Le Mahâbhârata (traduction Fauche)/Tome 2/L’incendie du Khândava

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Traduction par Hippolyte Fauche.
(tome 2p. 266-310).


L’INCENDIE DU KHANDAVA



Vaîçampâyana dit :

« Tandis qu’ils habitaient Indraprastha, ils mirent à mort différents monarques, suivant les ordres du roi Dhritarâshtra et du fils de Çântanou. 8050.

Telles que les âmes accourent au corps, qu’elles doivent animer, tels, accourant vers Dharmarâdja aux œuvres scellées d’un saint caractère, tous les hommes y trouvaient une agréable habitation. 8051.

Il cultiva d’une manière égale, comme trois parents égaux à lui-même, éminent Bharatide, l’intérêt, l’amour et le devoir, dont il faisait grand cas en habile politique. 8052.

Le fils de Kountî brillait comme un quatrième avec l’amour, l’intérêt et le devoir, tels que si, dans un partage égal avec lui, il se fussent incarnés sur la terre. 8053.

Ils obtinrent en lui pour monarque un lecteur éminent des Védas, un rénumérateur dans les grands sacrifices, un protecteur des mondes purs. 8054.

La Fortune résidait en lui, la Sagesse était sa compagne dévouée ; par lui croissait entière la vertu des rois. 8065.

Accompagné de ses quatre frères, le monarque brillait d’un éclat supérieur, comme un grand sacrifice, qui s’étend grâce à l’emploi simultané des quatre Védas. 8066.

Dhaâumya et les autres deux fois nés, s’étant approchés, aimaient à l’entourer, tels que les principaux Immortels, égaux à Vrihaspati, environnent le maître des créatures.

Car, dans son extrême bienveillance, la pureté d’Youddhishthira, semblable à celle de la lune en son plein, charmait également les yeux et les cœurs de ses sujets. 8067-8058.

Ils n’avaient point à se réjouir d’une condition des créatures, qui fût seulement l’ouvrage du Destin, car son gouvernement savait produire tout ce qui plaît aux âmes.

Comme le sage fils de Prithâ n’avait à la bouche que des paroles charmantes, il ne dit jamais une chose, qui fût, ou inconvenante, ou fausse, ou insupportable, ou fâcheuse. 8059-8060.

Ce prince à la très-haute splendeur se réjouissait en lui-même, ô le plus vertueux des Bharatides, de faire le bien de tout le monde ; ce qui était son désir. 8061.

Consumant de leur flamboyant éclat tous les rois de la terre, les cinq fils de Pândou habitaient ainsi dans la joie et libres de soucis. 8062.

Quelques jours s’étant écoulés, Bîbhatsou dit à Krishna : « Voici les chaleurs venues, Krishna ; allons sur les rives de l’Yamounâ. 8063.

» Après nous être divertis là, meurtrier de Mâdhou, le jour, nous reviendrons le soir. Veuille agréer, Djanârdana, ce que je propose. » 8064.

« Ô toi, de qui la mère est Kountî, répondit le Vasoudévide, je suis également d’avis qu’il faut nous amuser dans les ondes, environnés de personnes amies, tant que nous y trouverons du plaisir. » 8065.

Ensuite, lorsque Dharmarâdja leur eut donné sa permission et qu’ils l’eurent salué, rejeton de Bharata, le Prithide et Govinda s’en allèrent de compagnie, entourés de leurs amis. 8066.

Quand on fut arrivé au lieu des amusements du Prithide et de l’Yadouide, site magnifique, ombragé d’arbres divers, où s’élevaient différentes maisons, tel que la ville même de Pourandara, approvisionné de parfums en toutes les sortes, de guirlandes très-riches, de liqueurs savoureuses, de mets et de friandises, tout le cortège à la hâte entra dans le gynœcée, orné de maintes et maintes pierreries éblouissantes, et s’y joua, Bharatide, dans l’ivresse de la joie. 8067-8068-8069.

Des femmes aux larges croupes, aux seins potelés, aux yeux charmants, aux allures chancelantes par l’ivresse, y donnèrent l’essor aux amusements. 8070.

Les dames du Prithide et de Krishna s’amusaient, les unes dans le bocage, celles-ci dans les eaux, celles-là dans les palais, suivant le lieu, suivant le plaisir. 8071.

Draâupadî et Soubhadrâ, toutes deux pleines d’ivresse, puissant roi, firent des présents de robes et de parures aux femmes du gynœcée. 8072.

Les unes dansaient joyeuses, celles-ci poussaient des cris, celles-là riaient, les autres buvaient les plus fines liqueurs. 8073.

Ici, elles retenaient une compagne ; là, elles se battaient : ailleurs, elles délibéraient de choses secrètes, les unes avec les autres. 8074.

Tout, palais et bois d’une riche abondance, était rempli entièrement du son ravissant des tambours, des luths et des flûtes. 8075.

Tandis que ces scènes se déroulaient, les deux rejetons de Dâçârha et de Kourou s’en allèrent à certain lieu peu éloigné et du plus ravissant aspect. 8076.

Arrivés là, sire, ces magnanimes Krishnas, conquérants des villes ennemies, s’assirent tous deux sur des sièges du plus haut prix. 8077.

Là, Pârtha et Mâdhava s’amusèrent à conter beaucoup d’histoires, les unes des temps primitifs, les autres d’une époque plus récente. 8078.

Alors qu’ils étaient assis là joyeux, comme les deux Açwins sur la voûte du ciel, un brahme s’avança vers Dhanandjaya et le Vasoudévide. 8079.

Il ressemblait à un majestueux shorée, son éclat était celui de l’or passé au feu, sa barbe flamboyante était d’un jaune passant au noir, sa taille égalait en longueur un pramâna ( ?). 8080.

Il portait le vêtement d’écorce et le djatâ des anachorètes, son visage avait la teinte des pétales du lotus rouge, il semblait avec sa carnation dorée le soleil adolescent et flamboyait d’une splendeur en quelque sorte naturelle. 8081.

Tandis qu’il s’approche, éclatant de lumière, Krishna le Vasoudévide et Dhanandjaya se hâtent de marcher à la rencontre du brahme sublime et se tiennent debout en sa présence. 8082.

Il dit au fils de Prithâ et au Vasoudévide issu d’Yadou, ces deux héros du monde, placés alors non loin du Khândava : 8083,

« Je suis un brahme, qui mange beaucoup ; je puis dévorer un aliment, qui dépasse toute mesure. Je demande en aumône aux rejetons de Vrishni et de Pândou qu’ils me rassasient une seule fois ma faim. » 8084.

À ces mots le Pândouide et Krishna lui dirent : « Quelle nourriture pourrait apaiser la faim de ta sainteté ? Parle ! nous tâcherons de te la procurer. » 8085.

Le révérend de répondre à ces paroles des héros, qui demandaient : « Quelle nourriture devons-nous te servir ? » 8086.

« Ce n’est pas une nourriture humaine, que je désire manger : sachez que je suis le Feu ! Donnez-moi un aliment convenable à ma nature ! 8087.

» Indra ne cesse de protéger ce Khândava contre un incendie ; et je ne puis consumer ce bois toujours défendu par le magnanime. 8088.

» Là, habite continuellement son ami, le serpent Takshaka ; et c’est à cause de lui que le Dieu armé de la foudre et ses bataillons tiennent ce bois à l’abri d’un incendie. 8089.

» Là, sa bienveillance conserve beaucoup d’êtres, et, quelque soit mon désir de brûler ce bois, la puissance de Çakra m’empêche de le consumer. 8090.

» Aussitôt qu’il me voit élever mes flammes, il verse sur elles les eaux des nuages, et, quelque ardente que soit mon envie d’incendier cette forêt, il m’est impossible de la brûler. 8091.

» Je viens donc m’unir d’une alliance avec vous, qui possédez la science des astras. Que je puisse dévorer le Khândava : son incendie est cet aliment, que je vous demande. 8092.

» Vous deux en effet, qui savez les plus grands des astras, vous écarterez de tous côtés les nuages, « t les êtres de quelque part qu’ils viennent à leur secours. » Djanamédjaya dit :

« Pourquoi le vénérable Feu désirait-il incendier le Khândava, défendu par Mahéndra ei peuplé d’êtres bien divers ? 8093-8094.

» En effet, brahme, il me semble que petite ne devait pas être la cause de cette colère, qui poussait le Feu à dévorer le Khândava. 8095.

» Aussi, brahme, désiré-je la connaître avec étendue et dans la vérité : de quelle manière est donc né jadis, anachorète, cet incendie du Khândava ? » 8096. Vaîçampâyana répondit :

« Eh bien ! Je vais te raconter, ô le plus grand des hommes, cette histoire de la destruction du Khândava, légende, vantée par les rishis et tirée des Pourânas.

Ces Pourânas, sire, nous disent qu’il y eut un roi, doué de courage et de force, l’image du Dieu aux coursiers verts et célèbre sous le nom de Çwétaki. 8097-8098.

« On ne trouve pas, se disait-il, un autre sacrifiant quelconque égal au sage Dânapati ! Tel je veux être. » Il se mit donc à célébrer de grands sacrifices, dont les cérémonies étaient rétribuées avec de justes honoraires.

Il n’avait pas d’autre pensée tous les jours, sire, dans le sacrifice, dans le commencement de tous ses actes religieux, dans ses différentes aumônes. 8099-8100.

Le sage monarque sacrifia donc ainsi, accompagné de ses prêtres officiants ; mais, après un long espace de temps écoulé, ceux-ci fatigués, les yeux troublés par la fumée, abandonnèrent le roi des hommes. Il releva le courage de ses ritouidjs ; mais, retombés dans ce trouble des yeux, ils ne purent achever la cérémonie. 8101-8102.

