Le Meneur de loups/Chapitre 5

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Michel Lévy frères (p. 81-92).


V

Le pacte


Thibault s’arrêta sur le seuil de la porte, tout étourdi de cette réapparition.

– Nous disions donc, reprit le loup, comme si rien ne s’était passé, que je ne puis t’accorder que tout le bien que tu souhaiteras t’arrive.

– Alors, je n’ai rien à attendre de vous ?

– Si fait, car je puis faire que le mal que tu souhaiteras à ton prochain se réalise.

– Bon ! et à quoi cela m’avancera-t-il ?

– Niais ! Un moraliste a dit : « Il y a toujours dans le malheur de notre plus cher ami un point qui nous est agréable. »

– C’est un loup qui a dit cela ? Je ne savais pas que les loups eussent des moralistes.

– Non, c’est un homme.

– On l’a pendu ?

– Non : on l’a fait gouverneur d’une province du Poitou. Il est vrai qu’il y a beaucoup de loups dans cette province-là. Or, si dans le malheur du meilleur ami il y a toujours quelque chose d’agréable, comprends donc ce qu’il peut y avoir de réjouissant dans le malheur du plus grand ennemi !

– Il y a du vrai là-dedans, dit Thibault.

– Sans compter qu’il y a toujours moyen que le mal du prochain nous profite, que le prochain soit ami ou ennemi.

– Vous avez, ma foi, raison, seigneur loup, répondit Thibault après quelques secondes de réflexion. Et vous m’accorderiez ce service en échange de quoi ? Voyons, donnant, donnant, n’est-ce pas ?

– Oui. Chaque fois donc que tu formeras un vœu, et que ce vœu ne profitera pas à toi-même, je veux avoir en propriété une petite partie de ta personne.

– Eh ! eh ! fit Thibault en reculant tout effrayé.

– Oh ! sois tranquille, je ne te demande pas une livre de ta chair, comme certain juif de ma connaissance a fait pour son débiteur.

– Que me demandez-vous, alors ?

– Un de tes cheveux au premier vœu que tu feras, deux au second, quatre au troisième, et ainsi de suite en doublant toujours.

Thibault se mit à rire.

– Si ce n’est que cela, messire loup, dit-il, j’accepte, et je vais tâcher de souhaiter une si bonne chose du premier coup, que je ne serai jamais forcé de porter perruque. Topons donc !

Et Thibault tendit la main. Le loup noir leva la patte, mais il laissa la patte levée.

– Eh bien ? fit Thibault.

– Je réfléchis, dit le loup, que j’ai les griffes pointues, et que, sans le vouloir, je pourrais te faire grand mal. Mais je vois un moyen de conclure le marché sans aucun inconvénient. Tu as une bague d’argent ; moi, j’ai une bague d’or ; – troquons. – Tu vois que le marché est à ton avantage.

Et le loup montra sa patte, à l’annulaire de laquelle brillait, en effet, à travers le poil, une bague de l’or le plus fin.

– Ah ! dit Thibault, j’accepte.

L’échange des anneaux se fit.

– Bon ! dit le loup, nous voilà mariés.

– Oh ! fit Thibault, fiancés, messire loup. Peste ! comme vous y allez !

– C’est ce que nous verrons, maître Thibault. Et maintenant, retourne à ta besogne, je retourne à la mienne.

– Adieu, seigneur loup.

– Au revoir, maître Thibault.

À peine le loup avait-il prononcé ces mots au revoir, sur lesquels il avait appuyé d’une sensible façon, qu’il disparut comme une pincée de poudre à laquelle on met le feu, et, comme une pincée de poudre, laissant une odeur de soufre. Thibault resta un instant abasourdi. Il ne pouvait s’habituer à cette manière de faire sa sortie, comme on dit en terme de théâtre ; il regarda de tous les côtés : plus de loup. Le sabotier crut un instant qu’il avait été le jouet d’une vision. Mais, en abaissant les yeux, il vit la bague diabolique à l’annulaire de sa main droite. Thibault la tira de son doigt et l’examina. Il lui sembla qu’il y avait un chiffre gravé dans l’intérieur de la bague, et il reconnut qu’il se composait de deux lettres, un T et un S.

