Le Jardin des dieux/Le Golfe entre les palmes/L’Euphorbe

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Le Jardin des dieuxEugène Fasquelle (p. 137-138).
◄  L’orage



L’EUPHORBE



Un autre chantera le pin qui, plein d’orgueil,
Prête au rêve des dieux sa cithare sonore,
D’autres, le bleuissant bouleau, d’autres encore
Le cyprès d’où l’étoile attire comme un œil.

Mais moi, j’exalterai l’euphorbe sans feuillage
Qui se dresse velu d’épines, et que rien
Ni l’humeur de la mer, ni l’ouragan terrien
Ne peuvent ébranler dans sa vigueur sauvage.


Regarde, il se roidit comme une hydre coupée…
Oh ! de bracelets d’or honorer ses bras bleus
Lorsqu’il épanouit sa grande fleur de feu
Au sein profond des nuits où vit Cassiopée !

Les constellations miroitent, une à une ;
Bruit de soie ! et l’euphorbe ouvre son sexe ardent…
Viens boire alors l’oubli des tristes occidents
À cette fleur laiteuse où déborde la lune.

Et sous le Scorpion et le rouge Saturne
Elle t’enivrera d’un philtre si puissant
Que soudain, tu pourras sentir, cœur frémissant,
L’or de la Nuit couler dans ton sang taciturne.