De leur consentement, le souverain de la terre continua le sacrifice avec de nouveaux brahmes et de nouveaux ritouidjs. 8103.

Enfin la révolution du temps fit rouler cent années sur le roi embarrassé au milieu de ces conjonctures et dans son désir d’achever la cérémonie commencée. 8104.

Mais les prêtres officiants n’arrivaient pas à terminer le sacrifice du magnanime, quelque grands efforts, que fissent le monarque et ses amis. 8105.

Mainte et mainte fois, le prince à la vaste renommée, sans jamais se lasser, ramena à l’œuvre ses ritouidjs par des révérences, des flatteries et des largesses. 8106.

Mais ces prêtres à la force sans mesure ne pouvaient accomplir son dessein, et, saisi de colère, le roi dit aux anachorètes : 8107.

« Si je pèche, brahmes, et si je ne reste pas dans l’obéissance, qui vous est due, vous serez bientôt forcés de m’abandonner et je serai méprisé des brahmes. 8108.

» Ne veuillez donc pas empêcher ma foi dans le sacrifice, ni vous séparer de moi sans raison, ô les plus vertueux des brahmes. 8109.

» Mes actes, mes paroles, mes caresses, mes largesses, tout, brahmes, témoigne de mon inclination pour vous, daignez m’accorder votre bienveillance. 8110.

» Ou, rentré dans votre bienveillance, ô les plus vertueux des brahmes, je vous dirai ce que nous avons à faire ; ou, la haine vous ayant séparés de moi, j’irai chercher de nouveaux ritouidjs pour diriger mon sacrifice. » Le prince, une fois ces mots prononcés, garda le silence. 8111-8112.

Reconnaissant qu’ils n’avaient plus sur le monarque la puissance nécessaire à la conduite de son entreprise, les sacrifiants irrités dirent à l’invincible et vertueux souverain : 8113.

« Tes actes religieux, ô le grand des rois, n’ont aucun relâche, par conséquent nous sommes fatigués, nous, qui avons continuellement à en soutenir le poids. 8114.

» Écoutant le délire de tes pensées et mettant la précipitation en estime, ne veuille pas nous abandonner, roi sans péché, nous, que cette fatigue accable. 8115.

» Mais rends-toi aux pieds de Roudra, il prêtera son assistance à ton sacrifice ! » À peine eut-il entendu ces paroles de blâme, le roi Çwétaki 8116.

Dirigea ses pas vers le mont Kaîlâsa et s’y livra à de terribles pénitences. Il s’y tint long-temps, sire, les sens domptés, voué au jeûne, irréprochable en son vœu, cherchant à se concilier Mahâdéva. 8117.

Il prenait de la nourriture, soit des racines, soit des fruits, tantôt le douzième, tantôt le seizième jour. 8118.

Le roi Çwétaki se tenait, les bras levés en l’air, sans cligner les yeux, immobile comme un pieu : il resta dans cette attitude six mois avec recueillement. 8119.

Çankara vit avec la plus grande joie, rejeton de Bharata, ce tigre des rois, qui se mortifiait ainsi dans cette rude pénitence. 8120.

« Je suis content de tes mortifications, invincible monarque, lui dit-il : choisis, prince, s’il te plaît, une grâce, que tu veuilles obtenir. » 8121.

Aussitôt qu’il eut ouï ces paroles de Roudra à la splendeur infinie, le saint roi se prosterna aux pieds du magnanime et lui répondit : 8122.

« Si j’ai satisfait Bhagavat, adoré dans tous les mondes, accomplis toi-même, souverain des Souras, suzerain du roi

des Dieux, accomplis mon sacrifice. » 8123. À ce langage, que lui adressait le monarque, Bhagavat joyeux reprit en ces termes, que précédait un sourire :

« Diriger un sacrifice n’est pas une chose de nos attributions, et néanmoins c’est par le désir de cette grâce, sire, que tu as soutenu cette rude pénitence. 8124-8125.

Il Je ferai donc mener ton sacrifice à bonne fin sous une condition, victorieux monarque. » Et il ajouta : « Si, voué à la continence douze années, tu rassasies le feu d’une âme recueillie avec tes libations de beurre clarifié, 8126.

» Tu obtiendras de moi, prince, l’accomplissement de ton désir. » À ces mots de Roudra, Çwétaki, le souverain des enfants de Manou, 8127.

Fit tout de la manière, que l’avait prescrit ce Dieu armé d’un trident ; et, la douzième année révolue, il revint trouver Mahéçvara. 8128.

À son aspect, Çankara, le créateur des mondes, dit, transporté de joie, à Çwétaki, le plus vertueux des souverains : 8129.

« Je suis content, prince éminent, du fait supérieur, qui fut consommé par toi-même ici ; mais c’est aux brahmes que les règles attribuent la direction des sacrifices ; par conséquent, fléau des ennemis, je n’officierai pas moi-même dans ton sacrifice. 8130-8131.

» Il est sur la surface de la terre une portion de moi même ; c’est un fortuné mortel, le plus grand des brahmes ; on l’appelle DourvAças ; c’est lui, cet être à la vaste splendeur, qui, suivant mon ordre, t’aidera pour ton sacrifice. Qu’on s’occupe d’en faire les préparatifs ! » À ces mots, sortis de la bouche divine, 8132-8133.

Çwétaki s’en revint à sa ville ; il disposa de nouveau les apprêts ; et, quand tout fut préparé, il retourna vers le Dieu Roudra. 8134.

« Toutes les choses principales et auxiliaires sont préparées, lui dit-il. Qu’on célèbre demain par ta grâce, Mahâdéva, le sacrifice d’initiation ! » 8135.

À peine Roudra eut-il ouï ces paroles du roi magnanime qu’il appela Dourvâsas et lui tint ce langage : 8136.

« Voici l’éminent roi Çwétaki, ô le plus vertueux des brahmes ; fais sacrifier suivant mon ordre, Indra des brahmes, ce monarque de la terre. » 8137.

« Oui ! » répondit le saint à ces mots de Roudra. Ensuite fut célébré le sacrifice du roi magnanime. 8138.

Quand il eut terminé, conformément aux désirs, conformément aux paroles du monarque, ce sacrifice, enrichi de bien nombreux honoraires, 8139.

Les prêtres officiants et tous les prêtres assistants, qui avaient reçu la consécration du sacrifice préliminaire, s’en allèrent de côté et d’autre avec le congé de Dourvâsas. 8140.

Le fortuné monarque s’en retourna lui-même dans sa ville. Le vénérable feu alors fut surpris d’une maladie. Il perdit sa lumière, il tomba dans la consomption. Quand Agni se vit dépouillé de sa splendeur, 8141-8142.

Il s’en alla au séjour de Brahma, palais saint, honoré des mondes, et là il dit ces mots à Brahma sur le trône :

« J’ai perdu ma lumière et ma force, souverain de l’univers. Puissé-je, grâce à toi, recouvrer mon premier état naturel, sans le perdre jamais ! » 8143-8144.

Aussitôt qu’il eut ouï ce langage du feu, le vénérable auteur des mondes lui adressa, en souriant, ces paroles : 8145.

« Seigneur, tu as mangé, comme le beurre clarifié versé dans ton brasier, douze sortes de richesses, c’est pourquoi cette langueur s’est emparé de toi, 8146.

» Afin que, privé de ta vigueur, tu ne marchasses plus avec cette fougue, que tu reprendras, Agni, en reprenant ton état naturel. 8147.

» C’est pour te châtier d’avoir jadis réduit en cendres, à l’ordre des Immortels, cette épouvantable forêt du Khândava, l’habitation des ennemis des Dieux. 8148.

» Là, demeurent tous les êtres animés : rassasié de leur moëlle, Feu, tu reviendras à ton premier état. 8149.

» Cours vîte brûler ce bois et tu seras délivré de ta peine ! » À peine eut-il entendu ces paroles tombées de la bouche du Très-haut, 8150.

Agni se précipita d’une rapidité extrême. Arrivé bientôt à la majestueuse forêt de Khândava, grâce à cette incomparable vitesse, le feu, dont la colère était excitée parle vent, se mit soudain à vomir des flammes. 8151.

À la vue de ce bois devenu la proie des flammes, tous les habitants du Khândava de recourir aux plus grands efforts pour éteindre le feu. 8162.

Vîte, les éléphants irrités se hâtent de puiser l’eau avec leurs trompes et d’en arroser le feu par centaines et par milliers. 8153.

Ensuite les serpents à plusieurs têtes accourent, pleins de colère, sur les confins de l’incendie et s’empressent de lâcher les réservoirs d’eaux formées dans leurs têtes. 8154.

C’est ainsi, rejeton de Bharata, que les animaux du bois, par le jeu de leurs différentes armes, eurent bientôt contraint l’incendie à s’éteindre. 8155.

Le feu mainte et mainte fois renouvela ses flammes ; mais il fut jusqu’à sept fois par de tels moyens forcé lui-même à s’éteindre. 8156.

Alors tombé dans le désespoir et toujours en proie à la consomption, le Feu revint en courroux vers l’aïeul suprême des créatures. 8157.

Il exposa tout suivant les convenances à Brahma, et l’auguste Dieu, ayant réfléchi un moment, lui dit :

« J’entrevois un moyen, grâce auquel, irréprochable Déité, tu peux brûler aujourd’hui même la forêt Khândava, malgré l’époux de Çatchî. 8158-8159.

