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Le Miroir de ma tante Marguerite

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Traduction par Albert Montémont.
Ernest Sambrée (p. 215-257).

Le Miroir de ma Tante Marguerite.




PRÉLIMINAIRE.


Il est des temps où l’imagination s’égare en dépit même de la surveillance de nos sens, où les corps semblent des ombres, et les ombres des corps ; où le mur solide et élevé qui sépare le domaine de la réalité de celui de la fable semble renversé, comme si l’œil d’un mortel pouvait voir au-delà des limites du monde existant. Eh bien ! je préfère ces rêves aux ombres légères, à toutes les réalités matérielles de la vie…
ANONYME.


Ma tante Marguerite était de cette respectable congrégation de vieilles filles à laquelle échoient en partage les peines et les douleurs attachées à la possession des enfants, excepté cependant celle de les mettre au monde.

Notre famille était nombreuse et composée d’enfants de caractères très opposés. Quelques-uns étaient stupides et bourrus ; on les envoyait à la tante Marguerite afin qu’elle les amusât. D’autres étaient grossiers et bruyants, on les envoyait à la tante Marguerite pour qu’elle les fît rester tranquilles et qu’ils ne troublassent pas la paix de la maison paternelle ; ceux qui étaient malades lui étaient envoyés pour être soignés, et ceux qui étaient d’un caractère entêté, pour qu'elle les domptât. Enfin la tante Marguerite remplissait tous les devoirs d’une mère de famille sans en avoir la gloire et la dignité. Ces moments occupés par des soins si doux sont maintenant passés : des faibles et des forts, des bons et des méchants, des mécontents et de ceux qu’aisément elle pouvait satisfaire, qui occupèrent son petit salon du matin au soir, moi seul je vis encore, quoique infirme dès mon enfance.

J’ai l’habitude, et la conserverai autant que je le pourrai, d’aller visiter ma respectable parente au moins trois fois la semaine ; elle demeure à un quart de lieue du faubourg de la ville que j’habite ; on arrive chez elle, non-seulement par le grand chemin, mais encore par un petit sentier à travers de jolies prairies ; ma vie est tellement exempte de peines qu’un de mes grands chagrins est de voir que quelques-unes de ces prairies soient destinées à être couvertes de maisons. Déjà, dans celle qui est près de la ville, des brouettes sans nombre sont occupées depuis plusieurs semaines ; je crois, en vérité, qu’en surface et en profondeur dix-huit pouces de matériaux au moins sont jetés au même moment dans ces petites voitures et transportés d’un endroit à un autre ; de grandes planches sont entassées en forme triangulaire dans différents endroits, et un joli petit groupe d’arbres qui embellit encore le côté de l’orient vient d’être marqué par un barbouillage blanc, preuve irrécusable qu’il doit être abattu et probablement remplacé par une forêt de cheminées.

Beaucoup de gens, à ma place, éprouveraient un véritable chagrin en réfléchissant que cette petite portion de pâturages appartenait à mon frère, dont la famille était fort considérée, et qu’elle fut vendue pour parer à des entreprises de commerce dans lesquelles l’espérance de rétablir sa fortune délabrée l’avait fait engager.

Pendant que ces projets de construction étaient en pleine activité, cette circonstance me fut souvent rappelée par ces amis qui sont enchantés qu’aucun de vos malheurs n’échappe à votre esprit : « Quel terrain pour des pâturages ! disait l’un ; et tout près de la ville ! disait l’autre : en y semant des navets et des pommes de terre, il rapporterait au moins 20 livres sterling[1] par arpent, et si on le louait pour des constructions, ce serait une véritable mine d’or ! Et tout cela vendu pour une vieille chanson par l’ancien propriétaire. » Ces êtres, en apparence compatissants, ne sauraient m’engager à la plainte sur un tel sujet, car ils me rappellent le passé sans pouvoir m’en distraire, et je cède volontiers les revenus actuels et projetés aux personnes qui ont acheté le terrain de mon père ; je regrette seulement le changement qu’on lui fait subir, parce qu’il détruit pour moi le charme attaché aux souvenirs de mon jeune âge, et je verrais avec plus de plaisir ces prairies en des mains étrangères conservant leur ancien aspect, que si je les possédais renversées par l’agriculture ou couvertes de maisons : j’éprouve dans cette circonstance les mêmes sensations que le pauvre Logan :

Le soc impitoyable a détruit le gazon
Où l’écolier venait oublier sa leçon ;
Et la hache a détruit l’aubépine sauvage
Qui l’attirait l’été sous son modeste ombrage.

J’espère cependant que la dévastation dont ces charmantes prairies sont menacées n’aura pas lieu de mon vivant, et malgré l’esprit de spéculation qui domine aujourd’hui, j’aime à me persuader que celui du changement qui n’a pas moins de puissance, viendra renverser leurs projets destructeurs, ou qu’au moins on laissera telle qu’elle est la partie du sentier qui n’a pas été touchée pendant la vie de ma tante. J’y suis grandement intéressé, car chaque pas rappelle à ma mémoire des souvenirs d’enfance : voilà la barrière par-dessus laquelle une servante maussade me fit passer en me grondant de ne pouvoir la franchir à cause de mon infirmité, tandis que mes frères la sautaient avec facilité ; je me souviens de la pénible émotion que j’éprouvais dans ce moment, et, convaincu de ma propre infériorité, je regardais avec un œil d’envie les mouvements souples et élastiques de mes frères, plus heureusement constitués que moi. Hélas ! ces gracieux navires ont tous péri dans le grand océan de la vie, et celui qui semblait devoir échouer a, comme dit le matelot, atteint le port après la tempête. Voilà aussi l’étang sur lequel nous faisions manœuvrer notre petite flotte construite avec la large feuille de l’iris. Un de mes frères, destiné plus tard à mourir sous la bannière de Nelson, faillit s’y noyer. Ici sont les taillis de coudriers, où mon frère Henri cueillait des noisettes, ne pensant point qu’il dût mourir un jour dans les jungles indiens[2], à la recherche des roupies. Ce sentier me rappelle encore combien d’autres souvenirs ! Et lorsque, appuyé sur ma béquille, je m’arrête en comparant le passé au présent, je doute presque que ce soit moi, jusqu’à ce que me tournant en face de la petite porte couverte de chèvrefeuille de la maison de ma tante, je reconnais son aspect irrégulier ; les fenêtres couvertes de treillage paraissent faites avec un art tout particulier, afin qu’aucune d’elles ne se ressemble en forme, en grandeur ou par leur gothique entablement de pierre et les tablettes qui les ornent. Cette habitation, autrefois appelée maison des Clos-du-Comte, nous appartient encore, et, par un arrangement de famille, ma tante Marguerite a le droit d’y rester pendant sa vie. Ce droit précaire n’est plus que la dernière ombre de la famille Bothwell des Clos-du-Comte, et le reste de l’héritage paternel ; après la mort de ma tante, il ne restera de cette famille qu’un vieillard infirme, cheminant doucement, et sans regret, vers la tombe qui renferme tout ce qui lui fut cher sur cette terre.

Après m’être livré pendant quelques minutes à de semblables pensées, j’entre dans cette habitation qui, dit-on, n’était autrefois que le logement du concierge du bâtiment originaire, et j’y trouve un être sur lequel le temps semble avoir fait peu d’impression ; car l’âge de ma tante Marguerite me paraît aujourd’hui être celui qu’elle avait lorsque j’étais dans ma première jeunesse ; un enfant de dix ans, qui voit un homme ou une femme de cinquante, ne s’aperçoit pas du changement que le temps apporte dans une personne qu’il a toujours vue vieille.

Le costume de la vieille dame contribue sans doute aussi beaucoup à me persuader que le temps n’a pas marché pour elle. La robe de soie couleur chocolat, manchettes pareilles jusqu’au coude, et par-dessus lesquelles sont d’autres manchettes en mousseline, les gants de soie noire, ou mitaines, ses cheveux blancs roulés sur un coussin et le bonnet de blanche batiste serré autour de son vénérable front : tout ce costume n’était pas celui de 1780 et encore moins celui de 1826 ; c’était un genre qui n’appartenait qu’à ma tante Marguerite. La voilà assise comme elle l’était il y a trente ans, avec son rouet ou son tricot, auprès du feu dans l’hiver, et dans l’été auprès de la fenêtre, et quelquefois se hasardant jusqu’à la porte dans les belles soirées d’été. Son corps, semblable à une parfaite mécanique, exécute les opérations pour lesquelles il est formé, avec la même activité qu’autrefois, et qui, tout en diminuant graduellement, ne montre cependant aucune probabilité qu’elle doive finir bientôt.

La sollicitude et l’affection qui rendirent ma tante Marguerite esclave volontaire des caprices d’un grand nombre d’enfants, ont maintenant pour objet la santé et le bien-être d’un faible et infirme vieillard, le dernier parent de sa famille, et le seul qui trouve encore de l’intérêt dans les vieilles traditions quelle a recueillies et amassées, comme l’avare cache son or afin que nul être ne puisse en jouir après sa mort.

Ma conversation avec ma tante roulait peu sur le présent ou l’avenir ; car le présent ne nous laisse rien à désirer du passé, et l’avenir ne nous donne ni crainte ni espérances. Voilà pourquoi nous nous occupons plus volontiers du passé, et nous oublions notre mauvaise fortune en nous rappelant l’importance de notre famille et sa brillante prospérité.

Cette légère mais exacte introduction suffira au lecteur pour lui faire connaître la tante Marguerite et son neveu, et lui faire comprendre la conversation et l’histoire qui va suivre.