– Ah ! ah ! dit-il avec une sueur froide. Thibault et Satan, les noms de famille des deux parties contractantes. Ma foi, tant pis ! quand on se donne au diable, il faut s’y donner de bon cœur.

Et Thibault, pour se griser, entonna une chanson.

Mais sa voix avait un si singulier accent, qu’elle lui fit peur à lui-même.

Il se tut donc, et, pour se distraire, se remit à l’ouvrage.

Mais, au troisième ou quatrième coup de paroir qu’il donna à son sabot, il entendit dans le lointain, du côté de Baisemont, une reprise de la meute et une reprise du cor du baron.

Thibault suspendit son travail pour écouter chiens et trompe.

– Cours, mon beau seigneur, dit-il, cours après ton loup ! Ce n’est pas de celui-là, je t’en réponds, que tu cloueras la patte à la porte de ton château. Ventre-gai ! la bonne aubaine ! me voilà devenu presque fée, et, tandis que tu ne te doutes de rien, mon honnête bailleur d’étrivières, il ne tient qu’à moi de jeter un sort sur ta tête et de me venger grassement de toi.

Thibault, à cette pensée, s’arrêta court.

– Tiens, au fait, dit-il, si je me vengeais de ce damné baron et de maître Marcotte ? Bah ! pour un cheveu, je puis bien me passer cette fantaisie.

Thibault passa sa main dans son épaisse et soyeuse crinière, fournie et riche comme celle d’un lion.

– Bon ! dit-il, j’en ai de reste à perdre, des cheveux ; va donc pour un cheveu ! D’ailleurs, c’est un moyen de m’assurer que mon compère le diable ne s’est pas gaussé de moi. Donc, je désire un bon accident pour le seigneur Jean ; et quant à ce grand vaurien de Marcotte, qui m’a si rudement fustigé hier, je suppose qu’il ne serait que juste qu’il fût une fois plus maltraité que son maître.

Tout en faisant ce double vœu, Thibault était fortement ému. Malgré ce qu’il avait vu de la puissance du loup noir, il craignait que celui-ci n’eût abusé de sa crédulité. Aussi, le vœu fait, lui fut-il impossible de reprendre son ouvrage. Il s’écorcha les doigts au paroir, qu’il prit à l’envers, et gâta, en s’obstinant à les parer, une paire de sabots de douze sous.

Pendant que Thibault déplorait cet irréparable accident et qu’il secouait sa main ensanglantée, il se fit un grand bruit du côté de la vallée.

Il courut à la route de la Chrétiennelle et vit de loin un cortège d’hommes qui revenait à petits pas.

Ces hommes, c’étaient les piqueurs et les valets de chiens du seigneur de Vez.

La route de la Chrétiennelle a près de trois quarts de lieue de long.

Thibault fut donc quelque temps à distinguer ce que faisaient ces hommes qui lui paraissaient marcher d’un pas lent et solennel, pareil à celui d’un convoi mortuaire.

Mais, quand ces hommes ne furent plus qu’à cinq cents pas, Thibault s’aperçut qu’ils portaient deux civières.

Sur ces deux civières, deux corps inanimés étaient étendus :

Celui du seigneur Jean et celui de son piqueur Marcotte.

Une sueur froide lui passa sur le front.

– Oh ! oh ! dit-il, qu’est-ce que cela ?

Voici ce qui était arrivé :

Tant que le daim s’était tenu sous le couvert, l’expédient dont Thibault avait usé pour donner le change aux chiens avait eu un heureux résultat.

Mais, en faisant un retour du côté de Marolle, la bête, traversant une bruyère, vint passer à dix pas du seigneur Jean.

Celui-ci crut d’abord que le daim s’était levé d’effroi au bruit des chiens et se dérobait.

