Le Jardin des dieux/Le Golfe entre les palmes/Les Pieuvres

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Le Jardin des dieuxEugène Fasquelle (p. 139-140).



LES PIEUVRES



Des antres sous-marins la Nuit stellaire émerge
Et s’élève. Voici l’heure où, sans dévier,
Au-dessus de la mer le scintillant Bouvier
Suivi des Ourses s’aventure vers la Vierge.

Lorsqu’elle aura brassé son herbe et ses odeurs,
Viens contempler la mer magicienne et songe
Que, fuyant la forêt bleuâtre des éponges,
Les pieuvres vont flotter loin de ses profondeurs.

Splendeur aérienne, éblouissant silence !
C’est l’heure où, s’enlevant aux signes de l’Été,
Flottement translucide, errements argentés,
Chaque pieuvre en dansant, vers la lune, s’élance.


Ô magnifique horreur de l’Été sous-marin,
Danses des poulpes bleus devant les fleurs voraces
À travers les cristaux lunaires qu’ils embrassent
Au lent balancement des merveilleux jardins !….

Dans sa sérénité qui paraît éternelle
La mer brûlante cède au rêve aérien.
Vois, elle se soulève, elle s’argente, et rien
N’est venu révéler ce qui s’agite en elle.

Les Ourses, les Gémeaux, le Lynx et le Serpent
Au-dessus de ses eaux déroulent leurs dorures,
Elle rêve, tandis que dans sa chevelure
Les pieuvres de l’Été se mêlent en rampant.

Alors la regardant, respirer sous les palmes,
Comme nous l’aimerons, cette gorgone d’or
Qui, mêlant tant de charme aux pièges de la Mort,
Se balance à la fois si perfide et si calme.