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Le P. Jean de Cronstadt/Ma vie en Jésus-Christ/Chapitre VII

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Le P. Jean de Cronstadt, archiprêtre de l’Église russe
Traduction par Dom Antoine Staerk, o.s.b..
P. Lethielleux (I. Son ascétisme, sa morale. — « Ma vie en Jésus-Christ »p. 134-155).


CHAPITRE VII

DE LA COMMUNION DES SAINTS ET DE LA VIE ÉTERNELLE




§ I. — De la Communion des Saints


Les Saints du Seigneur ont su le mieux apprécier l’œuvre sublime de la rédemption du genre humain opérée par Dieu, l’incarnation du Fils venu des cieux, son enseignement, ses souffrances, sa mort, son inhumation, sa résurrection et son ascension au ciel ; car ils ont travaillé pendant toute leur vie à leur salut et à celui des autres avec sincérité, avec fermeté, avec persévérance, en un mot, de tout leur cœur. Pour leur salut et celui des autres, ils renonçaient à leur propre existence, ils jeûnaient, ils priaient, ils veillaient, ils luttaient par l’action et par la parole, par l’intelligence et par la plume. Et nous autres, nous ne savons pas apprécier cette œuvre sublime, nous restons devant elle froids, distraits, insouciants. Le monde visible seul nous préoccupe, et les choses de ce monde qui ne sont que fumée ![1].

— Celui qui a embelli le ciel d’étoiles, n’a-t-il pas pu embellir bien plus encore son ciel spirituel dans la Très Sainte Vierge Marie ? Celui qui a parsemé la terre de fleurs les plus variées, aux couleurs les plus bizarres, qui l’a inondée de parfums et d’arômes, n’a-t-il pas pu embellir sa Mère terrestre de toutes les fleurs les plus variées de la vertu et déverser sur elle tous les arômes célestes ? Certainement il en est ainsi. C’est pourquoi la Reine des cieux est devenue le ciel et le temple de la Divinité (Hymne), embellie de parures inénarrables et imprégnée des arômes les plus suaves, plus exquis que tous les parfums de la terre. Oh ! si la Bonté divine, en vertu des prières de sa très pure Mère, daignait m’embellir aussi, moi, qui suis si hideux, si elle daignait verser aussi ses arômes sur moi, qui suis si impur ! Rien n’est impossible au Seigneur. Venez et accusez-moi, dit-il, si vos péchés, aussi rouges que l’écarlate et le vermillon, ne deviennent comme la neige ou la toison la plus blanche.[2].

— La Mère de Dieu est une même chair, un même sang, un même esprit avec notre Sauveur, puisqu’elle est sa Mère. Quel immense mérite lui appartient par la grâce de Dieu, qui a voulu qu’elle fût la Mère de Dieu lui-même, qu’elle lui prêtât sa chair très pure et bénie, qu’elle le nourrît de son lait, qu’elle le portât dans ses bras, qu’elle l’habillât, qu’elle protégeât son jeune âge, en le couvrant de baisers et de caresses. Seigneur ! qui donc pourrait décrire la grandeur de la Sainte Vierge ! Il n’y a pas de langue qui puisse vous louer assez, comme vous le méritez ; il n’y a pas d’intelligence au ciel qui puisse suffisamment chanter votre gloire, ô Mère de Dieu ! (Hymne). Il faut l’invoquer avec une confiance sincère et par un naïf mouvement du cœur… Elle est un avec Dieu, comme le sont tous les saints.[3].

— Celui qui prie le Seigneur, la Sainte Vierge, les anges et les saints, doit, avant tout, avoir le désir de corriger son cœur et sa vie, et d’imiter ces êtres célestes, selon les paroles : Soyez donc miséricordieux comme aussi votre Père lui-même est miséricordieux (Luc. VI, 36). Vous serez saints, parce que Moi je suis saint (I Petr. I, 16). Ceux qui prient la Sainte Vierge doivent imiter son humilité, sa pureté qui dépasse toute imagination, sa soumission à la volonté de Dieu (par exemple, lorsqu’il nous arrive de voir des injustices) et sa patience. Ceux qui prient les anges doivent songer à la vie d’en haut, aspirer à l’état spirituel, en repoussant peu à peu tous les désirs charnels, toutes les passions, et se pénétrer d’un amour ardent pour Dieu et pour le prochain. Ceux qui prient les saints doivent les imiter dans leur amour de Dieu, dans leur mépris pour la vanité du monde et les biens terrestres, dans leurs prières, dans leur abstinence, dans leur renoncement à toute propriété, dans leur patience à supporter les maladies, les privations et le malheur, dans leur amour du prochain. Autrement la prière ne servira qu’à faire vibrer un espace d’air.[4].