La semaine dernière, par une belle soirée d’été, j’allai un peu tard lui faire une visite ; elle me reçut avec sa bonté et son affection ordinaire ; mais elle paraissait distraite et préoccupée ; je lui en demandai la cause. « Ils viennent, me dit-elle, de nettoyer la vieille chapelle ; Jean Clayhudgeons a pensé que les décombres de l’intérieur (qui, je suppose, sont les restes de nos ancêtres) seraient excellents pour fumer ses prairies. »

À cette nouvelle, je me levai avec plus de vivacité que je n’en avais montré depuis quelques années. Je repris ma place, tandis que ma tante, posant sa main sur ma manche, continua :

« La chapelle, mon cher neveu, est depuis longtemps regardée comme un bien commun à tous ; on l’emploie même comme un lieu propre à y renfermer les moutons ; d’ailleurs, que peut-on exiger d’un homme qui se sert de ce qui lui appartient ? Et puis, je lui ai parlé, et il m’a promis très honnêtement que s’il trouvait des ossements, ou quelque monument, ils seraient soigneusement respectés et replacés : que pouvais-je demander de plus ? La première pierre qui a été trouvée porte le nom de Marguerite Bothwell, 1585 ; je l’ai fait mettre de côté, persuadée que cette découverte présage ma mort. Cette pierre ayant servi à une personne qui portait le même nom que moi, il y a deux cents ans, semble avoir été déterrée à propos pour me rendre le même service ; mes affaires terrestres sont arrangées depuis longtemps ; mais qui peut s’assurer que celles qui regardent le ciel le soient suffisamment ?

— Après tout ce que vous venez de me dire, ma tante, je devrais prendre mon chapeau et m’en aller ; et je le ferais, si je ne voyais qu’il y a un peu de superstition mêlée à votre piété. Penser à la mort est un devoir de tout temps ; mais la croire près de soi parce que l’on a trouvé une vieille pierre sépulcrale, voilà qui est déraisonner ; et vous dont le jugement et le bon sens ont été utiles à notre malheureuse famille, vous êtes la dernière personne que j’eusse soupçonnée d’une telle faiblesse.

— Je ne mériterais pas ces reproches, mon cher neveu, répliqua ma tante, si nous parlions d’un incident ordinaire dans les choses humaines. Mais j’éprouve un certain pressentiment que je ne voudrais pas rejeter, c’est un sentiment qui me sépare de ce monde et m’enchaîne à celui auquel j’appartiendrai bientôt, et quand il me conduit au bord de la tombe et m’engage à en regarder la profondeur, je n’aime pas à m’en distraire ; il occupe doucement mon imagination, et cela sans influer sur ma raison et ma conduite.

— Je vous assure, ma bonne dame, que si une autre que vous m’eût fait un pareil aveu, je l’aurais crue aussi fantasque que le ministre qui, sans défendre sa mauvaise manière de lire, préférerait son vieux mumpsimus à son moderne sumpsimus[3].

— Eh bien ! il faut que j’explique mon inconséquence dans cette circonstance, en la comparant à une autre. Je suis, comme vous le savez bien, un reste de cette vieille caste hors de mode qu’on appelle jacobite ; mais je ne le suis que de sentiment, car jamais sujet plus loyal ne pria de meilleur cœur pour la santé et la prospérité du roi Georges IV, que Dieu protège ! mais je crois bien que le bon prince ne penserait pas que je puisse lui faire injure, si en me reposant dans mon fauteuil au coucher du soleil comme dans ce moment, je pensais aux hommes courageux qui crurent de leur devoir de prendre les armes contre son grand-père, et pour une cause qu’ils regardaient comme celle de leur prince légitime et de leur patrie :

Ils combattirent vaillamment,
Tous jusqu’au funeste moment
Où leur main, d’un sang noir trempée,
Dut se coller à leur épée.
Mais en luttant contre le sort,
Dans la tempête, leur courage
En ce combat ne fit naufrage
Qu’en atteignant le dernier port.

« Ne venez pas dans un semblable moment, lorsque ma tête est remplie de plaids[4], de pibrochs[5] et de claymores[6], demander à ma raison d’admettre ce que je crains bien qu’elle ne veuille nier ; je veux dire que le bien public voulait que ces choses cessassent d’exister. Je ne puis non plus refuser d’avouer la justesse de votre raisonnement ; mais étant convaincue contre ma volonté, vous gagnerez peu par vos observations ; vous pourriez tout aussi bien énumérer à un amant bien épris les imperfections de sa maîtresse ; après en avoir déroulé la liste, vous n’aurez pour toute réponse que : c’est une raison pour lui de l’aimer davantage. »

Je ne fus pas fâché de changer les tristes idées de ma tante ; je répondis donc sur le même ton : « Je suis bien persuadé que notre excellent roi est d’autant plus certain de l’affection loyale de mistress Bothwell qu’il a en sa faveur le droit de naissance des Stuarts autant que par l’acte de succession.

— Il est possible que mon attachement soit plus vif à raison des droits dont vous parlez, répondit la tante Marguerite ; mais en vérité, il serait aussi sincère que si le droit du roi n’était fondé que sur la volonté de la nation, comme l’a prouvé la révolution. Je ne suis pas un de vos gens jure divino[7].

— Et malgré cela, vous êtes une jacobite.

— Tant que vous voudrez, ou plutôt je vous permets de m’appeler comme ceux de leur parti, qu’on nommait, sous le règne de la reine Anne, les Whimsicals[8], parce qu’ils agissaient aussi souvent par sentiment que par principe. Après tout, il est assez singulier que vous ne vouliez pas permettre à une vieille femme d’être inconséquente dans ses sentiments politiques, tandis que presque tous les hommes le sont dans toutes les affaires de la vie ; car vous ne pouvez m’en citer un seul chez qui les passions et les préjugés ne viennent pas éloigner ou déranger les idées justes et raisonnables.

— Cela est vrai, ma tante ; mais vous, vous vous égarez volontairement, et je veux vous engager à rentrer dans la bonne voie.

— Épargnez-moi, je vous prie ; vous vous rappelez la chanson celtique dont je prononce incorrectement les paroles[9], et dont voici le sens :

Je dors, mais ne m’éveillez pas.

« Je vous assure, mon cher parent, que cette espèce de rêve tout éveillé[10], et que votre poëte favori, Wordsworth, appelle les Caprices de notre esprit[11], valent tout le charme de mes vieux jours. Maintenant, au lieu de m’élancer dans l’avenir, comme je faisais dans ma jeunesse, ou de faire des châteaux en Espagne lorsque j’arrive sur le bord de ma tombe, je porte ma pensée, je songe aux jours, aux habitudes de mon jeune âge ; de tristes et toutefois de consolants souvenirs me touchent, m’attendrissent ; ils me sont si chers que je regarderais comme un sacrilège d’avoir plus de raison et d’abandonner des préjugés qui me dirigeaient et que je révérais même dans ma jeunesse.

— Je crois maintenant vous comprendre, répliquai-je, et je vois pourquoi vous préférez quelquefois la lueur douteuse de l’illusion à la vive lumière de la raison.

— N’ayant plus rien à faire, reprit ma tante, on peut rester dans l’obscurité, si on s’y plaît. Si nous avions à nous occuper, alors la lumière deviendrait nécessaire.

— Et dans cette obscurité ! lui répondis-je, l’imagination crée des visions ravissantes, que souvent on a la faiblesse de prendre pour des réalités.

— C’est vrai », répliqua la tante Marguerite, qui avait beaucoup lu ; « ce sont surtout ceux qui ressemblent au traducteur du Tasse,

Poëte ingénieux, dont l’esprit exalté
Aux merveilles qu’il peint prête une vérité.

« On n’exige pas cependant que vous éprouviez les sensations pénibles que ces prodiges peuvent faire naître ; une semblable crédulité dans ces temps-ci n’appartient qu’aux sots et aux enfants. Il est inutile que vos oreilles éprouvent une espèce de tintement, ou que vous changiez de couleur comme Théodore à l’apparition du spectre du Chasseur[12]. Tout ce qui est indispensable pour jouir de la douce impression d’une crainte surnaturelle, c’est que vous soyez susceptible de ce léger tressaillement ou frissonnement, qu’un conte terrible fait éprouver, surtout lorsque le narrateur prévient d’avance qu’il doute de ce qu’il avance, mais qu’il trouve cependant inexplicable. Il existe un autre symptôme, c’est l’hésitation momentanée avec laquelle on regarde autour de soi lorsque l’intérêt du conte est porté au plus haut degré ; et le troisième point est de craindre de se regarder dans un miroir lorsqu’on se trouve seul le soir dans sa chambre. Voilà les signes qui attestent que l’imagination d’une femme est montée au point d’exaltation nécessaire, pour qu’un conte de revenant produise chez elle cet effet. Je ne chercherai point à dépeindre les impressions analogues chez un homme.

— Cette particularité d’éviter le miroir, ma chère tante, doit être assez rare parmi votre sexe.

