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Le Laurier noir/III/Zeppelin

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Société de la Revue Le Feu (p. 47-49).

ZEPPELIN


La servante apeurée fait son lit dans la cave
          Et le maître d’hôtel
Agite sa serviette et reprend son air grave.
          Sur la place, le ciel

Est plein d’étoiles. Belle nuit d’incertitude !
          Les zeppelins sont annoncés.
Les Pavillons sourient à la triste habitude
          De se savoir trop menacés.


Ronsin, vêtu de bleu, chante. Au « Lapin agile »
          Il envoie l’âme de Nancy.
Tout s’éteint. Dans la nuit roule une automobile…
          Campbell qui trouve le wisky

De chez Walter digne des bars de la Tamise
          Fume sa pipe en récitant
Des vers de lord Byron. L’heure sonne à l’église
          Mystérieuse de Saint Jean.




     Suis-je mort ? Sur mon oreiller
     Je m’accoude. Allumez les lampes !
     Dans le ciel un grand fuseau rampe.
     Quatorze obus m’ont réveillé.

     Bruits de couloirs… L’hôtel palpite.
     On se lève. « — L’avez-vous vu ?
     — Madame, il est passé trop vite. »
     Le zeppelin a disparu.


     Vers la route de Lunéville.
     Saint Nicolas, protégez-nous !
     Un éclat d’acier a tranché le cou
     D’un garçon de café. La ville

     Se dore du soleil levant.
     Les troupes vont à leur besogne,
     Et les aviateurs couronnent dans le vent
     La statue du roi de Pologne.