» Nara et Nârâyana, qui sont l’un et l’autre des Dieux antérieurs, sont descendu », Agni, dans le monde des hommes pour une alfaire des habitants du ciel. 8160.

» Ce sont les deux personnes, que le monde connaît sous les noms d’Arjouna et du Vasoudévide. Va les trouver ; ils sont en ce moment l’un avec l’autre dans le voisinage du Khândava. 8161.

» Sollicite une alliance avec eux pour l’incendie de cette forêt ; et, le traité conclu, tu brûleras ce bois, fût-il défendu par les Tridaças mêmes. 8162.

» Ces deux héros, unissant leurs efforts, arrêteront tous les êtres animés et le roi des Dieux lui-même : il n’y a nul doute ici pour moi. » 8163.

Ces paroles entendues, le Feu se hâte de s’en aller vers les deux héros et leur expose le motif de sa venue. 8164.

Je te l’ai fait connaître moi-même tout à l’heure, ô le plus grand des rois. Quand il eut parlé, Arjouna répondit à cet être, dans la bouche duquel sont nés les Védas, à lui, qui désirait, tigre des rois, incendier la forêt de Khândava, malgré Çatakratou, ces mots appropriés au temps : 8165-8166.

« J’ai des flèches nombreuses, supérieures, célestes, armé desquelles je pourrais combattre à la fois plusieurs Dieux de la foudre. 8167.

» Mais, Adorable, je n’ai pas un arc proportionné à leur immense vigueur et qui puisse supporter ma fougue, quand je déploie mon effort dans le combat. 8168.

» J’en ai besoin pour décocher mes flèches nombreuses, impérissables, coup sur coup. Il me faudrait aussi un char capable de porter mes flèches, telles que ton projet les désire. 8169.

» Je souhaiterais même des coursiers blancs, célestes, d’une vitesse pareille au vent ; un char, qui imite le bruit des nuages et qui ait une splendeur égale au soleil. 8170.

» Il n’existe pas une arme, qui soit proportionnée à la force de Mâdhava et sous laquelle ce Krishna puisse abattre dans un combat les Nâgas et les Piçâtchas ! 8171.

» Veuille bien dire. Adorable, avec quel moyen pour le succès de ton affaire je puis arrêter dans une grande bataille Indra, versant la pluie. 8172.

» Nous ferons avec bravoure, Agni, tout ce qui est à faire ; mais que ta révérence daigne nous procurer des instruments capables. » 8173.

À ces mots, le vénérable Feu, qui a la fumée pour son drapeau, de tourner par le désir de le voir sa pensée sur Varouna, le gardien du monde, 8174.

L’Aditya, le souverain des eaux, le Dieu, qui habite dans les ondes ; et celui-ci, à peine connue cette pensée, apparut soudain aux regards du Feu. 8175.

L’Être, de qui l’étendard est la fumée, reçut avec honneur ce maitre des eaux, le quatrième des gardiens du monde, l’éternel Dieu des Dieux, et lui dit : 8176.

« Je te demande les deux carquois et l’arc, qui te furent donnés par le roi Lunus. Donne-moi promptement l’un et l’autre objet avec le char, qui porte un singe pour emblème. 8177.

» Le fils de Kountî, armé de Gândlva, et le Vasoudévide avec le tchakra doivent accomplir un bien grand exploit : donne-moi cela dans l’instant même. » 8178.

« Mon refus est impossible ! » répondit au feu Varouna, qui lui donna les deux carquois impérissables et cette perle des arcs, merveilleuse, d’une grande force, l’accroissement de la renommée et de la gloire, invincible à toutes les armes, brisant toutes ses rivales, inspirant l’audace en présence des armées ennemies, souveraine de toutes les armes, unique, égale à cent mille arcs, pouvant augmenter un empire, admirable, embellie de couleurs variées, délicatement travaillée, sans défaut, honorée des années étemelles chez les Gandharvas, les Dânavas et les Dieux ! 8179-8180-8181-8182.

Il donna aussi le char, ayant pour insigne un incomparable singe, attelé de chevaux célestes, traîné par des coursiers d’argent aux guirlandes d’or, nés chez les Gandharvas,

Semblables aux nuées blanches, égaux en rapidité au vent ou à la pensée ; ce char, muni de tous les auxiliaires du courage, que n’auraient pu vaincre les Dânavas ni les Dieux mêmes, 8183-8184.

Lumineux, roulant avec fracas et ravissant l’âme par toutes les espèces de pierres fines ! Le Pradjâpati Bhaâumana, le seigneur du monde, l’avait créé par une sainte pénitence : c’est monté dans ce char, dont la beauté indescriptible égalait celle du soleil, que l’auguste Lunus avait jadis vaincu les Dânavas. 8185-8186.

Égaux en armes à Çakra même, les deux héros montèrent dans le char sans pareil, semblable aux nuées nouvelles et, pour ainsi dire, flamboyant de beauté. 8187.

La hampe du drapeau était d’or, magnifique, éblouissante : elle était surmontée d’un singe céleste, insigne du roi des rois. 8188.

Il se tenait sur la tête des héros, comme s’il avait envie lui-même d’incendier : sur le champ du drapeau étaient peints divers grands animaux. 8189.

À peine ont-elles entendu le bruit de ses roues, la connaissance expire dans l’âme des armées ennemies. Après qu’il eut décrit un pradakshina autour de ce char nompareil, embelli par maint et maint drapeau, et qu’il se fut prosterné en l’honneur des Dieux, 8190.

Le fils de Kountî armé, revêtu de la cuirasse, ceint du cimeterre, ganté de la manique, défense de ses doigts, monta, comme un saint, sur le char du ciel. 8191.

Brahma lui-même avait jadis fabriqué Gândîva, l’arc divin, le plus victorieux des arcs. Ce don ravit Arjouna au comble de la joie. 8192.

Ensuite, quand il eut fait prendre la première place au Feu, le vigoureux Arjouna saisit l’arc et, mettant sa force en jeu, il fixa le bout de la corde à l’extrémité de l’arme.

Au moment qu’il banda l’arc, l’âme de ceux, qui en entendirent le son, fut émue d’épouvante. 8193-8194.

Dès qu’il eut reçu le char, l’arc et les deux carquois indestructibles, le fils de Kountî, plein de joie, fut prêt à consommer l’exploit. 8195.

Le Feu donna au Vasoudévide un disque à l’ombilic de diamant avec le Trait-du-feu, son arme chérie, et Krishna fut également prêt au combat. 8196.

Agni de lui parler en ces termes : « Avec cette arme, meurtrier de Madhou, tu vaincras en bataille, ce n’est pas douteux, les êtres mêmes, qui ne sont pas de la race humaine. 8197.

» Avec elle, tu seras supérieur dans les combats aux hommes, aux Rakshasas, aux Piçâtchas, aux Daîtyas, aux Nâgas et même aux Dieux. 8198.

» Tu seras incomparable, il n’y a nul doute, pour donner la mort. Chaque trait, que tu lanceras, Mâdhava, au milieu des ennemis sur le champ de bataille, reviendra lui-même dans ta main, rougi par le sang de l’adversaire, qu’il aura tué dans le combat sans aucune résistance. »

L’auguste Varouna lui donna une massue, bruyante comme le tonnerre, infligeant la mort aux Daîtyas et nommée Kaâumaudakî. 8199-8200.

Alors, pleins de joie, Arjouna et l’immortel Atchyouta, tous deux consommés dans la science des astras, ayant obtenu des flèches, un char et même un drapeau, adressèrent au Feu ces paroles : 8201.

« Nous sommes prêts à combattre, Vénérable tous les Asouras et les Dieux ; combien plus un seul Indra, à qui le salut d’un serpent fait désirer la guerre ! » 8202.

Arjouna dit :

« Quand le vigoureux Hrishîkéça se promène, son tchakra à la main, dans une bataille, il réduit en cendres, le robuste guerrier ! tout ce que frappe son disque lancé ! » Il n’est rien dans les trois mondes, que ne puisse faire, Djanârdana ! » 8203-8204.

» Portant l’arc Gândîva et les deux indestructibles carquois, je puis vaincre, Agni, tous les mondes en bataille ! 8205.

» Tandis que nous empêcherons de tous côtés les secours, brûle aujourd’hui même, seigneur, ce grand bois à ton aise, nous voici prêts h consommer cet exploit ! »

À ces mots, que lui adressaient le Dâçârhain et le Pândouide, le vénérable Feu, prenant une forme toute flamboyante, se mit à incendier la forêt. 8206-8207.

Les secours empêchés de toutes parts, le Feu, vomissant des flammes, dévorait le bois du Khândava, offrant aux yeux, pour ainsi dire, le spectacle de la fin d’un youga. 8208.

Il s’empare de la forêt, il entre dans le bois, puisant Bharatide ; il jette la peur en tous les êtres avec son bruit semblable au tonnerre des nuages. 8209.

Les formes de ce bois en flammes ressemblaient k celles du Mérou, le roi des montagnes, inondé par les rayons du soleil. 8210.

Ces deux vaillants conducteurs de chars, se plaçant avec leurs chars aux deux côtés du bois, firent dans tous les points de l’espace un vaste carnage d’animaux. 8211.

Les deux héros se précipitaient de quelque côté qu’ils vissent fuir des êtres animés, hôtes du Khândava. 8212.

Ces guerriers ne voyaient pas le moindre espace laissé ouvert entre les deux chars, à la course rapide : tant ces deux incomparables véhicules ressemblaient à deux flèches, que les arcs ont décochées ! 8213.