— Ne te décourage pas et ne te laisse pas aller au désespoir, si tu sens dans ton âme le souffle meurtrier qui allume la colère, la malice, l’impatience et le blasphème, ou si tu es surpris par une prostration provenant de pensées impures et mauvaises. Fais appel au contraire à toutes tes forces, pour les combattre avec énergie et les supporter avec courage, en invoquant du fond de ton cœur Notre Seigneur Jésus-Christ, le vainqueur de l’enfer. Reconnais sincèrement et avec la plus profonde humilité que c’est toi entre tous qui es le premier coupable, que c’est toi qui es le plus indigne des hommes, et le Seigneur, en te voyant si humble et si résolu dans ta lutte, viendra à ton secours. Invoque aussi le secours toujours prompt de notre Protectrice la Très sainte Vierge, Mère de Dieu, en lui disant : guérissez, ô très pure Vierge, les amères douleurs de mon âme, et délivrez-là des ennemis qui ne cessent de lutter contre moi. (Hymne).[5]

— Rends grâces à notre divine Protectrice, toujours prompte à nous secourir, la Toute-pure et Toute-clémente Vierge Marie, Mère de Dieu, qui nous sauve des morsures et des meurtrissures du démon, si nous l’implorons sincèrement. Porte vers elle le regard de ton cœur dirigé par l’Esprit-Saint qui est partout, qui remplit tout et qui est simple. Tu ne manqueras pas de la voir, comme si elle se trouvait auprès de ton cœur. Dis-lui alors : ô Sainte Vierge Marie, prompt secours des chrétiens, sauvez-moi de l’ennemi qui me poursuit ! Et elle te sauvera immédiatement, selon ta foi, selon la force de l’espérance que tu as en elle. L’abattement, le feu brûlant et le découragement pénible que tu éprouvais disparaîtront à l’instant. Seulement il faut avoir présent à ta pensée et croire fermement que le Saint-Esprit est partout, à chaque endroit, qu’il est un Être simple, que tout le ciel nous est proche avec lui, de même que tous les Anges et tous les saints. Il suffit de croire, mais avec fermeté, que nous n’avons qu’à invoquer le Seigneur ou la Sainte-Vierge, ou tel Saint, et le faire de tout notre cœur, avec une foi lumineuse, avec un repentir sincère de nos péchés, et le salut brillera pour nous à l’instant. Le secours que nous prodigue la Reine des cieux est véritablement miraculeux ! Il agit sur notre âme comme un baume salutaire, comme un arôme délicieux, comme une eau calmante, et pour l’obtenir nous n’avons qu’à contempler la Reine clémente des yeux de notre cœur, en mettant toute notre espérance dans sa bonté et dans sa puissance. Mais c’est là le difficile, — cette contemplation unie d’une foi ardente à la Mère de la divine grâce, ou au Seigneur, ou aux Saints ! L’ennemi s’efforce de tout son pouvoir de s’interposer comme un mur épais, impénétrable et noir, entre notre âme et Dieu ou la sainte Vierge, ou les Anges, ou les saints, et il ne permet pas, le misérable, que le regard de notre cœur pénètre jusqu’à eux. Il obscurcit notre cœur par tous les moyens, il dissipe notre foi, il nous décourage, il nous brûle et nous ravit toute lumière. Tous ces agissements du démon, il faut les regarder comme une illusion de l’esprit malin. Dissipons ce mensonge ; démolissons ce fantôme de muraille, et nous retrouverons la douce Vierge Marie, nous retrouverons le Seigneur, nous retrouverons les Saints. Force ce mur, franchis-le ; tu es sauvé ! Ta foi t’a guéri ! (Matth. IV, 22).[6]

— Si tu es entouré d’ennemis et si ton âme est plongée dans la douleur, implore le secours de la Reine du ciel, la Très Sainte Vierge, Mère de Dieu. Ce n’est pas en vain que nous l’appelons Reine. Ce titre lui appartient de droit. Son pouvoir suprême s’étend sur toutes les forces qui nous sont hostiles, et elle nous sauve par sa puissance de leur persécution, car nous constituons, tout indignes que nous sommes, l’héritage qui lui est dévolu.[7]

Si la Très Sainte Reine et Mère de Dieu, par l’effet de son union à Dieu, et par son incomparable coopération aux œuvres du Maître suprême de l’Univers, secourt promptement tous ceux qui le lui demandent avec foi et avec espérance, si elle les délivre de tout mal et exauce leurs prières, dans tout ce qui est utile pour leur salut, combien plus cela est vrai du Seigneur ! Il n’y a qu’une condition pour obtenir de lui toutes ses faveurs, et cette condition la voici : Ne sois pas incrédule, ne sois pas froid et dur comme une pierre envers lui, mais fais preuve envers lui d’une foi ardente et de gratitude pour ses bienfaits et prouve un repentir sincère de tes péchés, ainsi qu’un amour profond pour ton Sauveur, uni au Père et au Saint-Esprit. Pense seulement à quel point le Sauveur t’a profondément aimé.[8].