— En fait de toilette, mon cher neveu, vous n’êtes encore qu’un novice. Toutes les femmes consultent leur miroir avec empressement avant d’aller dans le monde ; mais de retour chez elles, le miroir n’a plus pour elles le même charme. Le dé a été jeté ; la personne a eu ou n’a pas eu de succès dans l’impression qu’elle a désiré produire ; mais sans entrer davantage dans les mystères de la toilette, je vous dirai que moi-même, comme bien d’autres personnes, je n’aime pas à voir la surface noire et confuse d’une grande glace dans un appartement mal éclairé, et où la réflexion de la lumière paraît plutôt se perdre dans la profonde obscurité de la glace que réfléchir sa lumière dans l’appartement. Une glace dans l’obscurité est un vaste champ pour le jeu de l’imagination ; elle peut y faire voir d’autres traits que les nôtres, ou, comme dans les apparitions de la veille de la Toussaint, dont on amuse notre enfance, on croit apercevoir quelque forme étrangère regardant par-dessus notre épaule. Enfin, quand je me sens l’esprit disposé à voir des revenants, je dis à ma femme de chambre de tirer le rideau vert sur le miroir avant d’entrer dans ma chambre, afin que s’il doit en effet en paraître un, elle soit la première à le voir. Mais à dire vrai, cette répugnance de regarder dans un miroir, en certains temps ou en certains endroits, doit son origine à un conte que me fit ma grand’mère, qui fut partie intéressée dans les scènes que je vais vous raconter.






PREMIÈRE PARTIE


Enfants, prêtez l’oreille.
ANONYME.


« Vous aimez, mon neveu, les esquisses de la société du temps passé. Je voudrais pouvoir vous dépeindre le chevalier Philippe Forester, le libertin modèle de la bonne compagnie d’Écosse vers la fin du siècle dernier. Je ne l’ai jamais vu ; mais, d’après ce que m’a dit ma mère, de son esprit, de sa galanterie, et de son goût pour la dépense, ce gai chevalier vivait à la fin du XVIIe siècle et au commencement du XVIIIe. C’était le sir Charles Easy[13] et le Lovelace[14] du jour et de son pays. Ses duels, ses bonnes fortunes et quelques actions pour lesquelles (si les lois s’appliquaient à tout le monde) il eût mérité d’être pendu, lui avaient acquis une célébrité dans le beau monde, et éloignaient facilement ses rivaux. Une telle réputation nous montre ou que nos mœurs actuelles sont meilleures ou seulement plus décentes que celles d’autrefois, ou que le bon ton était plus difficile à atteindre que maintenant, et que par conséquent on était plus indulgent pour l’heureux possesseur de ces avantages. Nul petit-maître de nos jours ne se serait soumis avec autant de sang-froid à la honte que lui attira l’affaire de la jolie Peggy Grindstonne, la fille du meunier de Sillermills. S’il elle fût arrivée à tout autre qu’à lui, elle eût nécessairement donné de la besogne au bourreau du roi ; mais elle ne fit pas plus de tort à sir Philippe que la grêle ne cause de dommage à la pierre du foyer. On le recevait tout aussi bien qu’auparavant ; il a même dîné chez le duc d’Argyle le jour de l’enterrement de cette malheureuse fille, qui mourut de chagrin. Mais ceci n’a aucun rapport avec mon conte.

« Avant tout, j’ai un mot à vous dire de ses parents et de ses alliés ; prêtez-moi toute votre attention, et je vous promets de ne pas être longue. Il est nécessaire à l’authenticité de mon histoire que vous sachiez qu’avec sa belle figure, ses talents et ses manières élégantes, sir Philippe épousa la plus jeune des demoiselles Falconer de King's Copland. La sœur aînée de cette dame avait été la femme de mon grand-père, sir Geoffroy Bothwell ; cette union fit jouir notre famille, d’une belle fortune. Miss Jemina ou miss Jemmie Falconer, ainsi qu’on l’appelait, apporta en dot à son mari 10 000 livres sterl., dot très considérable alors.

« Les deux sœurs, quoiqu’elles eussent toutes deux leurs admirateurs étant demoiselles, ne se ressemblaient guère. Le sang bouillant du vieux roi Copland coulait dans les veines de milady Bothwell. Elle était hardie, sans effronterie, ambitieuse, désirant élever sa maison et sa famille aux honneurs. Elle excita, dit-on, mon grand-père, qui était naturellement indolent, à se mêler des affaires politiques, ce qu’il aurait bien mieux fait d’éviter. Cependant c’était une femme qui avait des principes, ainsi que le prouvent ses lettres qui sont renfermées dans mon cabinet.

« Jemina Falconer était tout à fait l’opposé de sa sœur ; son intelligence, si toutefois elle en avait, était des plus ordinaires. Sa beauté, qu’elle conserva fort peu de temps, ne consistait que dans une grande délicatesse de traits et de teint, mais sans aucune expression. Les chagrins d’une union mal assortie détruisirent bientôt ses charmes. Elle aimait passionnément son mari, qui la traitait avec une indifférence polie. Une telle conduite envers une personne tendre et d’un jugement faible produisit sur elle un effet peut-être plus pénible que s’il l’avait traitée plus durement. Sir Philippe était voluptueux, ou plutôt parfait égoïste ; son caractère était comme son épée, poli, tranchant et brillant, mais inflexible et sans pitié. Quoiqu’il observât soigneusement toutes les formes de la politesse envers sa femme, il ne se faisait pas scrupules de la priver même de la compassion du monde ; et bien qu’elle serve peu à ceux qui la possèdent, il était pénible à un esprit comme celui de lady Forester de voir qu’elle n’en pouvait jouir.

« Dans le monde, on excusait le mari coupable aux dépens de la femme maltraitée. Quelques personnes l’accusaient de faiblesse, et déclaraient que si elle avait eu un peu de la fermeté de sa sœur, elle aurait fait ce qu’elle aurait voulu de son mari, fût-il un autre Falconbridge[15]. Une grande partie de leurs connaissances affectaient de la franchise, et disaient que les fautes étaient réciproques, quoiqu’en vérité il n’existât pas d’oppresseur ni d’opprimée. « Certainement, ajoutaient-ils, personne ne justifiera sir Philippe Forester ; mais on le connaissait, et Jemina Falconer devait s’attendre à ce qui lui arrive. Pourquoi voulut-elle l’épouser ? Il ne l’aurait jamais remarquée si elle ne s’était pas jetée à sa tête avec ses 10,000 livres sterling, et sans l’argent qu’il cherchait il aurait pu trouver mieux. Et puis, ayant épousé cet homme, pourquoi n’essaye-t-elle pas de rendre sa maison plus agréable en invitant plus souvent ses amis et en ne le tourmentant pas du bruit de ses enfants criards, et en ne l’entourant que de choses élégantes et de bon goût. Je le déclare, je crois que si on savait bien mener sir Philippe, il ferait un excellent mari. »

« Les critiques peu indulgents ne pensent pas qu’en élevant cet édifice de bonheur conjugal ils oublient que la principale pierre y manquait, et que pour recevoir honorablement bonne compagnie, il faut une fortune considérable, et que celle de sir Philippe était fort délabrée. Aussi, malgré les conseils qu’on lui donna et les sages réflexions qu’on lui fit, sir Philippe chercha le plaisir loin de chez lui, et abandonna sa femme triste et désolée.

« Enfin, gêné dans sa fortune, fatigué de l’ennui qu’il trouvait dans son intérieur, il se décida à parcourir le continent comme volontaire. Il était d’usage alors parmi les hommes de l’aristocratie de prendre ce parti ; mais il est possible que notre chevalier ait pensé qu’une légère teinte du caractère militaire ajouterait à ses avantages, sans pour cela le rendre fat ; sa qualité d’homme à la mode lui était nécessaire pour conserver sa position dans le monde.

Cette résolution de sir Philippe mit sa femme au désespoir. Il en fut tellement touché que, contre son habitude, il prit la peine de la tranquilliser. Cette fois, les larmes qu’elle versa ne furent pas sans quelque douceur. Lady Bothwell lui demanda comme une grâce la permission de prendre pendant son absence sa femme et ses enfants chez elle. Sir Philippe accepta avec plaisir cette proposition, qui d’abord lui était favorable comme économie, puis mettait fin aux propos des gens qui se permettaient de le blâmer de quitter sa famille. Par cette condescendance, il se rendait d’ailleurs agréable à lady Bothwell, pour qui il avait un certain respect ; car elle était la seule personne qui osât lui parler avec franchise et sévérité, sans redouter sa raillerie ou le prestige attaché à sa réputation.

« Quelques jours avant le départ de sir Philippe, lady Bothwell prit la liberté de lui faire, en présence de sa sœur, une question directe que sa femme, n’avait jamais osé lui adresser, quoiqu’en ayant le plus grand désir.

— Je vous prie, sir Philippe, de nous dire quelle route vous prendrez lorsque vous serez sur le continent.

— J’irai de Leith à Helvoet, par le paquebot qui porte les dépêches.

— Cela s’entend », répliqua froidement lady Bothwell ; « mais vous ne comptez pas rester longtemps à Helvoet, je pense, et je désire savoir vers quel point vous vous dirigerez ensuite.

— Vous me demandez, répondit sir Philippe, ce que je ne sais pas encore moi-même ; cela dépend des hasards de la guerre. J’irai au quartier général probablement ; là je présenterai mes lettres de recommandation ; j’apprendrai autant de l’art militaire qu’il sera nécessaire pour un amateur comme moi ; je me lancerai dans la carrière des armes, et peut-être chercherai-je à voir ce que c’est qu’une bataille, comme les gazettes nous en entretiennent.

— J’espère, sir Philippe, que vous vous rappellerez que vous avez femme et enfant ; et que malgré votre goût pour la carrière militaire, vous éviterez un danger inutile et ne vous aventurerez pas comme un soldat.

— Lady Bothwell me fait trop d’honneur en daignant prendre tant d’intérêt à ma conservation ; mais, pour dissiper cette crainte si flatteuse pour moi, je la prie de se rappeler que je ne pourrais exposer le vénérable personnage qu’elle recommande à ma protection sans mettre en péril l’honneur d’un individu appelé Philippe Forester, avec lequel je suis lié depuis trente ans, et quoiqu’on le regarde généralement comme petit-maître, je ne veux pas m’en séparer.