Mais, derrière lui, à cent pas à peine, il vit paraître la meute tout entière, quarante chiens courant, jappant, hurlant, criant les uns en basse comme des bourdons de cathédrale, les autres à voix pleine comme des tam-tams, les autres en fausset comme des clarinettes qui détonnent, tous y allant à pleine gorge, avec autant de cœur et de liesse que si jamais ils n’eussent humé l’odeur d’un autre animal.

Le seigneur Jean entra alors dans une de ces colères près desquelles les colères de Polichinelle sont de pâles colères.

Il ne criait plus, il hurlait.

Il ne jurait plus, il sacrait.

Il ne se contentait plus d’allonger des coups de fouet à ses chiens, il trépignait sur eux des quatre fers de son cheval, se démenant sur sa selle comme un diable dans un bénitier.

Toutes ces malédictions allaient à l’adresse de son premier piqueur, qu’il accusait d’ânerie, ni plus ni moins.

Cette fois, il n’y avait plus rien à dire, pas d’excuse à donner, et le pauvre Marcotte était bien honteux de la bévue de ses chiens et bien inquiet de la grande rage de monseigneur.

Il résolut donc de faire tout ce qui est au pouvoir d’un homme et même davantage pour réparer l’une et calmer l’autre.

En conséquence, il lança son cheval au galop à travers futaies et taillis, criant de toute la force de ses poumons :

– Arrière, chiens ! Arrière !

Et il distribuait à droite et à gauche des coups de fouet si vigoureux, que chacun d’eux creusait son sillon dans le poil des pauvres bêtes.

Mais il avait beau faire, beau crier, beau fouetter, les chiens n’en semblaient que plus enragés sur la voie.

On eût dit qu’ils avaient reconnu leur daim de la veille et que leur amour-propre, piqué au vif, tenait à avoir sa revanche.

Marcotte prit alors un parti désespéré : celui de traverser la rivière d’Ourcq, près de laquelle on se trouvait, et que la chasse traversait elle-même en ce moment, ou plutôt qu’elle était près de traverser.

En se pliant sur l’autre bord et en fouaillant les chiens lorsqu’ils remonteraient sur l’autre rive, il espérait rompre la meute.

Il lança son cheval dans la direction de la rivière et d’un bond fut au milieu du courant.

Tous deux, cheval et cavalier, étaient tombés à l’eau avec assez de bonheur.

Mais, par malheur, comme nous l’avons déjà dit, la rivière était horriblement grossie par les pluies ; le cheval ne put tenir contre le courant : il tournoya plusieurs fois sur lui-même et disparut.

De son côté, Marcotte, voyant son cheval perdu, voulut l’abandonner pour gagner la rivière.

Mais ses pieds étaient si fortement engagés dans les étriers, qu’il ne put les en retirer, et disparut trois secondes après son cheval.

Pendant ce temps, le baron était arrivé avec ses gens au bord de la rivière, et sa colère s’était tout simplement métamorphosée en désespoir quand il avait pu se rendre compte de la situation critique de son piqueur.

Le seigneur de Vez aimait sincèrement ceux qui le servaient dans ses plaisirs, autant les hommes que les bêtes.

Il cria de toute la force de ses poumons :

– Mille tonnerres du diable ! sauvez Marcotte ! Vingt-cinq louis, cinquante louis, cent louis à celui qui le sauvera !

Hommes et chevaux sautèrent à l’eau à l’envi comme des grenouilles effrayées.

Lui-même poussa son cheval à la rivière ; mais on le retint, et l’on mit tant d’empressement à empêcher le digne seigneur d’exécuter son héroïque projet, que le témoignage d’affection donné au maître devint fatal au malheureux piqueur.

On l’oublia pendant une minute.

Cette minute suffit pour le perdre.