Et le glaive percera votre âme, afin que les pensées cachées au fond des cœurs d’un grand nombre soient révélées. (Luc, II, 35). Ces paroles de l’Écriture se sont accomplies à la lettre et dans toute leur force, relativement à la Mère de Dieu, elles s’accomplissent aussi pour les hommes bons et pieux, dont le cœur se trouve soudain transpercé par le glaive de la persécution, afin que les pensées du cœur de ceux qui sont en rapport avec eux soient révélées. Cela signifie que le Seigneur les met parfois dans de tels rapports avec d’autres personnes, qui cachent dans l’âme une très grande malice sans la montrer, que celles-ci révèlent ce mal malgré elles, comme un poison qui s’extravase d’un vase trop plein. Leur bouche commence à parler, et le mal s’en précipite comme un torrent ou comme un fleuve. C’est alors que ces personnes commencent à commettre des actions indignes du nom d’homme qu’elles portent, et ce n’est qu’alors qu’on découvre de quelle nature sont ces hommes, que l’on croyait être des gens d’esprit, d’éducation et dignes d’estime.[9].

— Pourquoi la Croix nous inspire-t-elle une si grande vénération que nous la mentionnons dans nos prières après l’invocation de la Très sainte Vierge, mais avant d’invoquer les Puissances célestes ? Parce que, après les souffrances du Sauveur, la croix est devenue le symbole du Fils de l’homme ; c’est-à-dire, elle nous représente le Fils de Dieu qui s’est incarné et qui s’est voué aux souffrances pour nous sauver. C’est sur la croix que Jésus s’est offert lui-même en sacrifice à Dieu le Père pour expier nos péchés, c’est sur la croix et par la croix qu’il nous a sauvé de l’esclavage du démon, et c’est pour cette raison qu’elle nous inspire une si grande vénération. Par conséquent elle constitue pour les fidèles une grande force qui nous délivre de tout mal et surtout des maléfices de nos ennemis invisibles.[10].

— L’effet merveilleux que la sainte Croix produit sur notre âme ravagée par le venin du mal, nous persuade jusqu’à l’évidence : 1o que nous avons réellement une âme, que cette âme est un être spirituel ; 2o que nous sommes entourés de méchants esprits, dont le seul contact est mortel pour notre âme ; 3o que Notre Seigneur Jésus-Christ existe, qu’il est Dieu, et qu’il est toujours avec nous, en raison même de sa divinité ; 4o qu’il a effectivement accompli sur la croix l’œuvre de notre salut, par le mérite de ses souffrances et de sa mort, et qu’il a détruit par la vertu de cette croix la puissance du démon. Oh ! combien de preuves nous donnent en faveur de notre foi les seuls effets merveilleux que nous obtenons par la vertu de la sainte croix ! Gloire soit à jamais rendue à la religion chrétienne ![11].

— Les Anges ne peuvent pas concevoir et ne cessent d’admirer la sagesse, la bonté et la toute-puissance que le Seigneur nous a prouvées, en prenant un corps de chair dans le sein de la sainte Vierge Marie. Tous les cortèges des anges ont été saisis d’admiration pour l’œuvre sublime de votre incarnation, à la vue de l’inaccessible Dieu qui s’est fait homme accessible à tous. (Hymne). Gloire à votre bonté ! Gloire à votre générosité ! Gloire à votre sagesse ! Gloire à votre puissance ! Par son incarnation, le Seigneur nous a initiés à tous les mystères de la foi qui étaient inconnus ou peu connus dans l’Ancien Testament. Par son incarnation, nous autres, misérables pécheurs, nous avons reçu la grâce de son très pur corps et de son sang, nous nous unissons intimement à lui et il réside en nous, de même que nous résidons en lui. Par son incarnation, la très sainte Vierge Marie est devenue notre puissante Protectrice et notre Refuge qui nous sauve des péchés, des malheurs et des adversités, en priant pour nous jour et nuit. Elle est devenue notre Reine et Souveraine, dont la puissance détruit tous nos ennemis visibles et invisibles, et en même temps nous avons en elle notre Mère par la grâce, selon les paroles du Seigneur adressées sur la Croix à son disciple Jean : Voilà votre mère ; et à elle-même : Voilà votre fils. (Joan. XIX, 26, 27).[12]

— Si nos Anges Gardiens ne nous gardaient pas des embûches du démon, oh ! que de fois nous serions tombés de péché en péché ! Les esprits du mal se plaisent à nos tourments : aussi quelle violence n’auraient-ils pas déployée pour nous torturer. C’est ce qui arrive si quelquefois le Seigneur permet à notre Ange gardien de nous quitter, et de donner pleine liberté aux maléfices du démon. Oui, les Anges de la paix, nos fidèles conseillers et les gardiens de notre âme et de notre corps, sont toujours avec nous, à moins que nous ne les éloignions par les abominations de la luxure, de l’orgueil, du doute et de l’incrédulité. Nous sentons, pour ainsi dire, qu’ils nous couvrent des ailes de leur gloire immatérielle, et seulement nous ne les voyons pas. Les bonnes pensées, les bonnes intentions, les paroles et les actions qui tendent au bien, ce sont eux qui nous les inspirent.[13].