— Pardon, sir Philippe, vous êtes le meilleur juge de vos affaires ; et j’ai peu le droit de m’en mêler : d’ailleurs, vous n’êtes pas encore mon mari.

— Que Dieu m’en préserve ! » répondit vivement sir Philippe, ajoutant cependant, « que Dieu me préserve de vouloir priver mon ami sir Geoffroy d’un pareil trésor.

— Mais vous êtes le mari de ma sœur, ajouta lady Bothwell, et il me semble que vous ne pouvez ignorer tout le chagrin que votre absence va lui causer.

— Puisque j’en entends parler du matin au soir, répliqua sir Philippe, je dois certainement en savoir quelque chose.

— Je ne prétends pas riposter à cette saillie spirituelle, sir Philippe ; mais vous devez savoir que tout son chagrin vient des craintes qu’elle éprouve pour vous, pour les dangers que vous allez courir.

— S’il en est ainsi, je suis au moins surpris que lady Bothwell témoigne tant d’intérêt à un individu qui en est si peu digne.

— L’intérêt que je porte à ma sœur explique le désir que j’ai d’apprendre vos intentions, sir Philippe ; je suis bien persuadée que vous pouvez vous passer du mien ; la sûreté de mon frère m’occupe aussi.

— Vous voulez parler du major Falconer, votre frère du côté maternel ; quelle part peut-il avoir dans cette agréable conversation ?

— Vous avez eu quelques mots ensemble, sir Philippe.

— Tout naturellement : nous sommes parents, et comme tels nous avons eu des affaires à régler.

— Vous ne répondez pas à ma question, reprit lady Bothwell : je veux dire que par suite de quelques observations qu’il vous fit relativement à votre conduite envers votre femme, vous vous êtes querellés.

— Si vous supposez le major Falconer assez simple pour se mêler de mes affaires particulières, lady Bothwell, vous avez en vérité raison de croire que cette liberté me déplairait, et bien plus, je le prierais de garder ses avis jusqu’à ce que je les lui demandasse.

— Et c’est avec de pareilles dispositions que vous allez joindre l’armée où se trouve mon frère ?

— Il n’y a pas d’homme qui observe mieux les devoirs de l’honneur que le major Falconer, répliqua sir Philippe. Et un aspirant comme moi ne peut choisir un meilleur guide. »

« Lady Bothwell se leva et alla vers la fenêtre, les larmes aux yeux.

— Comment ! c’est par une froide raillerie que vous répondez aux craintes que nous vous manifestons sur les suites inévitables d’une querelle qui pourrait se terminer d’une manière fatale ! Grand Dieu ! de quoi sont formés les cœurs des hommes, pour se jouer ainsi du désespoir des autres ?

« Sir Philippe en fut touché ; il quitta son ton moqueur, et, saisissant sa main, lui dit :

— Ma chère lady Bothwell, nous avons tort tous deux : vous êtes beaucoup trop sérieuse, et moi je ne le suis pas assez peut-être. La querelle que j’ai eue avec le major Falconer était de peu d’importance ; si quelque chose de grave nous eût obligés de la vider par voie de fait, comme nous disons en France, ni l’un ni l’autre n’aurions manqué à ce devoir. Permettez-moi de vous dire que si on savait que vous ou lady Forester avez des craintes d’une telle catastrophe, ce serait le plus sûr moyen de la faire arriver, et pour le moment, il n’en est nullement question. Je connais votre bon sens, milady Bothwell, et vous me comprendrez lorsque je vous dirai que mes affaires exigent que je m’absente quelque temps. Jemina ne peut en entendre parler ; elle me fait toujours les mêmes questions : « Pourquoi ne faites-vous pas ceci ou cela ? Pourquoi ?… » Et lorsque je lui ai expliqué que toutes ses ressources seraient sans effet, elle me fait recommencer les mêmes explications. Dites à votre sœur, je vous prie, ma chère lady Bothwell, que vous êtes maintenant rassurée et tranquille. Vous savez qu’elle est une de ces personnes sur qui l’autorité produit plus d’effet que le raisonnement. Ayez un peu de confiance en moi, et vous verrez que j’en serai digne. »

« Lady Bothwell secoua la tête comme quelqu’un qui n’est qu’à demi satisfait : « Il est bien difficile, reprit-elle, d’avoir quelque confiance, quand la base sur laquelle elle doit être assise a été si souvent ébranlée ; mais je ferai tout ce qui dépendra de moi pour tranquilliser ma sœur. Songez à vos promesses, car vous en serez responsable envers Dieu et les hommes.

— Ne craignez pas que je vous trompe, milady, le plus sûr moyen pour me faire passer vos lettres sera de les adresser à Helvoetsluys ; je donnerai des ordres pour qu’on me les expédie ; quant à ce qui regarde Falconer, notre première rencontre aura lieu devant une bouteille de bourgogne ; ainsi tranquillisez-vous. »

« Lady Bothwell ne pouvait pas être rassurée, mais elle sentait bien que sa sœur gâtait sa cause en laissant trop paraître le chagrin et le mécontentement que lui causait le voyage de son mari, surtout devant les étrangers qui ne manquaient pas de le répéter à sir Philippe, et c’est ce qui lui déplaisait beaucoup. Mais personne ne pouvait empêcher ces querelles conjugales, qui ne cessèrent que le jour du départ.

« Je suis fâchée de ne pouvoir vous dire précisément dans quelle année sir Philippe passa en Flandre. Seulement c’était une de celles où la campagne s’ouvrit avec une fureur extraordinaire ; et plusieurs sanglantes escarmouches eurent lieu entre les Français et les alliés. De toutes nos modernes améliorations, il n’y en a pas de plus grande que l’exactitude et la promptitude avec laquelle les nouvelles sont transmises. Devant les campagnes de Marlborough le chagrin de ceux qui y avaient des parents était bien augmenté par l’inquiétude de ne pas en recevoir de nouvelles, surtout sachant qu’il y avait eu des batailles sanglantes de livrées ; et il était probable que ceux qui excitaient notre intérêt y avaient pris part. Parmi les personnes qui souffraient le plus de cette horrible inquiétude était… j’allais dire la femme abandonnée de l’élégant sir Philippe : une seule lettre l’avait informée de son arrivée sur le continent, et on n’en reçut point d’autres. Seulement on apprit par la gazette que le volontaire sir Philippe, ayant été envoyé comme chargé d’une reconnaissance dangereuse, avait déployé dans cette mission le plus grand courage et la plus active intelligence. On ajoutait en outre, qu’il avait reçu de son officier commandant les plus grands éloges. La pensée de la gloire qu’il avait acquise fit naître un instant une légère rougeur d’émotion sur la joue pâle de sa femme, mais bientôt aussi reprit sa pâleur habituelle en songeant au danger qu’il avait couru. Après cette nouvelle on n’en reçut ni de sir Philippe ni de leur frère le major Falconer. La position de lady Forester ne différait pas de celle de beaucoup d’autres ; mais un esprit faible est toujours irritable, et l’incertitude que quelques personnes supportent avec une indifférence qui tient souvent de leur constitution, ou d’une résignation philosophique, ou enfin de l’heureuse disposition de voir tout en beau, était insupportable pour lady Forester qui en même temps était sensible, triste et dépourvue de la moindre force d’âme naturelle ou acquise.






SECONDE PARTIE


La fatalité nous entraîne.
ANONYME.


« Comme on ne recevait point de nouvelles de sir Philippe directement ni indirectement, elle éprouvait une espèce de consolation en songeant à cette même insouciance qui lui causait tant de peine. « Il est si étourdi, disait-elle cent fois par jour à sa sœur ; il n’écrit jamais lorsque tout va bien, c’est son habitude ; si quelque chose d’extraordinaire lui était arrivé, il nous l’aurait bien certainement appris. »

« Lady Bothwell écoutait sa sœur sans chercher à la consoler ; elle pensait probablement que même les plus mauvaises nouvelles de Flandre pourraient offrir quelque genre de consolation, et que la douairière lady Forester, si le hasard le voulait, pourrait jouir d’un bonheur inconnu à la femme du plus beau et du plus brillant chevalier d’Écosse. Cette conviction ne faisait qu’accroître de jour en jour, surtout depuis qu’on avait appris du quartier général que sir Philippe n’était plus avec l’armée, soit qu’il eût été tué, ou fait prisonnier à une des escarmouches dans lesquelles il aimait à se montrer, ou bien soit que, par quelque nouveau caprice, il eût quitté le service sans que personne pût l’assurer. Ce fut alors que ses créanciers se montrèrent exigeants ; ils s’emparèrent de ses biens, et menaçaient même de le faire prendre, s’il osait se montrer en Écosse. Ces désagréments mettaient le comble à la mauvaise humeur de lady Bothwell contre le mari fugitif, et sa sœur ne voyait dans tout cela qu’un motif de plus pour ajouter à la douleur qu’elle ressentait, de l’absence de celui que son imagination, dans ce moment, lui représentait galant, brillant, tendre enfin comme il était avant son mariage.

