Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/3-LLDA-Ch46

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Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 432-436).



CHAPITRE XLVI


GLORIFICATION DU HÉROS


Argument : Youdhishthira s’adressa à Krishna plongé dans la méditation, et lui demande ses conseils. Krishna l’engage à aller consulter Bhîshma, Youdhishthira et Krishna se rendent tous les deux auprès du lit de mort de ce héros.


1553. Youdhishthira dit : Être à l’héroïsme incommensurable, quel est le merveilleux objet de ta méditation ? (S’agit-il) du bonheur des trois mondes, ô refuge de l’univers ?

1554. Ô taureau des hommes, tu te livres à la quatrième espèce de méditation, (celle des yogins) ! Mon esprit est stupéfié, de ce que le dieu (qui s’incarne en toi, semble être) sorti (de ce monde).

1555. Certes, le souffle qui anime ton corps, et lui donne les cinq actions (vitales), a été retenu ! Tes sens apaisés et sereins se sont fixés dans ton esprit 32 !

1556. Dieu Grovinda, la parole et le sattva (bonté) sont rentrés dans ta bouddhi (une des formes de l’esprit). Toutes tes qualités sont rentrées, chacune dans son lieu d’origine.

1557. Les poils de ton corps sont immobiles, ton esprit et ton intelligence sont tranquilles, ô Madhavide ! Tu es devenu inerte comme un morceau de bois, un mur ou un rocher ?

1558. Ô dieu adorable, tu es immobile comme une pierre ! (Tu n’es pas plus) agité, que (la flamme) d’une lampe, que le vent laisse brûler tranquillement.

1559. Réponds à ma question, si elle n’est pas indiscrète. Éclaircis mes doutes, ô dieu, je t’en demande la faveur.

1560. Car tu es le créateur et le destructeur, tu es périssable et impérissable, tu n’as pas eu de commencement, et tu n’auras pas de fin. Tu es le plus grand des êtres, ô le plus grand des hommes.

1561. Ô le plus excellent de ceux qui connaissent le devoir , réponds, conformément à la vérité, à celui qui t’implore, qui t’est (pieusement) dévoué et qui incline sa tête (devant toi, et fais-lui connaître) quel est l’objet de ta méditation.

1562. Alors, ayant repris son esprit, son intelligence et ses sens, cet adorable frère puîné de Vâsava, sourit d’abord, et s’exprima en ces termes.

1563. Le Vasoudévide dit : (Je vois par l’intuition que), couché sur un lit de flèches, pareil à un feu qui s’éteint, le tigre des hommes, Bhîshma, songe à moi, de sorte que mon esprit s’est porté sur lui.

1564. Je suis allé en esprit vers celui, dont le roi des dieux fut incapable de supporter le bruit de la corde de l’arc et des mains, (bruit) qui était aussi (terrible que celui de) la foudre.

1565. Je suis allé en esprit vers celui par qui, après qu’il eut vaincu tous les rois, ces trois jeunes filles furent prises, (pour les marier à son frère).

1566. Je suis allé en esprit vers celui qui combattit, pendant vingt-trois jours, le Bhrigouide Râma, sans être vaincu par lui.

1567. Concentrant tous ses sens, ayant triomphé de ses pensées par son intelligence, il venait vers moi (comme) vers un refuge . C’est pour cela que mon esprit est allé à lui.

1568. Ô prince mon ami, je suis allé en esprit vers ce pupille de Vaçishtha, que la Gangâ enfanta.

1569. Je suis allé en esprit vers ce sage à la grande énergie, porteur d’armes divines, qui connaît les quatre védas, avec (toutes) leurs branches.

1570. Ô fils de Pândou, je suis allé en esprit vers le canal de toutes les sciences, le disciple chéri du Jamadagnide Râma.

1571. Ô taureau des Bharatides, je suis allé en esprit vers ce (sage), le plus excellent de ceux qui connaissent les devoirs, car il sait le passé, le présent, et l’avenir.

1572. Certes, quand ce tigre des hommes sera monté au ciel, par (l’effet de) ses œuvres, ô fils de Prithâ, la terre sera comme une nuit privée de lune.

1573. Youdhishthira, approche toi donc avec confiance, de ce Bhîshma fils de la Gangâ, dont l’héroïsme est terrible, salue-le et interroge-le sur (les difficultés) qui se présentent à ton esprit.

1574. Ô maître de la terre, demande-lui la connaissance des quatre védas, celle dos fonctions des quatre hotars (sacrificateurs), la connaissance des quatre modes dévie et celles de tous les devoirs des rois.

1575. Quand Bhîshma, ce chef des Kourouides, sera allé à sa (vraie) patrie, les sciences disparaîtront de la terre. C’est pour cela que je te presse (d’aller le consulter). »

1576. Après avoir entendu ces paroles, aussi vraies qu’excellentes, du Vasoudevide, ce roi, connaisseur du devoir, dit avec des larmes dans la voix, à Janârdana :

1577. « Ô Madhavide, il n’existe aucun doute dans mon esprit, sur ce que tu m’as dit des éminentes (qualités) de Bhîshma, ô Madhavide.

1578. Ô homme au grand éclat, la haute situation et le pouvoir de Bhîshma me sont connus, les magnanimes brahmanes m’en ont instruit.

1579. Tu es le créateur des mondes, ô meurtrier de Madhou. Les paroles que tu prononces, ô joie des Yadouides, n’ont pas besoin d’être méditées par moi, (pour en apprécier la justesse).

1580. Si tes pensées me sont favorables, ô Madhavide, nous te mettrons à notre tête pour aller vers Bhîshma.

1581. Car, quand l’adorable soleil se sera retourné (dans sa course, notre grand oncle) se dirigera vers les mondes (supérieurs). Le Kourouide (Bhîshma) aux puissants bras, a donc besoin de (recevoir) ta visite.

1582. Qu’il jouisse de ta vue. Tu es le Dieu suprême (à la fois) périssable et impérissable. Tu es le réceptacle de Brahma (l’âme suprême). »

1583. Vaiçampâyana dit : Quand il eut entendu les paroles de Dharmarâja, le meurtrier de Madhou dit au Satyakide qui se tenait auprès de lui : « Qu’on attelle mon char. »

1584. À l’instant, le satyakide s’éloigna de Keçava, et dit à Dârouka : « Qu’on attelle le char de Krishna. »

1585-1587. Après avoir entendu les paroles du Satyakide, Dârouka, ayant fait l’añjali, se hâta de présenter à Acyouta l’excellent char, en partie orné d’or, garni de pointes de saphir et de cristal, dont les roues avaient des bandes d’or, dont l’éclat égalait celui du soleil ; ce (char) à la course rapide, à l’intérieur orné de divers joyaux brillants, resplendissant comme le soleil nouvellement levé, ayant une bannière avec un étendard brillant, (où on voyait) Garouda ; ce (char était) attelé de chevaux de choix, rapides comme la pensée, aux corps parés d’or, et dont les premiers étaient Sougriva et Çaivya.