Tandis que la flamme ravageait le Khândava, les animaux s’élançaient de tous les côtés en troupes de cent à la fois hors de leurs tannières, en poussant des cris épouvantables. 8214.

Un grand nombre n’avait qu’une partie du corps atteinte, les uns étaient brûlés partout, les autres aveuglés, ceux-ci paralysés, ceux-là tout ravagés. 8215.

Les uns tenant leurs fils embrassés, ceux-là serrant leurs pères, ceux-ci leurs frères, ils ne pouvaient dans leur tendresse les abandonner et succombaient avec eux à la mort, 8216.

On en voyait par troupes, qui sautaient hors du feu, en grinçant les dents ; mais, tout chancelants dans leur marche, ils retombaient dans le brasier. 8217.

On voyait çà et là des animaux périr, les pieds, les yeux, les ailes brûlés, se roulant sur le sol de la terre. De tous les côtés, on voyait des tortues inanimées et des poissons cuits dans les étangs, que l’incendie avait mis à sec. 8218-8219.

Revêtus comme de nouveaux corps enflammés, les animaux, dans la perte de leur vie, ressemblaient à des Agnis incarnés au milieu de cette forêt. 8220.

Le Prithide coupait en morceaux avec ses flèches les oiseaux à l’instant qu’ils prenaient leur volée et les faisait retomber dans le feu allumé. 8221.

Ceux-là parvenaient à s’élancer d’un vol rapide au sein des airs en poussant de grands cris ; mais ils retombaient dans le Khândava, tous les membres hérissés de flèches. On entendait un bruit épouvantable des habitants de ce bois abattus par bandes sous les traits aigus : tel fut jadis le fracas de l’océan baratté. 8222-8223.

Les grandes flammes du feu allumé s’élevaient dans les airs et jetaient une immense terreur au sein des habitants du ciel. 8224.

Insupportablement brûlés par ces flammes, tous les Dieux, magnanimes hôtes des cieux, mettant les rishis à leur tête, s’en vont trouver le Dieu aux mille regards, le souverain des Dieux, Çatakratou, l’immortel vainqueur des Asouras. 8225.

« Pourquoi, seigneur, lui dirent-ils, tous ces enfants de Manou sont-ils brûlés par le feu ! Est-il un endroit des mondes, où n’atteindra point la destruction ? » 8226.

À ces paroles d’eux, le meurtrier de Vritra, le Dieu aux coursiers verts tourna ses regards vers le Khândava et s’avança pour le sauver. 8227.

Vâsava, le roi des Souras, couvrit aussitôt l’atmosphère d’une grande multitude de nuages aux formes variées et répandit les torrents de sa pluie. 8228.

Le monarque des Dieux versa des gouttes aussi grosses que le globe de l’œil par centaines de mille et poussa les nuées vers le Khândava. 8229.

Mais la chaleur du feu neutralisa les gouttes de la pluie et, s’évaporant au sein des airs, elles ne tombèrent pas même sur le brasier. 8230.

Violemment irrité contre le feu, le meurtrier de Namoutchi versa de nouveau les eaux comme un déluge avec de plus grands nuages. 8231.

Au milieu de ce mélange des pluies et des flammes, He ces éclairs sillonnant la fumée, le bois, troublé par le fracas des tonnerres, offrait un aspect épouvantable. 8232.

Déployant les plus puissants des astras, Bîbhatsou, le fils de Pândou, arrêta ces pluies d’eau avec une pluie de flèches. 8233.

Telle que la lune couvre la terre de gelée blanche, tel le Pândouide à l’âme infinie couvrit de ses flèches nombreuses toute la forêt Khândava. 8234.

Nul être, quel qu’il fût, ne put sortir de sa retraite dans le temps que l’Ambidextre tenait obstrué Pair des flèches, que décochait son arc. 8235.

Mais Takshaka, le vigoureux monarque des serpents, n’était pas là. À peine avait-il vu incendier sa forêt qu’il était passé dans le Kouroukshétra. 8236.

Là, se trouvait le fils de Takshaka, le robuste Açvaséna, qui, pour se sauver du feu, mit en œuvre les plus violents efforts. 8237.

Il ne put sortir, empêché par les traits d’Arjouna : sa mère, fille d’un serpent, l’avala pour le sauver. 8238.

D’abord, elle absorba la tête, et la queue suivit. Quand elle eut avalé son fils, la serpente se mit en route avec le désir de sauver sa géniture. 8239.

Le Pândouide lui coupa la tête dans sa marche avec une flèche acérée au large tranchant sous les yeux mêmes d’Indra, l’époux de Çatchî. 8240.

Le Dieu, qui tient la foudre, avait envie de sauver Açvaséna ; il suscita donc une bourrasque de vent, qui frappa de stupeur l’esprit du Pândouide ; et le serpent de s’échapper au même instant. 8241.

À la vue de cette effrayante magie, le fils de Pândou, frustré du serpent, se mit à couper en deux et en trois les êtres animés, qui volent dans les airs. 8242.

Bîbhatsou, le Feu et le Vasoudévide lancèrent tous sur le tortueux reptile cette malédiction : u Tu n’auras aucune renommée ! » 8243.

Djishnou inonda ensuite le Dieu aux mille yeux de ses flèches au vol rapide et le combattit avec la colère, que lui inspirait le souvenir de cet artifice. 8244.

À la vue du courroux, dont brûlait Arjouna, le roi des Dieux recourut à son formidable astra et couvrit le ciel entièrement. 8245.

Un vent au vaste fracas souleva toutes les mers et dans les airs, où il régnait, fit naître des nuages, remplis d’eaux pluvieuses, 8246.

Et d’épouvantables nuées, où les éclairs de la foudre se mêlaient à la voix du tonnerre. Arjouna d’opposer un astra victorieux à celui de son ennemi. 8247.

Habile pour l’action et possédant une multitude de forces, il enchanta le Trait-du-Vent, qui détruisit l’astra des nuées tonnantes, décoché par le céleste Indra. 8248.

Les nuages manquèrent d’eau, les éclairs s’éteignirent et dans un instant l’obscurité la plus épaisse devint un ciel serein. 8249.

Rendu à son état naturel, le disque du soleil reparut, accompagné d’un vent frais et doux ; le feu, ne trouvant plus d’obstacle, reprit joyeux ses aspects variés. 8250.

Arrosé avec les torrents de moëlle sortis du corps des animaux, il vomit de nouveau ses flammes, remplissant le monde de ses bruits. 8261.

À la vue de leur bois, que défendent les deux Rrishnas, les volatiles, Souparna à leur tête, s’élancent avec fierté au milieu des airs. 8252.

Impatient de combattre avec des ailes, un bec et des serres telles que la foudre, Garouda accourut du ciel vers les deux héros ; 8258.

Et les foules des reptiles, vomissant un affreux poison, tombèrent, la gueule enflammée, près du fils de Pândou.

Le Prithide leur trancha la tête avec ses flèches trempées dans le feu de sa colère, et les reptiles entrèrent dans le feu allumé pour l’anéantissement de leurs corps. 8254-8255.

Alors les Asouras, les Gandharvas, les Yakshas, les Rakshasas et les Pannagas s’élancèrent tous, brûlants de combattre et poussant des rugissements incomparables. Armés de bhouçoundîs, de pierres, de tchakras, de kanapas en fer, la fureur doublant leur force, ils fondirent, les bras levés, sur Krishna et le Prithide, avec l’impatience de tuer. 8256-8257.

Bibhatsou de ses flèches aiguës trancha les membres supérieurs de ces monstres, jetant d’épouvantables cris et semant un grêle de projectiles. 8258.

Krishna à la bien grande splendeur fit avec son tchakra destructeur des ennemis un vaste carnage des troupes de Daîtyas et de Dânavas. 8259.

Blessés, ceux-ci par les flèches, ceux-là par le disque impétueux, les Démons, arrivés près de ces deux héros, s’arrêtent comme sur une berge escarpée. 8260.

Ensuite, monté sur son éléphant blanc, le souverain maître des Dieux, Çakra, bouillant de colère, fondit sur les deux guerriers. 8261.

Il saisit promptement son tonnerre, qu’il décoche avec l’astra de la foudre : « Les voici morts ! » dit aux Dieux le meurtrier des Asouras. 8262.

Aussitôt qu’ils virent le monarque des Dieux lever sa grande foudre, les Souras d’empoigner toutes leurs armes, chacun de saisir les siennes. 8263.

Le roi Yama prit le bâton de la mort, Kouvéra sa massue, Varouna son lacet et sa foudre multicolore. 8264.

Kârttikéya empoigne sa lance de fer et se tient immobile, aussi ferme que le mont Mérou ; les deux Açwins eux-mêmes arment chacun sa main de simples enflammés. 8265.

Dhâtri empaume son arc et Djaya son pilon, Twashtri à la grande force enlève une montagne. 8260.

Ança prit son trident, le Dieu Mrityou sa hache ; Aryaman se promena, armé de son épouvantable massue. Mitra dans une attitude résolue, monarque des hommes, s’était armé d’un tchakra aux bords tranchants comme le rasoir. Poushan, Bhaga en courroux et Savitri 8267-8268.

Fondirent, l’arc en main et le cimeterre au cou, sur Krishna et le fils de Kountî. Les Roudras, et les Vasous, et les Maroutes à la grande force, 8269.

Et les Viçvadévas, el les Sâdhyas, enflammés d’une splendeur naturelle, ces Dieux et d’autres en grand nombre, désirant tuer les deux plus vaillants des hommes, s’avancèrent avec des armes diverses contre le fils de Kountî et Krishna. 8270.

