Le Jardin des dieux/Sous l’œil des hublots/Allons, retentissez…

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Le Jardin des dieuxEugène Fasquelle (p. 274-275).



ALLONS, RETENTISSEZ…



Allons, retentissez, sifflet des capitaines,
Pourpre des pavillons, claquez au vent latin,
Il semble qu’une ardeur magnifique et lointaine
Jaillit de l’ombre avec les clairons du matin.

Il monte de la mer une odeur fabuleuse,
Les chevaux du soleil foulent les goémons,
Et, des huniers vibrants où la voile se creuse,
Les mousses éperdus reconnaissent tes monts.


Ils entendent déjà, tandis que tu t’allumes,
Les marteaux du radoub vaincre la nuit qui meurt
Et le sombre arsenal tout rougeoyant d’enclumes
Plein de son rêve épique élever ses rumeurs.

Le cri de la vigie a déchiré leur gorge,
Leur sein tressaille aux trous de leurs maillots tigrés
Et le fracas mêlé des cloches et des forges
Émeut déjà la harpe immense des agrès.

Tandis que, balancés sur ces eaux éternelles
D’où tes dômes mêlés de vergues vont sortir,
Ils sentent lentement monter dans leurs prunelles
L’orgueil d’Alexandrie et la splendeur de Tyr.