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Le Parc de Mansfield/XXXVIII

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Traduction par Henri Villemain.
J. G. Dentu (Tome III et IVp. 1-27).

CHAPITRE XXXVIII.

La nouveauté de voyager, et le bonheur d’être avec William, produisirent bientôt leur effet naturel sur l’esprit de Fanny, lorsque le parc de Mansfield fut laissé en arrière et que l’on quitta La voiture de sir Thomas à la première poste.

La conversation entre le frère et la sœur ne tarissait point ; chaque objet devenait un sujet d’amusement. William parlait souvent de la goëlette la Grive, de son espoir de se trouver bientôt dans une brillante action, qui le ferait devenir premier lieutenant, ou qui lui donnerait des parts de prise en argent qui serviraient à rendre la maison paternelle plus agréable, et à bâtir la petite maison où lui et Fanny passeraient leur vie ensemble.

Les intérêts immédiats de Fanny, relativement à M. Crawford, ne faisaient point le sujet de la conversation. William savait ce qui s’était passé, et il regrettait sérieusement que sa sœur fût aussi indifférente pour un homme qu’il estimait infiniment. Mais il était d’un âge où l’on est tout pour l’amour, et en conséquence, il ne pouvait blâmer sa sœur.

Fanny avait des motifs pour croire qu’elle n’était point encore oubliée par M. Crawford. Sa sœur lui avait écrit souvent dans les trois semaines qui venaient de s’écouler, et dans chaque lettre, il y avait quelques lignes aussi animées et précises que ses discours. C’était une correspondance que Fanny n’aimait point. Edmond n’avait point de repos que Fanny ne lui eût lu chaque lettre, et alors elle était forcée d’écouter ses louanges sur le langage de miss Crawford et sur la chaleur de son attachement. Il y avait en effet, dans ces lettres, beaucoup d’allusions auxquelles Edmond ne pouvait se croire étranger, et Fanny ne pouvait recevoir avec plaisir une correspondance qui la forçait à lire les vœux d’un homme qu’elle n’aimait point, et à servir la passion pour une autre femme qu’elle, de celui qu’elle aimait. Elle espérait que lorsqu’elle ne serait plus sous le même toit qu’Edmond, miss Crawford n’aurait plus de motifs pour lui écrire, et qu’à Portsmouth, leur correspondance finirait par s’éteindre.

Ces pensées et d’autres semblables, faisaient que Fanny avançait joyeusement dans son voyage, et aussi rapidement qu’on pouvait le faire dans le mois de février. Ils arrivèrent à Oxford, mais Fanny n’eut que le temps de donner un coup-d’œil au collége où Edmond avait étudié. Ils ne s’arrêtèrent point dans cette ville, et vinrent souper à Newbury.

Le soir du jour suivant, ils étaient auprès de Portsmouth : ils passèrent le pont-levis et entrèrent dans la ville comme le jour finissait. Guidés par la forte voix de William, ils furent conduits dans une rue étroite, et s’arrêtèrent devant la porte d’une petite maison habitée par madame Price.

Fanny était toute saisie. Au moment où ils s’arrêtèrent, une servante d’une mise très-négligée, qui paraissait les attendre, s’avança, ayant l’air plus empressée de leur dire des nouvelles que de les aider, et s’écria aussitôt : « M. William, la Grive est sortie du port ; l’un des officiers est venu ici. » Elle fut interrompue tout à coup par un beau jeune garçon de onze ans qui, sortant précipitamment de la maison, poussa la servante décote, et, pendant que William ouvrait la chaise de poste lui-même, s’écria : « Vous arrivez précisément à temps. Nous vous attendons depuis une demi-heure. La Grive est sortie du port ce matin. Elle avait bien bonne mine. On pense qu’elle recevra ses ordres dans un jour ou deux. Monsieur Campbell est venu ici à quatre heures pour s’informer de vous. Il y a une des chaloupes de la Grive dans laquelle il doit partir à six heures, et il espère que vous serez arrivé à temps pour partir avec lui. »

Pendant que William aidait Fanny à descendra de la voiture, ce jeune frère lui donna à peine un coup-d’œil, mais il ne se refusa point à ce qu’elle l’embrassât, quoiqu’il fût entièrement occupé de donner de nouveaux détails sur la sortie de la Grive, qui l’intéressait d’autant plus vivement, qu’il devait commencer sur ce bâtiment sa carrière de marin, dans ce moment même.

Un instant après, Fanny rencontra sa mère dans le corridor étroit qui était à l’entrée de la maison, et en fut reçue avec toute la tendresse qu’elle pouvait désirer. Ses traits lui rappelèrent exactement ceux de sa tante Bertram. Deux jeunes sœurs, l’une, Susanne, belle jeune fille de quatorze ans, et l’autre, Betsy, la plus jeune de la famille, âgée de cinq ans, témoignèrent également de la joie à la voir, quoique sans aucune forme de politesse pour la recevoir. Mais Fanny ne demandait que de la tendresse de leur part.