On vit dans cette grande bataille de merveilleux présages, jetant une folie d’épouvante au milieu des êtres, et tous d’une forme semblable à celle des augures, qui annoncent la fin d’un Youga. 8271.

À la vue de Çakra en courroux avec les Dieux, les deux Atchyoutas, sans peur, inaffrontables sur le champ de bataille, restèrent de pied ferme, l’arc bandé à la main. Irrités alors, les deux héros, habiles dans les combats, de tirer sur les Dieux, qui s’avançaient, et de les percer avec des flèches pareilles à des tonnerres. 8272-8273.

Plus d’une fois la terreur fit abandonner la bataille aux Dieux, qui, la résolution brisée, se réfugiaient en foule vers Indra. 8274. •

À cet aspect de Mâdhava et d’Arjouna, qui seuls tenaient arrêtées les troupes des Dieux, les anachorètes, habitants du ciel, vinrent là contempler cette merveille. 8275.

Çakra plus d’une fois reconnut dans le combat quelle était la bravoure de ces deux guerriers, il en ressentit la plus vive joie et renouvela contre eux la bataille. 8276.

Comme il avait envie de connaître encore mieux la vaillance de l’Ambidextre, le Dieu, qui opère la maturité, fit pleuvoir une immense averse de pierres. 8277.

Mais, bouillant de colère, Arjouna de repousser la tempête à coups de flèches ; et, quand il vit échouer son épreuve, Çatakratou, 8278.

Le Dieu, qui hâte la maturité, ajouta de nouvelles forces à l’ouragan. 8279.

Néanmoins, avec ses flèches d’une extrême vitesse, le fils de l’Immortel, qui préside à la maturité, fit rentrer dans le néant cette averse de cailloux, et réjouit ainsi le cœur de son père. 8280.

Ensuite, arrachant de ses mains une grande cime du Mandara, hérissée d’arbres, Çakra de lancer cette masse pour le tuer sur le fils de Pândou. 8281.

Mais Arjouna avec des flèches rapides, flamboyantes, volant droit au but, rompit en mille fragments le sommet de montagne. 8282.

La richesse de cette alpe resplendit alors en se brisant, comme si le ciel venait à se briser lui-même et semait çà et là ses planètes, sa lune et son soleil. 8283.

Beaucoup d’êtres animés, habitants du Khândava, furent tués par la chûte de cette grande cîme, qui semblait toute la montagne elle-même s’écroulant sur la forêt. 8284.

Aussitôt troublés, épouvantés par la chûte de cette alpe, s’enfuirent de tous côtés les hôtes du Khândava, Dânavas, Rakshasas, Nâgas, hyènes, ours, singes, éléphants en rut, tigres, lions à la flottante crinière, et autres enfants des animaux. 8285-8280.

D’autres immobiles, comme s’ils étaient environnés par le bruit d’un tremblement de terre, regardaient â la fois et la forêt et les deux Krishnas, les armes levées.

Voyant l’incendie du bois, qui, plusieurs fois éteint, recommençait de nouveau, et Krishna, ses armes levées, ils se mirent à pousser des cris éclatants. 8287-8288.

Au bruit de ces clameurs, au bruit épouvantable du feu, le ciel entier mugisssait, comme si des nuages tonnants eussent monté dans l’atmosphère. 8289.

Ensuite Krishna aux longs bras, aux grands cheveux, lança pour leur mort son disque terrible, vaste, enflammé d’une lumière innée. 8290.

Maltraitées par lui, ces races impures, les rôdeurs de nuit et les Dânavas, tombèrent mutilés par centaines tous dans un instant au milieu des flammes. 8291.

Là, déchirés par le disque acéré de Krishna, les Dattyas, inondés de leur moëlle et de leur propre sang, ressemblaient aux nuages, à l’heure du crépuscule. 8292.

Alors, fils de Bharata, le rejeton de Vrishni s’avançait comme la Mort, en immolant par milliers les Vampires, les oiseaux, les reptiles et les quadrupèdes. 8293.

Ce disque lancé et relancé de Krishna, le meurtrier des ennemis, revenait de lui-même à chaque fois dans sa main, après qu’il avait ravi l’existence à beaucoup d’êtres.

Aussi la forme de cette arme, tuant les Vampires, les serpents infernaux et les Démons, n’offrait-elle plus aux regards que la forme épouvantable de l’âme de toutes ces créatures. 8294-8295.

De tous les Dieux réunis, il n’y en eut absolument pas un, qui sortît vainqueur de ce combat, livré au Vasoudévide et au fils de Pândou. 8256.

Les Souras, n’ayant pu ni défendre le bois contre leur puissance, ni éteindre l’incendie, tournent le dos pour la fuite. 8297.

À la vue des Immortels en déroute, Çatakratou, sire, en goûta de la joie et vanta l’héroïsme de Kéçava et d’Arjouna. 8298.

Les Dieux en fuite, une voix, non formée dans un corps, s’adressant au Dieu des cent sacrifices, lui dit avec un son immense et profond : 8299.

« Takshaka, ton ami, le plus grand des serpents, ne fut pas tué ! Car au moment, où le Khândava fut incendié, il était passé dans le Kouroukshétra. 8300.

» Apprends-le de ma bouche, fils de Vasou, une victoire n’est possible d’aucune manière dans un combat sur le Vasoudévide, ni même Arjouna. 8301.

» Ils ont du courage, ils ont de l’héroïsme : ta majesté le sait déjà. Qu’elle sache aussi qu’ils sont les Dieux primitifs, Nara et Nârâyana, célèbres dans les cieux. 8302.

» On ne peut vaincre même dans les trois mondes ces Dieux antiques, les plus grands des saints, inaffrontables, invaincus dans la guerre. 8303.

» Personne ne mérite au plus haut degré les hommages des Pannagas, des Kinnaras, des hommes, des Gandharvas, des Rakshasas, des Yakshas, de tous les Démons et de tous les Dieux mêmes. 8304.

» Veuille donc t’éloigner d’ici avec les Souras, sans plus t’inquiéter du Khândava, que les Destins condamnent à périr. » 8305.

Elle dit ; et, cette parole à peine entendue, le souverain des Immortels, déposant le ressentiment et la colère, s’achemine aussitôt vers le ciel. 8306.

Les habitants des cieux, sire, l’ayant vu partir, de suivre tous, accompagnés de l’armée, le magnanime Pourandara. 8307.

Alors que le Vasoudévide et Arjouna virent le roi des Immortels s’éloigner du champ de bataille avec les Dieux, ces deux héros de pousser le cri de victoire. 8308.

Le roi des Dieux enfui, sire, Arjouna et le Dieu chevelu, transportés de joie, incendient le bois à leur gré.. 8309.

Tel que le vent dissipe les nuages, tel Arjouna fit disparaître sous la multitude de ses flèches les Dieux et tous les êtres vivants, hôtes du Khândava. 8310.

Nul être, quel qu’il fût, ne put sortir de sa retraite, enseveli sous les traits, que décochait l’Ambidextre. 8311.

Aucun des plus grands animaux ne pouvait regarder Arjouna sur le champ de bataille ; combien moins engager un combat avec ce héros, de qui la flèche n’était jamais vaine ! 8312.

Il perçait avec un cent de flèches une centaine de volatiles, qui tombaient dans le feu, comme si la mort en personne les eût elle-même frappés. 8313.

Ils ne trouvaient la paix, ni sur les rivages des fleuves, ni sur le bord des précipices ; et la joie ne pouvait naître dans les habitations, ni des Dieux, ni des Mânes. 8314.

Les nombreuses bandes consternées des êtres poussaient de grands cris, les éléphants barettaient, les hyènes rugissaient, les gazelles bramaient. 8315.

Ce bruit confus, au son duquel tremblaient les habitants du ciel et les troupes des Vidyâdharas, alla porter l’effroi dans leurs demeures aux poissons, qui parcouraient les eaux de la Gangâ. 8316.

Personne, monarque aux longs bras, ne pouvait arrêter ses yeux sur Arjouna ; personne n’aurait pu lever ses yeux sur le noir Djanârdana ; à plus forte raison n’eussent-ils pu soutenir un combat avec eux ! 8317.

Quelque attention qu’ils pussent apporter, tous ils tombaient là : Hari sous le disque tranchant abattait les Nâgas, les Rakshasas et les Démons. 8318.

Les uns aux grands corps tombaient, le corps déchiré, la tête fendue, par le tchakra impétueux, dans le feu allumé. 8319,

Rassasié avec des torrents de moëlle, de sang et de graisse, le feu, se dégageant de la fumée, promena ses flammes au-dessus de l’atmosphère. Ses yeux flamboyants, sa langue enflammée, son grand visage tout enflammé, sa chevelure hérissée en flammes, ses yeux du rouge passant au noir, le Feu, buvant la moëlle des êtres animés, s’enivrant de la soudhâ, que lui procuraient Arjouna et Krishna, fut rassasié, joyeux et parvint au comble de la satisfaction. 8320-8321-8322.

Le meurtrier de Madhou vit alors Maya, l’Asoura, qui, d’une course rapide, s’enfuyait du palais de Takshaka.

Le Feu, de qui le char est conduit par le Vent, le feu, revêtu d’un corps, ayant le djatâ d’anachorète, parlant comme le nuage avec la voix du tonnerre, réclama le fuyard, qu’il avait envie de brûler ; 8323-8324.

Et le Vasoudévide, affermissant le pied, leva son disque pour le tuer. À la vue de Krishna, tenant son tchakra levé, et du Feu, manifestant son envie de le consumer. 8325.

