Le Mur (Jouy)

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À mon ami Jean Floux

LE MUR

Tout au fond du grand cimetière,
Défunts par les vers dépouillés,
Sous les herbes, verte litière,
Dorment les anciens fusillés.
Cachant les trous de la mitraille,
Couronnes et drapeaux, serrés,
Ornent la sinistre muraille,
Dernier abri des fédérés.


Tombe sans croix et sans chapelle,
Sans lys d'or, sans vitraux d'azur,
Quand le peuple en parle, il l'appelle
Le mur.


C'est là que, traquant leurs victimes,
Lignards, cavaliers, artilleurs,
Prirent ces combattants sublimes
Dans le terrier des fusilleurs ;
Là, qu'au son du clairon tragique,
Sonnant l'hallali dans le bois,
Malgré sa défense héroïque
Vint tomber la bête aux abois.


Quand Paris ferme ses paupières,
Chaque nuit, dans l'enclos obscur,
Des râles s'échappent des pierres
Du mur.


Assassins, l'avenir vous navre !
La révolte va reverdir
Sur ce sol, de chaque cadavre
Jaillit l'herbe du souvenir.
Fleuron railleur de sa couronne
Gavroche, futur fusillé,
Y trace le mot de Cambronne,
Que plus tard il viendra crier :


Bourgeois, quand le blé des revanches,
Au cimetière sera mûr
On fauchera vos faces blanches
Au mur !