Marcotte reparut à un endroit où l’Ourcq fait un coude, battit l’eau de ses bras, parvint à dégager son visage, cria une dernière fois :

– Au retour, chiens ! au retour !…

Mais l’eau, en revenant sur sa bouche, étouffa la dernière syllabe du dernier mot, et ce ne fut qu’un quart d’heure après que l’on retrouva son corps sur un petit banc de sable où le courant l’avait amené.

Marcotte était mort.

Cet accident eut de funestes résultats pour le seigneur Jean.

En noble homme qu’il était, il ne haïssait pas le bon vin, et cela l’avait un tant soit peu prédisposé aux coups de sang.

Or, la commotion qu’il ressentit en face du cadavre de son serviteur fut tellement vive, que le sang, affluant avec violence vers le cerveau, y détermina une apoplexie.

Thibault fut épouvanté de l’exactitude scrupuleuse avec laquelle le loup noir avait rempli ses engagements. Il ne songeait pas sans un certain frisson à la ponctualité que maître Isengrin était en droit d’exiger en retour de la sienne. Puis il se demandait avec inquiétude si le gaillard serait loup à se contenter toujours de quelques cheveux, – et cela d’autant plus qu’au moment du souhait et dans les quelques secondes qui l’avaient suivi, c’est-à-dire au moment de son accomplissement, il n’avait ressenti aucune impression dans le cuir chevelu, pas même le plus petit chatouillement.

Le cadavre du pauvre Marcotte lui produisit un assez vilain effet. Sincèrement, il ne l’aimait point et se croyait fondé à ne point l’aimer ; mais son aversion pour le défunt n’avait jamais été jusqu’à souhaiter sa mort, et le loup avait évidemment outrepassé ses souhaits.

Il est vrai que Thibault n’avait point précisément indiqué ce qu’il voulait, et avait laissé de la marge à la malice du loup.

Il se promit à l’avenir de mieux préciser sa volonté, et surtout d’être plus réservé dans les vœux qu’il formerait.

Quant au baron, il n’était pas mort ; mais il n’en valait guère mieux.

Depuis le moment où il avait été frappé comme d’un coup de foudre par le souhait de Thibault, il n’avait pas repris ses sens.

On l’avait couché à l’air sur le tas de bruyères que le sabotier avait amassées afin de cacher la porte de son étable, et ses gens, tout effarés, bouleversaient la maison pour trouver quelque condiment qui rappelât leur bon seigneur à la vie.

L’un demandait du vinaigre pour lui en frotter les tempes, l’autre une clef pour la lui fourrer dans le dos, celui-ci une planchette pour lui frapper dans les mains, celui-là du soufre pour lui brûler sous le nez.

Au milieu de toutes ces voix qui battaient évidemment la campagne, on entendit la voix du petit Engoulevent qui criait :

– Par la rate-Dieu ! ce n’est pas tout cela qu’il nous faudrait, c’est une chèvre. Ah ! si nous avions seulement une chèvre ?

– Une chèvre ? s’écria Thibault, qui n’était point fâché de voir le seigneur Jean rétabli, ce qui eût dégagé sa conscience de la moitié du poids qui pesait sur elle, et en même temps sauvé sa pauvre cabane du pillage. Une chèvre ? J’en ai une !

– Vraiment ! vous possédez une chèvre ? s’écria Engoulevent. Ah ! mes amis, voilà notre cher seigneur sauvé !

Et, dans, son transport, Engoulevent sauta au cou de Thibault, disant :

– Amenez votre chèvre, mon ami ! amenez votre chèvre !

Le sabotier entra dans l’étable et tira derrière lui l’animal, qui le suivait en bêlant.

– Tenez-la ferme par les cornes, dit le petit valet du chenil, et soulevez-lui la patte de devant.

Et, en parlant ainsi, l’apprenti veneur avait tiré de sa gaine le petit couteau qu’il portait à la ceinture et l’aiguisait soigneusement à la meule où Thibault repassait ses outils.

– Que comptez-vous donc faire ? demanda le sabotier, assez inquiet de ces préparatifs.

