Le Jardin des dieux/Le Golfe entre les palmes/Lunaire (2)

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Le Jardin des dieuxEugène Fasquelle (p. 161-162).



LUNAIRE



Des Cyclades de marbre aux Baléares brunes,
Pour que tant d’harmonie enfle la vague, il faut
— Plectre argenté soumis aux archets de la lune —
Que vibre le squelette englouti de Sappho !

Aux balcons de la nuit où monte une aube tiède,
De si puissants parfums glissent des daturas
Qu’elle-même, la Mort inexorable cède
Et qu’un amour immense émeut ses tristes bras !


Alors, dans les jardins de ce brûlant rivage
Où dans les pins obscurs miroitent les Gémeaux,
J’entends les paons inquiets jeter leur cri sauvage
Et dans l’ombre hennir l’angoisse des chevaux.

Et les amants troublés de cette nuit habile
Croient, dans l’enivrement de leur rêve emportés,
Que le Temps suspendant les Heures immobiles
À leur amour sans fin livre l’éternité.