« À cette époque vint se fixer à Édimbourg un homme d’un singulier caractère. On lui donnait le nom de docteur de Padoue, parce qu’il avait fait ses études à cette célèbre université. On le disait possesseur de plusieurs recettes en médecine avec lesquelles, prétendait-on, il avait fait des cures merveilleuses ; mais en même temps que les médecins d’Édimbourg lui donnaient le nom de charlatan, il y eut beaucoup de personnes et une partie du clergé qui, tout en admettant la vérité de ses cures et la puissance de ses remèdes, affirmèrent que le docteur Battisto d’Amiotti se servait de charmes et d’un art illicite pour obtenir de grands succès dans sa profession. On défendit en chaire de recourir à lui pour recouvrer la santé par des moyens surnaturels ; mais la protection que le docteur trouva auprès d’amis puissants lui permit de braver ces fâcheuses imputations, et il passa, même dans la cité d’Édimbourg, renommée par son horreur de la sorcellerie et des nécromanciens, pour le dangereux interprète de l’avenir. Enfin, on allait jusqu’à dire, que pour certaines gratifications qui bien entendu lui devaient être considérables, le docteur Battisto pouvait prédire le sort des absents et leur occupation du moment. Cette nouvelle parvint aux oreilles de lady Forester dont le désespoir était arrivé à un point où l’on risque tout pour obtenir une certitude quelconque. Douce et timide dans toutes les circonstances ordinaires de la vie, l’état de son esprit la rendit énergique et pleine de hardiesse. Lady Bothwell ne fut pas peu surprise de l’entendre exprimer la résolution qu’elle avait prise de faire une visite à cet homme, pour qu’il lui fît connaître le sort de son mari. Lady Bothwell essaya de la convaincre de toute l’inconvenance d’une pareille démarche et de l’imposture de cet étranger.

« Il m’importe peu », dit la malheureuse femme abandonnée, « qu’on me blâme ou qu’on me trouve ridicule ; s’il y a une chance sur cent pour que je puisse avoir quelques renseignements sur le sort de mon mari, je ne manquerai pas de la tenter, au prix de tout ce que le monde pourrait m’offrir. »

« Lady Bothwell chercha ensuite à lui persuader qu’elle offensait Dieu en ayant recours à de tels moyens.

« Ma sœur, lui disait-elle, celui qui meurt de soif ne craint pas de se désaltérer même à une source empoisonnée ; celle qui souffre de l’incertitude doit chercher à en sortir, quand même les moyens qu’elle emploie sont défendus et viendraient de l’enfer. Je veux connaître mon sort ce soir ; le soleil qui se lèvera demain me verra, sinon plus heureuse, au moins plus résignée.

— Ma sœur, si vous êtes décidée à faire cette étrange démarche, répliqua lady Bothwell, vous n’irez pas seule. Si cet homme est un imposteur, vous seriez trop émue pour vous en apercevoir ; et s’il y a de la vérité dans ce qu’il pourrait dire, je ne voudrais pas que vous vous exposassiez seule à entendre quelque chose d’aussi extraordinaire. Je vous y accompagnerai si vous êtes toujours déterminée à y aller ; mais réfléchissez encore à ce parti, et puissiez-vous renoncer à un moyen coupable, et qui peut-être n’est pas sans danger. »

« Lady Forester se jeta dans les bras de sa sœur, la pressa contre son cœur, la remercia mille fois de son offre, mais en même temps refusa avec tristesse de suivre les conseils dont elle était accompagnée.

« Après le coucher du soleil, heure à laquelle le docteur de Padoue recevait les visites de ceux qui venaient le consulter, les deux dames quittèrent leur appartement, habillées comme des femmes d’une condition inférieure et la figure enveloppée de leurs plaids ; car, dans ces temps d’aristocratie, on reconnaissait la qualité des gens à la manière dont ils le portaient, et à la finesse de son tissu. Lady Bothwell engagea sa sœur à prendre cette espèce de déguisement, d’abord pour échapper aux observations des curieux qui les verraient aller à la maison du sorcier, et surtout pour juger de la pénétration de cet homme en paraissant devant lui sous des dehors qui n’appartenaient point à leur position dans le monde.

« Lady Bothwell l’avait fait payer par un domestique de confiance qui l’avertit en même temps que la femme d’un pauvre soldat désirait savoir ce qu’était devenu son mari, sujet sur lequel probablement le philosophe était souvent consulté.

« Jusqu’au dernier moment, et lorsque l’horloge du palais eut sonné huit heures, lady Bothwell regarda attentivement sa sœur, dans l’espoir qu’elle renoncerait à sa téméraire entreprise ; mais la douceur et même la timidité sont capables quelquefois de volontés fermes et de fortes déterminations. Elle trouva sa sœur résolue, inébranlable et opiniâtre, quand l’instant du départ arriva. Mécontente de ce projet, mais décidée à ne pas quitter sa sœur en un semblable moment, lady Bothwell et lady Forester parcoururent plusieurs allées obscures et des rues sombres ; le domestique leur servit de guide. Enfin il tourna subitement dans une petite cour, et frappa à une porte en force d’arceau, qui paraissait appartenir à un antique bâtiment. Elle s’ouvrit, quoiqu’on ne vît point de portier, et le domestique se mettant de côté, fit signe aux dames d’entrer. À peine furent-elles entrées, que la porte se ferma et les sépara de leur guide. Les deux dames se trouvèrent dans un petit vestibule éclairé par une seule lampe qui répandait une faible lueur ; la porte fermée, il n’y avait aucune communication avec l’air ou la lumière extérieure. Dans la partie éloignée du vestibule elles aperçurent une porte entrouverte.

« Ce n’est pas le moment d’hésiter, Jemina », lui dit lady Bothwell ; et se dirigeant vers cet appartement, elles y trouvèrent le docteur entouré de livres, de cartes géographiques, d’instruments de physique, et d’autres machines de forme et d’apparence particulières.

« Il n’y avait rien d’extraordinaire dans la personne de l’Italien ; il avait le teint et les traits de son pays ; il paraissait âgé d’environ cinquante ans, était bien mis, mais simplement, et comme tous les médecins d’alors, il portait un habit noir. La chambre, fort bien meublée, était éclairée par des bougies dans des flambeaux d’argent. Il se leva à l’entrée des dames, et, malgré leurs vêtements, les reçut avec le respect dû à leur rang, et que les étrangers ne manquent pas de rendre aux personnes à qui reviennent de tels honneurs.

« Lady Bothwell essaya de garder l’incognito qu’elle s’était proposé ; et comme, le docteur les conduisait au haut bout de la chambre, elle fit un geste pour refuser cette politesse, comme n’étant pas digne de cet honneur : « Nous sommes de pauvres femmes, monsieur, lui dit-elle ; le chagrin de ma sœur est la cause pour laquelle nous venons vous consulter. »

« Le docteur sourit, et interrompant lady Bothwell, il lui dit : « Je connais le chagrin de madame votre sœur et sa cause ; je sais aussi que j’ai l’honneur de parler à deux dames de haut rang, milady Bothwell et milady Forester. Si je n’avais pas le pouvoir de les distinguer de la classe que leur costume indique, il y aurait peu de probabilité que je pusse leur donner les renseignements qu’elles sont venues chercher.

— Je comprends facilement, lui répondit lady Forester.

— Pardonnez ma hardiesse d’interrompre Votre Seigneurie ; vous vouliez sans doute me dire que j’avais appris vos noms par votre domestique : cette pensée serait contraire à la vérité ; elle ferait injure à sa fidélité, et permettez-moi d’ajouter, au talent de votre humble serviteur, Battisto d’Amiotti.

— Je n’ai l’intention de faire ni l’un ni l’autre, monsieur », répondit lady Bothwell en s’efforçant de garder son air calme, quoiqu’elle fût cependant assez surprise ; « mais la position dans laquelle je suis est toute nouvelle pour moi ; si vous nous connaissez, monsieur, vous devez savoir quel désir nous amène ici.

— Le désir de connaître le sort d’un Écossais distingué, qui est en ce moment, ou qui était encore il y a quelque temps sur le continent, répliqua le docteur. Il s’appelle le chevalier Philippe Forester ; il a l’honneur d’être le mari de cette dame, et, avec la permission de Vos Seigneuries, j’ajouterai qu’il a le malheur de ne pas apprécier comme il le devrait cet insigne avantage. »

« Lady Forester soupira, et lady Bothwell répondit :

« Puisque vous connaissez mes intentions, la seule question qui me reste à vous faire est de savoir si vous avez le pouvoir de calmer l’inquiétude de ma sœur.

— Je l’ai, madame ; mais j’ai aussi une autre question à vous faire. Auriez-vous le courage de voir de vos propres yeux ce que le chevalier Philippe Forester fait dans ce moment ? ou voulez-vous vous en rapporter à mon témoignage ?

— Ma sœur peut seule répondre à cette question, répliqua lady Bothwell.

— Je suis décidée à contempler tout ce que vous avez le pouvoir de me montrer », répondit lady Forester, avec le même courage qu’elle n’avait cessé de montrer depuis qu’elle avait pris cette résolution.

« Il peut y avoir du danger.

— Si l’or peut le compenser… », répliqua lady Forester en sortant sa bourse.

— Je n’agis pas par intérêt, milady. Je n’emploie pas mon art dans un tel but ; si j’accepte l’or du riche, ce n’est que pour soulager le pauvre ; je n’accepte même pas ce que j’ai reçu de votre domestique. Veuillez garder votre bourse, madame ; un adepte n’a pas besoin de votre or. »

« Lady Bothwell, croyant que ce refus n’était qu’un tour de charlatan afin de se faire donner une plus forte somme, et désirant voir le commencement de cette scène, lui offrit de l’or à son tour, en lui faisant observer que c’était dans l’intention d’agrandir la sphère de ses charités.

