Le Jardin des dieux/Le Clair de lune dans les ruines/Solitude

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Le Jardin des dieuxEugène Fasquelle (p. 215-216).
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SOLITUDE



J’ai crié dans le vent des herbes murmurantes,
En plein forum, le nom des dieux et des césars,
          Que surgit-il ?… une tarente,
          Qu’ai-je fait sortir ?… un lézard !

J’ai crié par dessus ces herbes recourbées
Vers ton ombre géante et seule, ô Scipion !
          Qu’apparaît-il ?… un scarabée,
          Que vois-je venir ?… un scorpion.

Ô Timgad, morne cirque où, seul, le vent s’entête,
Où les marbres brisés jaunissent au soleil,
Au milieu des pavots velus comme des bêtes,
Rien ne rompt désormais ton éternel sommeil !


De l’aube, qui sur toi fond, plus prompte que l’aigle,
Jusqu’au soir plus furtif que le chacal rampant,
Tu reposes, inerte et blême, sous la règle
Que le silence impose à ton renoncement.

Oh ! je n’oublierai pas ton profil héroïque,
Ni le long cri du vent sous tes arcs désertés,
Ni sur le bleu pavé de quelque mosaïque
L’œil toujours glauque et pur des tritons de l’Été.

Sans doute, n’es-tu plus qu’une immense dépouille
Dans une plaine aride où seul règne le vent,
Mais, tes dieux ligottés de lichen et de rouille,
Puis-je encore affronter leur silence émouvant,

Sans revoir, tout à coup, dans ton cirque sans arbres,
Au milieu des licteurs et des chevaux piaffants,
Rome écouter du fond de sa chaise de marbre
Au cri de ses buccins barrir tes éléphants ?