Le Seigneur gardera non seulement tous les os (Ps. XXX, 21), mais même les images, les images des Saints et des justes, qu’il ne laisse pas périr dans la putréfaction, dans le mépris et l’abandon, mais qu’il glorifie par des miracles, comme nous le disent les récits sur les apparitions des images miraculeuses, surtout celles de la Très-Sainte Vierge, notre Reine du ciel et Mère de Dieu. Voilà à quel point l’image de l’homme, surtout d’un homme saint, cette coupe bénie de la grâce, est chère au Seigneur. Il opère par cette image des miracles et prodigue une force invisible qui guérit et qui console.[14].

Beaucoup d’entre nous se livrent souvent à la vanité, à des illusions insensées, à des moments où notre préoccupation aurait dû se porter sur ce qu’il y a de plus sublime, de plus important dans la foi ! Voyez cet homme : il reste là, devant les images de notre Seigneur, de la Sainte-Vierge, d’un Ange, d’un archange, d’un Saint ou d’un corps des Saints, et souvent au lieu de se sentir porté à la prière, au lieu de se détacher de toute préoccupation terrestre, le voilà qui fait mentalement ses comptes et calculs, qui énumère ses revenus et ses dépenses, qui se réjouit d’un bénéfice qu’il a su gagner dans telle affaire ou qui s’afflige d’un insuccès. Quant au profit ou à une perte de nature morale, il n’y songe même pas. Ou bien, il pense du mal de son prochain, et se plaît même à augmenter ses faiblesses, à le soupçonner, à l’envier, à l’accuser. Ou bien encore, pendant l’office divin, il se met à examiner les personnes environnantes, leurs toilettes, leurs traits, à chercher des yeux celles qui lui plaisent ou qui lui déplaisent, à faire des projets pour la journée qui commence, à penser comment il en disposera, chez qui il se rendra, où il ira s’amuser, et ainsi de suite. Souvent ces idées lui surviennent même au moment où s’accomplit le saint et sublime mystère de l’Eucharistie, devant le très-pur Corps et le très-pur Sang de notre Seigneur, lorsque nous devons entièrement nous recueillir en Dieu, concentrer toutes nos pensées sur le mystère de notre rédemption, qui nous a délivrés du péché, de la malédiction et de la mort éternelle, de même que sur le mystère de notre sanctification en Jésus-Christ. Oh ! à quel degré de défaillance et de mondanité sommes-nous arrivés ! Et tout cela, pourquoi ? Parce que nous négligeons la question de notre Salut, parce que nous n’y pensons pas, parce que nous manquons de fermeté dans notre foi en l’éternité, ou même encore plus parce que nous n’y croyons pas du tout.[15].

— Les Saints sont grands par l’élévation de leur âme, par leur foi, par la fermeté de leur espérance en Dieu et par l’ardeur de leur amour pour Dieu, pour lequel ils ont renoncé à tout ce qui tient de la terre. Oh ! que nous sommes insignifiants et petits vis-à-vis d’eux ; combien nous leur ressemblons peu ! Ils sont sublimes par leurs actes d’abstinence, de veille, de jeûne, de prière incessante, de pratique de la parole divine et de méditation. Oh ! combien nous leur ressemblons peu ! Mais au moins combien ne devons-nous pas les honorer ! Avec quelle vénération ne devons-nous pas leur demander de prier pour nous ! Aussi nous ne devons nous permettre dans aucun cas de nous adresser à eux avec légèreté ou irrévérence, car nous ne devons pas oublier qu’ils sont divinisés, unis à la Divinité.[16].

— Comment faut-il passer les jours de fête ? Nous fêtons ou un évènement sublime, dont le résultat a été merveilleux pour les croyants, ou le souvenir glorieux d’une personne, par exemple : le Seigneur, la Sainte-Vierge, les Anges, les Saints, personnes sacrées dont l’intervention a été une source de bienfaits pour le genre humain et pour l’Église de Dieu en général. Il faut approfondir l’histoire de l’évènement ou de la personne, se rapprocher dans son cœur de l’un et de l’autre, en devenir le contemporain, s’y assimiler ; autrement la fête sera imparfaite et désagréable à Dieu. Les fêtes doivent influer sur notre vie, ranimer notre cœur, réchauffer notre foi aux biens futurs, et perfectionner la sainteté des bonnes mœurs. Cependant nous passons les jours de fête plutôt dans le péché ; nous les voyons arriver sans nous donner la peine de réfléchir sur leur importance, et nous les rencontrons d’un cœur incrédule et froid, et nullement préparé à ressentir les grands bienfaits que Dieu nous a accordés dans la personne ou dans l’évènement que l’Église nous prescrit de fêter.[17].


§ 2. — De la Mort et de l’Éternité.