« Que milady Bothwell agrandisse la sphère de ses propres charités, répondit le docteur, non seulement en faisant des aumônes dont elle n’est pas avare, mais en jugeant le caractère des autres ; et qu’elle fasse l’honneur à Battisto d’Amiotti de le croire honnête homme jusqu’à ce qu’elle ait le droit de le soupçonner de friponnerie. Ne soyez pas surprise, madame, si je réponds plutôt à vos pensées qu’à vos expressions, et veuillez me répéter si vous aurez assez de courage pour voir ce que j’ai l’intention de vous montrer.

— J’avoue, monsieur, que vos paroles ne laissent pas que de m’effrayer un peu ; mais je suis prête à regarder tout ce que ma sœur désire voir.

— Il n’y a de danger qu’autant que vous viendrez à manquer de résolution ; la représentation que j’ai l’intention de vous donner ne peut durer que sept minutes. Si vous interrompez la vision par une seule parole, non-seulement elle en détruirait tout le charme, mais il pourrait en résulter du danger pour les spectateurs ; si, au contraire, vous pouvez rester silencieuse pendant seulement les sept minutes, votre curiosité sera satisfaite sans le moindre risque, je vous en donne ma parole. »

« Lady Bothwell n’eut pas beaucoup de confiance en cette promesse, mais elle cacha ses soupçons comme si elle croyait vraiment que l’adepte, dont les traits sombres exprimaient un léger sourire, pouvait réellement lire dans ses plus secrètes pensées. Il se fit un moment de silence solennel, jusqu’à ce que lady Forester reprît assez de courage pour répondre au médecin (titre qu’il se donnait) qu’elle contemplerait avec fermeté et en silence ce qu’il promettait de leur montrer ; alors il leur fit une profonde salutation, en leur disant qu’il allait préparer tout ce qui était nécessaire pour la réalisation de ses promesses.

« Les deux sœurs se tenaient par la main, comme si elles s’étudiaient par cette union à détourner le danger qui pouvait les menacer ; elles s’assirent sur les sièges placés l’un contre l’autre. Jemina cherchait un appui dans le courage mâle de lady Bothwell ; cette dernière, plus agitée qu’elle ne le pensait d’abord, essayait de se fortifier dans la résolution désespérée que le malheur de sa sœur l’avait forcée de prendre. L’une pensait intérieurement que sa sœur n’avait jamais rien craint, et l’autre réfléchissait que si une personne d’un esprit aussi faible que Jemina n’était pas effrayée, elle, dont l’esprit était plus fort, ne pouvait l’être.

« Quelques moments après, leurs réflexions furent interrompues par une musique si douce et si solennelle en même temps, qu’elle paraissait calculée pour éloigner et dissiper tout sentiment qui ne serait pas en rapport avec son harmonie, et pour ajouter en même temps à l’émotion que l’entrevue précédente avait causée. L’instrument qui produisait des sons aussi agréables était inconnu aux deux sœurs ; dans la suite, tout fit croire à ma grand’mère que c’était un harmonica, instrument qu’elle entendit longtemps après.

« Lorsque ces sons mélodieux cessèrent, une porte s’ouvrit, et elles virent d’Amiotti debout, élevé sur quelques marches, et qui leur faisait signe d’avancer. Son costume était si différent de celui qu’il portait quelques minutes auparavant, qu’elles purent à peine le reconnaître. La pâleur de son visage et quelque chose de sévère contractait ses muscles, comme chez quelqu’un qui vient de prendre une résolution violente ; et l’expression satirique avec laquelle il les avait regardées, particulièrement lady Bothwell, avait totalement changé. Il avait les pieds nus, et portait une espèce de sandale antique, ses jambes aussi étaient découvertes jusqu’aux genoux ; il avait une culotte et un gilet de soie collants couleur cramoisie, et par-dessus une robe de lin flottante, blanche comme la neige, et qui ressemblait à un surplis ; il était décolleté, et ses longs cheveux noirs et plats étaient peignés avec soin dans toute leur longueur.

« Lorsque les dames s’approchèrent d’après son ordre, il n’observa plus envers elles cette politesse cérémonieuse qu’il leur avait témoignée ; au contraire, il leur fit signe d’avancer d’un air impérieux. Les deux sœurs obtempérèrent à cet ordre d’un pas incertain, en se donnant le bras, et elles s’approchèrent du lieu où il était. Il posa son doigt sur sa bouche en fronçant les sourcils, comme pour leur rappeler qu’elles devaient garder un silence absolu, et marchant devant elles, il les conduisit dans l’appartement voisin.

« C’était une chambre immense, tendue de noir comme pour un service funèbre. Au haut bout de cette chambre était une table, ou plutôt une espèce d’autel couvert de noir, et sur lequel étaient placés plusieurs instruments à l’usage des sorciers. Lorsqu’elles entrèrent dans la chambre, elles ne purent d’abord distinguer ces objets ; car, n’étant éclairée que par la lueur de deux lampes expirantes, il y faisait extrêmement sombre. Le maître, pour me servir de l’expression des Italiens à l’égard de ces personnages, s’approcha de l’espèce d’autel en faisant une génuflexion comme celle d’un catholique devant un crucifix. Les deux dames avancèrent en silence, se donnant toujours le bras. Deux ou trois marches fort basses conduisaient à une plate-forme sur le devant de cet autel, si toutefois on pouvait l’appeler ainsi. Là le maître s’arrêta et plaça les deux dames à côté de lui, leur recommandant de nouveau de garder le silence. Alors, l’Italien étendant son bras droit de dessous son manteau, avança l’index vers cinq grands flambeaux ou torches placés à chaque côté de l’autel, ils s’allumèrent à l’approche de sa main ou plutôt du doigt, et répandirent une vive clarté dans toute la chambre. Alors les deux sœurs purent distinguer sur cette espèce d’autel deux épées nues et croisées, un grand livre ouvert, qu’elles pensèrent être la Bible, mais dans un langage qui leur était inconnu ; et à côté de ce volume mystérieux était un crâne humain. Mais ce qui les étonna le plus, ce fut un grand miroir qui occupait tout l’espace derrière l’autel, éclairé par les torches, et qui réfléchissait les objets mystérieux qui se trouvaient dessus.

« Le maître se plaça ensuite entre les deux dames, et leur montrant le miroir, les prit chacune par la main sans leur dire un mot. Elles fixèrent leurs yeux sur la surface polie vers laquelle il dirigeait leur attention : tout à coup elle réfléchit non seulement les objets placés devant elle ; mais, comme si elle contenait intérieurement des scènes qui lui étaient propres, d’abord les objets parurent d’une manière confuse, comme des formes vagues sortant d’un chaos, et s’arrangèrent ensuite distinctement. Ce fut ainsi qu’après quelques changements de lumière et d’ombre sur la surface de cette glace extraordinaire, on vit se former de chaque côté du miroir une longue perspective d’arches et de colonnes, avec un plafond voûté. Enfin, après plusieurs oscillations, la vision entière prit une forme fixe et stationnaire, et représentant l’intérieur d’une église étrangère. Les colonnes étaient d’une grande beauté, ornées d’écussons ; les arches étaient majestueuses et magnifiques ; le pavé était couvert d’inscriptions funéraires ; mais on ne voyait aucune relique, point d’images, point de calice ni crucifix sur l’autel ; ce qui faisait nécessairement supposer que c’était une église protestante. Un ministre revêtu d’une robe de Genève et d’un rabat se tenait debout près de la table de la communion ; une Bible était ouverte devant lui, son clerc était derrière, et il semblait se préparer à procéder à quelque cérémonie de l’église à laquelle il appartenait.

« Enfin, une nombreuse société entra dans l’église ; elle paraissait former le cortège d’une noce, car un jeune homme et une jeune femme se tenaient par la main, marchaient les premiers, suivis d’un grand nombre de personnes des deux sexes parées d’une manière brillante et somptueuse. La mariée, dont on pouvait apercevoir distinctement les traits, pouvait avoir au plus seize ans et semblait d’une grande beauté ; le marié pendant quelques instants tournait la tête, ce qui empêchait qu’on ne vît sa figure ; mais l’élégance de sa taille et sa démarche frappèrent les deux sœurs d’étonnement ; il tourna soudain la tête, et leurs doutes furent cruellement expliqués. Elles virent dans le brillant marié qui était devant elles sir Philippe Forester. Lady Forester fit entendre une faible exclamation, qui parut mettre en mouvement toute la scène et sembla devoir rompre le charme.

« Je ne puis comparer ce spectacle », dit lady Bothwell, lorsqu’elle raconta cette merveilleuse histoire, « qu’à l’agitation du reflet d’un étang calme et profond, lorsqu’on y jette une pierre et que les rayons se dispersent et s’effacent. »

« Le maître pressa les mains des deux dames avec sévérité, comme pour leur rappeler leur promesse et le danger qu’elles avaient couru. L’exclamation que lady Forester était prête à faire s’arrêta, et la scène du miroir, après une fluctuation d’une minute, reprit encore sa première apparence d’une véritable scène représentée dans un tableau, excepté que les figures étaient mouvantes au lieu d’être stationnaires.

« La figure de sir Philippe était alors visible ; il parut conduire vers le ministre la jeune personne qui s’avançait en même temps avec une timidité mêlée d’une tendre fierté. Au moment où le ministre venait de placer la société et était prêt à commencer le service, un autre groupe, dans lequel étaient deux ou trois officiers, entra dans l’église. Ils s’avançaient comme poussés par la curiosité ; mais tout à coup un d’entre eux, qui tournait le dos aux spectateurs, se détacha de sa société et se précipita vers les mariés, et tous se regardèrent, comme étonnés par l’exclamation qu’il venait de faire. Aussitôt cet officier et le marié tirèrent leurs épées, et ils marchèrent l’un sur l’autre ; il y eut aussi des épées tirées de part et d’autre. Alors il se fit un grand tumulte ; le ministre et les personnes âgées paraissaient vouloir rétablir la paix. Enfin, tandis que les plus animés des deux partis brandissaient encore leurs armes, le court espace de temps que le devin avait promis des effets de son art expira. Les vapeurs se mêlèrent, la voûte et les colonnes de l’église se séparèrent et disparurent graduellement, et la surface du miroir ne réfléchit plus rien que les lumières des torches et les tristes appareils placés sur l’autel.