Maya de courir, s’écriant : « Arjouna, sauve-moi ! » — « Ne crains pas ! » répondit Phâlgouna à ce cri d’épouvante. 8326.,

M Tu n’as rien à craindre ! » lui répéta le Prithide, ouvrant son âme à la pitié et le ressuscitant à la vie, pour ainsi dire, avec cette parole, fils de Bharata. 8327.

Quand le fils de Prithâ eut ainsi garanti ses jours, le Vasoudévide n’eut plus aucune envie de le tuer, et le Feu ne le brûla point. 8328.

L’intelligent Agni, qu’Arjouna et Krishna défendaient contre le Dieu, qui hâte la maturité, employa dix jours, auxquels furent ajoutés cinq autres, à consumer cette forêt. 8329.

Il y eut six êtres, que le feu ne brûla pas dans l’incendie du bois : Açvaséna, Maya et les quatre huppes. 8330.

Djanamédjaya dit :

« Pourquoi, dans cette conjoncture, le feu ne brûla-t-il point les huppes au milieu du bois incendié ? Racontemoi cela, brahme. 8331.

» Tu m’as dit quelle cause avait défendu contre le feu Açvaséna, le bois et Maya : mais tu ne m’as pas dit pour quelle raison furent sauvées les huppes. 8332.

» Ainsi conte-moi, deux fois né, le merveilleux salut de ces oiseaux. Comment n’ont-ils pas trouvé la mort dans la tourmente du feu ? » 8333.

Vaîçampâyana répondit :

« Je vais donc le raconter sans rien omettre, dompteur des ennemis, comment il est arrivé que le feu n’a point brûlé les huppes dans cette conjoncture. 8534.

Il y eut un grand saint, voué à la pénitence, versé dans les Védas, et qui surpassait de beaucoup les plus instruits des hommes dans la science des devoirs : il se nommait Mandapâla. 8335.

Entré dans la voie des rishis adonnés à la continence, c’était, sire, un ascète, victorieux des sens, consommé dans la sainte écriture et trouvant sa joie dans la vertu. 8336.

Après qu’il eut abordé à la rive ultérieure de la pénitence, il abandonna son corps et s’en alla dans le monde des Mânes ; mais il n’y trouva pas, rejeton de Bharata, la récompense, qu’il avait espérée. 8337.

Quand il vit stériles pour lui ces mondes, conquête de sa pénitence, il en demanda la cause aux habitants du ciel, qui formaient la cour du Roi des morts : 8338.

tt Pourquoi les mondes, que ma pénitence a conquis, me sont-ils voilés ? dit Mandapâla. Ai-je omis de faire une œuvre, dont ils sont la récompense ? 8339.

» Pourquoi ce fruit de ma pénitence ne se montre-t-il point à mes yeux ? Dites-m’en la cause, habitants du ciel : je vais y remédier ici. » 8340.

« Écoute, brahme, comment les hommes acquittent leur dette, répondirent les Dieux. C’est avec des cérémonies, la continence, une postérité : il n’y a là aucun doute.

» Tout est donc payé par le sacrifice, la pénitence et des fils. Tu es un ascète, tu as célébré des sacrifices ; mais il te manque des fils. 8341-8342.

» Ces mondes te sont voilés à cause des fils, que tu n’as point : deviens père et tu jouiras ainsi des mondes supérieurs. 8343.

» Le fils, c’est-à-dire, un mâle, poun, sauve, tra, son père du Narâka : c’est de là que vient, dit-on, le nom de poutra. Efforce-toi donc, ô le plus vertueux des brahmes, efforce-toi de mettre un fils au monde. » 8344.

À peine eut-il entendu ce langage des habitants du ciel, Mandapâla se mit à songer : « Où pourrai-je obtenir bientôt de nombreux fils ? » 8345.

Ses réflexions faites, il s’en alla trouver des oiseaux, qui ont un bien grand nombre d’enfants, et, s’étant revêtu des formes de la huppe [1], il s’accoupla avec une huppe, nommée Djaritâ, 8846.

Et devint père en elle de quatre fils, interprètes des Védas. Puis, l’anachorète, ayant abandonné en ce lieu même avec leur mère ses enfants, à peine sortis de la coquille, se tourna vers une perruche [1]. Quand l’éminent hermite eut convolé à de nouvelles noces avec elle dans ce bois, rejeton de Bharata, 8347-8548.

La volatile délaissée, pleine de tendresse pour ses fils, songea long-temps : « Les saints, nés dans les œufs, que mon époux abandonna, ne méritaient par cet abandon ! »

Et Djaritâ, affligée du malheur de ses enfants, ne voulut pas les abandonner dans la forêt Khândava. 8349.

Tourmentée de sa tendresse naturelle, elle nourrit seule de ses recherches la couvée nouvelle éclose. Ensuite, retournant avec sa perruche dans la forêt Khândava, le rishi Mandapâla y rencontra le Feu, qui venait brûler ce bois. 8350.

Le grand saint devina la pensée de ce vigoureux soutien du monde ; et, voyant la faiblesse de ses jeunes poussins, le brahme, d’une voix émue par le danger de ses fils, se mit à exalter l’Être, de qui la bouche enfanta les Védas : 8351-8352.

« Agni, s’écria-t-il, tu es la bouche de tous les mondes ; tu es l’exclamation Vat, par où commence l’offrande aux Dieux ; tu es la fin de tous les êtres ; tu circules, Feu, invisible aux yeux. 8353.

» Les chantres saints te proclament unique ; tu es, ajoutent-ils, de trois sortes : en t’allumant huit fois, ils ont préparé le char du sacrifice. 8354.

» C’est toi, disent les rishis du plus haut rang, qui as créé cet univers ; sans toi, à l’instant même périrait le monde entier ! 8355.

» Après qu’ils ont adressé à toi l’adoration, les brahmes entrent avec leurs épouses et leurs fils dans la voie éternelle, que leurs œuvres ont conquise. 8350.

» C’est toi, dit-on, Agni, qui es les nuages suspendus au milieu des airs avec les éclairs : sorties de toi, les flammes brûlent tous les êtres ! 8357.

» Ce grand Tout fut créé par toi, père des Védas â la splendeur immense : tout ce qui existe, mobile ou immobile, est déclaré ton ouvrage ! 8358.

» Les eaux furent jadis créées en toi ; ce monde entier demeure en toi ; en toi résident véritablement l’offrande aux Mânes et l’oblation aux Immortels. 8359.

» Dieu, tu es Dahana, tu es Dhâtri, tues Vrihaspati, tu es le couple jumeau des Açwins, tu es le soleil, tu es la lune, tu es le feu ! » 8360.

Ainsi loué par Mandapâla, Agni fut alors satisfait, sire, du solitaire à la splendeur infinie : 8361.

« Quelle chose, objet de ton désir, ferai-je pour toi ? » lui dit-il d’une âme joyeuse ; et Mandapâla, joignant ses mains au tempes, répondit au messager de l’offrande ; « Au temps, où tu incendieras le bois Khândava, épargne mes fils ! » 8362.

« Soit ! » reprit le vénérable Agni ; et, quand il eut fait cette promesse, le Feu déploya ses flammes avec le désir de brûler tout dans le Khândava, sauf cette exception.

Tandis que flamboyait l’incendie, les quatre huppes, agitées par l’épouvante, troublées au plus haut degré, plongées dans la plus amère douleur, ne trouvaient nulle part un asile. 8363-8364.

À la vue de ses fils encore tout nouveaux nés, la pénitente Djaritâ, leur mère, vivement affligée, bien tourmentée du chagrin de ses enfants, se mit à exhaler ces plmntes : 8365.

« Voici le feu, qui s’approche d’ici, consumant la forêt sèche, mettant le monde en flammes, terrible, épouvantable, accroissant ma douleur. 8366.

» Ces petits me déchirent l’âme. Privés encore d’intelligence, sans queue, le pied incapable de marcher, ils ne peuvent rien sans nous, qui sommes avant eux dans la vie. 8367.

» Voici le feu, qui s’avance, jetant la terreur, léchant les arbres ; et mes fils, à qui les ailes ne sont pas encore nées, ne peuvent me suivre dans ma fuite ! 8368.

» Si je prends mes fils, je ne pourrai me sauver moi-même, et je ne puis les abandonner ! Mon cœur est bouleversé comme par la tempête. 8369.

» Qui abandonnerai-je de mes fils ? ou qui emporterai-je avec moi dans ma fuite ? Que ferai-je dans ce qui est à faire ? Ou quel est votre avis, mes enfants ? 8370.

» En vain je pense aux moyens de vous sauver, je n’en trouve aucun nulle part : eh bien ! je vous couvrirai de mon corps, et je mourrai du moins avec vous ! 8371.

» Cette famille est fondée par le droit d’aînesse sur Djaritâri ; que Sârisrikwa, incrément de la race de nos ayeux, engendre des fils ; que Stambamitra se voue à la pénitence, et que Drona soit le plus savant des hommes instruits dans les Védas ? » C’est après de telles paroles que votre père jadis nous a quittés sans pitié. 8372-8373.

» Avec qui pourrais-je m’en aller, l’emportant avec moi, accablée de la plus cruelle infortune ? Que ferai-je qui soit ce qui est à faire ? » C’est ainsi quelle parlait dans son trouble ; mais elle n’entrevit pas avec l’œil de son intelligence le moyen de sauver ses enfants de l’incendie.

À ces mots les huppes de répondre à leur mère : « Dépose ton amour et vole, mère, là où le feu n’est pas.