Le temps coule sans s’arrêter. Mon corps change et dépérit à vue d’œil, à mesure que j’avance en âge, et enfin il finit par disparaître. Le globe terrestre, comme son mouvement le démontre, semblable à une horloge que l’on aurait montée, décrit son ellipse dans l’espace infini avec une rapidité incroyable, comme s’il voulait arriver le plus vite possible à la fin de la route qui lui a été tracée dans l’immensité. Tout change, tout passe. Où donc se trouve l’immuable, le perpétuel ? Il se trouve dans la puissance qui met en mouvement toutes les choses et qui les dirige vers leur but respectif. Il se trouve dans l’origine, dans la cause première de tout ce qui a été créé avec tant de variété. Ce principe premier est simple ; il n’est pas composé de parties, et par conséquent impérissable et éternel. Il est dans les esprits des anges et des hommes créés à l’image de la cause première. Tout le reste de ce qui nous entoure n’a pas plus d’existence qu’une bulle de savon. Si je m’exprime ainsi, ce n’est pas pour abaisser la grandeur de la création, mais pour fixer un point de comparaison entre le monde purement matériel et les Esprits bienheureux.[18].

— Un jour viendra ou ces mains qui aiment à prendre tout ce qu’on leur donne, seront croisées sur la poitrine et ne prendront plus rien. Ces jambes et ces pieds qui aiment à marcher dans le mal et qui n’aiment pas à rester debout ou à genoux pendant la prière, seront étendus pour l’éternité et ne feront plus un pas. Ces yeux qui aimaient à regarder avec envie le bonheur du prochain, se fermeront et leur feu s’éteindra pour toujours. Ces oreilles qui s’ouvrirent si souvent avec plaisir aux chatouillements de la médisance et de la calomnie, n’entendront plus rien ; aucun tonnerre ne les réveillera plus. Elles n’entendront que la trompette de l’Ange qui sonnera à la résurrection des morts, et alors notre corps impérissable sera ressuscité ou pour la résurrection de la vie ou pour la résurrection du jugement. (Joan. V. 29). Que restera-t-il donc en nous de vivant après la mort, et quel doit être l’objet de toutes nos préoccupations pendant notre vie ? C’est cette partie de nous-mêmes que nous appelons de notre vivant notre cœur, c’est-à-dire l’homme intérieur qui vit en nous, ou autrement notre âme, c’est elle qui doit être l’objet de nos soins. C’est votre cœur que vous devez purifier, pendant la durée de toute votre vie, afin que votre âme soit ensuite capable de voir Dieu. Quant à notre corps avec ses besoins, n’en prenez soin qu’autant que cela est nécessaire pour maintenir votre santé, vos forces physiques et la propreté. Tout devra subir la mort, tout sera emporté par la terre. Faites donc tout votre possible pour perfectionner en vous ce qui aime et ce qui hait, ce qui vous tranquillise et ce qui vous inquiète, ce qui vous réjouit et ce qui vous afflige. Perfectionnez votre cœur ou l’homme intérieur, le principe qui pense et qui réfléchit.[19].

— Le royaume de la vie et le royaume de la mort marchent l’un à côté de l’autre ; je dis marchent, parce que j’emploie ce mot de royaume dans son sens spirituel. Le chef du premier, c’est-à-dire du royaume de la vie, est Jésus-Christ, et celui qui est avec lui se trouve indubitablement dans la région de la vie. Le chef du second, c’est-à-dire du royaume de la mort, est le prince de la puissance de l’air, le démon avec les esprits du mal qui lui obéissent et dont le nombre est si grand qu’il surpasse infiniment le nombre de tous les hommes qui habitent la terre. Ces enfants de la mort — les sujets du prince de l’air — font une guerre acharnée aux fils de la vie, c’est-à-dire aux chrétiens fidèles et usent de tous les artifices, de toute leur ruse pour les attirer à eux par la convoitise de la chair, par celle des yeux et par l’orgueil mondain ; car c’est par l’effet de nos péchés, à moins que nous ne nous en repentions, que nous passons de leur côté. Quant à ceux pour lesquels le péché est pour ainsi dire un besoin de chaque jour, qui boivent l’iniquité comme de l’eau, l’esprit du mal ne s’en occupe pas, parce qu’il les tient déjà en son pouvoir, tant qu’ils vivent dans l’insouciance du bien de leurs âmes. Mais dès que ces pauvres coupables se tournent vers Dieu, dès qu’ils confessent leurs fautes volontaires et involontaires, oh ! alors la guerre éclate, les armées de Satan se soulèvent et commencent une lutte incessante ! Ce que je viens de dire vous montre combien il est indispensable de chercher Jésus-Christ, le Chef de la vie, le Vainqueur de l’enfer et de la mort.[20].

— Que sera-t-il de nous dans l’autre vie, lorsque tout ce qui nous réjouit dans ce monde, la richesse, les honneurs, les plaisirs de la table, les vêtements, les demeures somptueuses et toutes les choses qui nous attirent auront disparu pour nous, lorsque tout cela ne sera pour nous qu’un rêve, et lorsqu’il nous sera demandé compte de nos actes de tempérance, de pureté, de douceur, d’humilité, de charité, de patience, d’obéissance, etc. ?[21].

