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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/2-LLDF-Ch17

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Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 174-177).



CHAPITRE XVII


DÉCOUVERTE DU CADAVRE DE DOURYODHANA


Argument : Gândhârî aperçoit Douryodhana et s’évanouit. Elle reprend connaissance. Sa douleur. Discours qu’elle tientà Krishna. Elle lui montre la mère de Lakshmana, pleurant son époux et son fils.


487. Vaiçampâyana dit : Alors, ayant aperçu (le corps de) Douryodhana, Gândhârî, pâmée de douleur, s’affaissa subitement à terre, comme un kadalî (musa sapientum) (dont les racines sont) coupées.

488. Mais, ayant repris connaissance, elle se mit à pousser de longs cris, à la vue de Douryodhana gisant à terre et baigné dans son sang.

489. Après l’avoir embrassé, elle se lamenta tristement : Les sens agités, dévorée de chagrin elle exhala ses plaintes (en disant) : « Hâ, Hâ, mon fils ! »

490. Tourmentée par la douleur, arrosant de ses larmes la vaste poitrine (de son enfant), dont les clavicules étaient bien couvertes (par les chairs, et qui était) ornée de parures d’or et d’un collier de perles. 491. Elle s’adressa en ces termes à Hrishikeça, qui se tenait près d’elle : « Ô puissant, quand ce combat (qui devait amener) la complète extermination de (ses) parents, fut devenu imminent,

492. Ô Vrishnien, celui-ci, le plus grand des rois, ayant fait l’añjali, me dit : « Que dans cette bataille entre des parents, ma mère me souhaite la victoire ! »

493. Quand il eut ainsi parlé, ô tigre des hommes, moi qui connaissais tous les malheurs qui allaient fondre sur nous, je lui dis : « Là où est le devoir, là est la victoire.

494. Et comme, ô mon fils, tu ne perds pas ton sang froid dans la bataille, tu obtiendras certainement les mondes que l’on acquiert par les armes, (pour en jouir) à la manière des immortels. »

495. Voilà ce que je lui dis jadis ; et je ne pleure pas sur ce fils, mais sur le malheureux Dhritarâshtra, dont les parents sont tués.

496. Ô Madhavide, vois, étendu sur une couche de héros, mon impétueux fils, le plus excellent des guerriers, que le combat enivrait !

497. Ce tourmenteur des ennemis, qui, (jadis), marchait à la tête des (rois) sacrés par l’aspersion de l’eau sur la tête, celui-là même repose maintenant dans la poussière ! Vois les changements (apportés par) le temps !

498. Assurément, l’héroïque Douryodhana a atteint un refuge auquel il est difficile de parvenir, (puisque), la face tournée vers (l’ennemi), il repose sur une couche honorée par les héros.

499. De sinistres chacals tiennent (maintenant), pour le (roi) endormi sur sa couche de héros, la place (qu’occupaient) (jadis) les plus belles femmes, qui le divertissaient on l’environnant.

500. Les vautours entourent ce (prince), gisant privé de vie sur le sol de la terre, et qui, jadis, était réjoui par (la présence) des sages, qui se pressaient autour de lui.

501. Les oiseaux (de proie) donnent maintenant de l’air, avec leurs ailes, à celui que jadis, les plus belles femmes rafraîchissaient avec les plus excellents éventails.

502. Ce puissant guerrier aux grands bras, véritablement héroïque, git, abattu par Bhîmasena dans le combat, comme un éléphant (vaincu) par un lion.

503. Vois, ô Krishna, Douryodhana gisant baigné de sang, tué par Bhîmasena avec sa massue, ô Bharatide !

504. Keçava, sa mauvaise conduite a causé le trépas de ce guerrier aux grands bras, qui menait jadis aux combats onze armées complètes.

505. Ce grand archer, Douryodhana, ce grand guerrier, git abattu par Bhîmasena, comme un tigre (vaincu) par un lion.

506. Ce malheureux et fol enfant, ayant méprisé (les conseils) de Vidoura et de son père lui-même, est tombé au pouvoir de la mort, par suite de son manque de respect pour les gens âgés.

507. Le maître de cette terre qui, pendant treize années, ne lui avait pas offert d’ennemi, mon fils, repose sur le sol, privé de vie !

508. Ô Krishna, j’ai vu la terre gouvernée par le Dhritarâshtride, couverte d’éléphants, de bœufs et de chevaux, mais cela n’a pas duré longtemps, ô Vrishnien 1

509. guerrier aux gands bras, je la vois aujourd’hui gouvernée par un autre, vide d’éléphants, de bœufs et de chevaux ! Pourquoi donc suis-je (encore) vivante, ô Madhavide ?

510. Vois, ce qui est encore plus pénible que la mort même de mes fils : Ces femmes entourent les héros tués dans la bataille !

511. Vois, ô Krishna, pareille à un autel d’or, échevelée, la mère aux belles hanches de Lakshmana. Elle s’est jetée sur le beau sein de Douryodhana (son mari).

512. Assurément, jadis, quand le guerrier aux grands bras vivait, cette belle et sage jeune femme aimait à se réfugier entre les bras de ce héros.

513. Comment mon cœur n’éclate-t-il pas en cent morceaux, quand je vois mon fils tué, avec son fils, dans la bataille ?

514. (Cette femme) irréprochable flaire son fils baigné de sang. (Cette épouse) aux belles cuisses essuie aussi, de la main, (le sang) qui souille Douryodhana.

515. Comment cette sage (princesse) ne pleurerait-elle pas son époux et son fils ? Assurément, elle paraît se tenir en contemplation devant son enfant !

516. Ô Madhavide, cette femme aux grands yeux se frappe la tête de ses deux mains, et s’incline sur la poitrine de l’héroïque roi des Kourouides .

517. Cette (femme aux pratiques) ascétiques, qui a l’éclat de la fleur de lotus, brille comme cette fleur, en essuyant la face de son époux et celle de son fils.

518. Si les âgamas (recueils de préceptes) et les çroutis (révélations) sont véridiques, il est certain que ce roi a atteint les mondes où l’on n’arrive que (grâce) à la force de ses bras. »