêlant
Ruisselle autour des corps ainsi qu’une musique,

Ô Phallus ! sois le dieu de ce pays brûlant !


II

Et je te ferai peindre au mur de ma maison
Au-dessus de ce banc tourné vers l’horizon
D’où, chaque jour, je vois la mer entre les branches
Aux sombres oliviers mêler des voiles blanches.
Ô signe d’abondance et de fécondité !
Et les adolescents d’un beau chœur enchanté
Viendront autour de toi dans mon jardin s’ébattre
Au son doux et lointain d’une flûte de pâtre
Et te chanter à l’heure où, dans l’air bleuissant
Monte, beau phallus d’or, le signe du croissant.