— Limite probable imposée à l’existence du monde visible et particulièrement à celle de l’humanité. — Le monde visible est, pour ainsi dire, le point d’appui des êtres corporels, afin qu’ils ne disparaissent pas dans l’immensité. — L’Écriture Sainte nous offre un témoignage plus exact et plus clair sur le monde visible que le monde visible lui-même ou la disposition des différentes couches de la terre. Les documents gravés par la nature dans les entrailles de la terre sont inertes et muets et n’expriment rien de précis. Où étais-tu, homme, quand je jetais les fondements de la terre ? Étais-tu auprès de Dieu lorsqu’Il érigeait l’univers ? Qui seconde l’Esprit du Seigneur ? Qui est entré dans son conseil ? Qui l’a conduit ? Et vous, ô géologues, vous vous vantez d’avoir mesuré l’esprit du Seigneur dans la formation des couches de la terre, et vous l’affirmez contrairement aux Écritures sacrées ! Vous ajoutez plus de foi aux lettres mortes des couches terrestres inanimées qu’aux paroles du grand prophète Moïse, qui a été inspiré de Dieu et qui a vu Dieu ![22].


§ 3. — De l’union avec Dieu.


À quoi peut-on connaître qu’un chrétien est en union avec le Christ ? On le connaît quand ce chrétien a souvent recours à Jésus-Christ, quand il prononce fréquemment ce nom si doux pour l’invoquer, quand son cœur se tourne souvent vers lui, pour faire appel à son secours. En effet, il est naturel que le croyant manifeste sa foi en Jésus et par la bouche et par le regard, car il sait que sans Jésus il est impuissant et sans joie. Il est rare, très rare, que l’homme qui reste loin du Christ porte ses pensées vers le Christ ; et si cela lui arrive, il le fait, mais sans foi, sans sincérité, sans amour, mais en quelque sorte par hasard ou par nécessité, comme s’il s’adressait à quelqu’un qu’il ne connaît que fort peu, dont la vue ne donne à son cœur aucune joie, aucune douceur, aucun charme, aucun attrait. Au contraire, nous remarquons que ceux qui sont en union avec le Christ n’ont pas une pensée à laquelle Jésus ne soit pas associé, et qu’ils ne vivent que de lui. Le Christ est leur souffle, leur nourriture, leur demeure, en un mot, tout ; ils s’attachent à lui pour ainsi dire par tout leur être, à cause de la douceur de son nom et de l’attachement de sa grâce, selon la parole du prophète : mon âme s’est attachée à Vous (Ps. LXII, 8). Et ce contact intime les remplit d’une félicité inénarrable que le monde ignore. Tels sont les indices auxquels nous reconnaissons ceux qui ont trouvé Jésus, et ceux qui ne l’ont pas encore trouvé. Ces derniers n’ayant pas de foi sincère, passent leur vie à ne se préoccuper que des choses du monde, cherchant à s’amuser, à bien boire et à bien manger, à s’habiller avec goût, à satisfaire leur bon plaisir, à tuer le temps dont ils ne savent que faire, ce temps qui les cherche de son côté et fuit rapidement à leurs yeux, les jours succédant aux jours, les nuits aux nuits, les mois aux mois, les années aux années ; jusqu’à ce que retentisse enfin l’heure dernière, l’heure terrible où il leur sera dit : arrêtez ; le cours de vos jours est terminé, votre temps est perdu, vos péchés et vos iniquités sont là devant vous, formant comme une montagne qui va s’écrouler sur vous et vous écraser de son poids dans l’éternité.[23].

— Plus le moyen qui nous unit à Dieu est sûr et énergique, tel que la prière et la pénitence, plus l’adversaire de Dieu et le nôtre s’efforce de le détruire. Il n’y a rien qu’il néglige ; il profite de notre caresse, de la faiblesse de notre âme, de notre attachement aux liens et aux soucis de ce monde, de notre scepticisme si fréquent chez quelques-uns ; de notre peu de foi ou de son absence totale ; des pensées impures, méchantes et blasphématoires, de l’angoisse du cœur, de l’obscurcissement de la pensée ; tout enfin est mis à profit par l’ennemi chez les personnes inattentives, pour mettre un obstacle à la prière, cette échelle qui nous permet de monter jusqu’à Dieu. De là vient qu’il y a si peu de personnes qui prient sincèrement et avec ferveur, et qu’il y a tant de chrétiens qui font très rarement leurs Pâques. La moitié même de ceux-ci ne les auraient peut-être pas faites, si notre loi civile n’obligeait chacun à se confesser et à communier annuellement. Bien des gens le savent par l’expérience.[24].

