Le Laurier noir/III/Vers Saint-Dié

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Société de la Revue Le Feu (p. 55-56).

VERS SAINT-DIÉ


          Des cendres parmi les bruyères
          Et du sang contre les sapins.
          Des fils de fer entre les pierres,
          On s’est battu dans ces chemins.

          Un pâle soleil de décembre,
          Que la pluie veut encor mouiller,
          Met des rayons de neige et d’ambre
          Sur la ville de Saint-Dié.


          L’auto roule dans la montagne.
          Un paysage désolé,
          Des toits crevés sur la campagne,
          Des déserts que l’on a brûlés.

          C’est une fuite dans la boue,
          Dans l’espace de la douleur.
          La vitre où se penche ma joue
          Est ruisselante de mes pleurs.

          La cité devient moins lointaine,
          Mais plus j’approche de ses murs
          Plus je sens que mûrit ma peine,
          Plus je sens qu’au manteau d’azur

          Dans lequel gèle ma pensée,
          Il va falloir recoudre encor,
          Cette agraffe qui s’est cassée
          En voulant éloigner la mort.