– Comment ! dit Engoulevent, ne savez-vous donc pas qu’il y a dans le cœur des chèvres un petit os en croix qui, mis en poudre et broyé, est souverain contre les coups de sang ?

– Vous voulez tuer ma chèvre ! s’exclama Thibault en lâchant tout à la fois la corne et la patte de la pauvre bête ; mais je ne veux pas qu’on la tue, moi !

– Ah ! fi ! dit Engoulevent ; ce n’est pas joli, ce que vous dites là, monsieur Thibault ! Pouvez-vous mettre en parallèle l’existence de notre bon seigneur avec celle de cette misérable bique ? Vrai, j’en rougis pour vous.

– Vous en parlez bien à votre aise. Cette chèvre, c’est toute ma fortune, tout mon bien. Elle me donne son lait, et j’y tiens.

– Ah ! monsieur Thibault, bien certainement que vous ne pensez pas un mot de ce que vous dites là, – et, par bonheur, le seigneur baron ne vous entend pas ; – sans quoi, il aurait le cœur navré de voir sa précieuse santé ainsi marchandée par un vilain.

– D’ailleurs, dit un des piqueurs en riant d’un rire narquois, si maître Thibault estime sa chèvre un prix que monseigneur puisse seul lui payer, rien ne l’empêchera de venir réclamer ce prix au château de Vez. On le lui payera avec ce qui lui est redû sur son compte d’hier.

Thibault n’était pas le plus fort, à moins d’appeler de nouveau le diable à son aide.

Mais il venait de recevoir de monseigneur Satan une si belle leçon, qu’il n’y avait pas de danger que, le même jour au moins, il s’exposât à pareille aubaine.

Il n’eut donc pour le moment qu’une préoccupation : ce fut de ne rien souhaiter de mauvais à aucun de ceux qui se trouvaient là.

Un homme trépassé, un autre à moitié mort, c’était une suffisante leçon.

Il en résulta que, quoique les physionomies qui l’entouraient fussent ou menaçantes ou railleuses, il détourna les yeux de ces physionomies de peur qu’elles ne lui montassent la tête.

Pendant qu’il avait les yeux détournés, on égorgeait la chèvre, du supplice de laquelle il ne fut informé que par le cri douloureux que jeta le pauvre animal.

Lorsque la chèvre eut expiré, on chercha dans son cœur tout pantelant le petit os qu’Engoulevent avait indiqué.

On le prit, on le mit en poudre, on le délaya avec du vinaigre dans lequel on avait introduit treize gouttes de fiel extraites de la vésicule qui le contenait ; au moyen de la croix d’un chapelet, on mélangea le tout dans un verre d’eau, puis, les dents du seigneur Jean ayant été desserrées à l’aide de la lame d’un poignard, on lui versa doucement cette mixture dans le gosier.

L’effet du breuvage fut prompt et vraiment miraculeux.

Le seigneur Jean éternua, se dressa sur son séant et demanda d’une voix encore un peu embarrassée, mais cependant déjà intelligible :

– À boire !

Engoulevent lui présenta de l’eau dans un vidercome de bois, héritage de famille, dont Thibault était très fier. Mais le baron n’y eut pas plutôt trempé ses lèvres et ne se fut plutôt aperçu de l’abominable liquide que l’on avait eu l’impudence de lui offrir, qu’il fit un pouah ! des plus significatifs, lança à toute volée le vidercome contre la muraille et le brisa en mille pièces.

Puis, d’une voix pleine et sonore, et qui annonçait son entier retour à la santé :

– Du vin ! cria-t-il.

Un des piqueurs monta à cheval et courut jusqu’au château d’Oigny demander quelque vieux flacon de bourgogne au seigneur du lieu.

Dix minutes après, le piqueur était de retour.

On déboucha deux bouteilles que le seigneur Jean, faute de verre, attaqua corps à corps, bouche à goulot, et qu’il vida chacune d’un trait. Puis il se tourna du côté de la muraille en murmurant :

– Mâcon, — 1745.

Et il s’endormit profondément.