— Celui qui est uni à Dieu aime inévitablement et par un effet pour ainsi dire tout naturel son prochain, parce que ce dernier est l’image de Dieu et en même temps enfant de Dieu, s’il est chrétien, membre de Jésus-Christ, homme-Dieu, et son membre à lui : parce que nous sommes membres les uns des autres (Eph. V, 30) ; parce que nous sommes les membres de son corps, formés de sa chair et de ses os (1 Cor. VI, 17). Tout ce qui tient à la terre, la nourriture, la boisson, le plaisir et la beauté terrestre, le vêtement, la gloire, lui est indifférent, car il ne peut pas servir deux maîtres. Son cœur est uni au Seigneur, il est plongé en lui, englouti par l’amour dont il déborde pour lui, et tout ce qui tient à la terre, tout le charme de ce monde, disparaît pour lui dans le Seigneur. Tout disparaît jusqu’à son propre cœur, le cœur de chair, coupable et rempli de passions, qui s’évanouit en s’identifiant avec Dieu dans un même esprit : mon cœur est disparu ; mais celui qui s’unit au Seigneur est un même esprit avec lui (1 Cor. VI, 17). Restant uni au Seigneur, il voit tout à la vraie lumière, et apprend à connaître le véritable prix des choses de la terre et du ciel, surtout la vanité, le néant de tout ce qui est matière et la vérité, la supériorité infinie, l’éternité des biens spirituels. Il trouve en Dieu la purification des péchés, la sainteté perdue, la paix, le soulagement, la véritable liberté, la joie dans l’Esprit-Saint. Il trouve en Dieu la nourriture et le breuvage spirituel, propres à sa nature, la douceur spirituelle, le vêtement spirituel, lumineux, splendide, blanc comme la neige, et la beauté inénarrable qu’il pourra admirer éternellement, ainsi que la lumière inaccessible, dont il sera éternellement environné, et une demeure, en harmonie avec les besoins de son âme, qui deviendra elle-même une demeure où résidera la Sainte Trinité.[25].

— Notre union avec Dieu dans la vie à venir et dans la lumière, dans la paix, dans la joie, dans la félicité qui en résulteront pour nous, nous en avons l’avant-goût ici-bas. Après la prière, quand notre âme revient en quelque sorte d’une visite au Seigneur et d’une intime union avec lui, nous sentons un bien-être, une tranquillité, une légèreté, une joie, comme des enfants réchauffés au sein de leur mère ; ou, pour mieux dire, nous éprouvons ce bien-être inexprimable de Pierre devant la transfiguration de Jésus : Il est bon que nous soyons ici (Luc. IX, 33). Persiste donc dans ton labeur sans discontinuer, en vue de ta félicité infinie future, dont tu ressens un avant-goût, même ici-bas ; mais n’oublie pas que nous ne voyons Dieu maintenant que comme dans un miroir et sous des images obscures (1 Cor. XIII, 12). Quel sera notre bien-être lorsque nous serons en réalité intimement unis à Dieu, lorsque les images et les ombres disparaîtront, et que le règne de la Vérité et de la vue directe commencera ? Oh ! nous devons jusqu’à l’heure de notre mort faire tous nos efforts pour obtenir la félicité future et notre union future avec Dieu ![26].

— Notre vie est simple, car elle se trouve dans Jésus-Christ, le Fils de Dieu, l’Être supérieurement simple, éternel, qui n’a pas eu de commencement. Dieu vous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils. (1 Joan. V, 11). Pourquoi donc cherchons-nous la vie dans les hommes, dans les plaisirs, dans l’argent, dans les honneurs, dans les parures et dans tant d’autres choses qui méritent le mépris ? La vie du cœur n’est pas dans ces choses : elles sont les synonymes du tourment, de la désolation et de la mort de l’âme ! Pourquoi abandonnons-nous la source des eaux vives, le Seigneur, et creusons-nous des citernes, fosses crevassées qui ne peuvent retenir l’eau. (Jerm. II. 15). Pourquoi sommes-nous dans une agitation, dans un mouvement continuel ? Pourquoi éprouvons-nous cette soif des plaisirs, de l’argent, des honneurs, des parures et d’autres choses pareilles ? Tout cela est mort, pourriture, cadavre. Le prince de la mort, le démon, est un être simple lui aussi ; aussi use-t-il de moyens fort simples pour nous entraîner dans ses filets et nous frapper à mort. Nous devons être par conséquent toujours sur le qui-vive, et repousser tout attachement aux choses de ce monde, afin d’éviter les coups de notre ennemi.[27]

— Lorsque nous avons Jésus dans notre cœur, nous sommes contents de tout ; la gêne est pour nous l’aisance la plus parfaite, l’amertume est une douceur, la misère une richesse, la faim une satiété, l’affliction une joie ! Mais lorsque Jésus ne se trouve pas dans notre cœur, nous sommes mécontents de tout : rien ne nous rend heureux, ni la santé, ni le confort, ni les rangs, ni les honneurs, ni les plaisirs, ni les palais, ni l’abondance d’une table pourvue de plats et de vins de toute espèce, ni la richesse de la toilette, en un mot, rien. Ah ! combien Jésus, le Dispensateur de la vie et notre Sauveur, est nécessaire à l’homme ! Et pour qu’Il entre en nous, combien il est utile d’avoir soif, d’avoir faim, de dormir peu, de s’habiller simplement, de tout supporter tranquillement, avec patience et sans rancune. Le persécuteur de nos âmes, le démon, nous épie à chaque moment, tâchant de souiller notre âme par un péché ou par une passion, de nous faire prendre une habitude coupable et d’augmenter les obstacles dans la voie de notre salut. Il s’efforce surtout de nous inspirer l’indifférence envers Dieu, envers tout ce qui est saint, envers l’Église, envers l’éternité et envers l’humanité.[28]

