Le Nord-Ouest/ À l’est et à l’ouest de Manitoba

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Imprimerie du "Canada" (p. 54-55).

III

à l’est et à l’ouest de manitoba


À l’est de Manitoba, c’est-à-dire entre le lac Supérieur et la rivière Rouge, une certaine partie du terrain coupé par les marais ou les rochers est impropre à la culture. Mais il ne faut pas croire que cette région est partout la même, de nulle valeur. Écoutons, par exemple, ce que disait un touriste traversant le pays :

« Un peu plus loin que le lac de la Pluie, la scène change, et l’on entre dans la vallée de la rivière la Pluie. Là, point de portages, point de rapides, un cours d’eau magnifique de plus de 100 milles, se déroulant au milieu de 200 à 300,000 acres de terre végétale, bordé de fleurs d’ormes, de peupliers, de vieux chênes tout enlacés de plantes grimpantes ou de convolvulus en fleurs. Ailleurs, ce sont de grandes prairies verdoyantes. Des millions d’oiseaux peuplent cette vallée splendide qu’on dirait un jardin abandonné, et qu’on ne quitte qu’à regret pour s’engager sur la nappe verdâtre du lac des Bois, quels que soient la variété de ses îles et le magnifique panorama de ses côtes. »

On a découvert là de riches mines d’or et d’argent, l’été dernier.

À l’ouest de Manitoba, se déroulent à perte de vue les prairies et les forêts. Les vallées des rivières Assiniboine, Saskatchewan et de la Paix sont fort belles et capables de nourrir des millions d’habitants. Seul, le bassin fertile de la Saskatchewan, qui prend sa source à quelque distance des Montagnes Rocheuses, et qui coule sur un parcours d’à peu près 1,500 milles, arrose une vaste contrée, renfermant, dit-on, 90,000,000 d’acres de terre.

À 280 milles du lac Winnipeg, dans lequel elle se décharge, cette rivière se divise en deux grands bras, qui s’étendent, le premier, au nord, sur un espace de 1,092 milles, et le second, au sud, sur un espace de 1,054 milles. La plus grande distance qui sépare ces deux bras est de 300 milles.

Le vicomte Milton et le Dr Cheadle en parlent ainsi dans leur ouvrage :

« Les riches prairies du bassin fertile de la Saskatchewan ont un sol alluvial de trois à cinq pieds de profondeur, et n’attendent que la charrue. Elles offrent leurs herbages sans fin, qui, dans les temps antérieurs, ont engraissé d’innombrables bandes de bisons, à nos troupeaux domestiques. Les forêts, les lacs et les cours d’eau varient le paysage et promettent leur bois de construction, leurs poissons et leurs millions de volailles sauvages. Eh ! bien, ce pays superbe, capable de subvenir aux besoins de 20,000,000 d’habitants, est complètement négligé. Cependant, ce riche pays agréable n’est pour ainsi dire qu’à un pas de nos champs d’or à la Colombie britannique. »

Depuis longtemps déjà, la compagnie de la Baie-d’Hudson a placé des bateaux à vapeur sur la Saskatchewan, qui deviendrait aisément navigable avec quelques améliorations. La vallée de la rivière de la Paix est, en outre, d’une richesse remarquable, et les explorateurs en parlent tous avec avantage. On assure que, là aussi, une nombreuse population pourrait subsister, en se livrant à la culture.

Des gisements d’or considérables ont été découverts, il y a plusieurs années déjà.

Nous pouvons ajouter que le sel se trouve en quantité au Nord-Ouest.

Maintenant, qui pourrait prédire ce que l’avenir réserve au Nord-Ouest canadien ? Imaginons, pour un instant, ces immenses territoires habités par des millions de producteurs et de consommateurs ; de florissantes villes s’élevant çà et là, dans la plaine traversée par des chemins de fer, le long des cours d’eau ou des lacs reliés ensemble par des canaux ; le commerce et l’industrie activés et soutenus par une production agricole énorme ; l’achèvement du Pacifique qui permettrait l’exportation facile de l’excédant ou du surplus, et enfin (si le projet est bien praticable), l’ouverture d’un port à la Baie-d’Hudson qui rapprocherait Liverpool de plusieurs centaines de milles.

Encore 20 années, et nous assisterons, en toute probabilité, à une transformation complète, non-seulement de Manitoba, mais du Nord-Ouest tout entier.