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Le Livre de Feridoun et de Minoutchehr/Thahmouras

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III


THAHMOURAS


LE VAINQUEUR DES DIVS


Houscheng avait un fils plein de sagesse, Thahmouras l’illustre, le vainqueur des Divs : Thahmouras vint et monta sur le trône de son père, et ceignit la ceinture de la royauté. Il appela de l’armée tous les Mobeds, et leur parla longuement et avec douceur, disant : « Dès ce jour, le trône, et la couronne, et la massue, et le diadème m’appartiennent ; par ma prudence je délivrerai le monde du mal, je ferai de la terre la base de mon trône. Je détruirai partout le pouvoir des Divs, car je veux être le maître du monde ; et toute chose sur la terre qui peut être utile, je la mettrai en lumière, je briserai ses liens. » Puis il tondit la laine sur le dos des brebis et des moutons, et on se mit à la filer ; et, par ses efforts, il parvint à en faire des habits. Il enseigna de même l’art de tisser les tapis. À tous les animaux qui étaient bons coureurs, il donna à manger des herbes, de la paille et de l’orge. Il observa aussi toutes les bêtes sauvages : il choisit entre elles le chacal et le guépard ; il trouva moyen de les amener du désert et des montagnes, et il mit à l’attache cette multitude d’animaux. Il prit de même, parmi les oiseaux, ceux qui sont les mieux armés, comme le gerfaut et le faucon royal au cou élancé ; il les instruisit, et les hommes s’en étonnèrent. Il ordonna de calmer leur ardeur par des caresses, et de ne leur parler qu’avec une voix douce. Cela étant fait, il prit des coqs et des poules pour chanter à l’heure où l’on bat le tambour. C’est ainsi qu’il ordonnait tout convenablement, recherchant ce qui était inconnu et pouvait être utile. Il dit à son peuple : « Adorez Dieu, et rendez grâce au Créateur du monde, car c’est lui qui nous a donné le pouvoir sur les animaux ; rendez-lui grâce, car c’est lui qui nous a dirigés. »

Il avait un Destour pur qui se tenait loin des voies du mal et qui était révéré en tous lieux ; Schidasp était son nom. Il ne portait ses pas en toute chose que vers le bien : toute la journée, sa bouche était fermée à la nourriture ; toutes les nuits, il se tenait en prières devant Dieu. Il était cher au cœur de tous les hommes, il ne cessait de prier jour et nuit. Il était la bonne étoile du roi, et tenait dans ses liens les âmes des méchants. Il enseignait au roi toutes les voies du bien, et ne cherchait la gloire que par la vertu. Le roi demeurait tellement pur de tout mal, que de lui émanait une splendeur divine. Puis il alla et enchaîna Ahriman par ses enchantements, et le monta comme un coursier rapide. Il lui imposa la selle sans relâche, et faisait ainsi le tour du monde sur lui. Les Divs, voyant cela, s’affranchirent de ses liens et s’assemblèrent en grand nombre, car il avait laissé vide le trône d’or.

Lorsque Thahmouras eut nouvelle de cela, il revint en hâte pour s’opposer aux entreprises des Divs. Il était ceint de la majesté du maître du monde. Il appuyait sur son épaule une lourde massue. Les Divs courageux et les enchanteurs accoururent tous, formant une armée immense de magiciens. Le Div noir les précédait en poussant des cris, et leurs hurlements s’élevaient jusqu’au ciel. L’air devint sombre, la terre devint noire, et les yeux des hommes furent enveloppés de ténèbres. Thahmouras, le maître du monde, le glorieux, s’avança les reins ceints pour le combat et la vengeance. D’un côté étaient le bruit, les flammes et la fumée des Divs ; de l’autre, les braves du roi. Tout à coup il engagea avec les Divs un combat qui ne fut pas de longue durée. Il en enchaîna les deux tiers par la magie, il terrassa les autres avec sa lourde massue, et on les amena blessés et honteusement liés ; ils demandaient grâce pour leur vie, disant : « Ne nous tue pas, pour que tu puisses apprendre de nous un nouvel art qui te sera utile. » Le roi illustre leur accorda leur grâce, pour qu’ils pussent lui dévoiler leur secret ; et lorsqu’ils furent délivrés de leurs chaînes, ils demandèrent humblement sa protection. Ils enseignèrent l’écriture au roi, et le rendirent brillant de savoir ; ils lui enseignèrent une seule écriture ? non, près de trente, comme le roumi et le tazi, le parsi, le soghdi, le chinois et le pehlevi, et à les représenter telles qu’on les prononce. Que d’actions glorieuses le roi n’a-t-il pas faites pendant trente ans, outre celles que nous avons racontées ! puis il mourut, et sa vie disparut, mais ses travaux restèrent comme un monument de lui.

Ô monde ! n’élève personne si tu veux le moissonner après : si tu l’enlèves, pourquoi l’as-tu élevé ? Tu hausses un homme au-dessus du firmament, mais tout à coup tu le précipites sous la terre obscure.