« Le docteur ramena les dames, qui eurent grand besoin de son secours dans l’appartement où elles étaient déjà entrées. Elles y trouvèrent des vins, des essences et tout ce qui était nécessaire pour leur rendre des forces. Il leur offrit des chaises qu’elles acceptèrent en silence. Lady Forester surtout, plus affectée, donna des marques d’un violent désespoir, éleva les yeux au ciel, sans prononcer une parole, comme si elle voyait toujours le fatal tableau.

« Serait-ce une réalité ? » demanda lady Bothwell qui commençait à recouvrer ses sens.

« Je ne puis le certifier positivement, répondit Battisto d’Amiotti ; mais cela se passe ou vient de se passer depuis peu ; et c’est le dernier événement remarquable arrivé à sir Philippe. »

Lady Bothwell exprima alors son inquiétude sur sa sœur, dont les traits changés et l’apparente insensibilité rendaient impossible son retour chez elle à pied.

« J’ai tout prévu, répliqua le devin ; j’ai ordonné à votre domestique de faire venir votre équipage aussi près que possible de ma maison et autant que le permet la largeur de la rue. Ne craignez rien pour madame votre sœur. Lorsque vous serez retournées chez vous, donnez-lui cette potion calmante, et elle sera mieux demain. Peu de gens, ajouta le docteur d’un ton rêveur, « quittent ma maison en aussi bonne santé que lorsqu’ils y entrent : telles sont les conséquences de l’étude de l’avenir par des moyens mystérieux. Je vous laisse à penser ce que doit éprouver celui qui a le pouvoir de satisfaire une impardonnable curiosité. Adieu, mesdames, n’oubliez pas la potion.

— Je ne lui donnerai rien qui vienne de vous, répondit lady Bothwell au docteur. J’ai suffisamment apprécié votre art ; il est possible que vous nous empoisonniez toutes deux pour cacher vos sortilèges ; mais nous ne manquons pas de moyens ni d’amis pour venger les torts dont vous pourriez vous rendre coupables envers nous.

— Vous ne pouvez rien me reprocher, milady ; vous avez cherché un homme qui est fort peu ambitieux d’un tel honneur ; il n’engage personne, ne répond qu’à ceux qui le questionnent et qui viennent le trouver. Après tout, vous n’avez appris qu’un peu plus tôt les mauvaises nouvelles que vous ne tarderez pas à connaître. J’entends votre domestique à la porte ; je ne veux pas retenir plus longtemps Vos Seigneuries. Le prochain courrier vous expliquera ce que vous avez déjà vu en partie. Si vous me permettez de vous donner un conseil, ne laissez pas sans précaution tomber entre les mains de madame votre sœur les lettres qui viendront du continent. »

« En prononçant ces mots, il souhaita le bonsoir à lady Bothwell, et, l’éclairant jusqu’au vestibule, il jeta un manteau sur son costume singulier ; puis, ouvrant la porte, il abandonna les deux dames aux soins de leur domestique.

« Lady Bothwell eut beaucoup de peine à conduire sa sœur jusqu’à leur voiture, quoiqu’elle ne fût qu’à vingt pas de là.

« Rentrées chez elles, on fut obligé de faire appeler le médecin ; c’était celui de la famille. Il tâta le pouls de la malade, et il dit en secouant la tête :

« Les nerfs de lady Forester ont éprouvé une forte secousse, je désire en savoir la cause. »

« Lady Bothwell avoua qu’elles avaient été voir l’enchanteur, et que lady Forester avait appris de mauvaises nouvelles concernant sir Philippe.

« Le coquin de charlatan ferait ma fortune s’il restait à Édimbourg, répondit le médecin : voici le septième cas nerveux que j’ai eu de sa façon, et tous causés par la terreur. »

« Il examina ensuite la potion que lady Bothwell avait apportée sans s’en douter. Il la goûta, trouva qu’elle convenait à l’état de la malade, et qu’elle rendrait inutile une course chez l’apothicaire.

« Il réfléchit un instant en regardant lady Bothwell d’une manière significative, et dit enfin :

« Je pense qu’il ne faut pas que je vous questionne sur la conduite de cet Italien.

— En vérité, docteur, répondit lady Bothwell, je regarde ce qui s’est passé comme une confidence ; et quoique cet homme puisse être un fourbe, ayant été assez sottes pour le consulter, nous devons, il me semble, être assez honnêtes pour garder le secret.

Puisse être un fourbe ! Allons, répliqua le docteur, je suis charmé que Votre Seigneurie convienne de cette possibilité d’un homme venant d’Italie.

— Ce qui vient d’Italie, docteur, peut être aussi bon que ce qui vient de Hanovre[16] ; mais nous devons rester bons amis, et pour cela nous ne parlerons ni de whigs ni de torys.

— Eh bien », répondit le médecin en recevant ses honoraires et prenant son chapeau, « un carolus m’est aussi agréable qu’un guillaume. Mais je voudrais pourtant bien savoir pourquoi cette vieille lady Saint-Ringan et toute sa société mettent tant d’empressement à vanter ce charlatan étranger ?

— Vous feriez mieux de l’appeler jésuite. » À ces mots ils se séparèrent.

« La pauvre malade, dont les nerfs avaient éprouvé une forte secousse, se calma peu à peu ; elle combattit contre une espèce de stupeur, conséquences naturelles d’une terreur superstitieuse. Enfin l’affreuse vérité arriva de la Hollande, et réalisa ses terribles craintes.

« Ces nouvelles furent envoyées par le fameux lord Stair ; elles apprirent qu’un duel avait eu lieu entre sir Philippe et son frère le capitaine Falconer, capitaine dans l’armée scoto-hollandaise, et qu’il avait été tué. La cause de cette querelle rendait cet accident encore plus affreux. Il paraissait que sir Philippe avait quitté tout à coup l’armée, pour n’avoir pu payer une forte somme qu’il avait perdue au jeu. Il avait changé de nom, et s’était retiré à Rotterdam, où il était parvenu à obtenir les bonnes grâces d’un riche bourgmestre par ses avantages physiques et ses manières élégantes, et il avait captivé les affections de son unique enfant, jeune personne d’une grande beauté et héritière d’une immense fortune.

« Enchanté des dons séduisants de celui qui se proposait pour son gendre, le riche négociant, qui avait une trop haute idée du caractère anglais pour prendre des informations sur les mœurs et sur la fortune de l’aspirant à la main de sa fille, consentit sans peine à ce mariage. La cérémonie était prête à être conclue, lorsqu’elle fut interrompue par une singulière circonstance.

« Le capitaine Falconer ayant été envoyé à Rotterdam pour chercher une partie de la brigade des auxiliaires écossais qui tenaient garnison dans la ville, une personne de sa connaissance, jouissant dans ce pays d’une grande considération, lui proposa, pour le distraire, de le mener à l’Église pour y voir un de ses compatriotes épouser la fille d’un riche bourgmestre.

« Le capitaine Falconer accepta l’offre d’accompagner le Hollandais avec quelques amis et deux ou trois officiers de la brigade écossaise. On peut juger de son étonnement lorsqu’il vit son propre beau-frère, un homme marié, sur le point d’être uni à une belle et innocente créature, qu’il allait tromper si indignement. Le capitaine Falconer proclama sur le lieu la perfidie de sir Philippe, et le mariage fut interrompu.

« Quoique beaucoup de gens sensés pensassent que sir Philippe était à jamais banni de la classe des gens d’honneur, le capitaine Falconer lui permit d’en avoir encore les privilèges en acceptant le cartel qu’il lui envoya, et dans le duel qui s’ensuivit le capitaine reçut une blessure mortelle. Tels sont les mystères de la Providence.

« Lady Forester succomba au coup de cette horrible nouvelle. »




CONCLUSION


« Et cette tragédie, demandai-je à ma tante Marguerite, arriva-t-elle en même temps qu’on vit la scène dans le miroir ?

— Il est pénible d’être obligée de discréditer ma propre histoire, me répondit-elle ; mais pour vous dire la vérité, elle arriva quelque temps avant l’apparition.

— Ainsi il est probable que l’adepte en avait été instruit secrètement.

— Les incrédules le disaient du moins.

— Et que devint le charlatan ?

— Peu de temps après, un ordre arriva pour l’arrêter comme coupable de haute trahison et comme agent du chevalier Saint-George[17] ; alors lady Bothwell se rappela ce que lui avait dit le médecin, ami sincère de la succession protestante, et qui de plus avait découvert que l’adepte était particulièrement prôné parmi les vieilles matrones qui partageaient la même opinion politique que la sienne. Il semblait certainement probable que des nouvelles du continent, envoyées par un actif et puissant agent, le mirent en état de préparer cette scène de fantasmagorie que lady Bothwell et sa sœur avaient vue. Cependant il était si difficile d’expliquer positivement la chose, que, jusqu’à sa mort, elle en conserva des doutes, et souvent même elle fut tentée de couper le nœud gordien, en admettent l’existence d’un pouvoir surnaturel.

— Mais, ma chère tante, que devint cet homme habile ?