» Nous morts, tu auras de nouveaux enfants ; mais, si tu péris, avec toi meurent toutes les générations à venir de ta race. 8374-8375-8376.

» Considère l’une et l’autre chose, mère, et pense que, pour faire ce qui doit amener le bien de notre famille, il n’est rien de mieux que l’instant présent. 8376-8377.

» Ne force pas ton amour à s’égarer jusque sur nos fils. C’est en effet de cette manière que, dans son aspiration aux mondes supérieurs, l’œuvre de notre père, aura pu atteindre son but. »

« Entrez vite au fond de ce trou, qu’un rat a creusé près de cet arbre dans la terre ; là, vous n’aurez point à craindre le feu, répondit Djaritâ. 8378-8370.

» Vous entrés, je cacherai avec de la poussière l’ouverture de la cavité ; cet obstacle, mes fils, vous défendra, je pense, contre les flammes de l’incendie. 8380.

» Aussitôt le feu éteint, je reviendrai écarter ce tas de poussière. Approuvez ce dessein pour vous sauver du feu. »

« Le rat est un carnassier, reprirent les huppes ; il nous tuera, nous petits êtres sans queue, un composé de chair : nous ne pouvons donc entrer là, où nous avons ce danger en perspective. 8381-8382.

» Comment le feu ne nous brûlera-t-il, comment le rat ne nous mangera-t-il pas ? Comment notre père aura-t-il atteint son but ? Comment notre mère échappera-t-elle à la mort ? 8383.

» La mort est dans le trou sous la forme du rat ; dans les airs, nous la trouvons sous la forme du feu ; ces deux choses mises en balance, mieux vaut périr dans les flammes qu’être mangé. 8384.

» Servir de mets à un rat dans son trou est une mort honteuse ; mais les Çâstras nous enseignent l’abandon volontaire de son corps au feu d’un bûcher. » 8385.

Djaritâ dit :

« Un faucon a saisi le rat au moment qu’il sortait de ce trou ; il s’en est allé, emportant le vil animal dans ses serres : vous n’avez donc plus à craindre ce danger. » 8386.

« Nous n’avons pas vu le rat enlevé par le faucon, répondirent les huppes ; peut-être il en reste d’autres : nous courons avec eux le même danger. 8387.

» Le danger par le feu est douteux, car il peut arriver que le vent change, c’est évident : mais dans ce trou la mort est certaine par les rongeurs, qui l’habitent. 8388.

» Mère, on doit préférer une mort douteuse à une mort certaine : prends ton vol dans les airs, où la raison t’appelle ; tu obtiendras un jour des fils plus heureux ! » 8389.

« J’ai vu, mes fils, reprit Djaritâ, ce faucon à la grande force, l’éminent oiseau, s’en aller, emportant le rat saisi hors de son trou. 8390.

» J’ai suivi de toute ma hâte par derrière l’autour, qui volait d’une grande impétuosité, et j’ai comblé de ces bénédictions l’oiseau, qui avait enlevé le rongeur de sa retraite : 8391.

« Tu précipites ton vol, roi des faucons, emportant notre ennemi ; monte dans les cieux ! sois fait d’or et sans ennemis ! » 8302.

» Après que le faucon eut mangé le rat, j’ai pris seulement alors congé du grand volatile et je suis revenue à mon nid. 8393.

» Entrez donc, mes fils, dans ce trou sans défiance ; il n’y a là aucun danger pour vous : le rat fut enlevé sous mes yeux par le magnanime faucon. » 8394.

Les huppes lui répondirent :

« Mais nous, mère, nous n’avons pu voir d’aucune manière le faucon emporter ce rat : n’ayant point appris ce fait par nos yeux, nous ne pouvons entrer dans ce trou de la terre. » 8395.

Djaritâ de repartir ;

« N’ai-je pas vu, moi, le rat, que le faucon emportait ! il n’y a donc ici, mes fils, nul danger pour vous. Faites ce que je vous dis. » 8390.

« Tu ne saurais nous guérir de la peur avec ces vains témoignages, répliquèrent les huppes ; car la raison n’agit plus en des âmes troublées. 8397.

» Il nous est impossible de te prêter secours et tu n’as pas sondé quel fardeau nous sommes. Quelle mère, accablée déjà par elle-même, pourrait nous porter ? Qu’es-tu comparativement à nous ? 8398.

» Tu es jeune, tu es charmante à voir, tu peux allumer le désir au cœur d’un mari : va trouver ton époux, mère ; tu obtiendras de beaux enfants ! 8399.

» Nous, en passant par le feu, nous arriverons aux mondes fortunés ; ou, si le feu nous épargne, tu reviendras auprès de nous ? » 8400.

À ces mots, la huppe, abandonnant ses fils dans le Khândava, s’enfuit à tire d’ailes vers une plage heureuse, où le feu ne portait pas ses ravages. 8401.

Ensuite l’incendie, hâtant sa marche, arriva avec ses flammes dévorantes au lieu où se tenaient les jeunes huppes, fils de Mandapâla. 8402.

Les petits volatiles virent les flammes s’étaler autour d’eux, et Djaritâri fit alors entendre ce langage au Feu :

« L’homme sage prévoit le malheur avant qu’il ne soit arrivé, et, quand survient l’infortune, son âme ne tombe jamais dans le trouble. 8403-8404.

» L’homme sans raison, qui n’a pas gardé le souvenir de l’infortune éprouvée, est tout bouleversé au retour du malheur et n’obtient pas une grande félicité. » 8405,

Sârisrikwa dit ;

« Tu es intelligent, tu es sage, et voici un désastre, qui menace notre vie. Le seul entre beaucoup, à qui est dû le nom de héros, c’est l’homme instruit. » 8406.

« L’ainé est un père, fit à son tour Stambamitra ; c’est l’aîné, qui sauve du malheur ; si l’aîné manque de prévision, que fera le plus jeune ? » 8407,

Drona reprit :

« Le feu hâte par ici la marche de ses flammes pour nous détruire ; il s’avance çà et là, léchant tout avec les sept langues de sa bouche cruelle ! » 8408.

Après que les fils de Mandapâla se furent parlé de cette manière l’un à l’autre, écoute prince, quels éloges ils adressèrent au Feu d’un air humble et dévot. 8409.

Djaritâri de s’écrier :

« Djalana, tu es l’âme, tu es le corps du vent ; tu es la matrice des jeunes pousses ; les eaux sont ta semence ; tu es encore la matrice elle-même des ondes. 8410.

» En haut, en bas, derrière, sur les côtés, se répandent tes flammes, comme les rayons du soleil. Être à la grande vigueur ! » 8411.

» Nous avons perdu notre mère, dit Sârisrikwa ; nous ne connaissons pas notre père ; nos ailes ne sont pas encore poussées ; il n’existe pour nous, héros, de qui la la fumée est le drapeau, nul autre soutien ici que toi : sauve-nous donc, Agni, nous faibles enfants ! 8412.

» Par tes belles formes, Agni, par tes sept flammes, protége-nous, qui avons besoin de secours. 8413.

» Tu es la seule cause de la chaleur, père des Védas ; il n’en existe pas dans tous les quartiers de l’horizon une autre source que la tienne. Sauve-nous, Dieu, nous, rishis enfants : passe, toi qui portes l’offrande aux Dieux, passe par-dessus nos têtes ! » 8414.

« Toi seul, Agni, tu es tout, reprit Stambamitra, tu es l’univers entier ; tu soutiens les créatures, tu es le support du monde ! 8416.

» Feu, tu es Agni ; tu es Havyavâha, le char de l’oblation ; tu es le suprême Havis [2] : les doctes savent que tu es à la fois un et multiple. 8416.

» Tu crées ces trois mondes et tu les consumes dans tes flammes allumées au temps révolu, messager de l’offrande : c’est en toi que le monde entier, Agni, trouve sa naissance et sa conservation ! » 8417.

Après lui Drona chante :.

« Tu es, Seigneur du monde, la nourriture, que mangent les êtres animés. Inné en toutes les choses et croissant toujours avec elles, tu les conduis à la maturité : le Tout subsiste en toi ! 8418.

» Revêtu des formes du soleil, générateur des Védas, tes rayons enlèvent les eaux de la terre, les gazons et tous les sucs humides ; ensuite, par mainte et mainte pluie, que tu verses dans la saison, tu rends, Çoukra, la vie à tout ici bas. 8419.

» Tout alors, Çoukra, tout renaît de toi, ces lianes, ce vert feuillage, ces lacs et le bassin fortuné des eaux,

» Cet humide palais soumis à Varouna. Sois notre bienveillant sauveur. Dieu aux rayons ardents : ne veuille pas aujourd’hui nous détruire, 8421.

» Déité aux yeux bruns, au cou rouge, à la route noire, aux festins d’oblations. Passe par-dessus nos têtes ; épargne-nous comme tu épargnas jadis les épouses de la mer ! »

À ces mots, le Feu d’une âme satisfaite parla en ces termes à Drona, l’interprète des Védas, suivant la promesse, qu’il avait donnée à Mandapâla : 8422-8428.

« Tu es le rishi Drona ; ce que tu as dit est conforme à la sainte écriture ; je ferai ce que tu désires ; il n’y a rien ici, qui soit à craindre pour toi. 8424.

» Vous m’avez été recommandés par Mandapâla naguère : « Épargne, m’a-t-il dit, mes fils, quand tu brûleras cette forêt. 8425.

» La parole de ton père et la tienne, Drona, sont l’une et l’autre d’un bien grand poids à mes yeux : parle ! que ferai-je pour toi ? Je suis très-satisfait de ta louange : la félicité descende sur toi, ô le plus vertueux des brahmes ! » 8426.

