Le Laurier noir/III/Toussaint

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Société de la Revue Le Feu (p. 39-40).

TOUSSAINT


Ô jour de la Toussaint ! Sur les Vosges brumeuses
Pèse le balancier funèbre des clochers.
Que de messes des morts ! Et toujours la faucheuse,
À l’horizon sanglant, continue de faucher.

De Profundis ! Pour moi faudra-t-il que l’on prie ?
Dans ce jardin provincial de Mirecourt
Je sens que la tristesse ensevelit ma vie
Et que de noirs corbeaux rôdent sur mon amour.


Ami, sors du buffet ta chaude mirabelle
Éclose au pur verger de ce sombre pays.
Je me veux enivrer afin qu’entre les ailes
De la douleur qui sur mon cœur s’apesantit,

Se glissent, tendrement, des gouttes de lumière.
Je ne puis plus goûter à ce ciel incertain
Car il met trop de vent, de cendres et de terre
Dans la coupe d’azur qui vacille en mes mains.