— Oh ! c’était un trop habile devin pour ne pas prévoir que sa propre destinée serait tragique s’il attendait l’arrivée de l’homme qui portait un lévrier en argent sur sa manche[18]. Il disparut sans qu’on sût où il s’était enfui, et on n’entendit plus parler de lui. Il courut le bruit que quelques papiers ou lettres avaient été trouvés chez lui ; mais bientôt on ne parla pas plus de Battisto d’Amiotti que de Galien ou d’Hippocrate.

— Et sir Philippe disparut-il aussi ? ne fut-il plus question de lui ?

— Non », répondit ma complaisante narratrice, « on en entendit parler encore une fois, et ce fut dans une circonstance assez remarquable : on disait que nous autres Écossais, lorsqu’existait une belle nation, nous possédions de nombreuses vertus, un ou deux légers vices, mais surtout celui de ne jamais pardonner et de ne jamais oublier les injures : que nous nous faisons une idole de notre ressentiment comme la pauvre lady Constance[19] s’en fit une de son chagrin, et enfin, comme le dit le poëte Burns, que nous avons coutume de nourrir notre colère pour lui conserver sa chaleur[20].

« Lady Bothwell partageait ces sentiments, et je crois que rien au monde, excepté la restauration des Stuarts, ne lui aurait été plus agréable que d’avoir une occasion de se venger de la conduite impérieuse et cruelle de sir Philippe, qui l’avait privée d’un frère et d’une sœur chérie ; mais on n’entendit parler de sir Philippe que bien des années après.

« Enfin un jour de carnaval, à une assemblée où se trouvaient réunies toutes les premières familles d’Édimbourg, et dans laquelle lady Bothwell était une des dames protectrices, un domestique vint l’avertir qu’un monsieur désirait lui parler en particulier.

« En particulier ! répondit-elle, et cela dans une assemblée ! Il faut que ce monsieur soit fou. Dites-lui de se rendre chez moi demain matin.

— Je l’y ai déjà invité, milady, répondit le domestique : alors il m’a prié de vous remettre ce papier. »

« Lady Bothwell ouvrit le billet, qui était singulièrement plié et cacheté ; elle n’y trouva que ces mots : Sur une affaire de vie et de mort, tracés d’une écriture qu’elle ne connaissait pas.

« Tout à coup il lui vint dans la pensée que cela pouvait intéresser la sûreté politique de quelques-uns de ses amis ; elle suivit donc le messager vers une petite chambre où on avait préparé les rafraîchissements et où personne de la société n’entrait. Elle y trouva un vieillard qui, à son approche, se leva et la salua profondément. Son aspect annonçait une santé délabrée, et sa mise, quoique convenable pour un salon, était flétrie, usée, et trop large pour son corps amaigri. Lady Bothwell, espérant pouvoir se débarrasser de l’importun avec de l’argent, chercha sa bourse ; mais la crainte de se tromper l’arrêta, et elle lui donna le temps de s’expliquer.

« Ai-je l’honneur de parler à milady Bothwell ? demanda l’étranger.

— Oui, monsieur ; mais permettez-moi de vous faire observer que ce n’est ni le lieu ni le temps pour une longue explication. Que désirez-vous ?

— Votre Seigneurie avait autrefois une sœur ?

— C’est vrai, monsieur, une sœur que j’aimais de toute mon âme.

— Vous aviez aussi un frère ?

— Le plus brave, le meilleur et le plus tendre des frères.

— Vous perdîtes ces êtres si chers par la faute d’un malheureux ?

— Par le crime d’un vil et barbare assassin, s’écria la dame.

— Cette réponse me suffit », répliqua le vieillard en saluant comme pour se retirer.

« Arrêtez, monsieur, je vous l’ordonne ; qui êtes-vous d’abord ? et qui ose, en ce moment et en un lieu semblable, venir me rappeler de si horribles souvenirs ? je veux le savoir.

— Je suis un homme qui ne veux faire à lady Bothwell aucune injure ; bien au contraire, je désire lui offrir une occasion d’un acte de charité que le monde pourrait trouver extraordinaire, mais que le ciel récompenserait. Hélas ! je ne la trouve pas disposée à un sacrifice tel que je pourrais le lui demander.

— Parlez donc, monsieur. Que voulez-vous dire ?

— Le misérable qui vous a fait tant de mal, répondit l’inconnu, est maintenant sur son lit de mort ; ses jours ont été des jours de douleur et ses nuits des heures d’angoisses et sans sommeil. Cependant il ne peut mourir sans que vous lui accordiez votre pardon. Sa vie a été une vie de pénitence ; mais il ne peut quitter la terre emportant avec lui votre malédiction.

— Dites-lui », répondit lady Bothwell d’un air sévère, « de demander pardon à ce Dieu qu’il a tant offensé ; il ne doit attacher aucune importance à celui d’une mortelle comme moi.

— Au contraire, milady, le vôtre serait une garantie pour celui qu’il demandera à Dieu. Rappelez-vous, milady Bothwell, que vous serez aussi un jour sur votre lit de mort ; votre âme, comme celle des autres, ne comparaîtra qu’en tremblant devant le juge suprême, avec une conscience peu tranquille et accusatrice : que fera-t-elle alors de cette pensée : « Je n’ai pas accordé de pardon, comment donc puis-je espérer de l’obtenir ?

— Homme ! qui que tu sois, reprit lady Bothwell, ne me presse pas si cruellement : ce serait un blasphème d’hypocrisie de prononcer un pardon que mon cœur démentirait et qui serait capable de faire sortir de sa tombe ma malheureuse sœur, ainsi que l’ombre sanglante de mon frère assassiné. Lui pardonner ! jamais ! jamais !

— Grand Dieu ! » s’écria le vieillard en levant les mains au ciel, « est-ce vrai que des reptiles sortis de la poussière obéissent à tes commandements. Adieu, orgueilleuse et malheureuse femme ! vante-toi d’avoir ajouté aux angoisses d’un mourant dévoré de misère et de chagrin, les tourments de la religion, en le laissant implorer en vain ton pardon. »

« Le vieillard allait se retirer.

« Arrêtez ! s’écria lady Bothwell ; j’essaierai, oui, j’essaierai de lui pardonner.

— Gracieuse dame, répliqua le vieillard, vous soulagez une âme accablée qui n’ose pas quitter cette terre sans avoir fait la paix avec vous ; que sais-je même ? votre pardon pourra peut-être lui conserver des jours employés à faire pénitence.

— Ah ! reprit lady Bothwell, comme tout à coup éclairée, « c’est le scélérat lui-même qui est devant moi », et saisissant sir Philippe par le collet, car c’était bien lui, elle s’écria : « Au meurtre ! au meurtre ! arrêtez l’assassin ! »

« À une exclamation si extraordinaire dans un tel endroit, toute la société se précipita dans la chambre ; mais sir Philippe était parti ; il s’était débarrassé de lady Bothwell, et s’était sauvé de l’appartement, qui s’ouvrait sur le palier de l’escalier, il était presque impossible de fuir par cet endroit, car plusieurs personnes montaient et descendaient continuellement ; mais ce malheureux était déterminé, il se précipita par-dessus la rampe de l’escalier, et tomba sans accident dans le vestibule, malgré un saut de quinze pieds, se lança dans la rue, et se perdit dans l’obscurité.

« Quelques membres de la famille de lady Bothwell le poursuivaient, et s’ils avaient saisi le fugitif, ils l’auraient probablement massacré ; car dans ces jours-là le sang qui coulait dans les veines des hommes était bouillant. Mais la police n’intervint pas, l’affaire criminelle s’étant passée depuis bien des années et sur une terre étrangère. On a toujours pensé que cette scène extraordinaire était un subterfuge hypocrite dont sir Philippe s’était servi pour s’assurer s’il pouvait revenir dans son pays natal, sans danger et sans craindre le ressentiment d’une famille qu’il avait tant outragée. Le résultat fut si contraire à son attente, que l’on croit qu’il retourna sur le continent où il mourut dans l’exil. »

Ainsi se termina l’histoire du mystérieux Miroir de ma tante Marguerite.

  1. Cinq cents francs. A. M.
  2. Endroits marécageux et couverts de broussailles, sur les bords du Gange, où le tigre établit son repaire. A. M.
  3. Ceci nous fait naturellement souvenir du grave Oldbuck, dans le roman de l’Antiquaire. A. M.
  4. Manteaux écossais. A. M.
  5. Chants écossais des clans des montagnes. A. M.
  6. Épées à deux tranchants des anciens guerriers écossais. A. M.
  7. Partisans du droit divin. A. M.
  8. Les fantasques. A. M.
  9. Hatil mohatil, na dowski mi, porte le texte. A. M.
  10. Waking dreams, dit en effet le texte. A. M.
  11. Moods of my own mind. Wordsvrorth est le poëte des lacs ; il se plaît à chanter au milieu des brouillards, et quelquefois ses vers s’en ressentent. A. M.
  12. Ballade anglaise. A. M.
  13. Personnage d’une comédie de Libber. A. M.
  14. Personnage de la Clarisse Harlowe de Richardson. A. M.
  15. Personnage d’un drame de Shakspeare. A. M.
  16. C’est de là que vient la famille royale actuelle d’Angleterre, comme le Prétendant, fils de Jacques II et père de Charles-Edouard, venait d’Italie. A. M.
  17. Nom que l’on donnait au prétendant au trône d’Écosse. A. M.
  18. Signe distinctif de l’agent de police on du messager du roi d’Angleterre. A. M.
  19. Personnage d’une des pièces de Shakspeare. A. M.
  20. Nursing our wrath to keep it warm.