Le Laurier noir/III/Gerbeviller

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Société de la Revue Le Feu (p. 53-54).

GERBEVILLER


La rue de l’Hôpital descend, parmi les cendres,
Vers le parc mutilé qui cerne le château.
Un silence brûlé, cherchant à se défendre,
Épuise la campagne et s’accoude aux tombeaux.

Ivre de trop de sang, un corbeau, dans l’église,
De son aile d’acier bat la croix de l’autel.
Sur un vitrail brisé les sept douleurs s’irisent,
Le charnier de la terre a labouré le ciel.


Des femmes sans époux, des vieillards sans compagne,
D’un pas que la douleur a rendu méfiant
Suivent, dépossédés, le cours de la Mortagne
Dont la plainte se mêle aux longs sanglots du vent.

Les pierres et les morts, les échos et les ombres,
Pèsent sur les chemins où furent des maisons.
Dans le soir, une sœur, comme une rose sombre,
Un chapelet en main regarde l’horizon.

Que voit-elle ? Une odeur de crime et de misère
Couvre d’un printemps noir un seuil mystérieux.
Ô cette porte ouverte et ce visage austère !
Toute cette piété qui prend sa source en Dieu !