Drona lui répondit :

« Ces paons, Çoukra, nous effraient continuellement ; fais-les brûler tous, mangeur de l’hostie, eux et leurs parents. » 8427.

Le Feu agit donc ainsi ; et, quand il eut donné congé aux jeunes huppes, il s’enflamma de nouveau, Djanamédjaya, et consuma le bois Khândava. 8428.

Vaîçampâyana dit, continuant son récit :

« Mandapâla même pensa, rejeton de Kourou, à ses fils ; et, quoiqu’il eut parlé au Feu, il ne pouvait goûter un instant de bonheur. 8429.

Tourmenté d’inquiétudes pour le sort de ses fils, il dit à la perruche : « Comment, Lapitâ ? Mes enfants sont incapables de marcher ! 8430.

» Le feu s’accroît, le souffle du vent sèche tout rapidement, et mes fils n’ont aucun moyen de sauver leur vie ! 8431.

» La pénitente, leur mère, n’est-elle pas incapable de les arracher à la mort ? Elle succombera à la douleur, quand elle verra son impuissance à sauver ses fils, 8432.


» Mes enfants, hélas ! qui ne peuvent ni voler, ni marcher ! Elle court sans doute en proie à sa douleur et poussant maint et maint gémissement ! 8433.

» Comment Djaritâri, comment Sârisrikwa, mon fils, comment Stambamitra, comment Drona, comment la pénitente, mon épouse, vont-ils sauver leur vie ! » 8434.

Au rishi Mandapâla, qui se désolait ainsi dans la forêt, la perruche tint ce langage, qui respirait l’injure, puissant Bharatide : 8435.

« Ce regard jeté sur tes fils n’est pas juste : ce sont des saints, remplis de splendeur et pleins d’énergie, m’as-tu dit ; ils n’ont alors rien à craindre du feu ! 8436.

» Car tu les as recommandés toi-même au Feu, et le magnanime Djalana fa fait cette promesse en ma présence : « Il en sera comme tu veux. » 8437.

» Le gardien du monde ne peut rendre vaine cette parole, qu’il a prononcée devant nous. Que ton esprit se rassure donc sur le sort de ta famille. 8438.

» Ton cœur s’afflige en pensant à ma rivale : l’amour, que tu as pour moi, n’est certainement pas égal à celui, que jadis tu as eu pour elle. 8439.

» Je ne suis donc nullement assortie avec un oiseau sans amour, qui peut voir d’un œil indifférent la douleur de son amie. 8440.

» Va trouver Djaritâ, de qui le sort t’afflige ; je m’en irai bien seule, puisque je suis accouplée avec un méchant homme. » 8441.

» Je ne vais pas dans le monde pour la raison, que tu penses, lui répondit Mandapâla ; je vas et je viens à cause de mes fils : voilà mon souci. 8442.

» Que le monde méprise l’insensé, qui, abandonnant le présent pour le futur, s’appuie sur l’avenir ! Agis de la manière que tu le veux. 8443.

» Car voici le feu, qui, flamboyant et léchant les arbres, fait naître en mon cœur, comme dans un carinda, une cuisante douleur, n 8444.

Quand le feu eut quitté ce lieu, Djaritâ, impatiente de revoir ses fils, accourut vers ses enfants. 8445.

Elle vit dans la forêt tous ses petits, que le feu avait épargnés, sains et saufs, exempts de mal et gazouillant â qui mieux mieux. 8440.

Elle répandit à leur vue mainte et mainte fois des larmes, et les embrassa tous, allant de l’un à l’autre avec des cris de joie. 8447.

Ensuite Mandapâla s’en vint lui-même à grande hâte, rejeton de Bharata, et tous ses fils saluèrent l’un après l’autre à différentes fois le rishi, qui s’exhalait en plaintes ; ils saluèrent aussi Djaritâ ; mais aucun d’eux n’adressa au pénitent une seule parole, ou bonne ou mauvaise. 8448-8449.

« Qui est ton fils ainé ? dit Mandapâla. Qui est son puiné ? Qui est le moyen, et qui est ton fils le plus jeune ?

» Pourquoi ne réponds-tu pas à la demande, que je t’adresse, moi, qui suis pénétré de chagrin ? Depuis que je t’ai abandonnée, je n’ai pas goûté un moment de tranquillité ! » 8450-8451.

Djaritâ lui répondit :

« Que t’importe l’aîné ? Que t’importe son puiné ? Que t’importe l’enfant né le troisième ? Que t’importe encore celui, qui est venu au monde le dernier ? 8452.

» Retourne vers ta jeune perruche au rire charmant, près de laquelle tu es allé jadis, après que tu m’eus délaissée au milieu de toutes les privations ! » 8453.

« Dans l’autre monde, reprit Mandapâla, il n’existe rien des femmes, si ce n’est l’homme. Il n’y a pas un autre destructeur des fortunes ici-bas que la rivalité des femmes ! 8454.

» Quand on allume le feu de l’inimitié, il produit une immense terreur. La noble Aroundhatî, illustre parmi tous les êtres, soupçonna elle-même, toute pieuse qu’elle fût, le magnanime Vaçishta, à l’âme infiniment pure et qui se complaisait toujours dans le bon et l’aimable. 8455-8456.

» Elle méprisa l’héroïque anachorète, qui est assis au milieu des sept rishis. Maudite par lui, de radieuse, elle devint bistrée comme la fumée ; d’admirable aux yeux, elle fut hideuse à voir, et, n’étant plus charmante, elle en reconnut la cause. 8457.

» Tu m’as vu conduit ici vers toi par l’envie d’être père ; et, dans un tel état de choses, j’ai maintenant obtenu par toi cet objet de mon désir. 8458.

« Un homme ne doit jamais enchaîner sa vie à une femme, parce qu’il se dit : « C’est mon épouse ! » et la femme, une fois quelle a des enfants, ne doit plus songer à la chose, qui l’a rendue mère. » 8459.

Ensuite, tous ses enfants de le servir, comme il était séant, et lui, il s’empressa de rassurer tous ses fils. 8460,

« J’avais prié Djwalana de vous épargner, leur dit Mandapâla ; elle magnanime Feu me l’avait promis en ces termes : « Je ferai ainsi ! » 8461.

» Si je ne suis pas venu ici plus tôt, c’est que j’avais reçu cette parole du Feu, que je n’ignorais pas la vertu de votre mère et que je connaissais l’éminente énergie de vos saintetés. 8462.

» Votre cœur ne doit, mes fils, concevoir aucune inquiétude à mon égard. Le Feu sait que vous êtes des saints et que les Védas ne vous sont pas inconnus. » 8463. Quand il eut rassuré ses fils, le brahme Mandapâla prit son épouse avec lui et s’en alla de ce lieu dans un autre pays. 8464.

Le vénérable Dieu aux ardentes effluves, maître du Khândava, grâce aux deux Krishnas, déploya ses flammes et, produisant le bien du monde, consuma toute la forêt.

Après qu’il eut bu des fleuves aux vagues de moëlle et de graisse, le Feu parvint à son plein rassasiement et se rendit visible aux yeux d’Arjouna. 8465-8466.

Alors, escorté du chœur des Vents, le bienheureux Indra, étant descendu des cieux, adressa au Prithide et à Kéçava les paroles suivantes ; 8467.

« Vous avez consommé un grand exploit difficile pour les Immortels eux-mêmes : je suis content, demandez-moi une grâce, inaccessible ici parmi les hommes. » 8468.

Le Prithide choisit pour don tous les astras de Çakra, sans excepter un seul, et le Dieu resplendissant de fixer un temps pour lui donner ces armes : 8469.

« Alors que, fils de Pândou, l’adorable Çiva t’aura accordé sa faveur, je te donnerai tôus mes astras, sans exception. » 8470.

» Je connaîtrai ce temps à ta grande pénitence, rejeton de Kourou, et je remettrai mes armes à ton excellence. » Tu recevras, Dhanandjaya, tous les traits du feu, les astras du vent, sans rien excepter, et tous les miens.

Le Vasoudévide obtint par le fils de Prithâ une joie éternelle, et le souverain des Dieux accorda même une grâce au sage Krishna. 8471-8472-8473.

Après qu’il eut comblé de ses dons les deux héros et donné congé au Feu, le monarque des Vents reprit avec les Dieux le chemin du triple ciel. 8474.

Alors, toute la forêt consumée avec ses volatiles et ses quadrupèdes, le Feu, complètement rassasié, dormit cinq jours plus un. 8475.

Gorgé de chairs, saturé de moëlle et de sang, rempli d’une suprême satisfaction, il tint ce langage à ces deux compagnons, Atchyouta et Arjouna : 8476.

« Vous m’avez rassasié à mon gré, héros, les premiers des hommes ; je vous donne congé : allez où vous conduiront vos désirs. » 8477.

Ainsi congédiés par le magnanime Agni, Arjouna, le Vasoudévide et Maya le Dânava, 8478.

S’étant avancés tous les trois, puissant Bharatide, arrivèrent de compagnie sur le délicieux rivage de la Gangâ. 8479.




FIN DE L’ADI-PARVA.

  1. a et b Çâmgâka et lapitâ mots, qui manquent à tous les Dictionnaires. Il est évident qu’ils signifient deux espèces d’oiseaux : celui-là caractérisé par une aigrette, çringa; celui-ci par la voix, lapitan. J’ai donc traduit par huppe et perruche en attendant que les Dictionnaires aient remis à leur place ces deux mots absents.
  2. Le beurre clarifié, matière de l’oblation aux Dieux.