— Quel est le but de notre vie sur la terre, mes frères ? Ce but, c’est d’aller nous reposer en Dieu, après avoir traversé toutes les épreuves qui nous sont envoyées sous forme d’afflictions et de misères terrestres, et, après nous être sanctifiés toujours de plus en plus par la vertu des Sacrements. Oui, d’aller nous reposer en Dieu, car Dieu est le repos de notre esprit. C’est pourquoi nous chantons en priant pour les morts : Seigneur, donnez le repos à l’âme de votre serviteur. Nous demandons pour le décédé le repos, cet objectif de tous les désirs, et nous le demandons à Dieu. Par conséquent est-il raisonnable de s’affliger outre mesure de la perte de nos morts ? Venez à Moi, vous tous qui êtes chargés, et je vous soulagerai, dit le Seigneur. Et nos défunts, morts d’une mort chrétienne, arrivent à cet appel du repos. Pourquoi donc nous affliger ?[29].

— Il y a un sentiment qui rend la paix à ma pensée et à mon cœur : je veux l’écrire ici pour qu’il reste toujours présent à ma mémoire et pour qu’il me soutienne au milieu des labeurs et des soucis de la vie ! Quel est ce sentiment ? C’est la maxime chrétienne, si pleine d’une vive espérance et d’une force pacifiante si miraculeuse : « Tout est pour moi dans le Seigneur ! » Voilà mon trésor inappréciable ! Voilà les paroles précieuses qui peuvent rendre l’homme tranquille dans n’importe quelle position, avec lesquelles on peut être riche quand on est pauvre, généreux quand on est riche, riant envers les hommes, et toujours plein d’espérance malgré nos péchés. Tout est pour moi dans le Seigneur. C’est lui qui est ma foi, mon espérance et mon amour, mon courage, ma force, ma paix, ma joie, ma richesse, ma nourriture, ma boisson, mon vêtement, ma vie, en un mot, tout. Oui, chrétien ! Le Seigneur est tout pour toi : sois donc aussi tout pour le Seigneur. Or, puisque tout ton trésor se trouve dans ton cœur et dans ta volonté, et puisque le Seigneur te demande ton cœur, en disant : Mon fils, donne-moi ton cœur, (Prov. XXIII, 26), tu dois, afin d’obéir à sa volonté toujours clémente et parfaite, renoncer à agir selon ta volonté corrompue, passionnée et rebelle. Renonce à ta volonté, reconnais uniquement la volonté de Dieu et répète : Que votre volonté, non la mienne, soit faite.[30].

— Le Seigneur est ma vie ici-bas ; le Seigneur est ma délivrance de la mort éternelle ; le Seigneur est ma vie sans fin au ciel ; le Seigneur est ma purification et la libération de mes péchés sans nombre ; il est ma sanctification. Le Seigneur est ma force aux moments de ma faiblesse, mon soulagement dans l’angoisse, mon espérance dans le découragement et dans la détresse ; le Seigneur est le feu vivifiant qui réchauffe ma froideur ; le Seigneur est ma lumière dans l’obscurité, ma paix dans le trouble ; le Seigneur est mon défenseur dans les tentations. Il est ma pensée, mon désir, mon activité ; il est le flambeau de mon âme et de mon corps, ma nourriture, ma boisson, mon vêtement, mon bouclier, mon armure. Le Seigneur pour moi est tout. Ô mon âme, ne cesse pas d’aimer et de remercier le Seigneur ! Mon âme, bénis le Seigneur et que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom. Mon âme, bénis le Seigneur et garde-toi d’oublier ses innombrables bienfaits. C’est lui qui pardonne toutes tes iniquités, lui qui guérit toutes tes infirmités ; c’est lui qui rachète la vie de la mort, lui qui te couronne dans sa miséricorde et dans ses compatissantes bontés ; c’est lui qui rassasie de biens ton désir. (Joan. XV, 17).[31].

— La vie à venir. — C’est l’état d’une complète pureté où doivent arriver nos âmes par le chemin d’une graduelle purification. Mais la plupart du temps, ce chemin est obscurci et obstrué par le péché et par le souffle du démon. Cependant quelquefois par l’effet de la grâce divine, il s’éclaire et alors l’âme voit Dieu auquel elle s’unit en toute sincérité par la prière et par le sacrement de la Communion.[32].

— Accordez-moi, Seigneur, la grâce de pouvoir aimer chacun de mes frères comme moi-même, de ne jamais éprouver de rancune contre eux et de ne pas travailler pour le démon. Faites que je puisse crucifier mon amour-propre, mon orgueil, ma cupidité, mon incrédulité et mes autres passions. Faites que le mot : amour mutuel soit votre nom, que nous ayons une foi ferme en vous et la conviction que vous nous tenez lieu de tout. Soyez, ô mon Dieu, le seul Dieu de notre cœur ! Faites que nous n’en ayons pas d’autres, faites que nous conservions l’union dans l’amour, selon votre commandement, et que nous méprisions comme une poussière tout ce qui tend à nous désunir et à nous éloigner de l’amour ! Amen ! Ainsi soit-il !

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