Le Jardin des dieux/Le Golfe entre les palmes/Le Jardin des grenades

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Le Jardin des dieuxEugène Fasquelle (p. 111-113).



LE JARDIN DES GRENADES



Je vous revois, jardin où gonflent les grenades,
Mer toujours caressante, ô vous qui m’enchantiez
À l’heure, où se berçant, dans l’azur les Pléïades
Luisaient, dattes d’argent, au milieu des dattiers.

Là, je laissais brûler mes heures solitaires
Comme des fruits ardents lentement arrondis
Tandis que le Centaure et que le Sagittaire
Foulaient le sable obscur des vastes paradis.


Les constellations tournaient sur les agaves
Ou tremblaient à travers les figuiers banians,
Et la Nuit s’étirait sur les jardins suaves
Comme une hydre mouvante aux yeux de diamant.

Je la sentais vivante avec ses tatouages
Monter en remuant au-dessus de la mer
Et sa peau me montrait de si belles images
Qu’un désir inconnu m’arrachait à la chair.

Ô l’incantation de ces nuits flamboyantes
Et tout ce qui montait de la bouche des fleurs
Et le balancement des lianes vivantes
Au silence mêlant des bras ensorceleurs !

Ces éclairs déchirés sur la mer de phosphore
Comme si d’un désir étrange et sans raison
Le ciel que possédait une bleuâtre aurore
S’abandonnait, fiévreux, à quelque ardent frisson.


Et, parfois, dans la nuit magnifique et profonde,
Gagnant tout le silence à son envoûtement,
Tout chargé de l’extase et des rêves du monde
Et jailli vers le ciel au cœur de diamant,

Le cri d’une sirène ardent comme une offrande,
Entre la mer vivante et le ciel micacé,
Semblait sur ces jardins de fable et de légende
Élancer le désir magique de Circé.