On la fit entrer dans le parloir, qui était si petit, qu’elle crut que ce n’était qu’une étroite antichambre. Cependant comme elle vit que l’on s’arrêtait dans cette chambre, elle se blâma elle-même des sentimens qu’elle avait éprouvés en y entrant, et s’efforça de n’en rien laisser apercevoir. Mais sa mère ne pouvait rester assez long-temps assise pour les remarquer. Elle retourna bientôt à la porte qui donnait sur la rue pour voir William : « Ô mon cher William ! combien je suis aise de te voir ! Mais, as-tu entendu parler de la Grive ? Elle est déjà sortie du port, trois jours plutôt que nous ne le pensions. Je ne sais comment faire les préparatifs de ton frère Samuel ; les ordres peuvent arriver demain. Je suis prise tout à fait au dépourvu, et maintenant il faut que tu partes aussi pour Spithead. Campbell est venu pour te chercher. Que ferons-nous ? J’espérais passer une soirée agréable avec vous. Tout me vient à la fois. »

Son fils répondit gaîment que tout était pour le mieux. « J’aurais certainement préféré que la goëlette fût restée dans le port, pour que j’eusse quelques heures à passer avec vous. Mais comme il y a une chaloupe à terre, il n’y a pas moyen de ne pas s’y embarquer. Où la Grive est-elle placée ? à Spithead ? auprès du Canopus ? Mais qu’importe ? Fanny est dans le parloir, pourquoi restons-nous dans le passage ? Venez, ma mère, vous avez à peine regardé votre chère Fanny. »

Tous deux entrèrent, et madame Price, après avoir embrassé de nouveau tendrement sa fille, et parlé un peu de la taille qu’elle avait acquise, commença à s’inquiéter de ce dont les deux voyageurs pouvaient avoir besoin pour se remettre de leurs fatigues.

« Chers enfans ! combien vous devez être fatigués ! Et maintenant, que vous donnerai-je ? Voudrez-vous une tasse de thé, ou quelque autre chose ? Je crains que Campbell ne soit ici avant que nous ayons le temps de préparer un beef-steak. Nous n’avons point de boucher dans le voisinage ; c’est très-gênant, de n’avoir point de boucher dans la rue. Nous étions mieux dans notre précédente maison. Peut-être voudrez-vous du thé aussitôt qu’il pourra être prêt ? »

William et Fanny dirent qu’ils préféraient le thé à toute autre chose. En ce cas, Betsy, ma chère, cours à la cuisine, et vois si Rebecca a mis l’eau sur le feu. Dis-lui d’apporter le thé le plutôt possible… Betsy est une très-bonne petite ménagère. »

Betsy courut avec empressement, fière de montrer son habileté devant sa belle nouvelle sœur.

La mère, inquiète, continua : « Quel triste feu nous avons ! Vous devez être transie de froid ; approchez davantage votre chaise. Je ne sais où a été Rebecca. Il y a plus d’une heure que je lui ai dit d’apporter du charbon. Susanne, vous auriez dû prendre soin du feu. »

« J’étais en haut, maman, à faire ma besogne, répondit Susanne avec un ton décidé qui fit tressaillir Fanny. Vous savez que vous venez de décider que ma sœur Fanny et moi nous aurions l’autre chambre ; et je n’ai pu avoir Rebecca pour m’aider. »

Différentes choses qui survinrent, empêchèrent la continuation de la discussion. D’abord, le postillon vint pour être payé, ensuite, il y eut un combat entre Samuel et Rebecca, sur la manière de porter au premier étage la malle de Fanny, que Samuel voulait transporter tout seul ; et enfin, M. Price vint lui-même, précédé par les éclats de sa voix bruyante, et par une sorte de jurement, parce qu’il s’était heurté dans le passage contre le porte-manteau de son fils. Il criait qu’on allumât une chandelle ; on n’en apportait toutefois pas, et il s’avança ainsi dans la chambre.

Fanny s’était levée pour aller à sa rencontre ; mais elle se rassit, s’apercevant qu’il ne la voyait pas dans l’obscurité, et ne pensait nullement à elle. Il commença aussitôt, après avoir secoué amicalement la main de son fils : « Ha ! sois le bien venu, mon garçon ! Je suis bien aise de te voir. Sais-tu les nouvelles ! la Grive est sortie du port ce matin. Alerte ! est le mot du guet, comme tu vois. Par Dieu ! tu arrives juste à temps. Je ne serais point étonné que vous partissiez demain. Cependant, vous ne pouvez pas partir avec le vent qu’il fait, si vous allez croiser à l’Ouest avec l’Éléphant, comme le pense le capitaine Walsh. Par Dieu ! je voudrais que cela fût vrai ; mais le vieux Scholey croit que vous irez d’abord dans le Texel. Eh bien ! nous sommes prêts, quelque chose qu’il en soit. Mais, par Dieu ! tu as perdu un beau coup-d’œil en n’étant pas ici ce matin, pour voir la Grive sortir du port. Je n’aurais pas voulu pour mille guinées manquer ce coup-d’œil-là. J’ai passé deux heures cette après-midi sur la plate-forme, à la regarder. Elle est en poupe de l’Endymion, à bas-bord de la Cléopâtre. »

« Ah ! s’écria William, c’est-là précisément que je l’aurais placée. Mais, mon père, voici Fanny ; il fait si sombre que vous ne l’apercevez pas. »

M. Price embrassa alors sa fille, en avouant qu’il l’avait tout à fait oubliée ; et après ce baiser cordial, et avoir observé qu’elle était grande comme une femme, et qu’il pensait qu’il lui faudrait bientôt un mari, il parut très-porté à l’oublier de nouveau.

Fanny se remit sur sa chaise, un peu affligée du langage de son père, et incommodée de l’odeur d’eau-de-vie qu’il exhalait. Il ne parla plus qu’à son fils, et seulement de la Grive, quoique William essaya plus d’une fois de le ramener à Fanny et à son voyage.

On obtint enfin une chandelle ; mais comme il n’y avait encore aucune apparence de thé, William se détermina à aller changer d’habit, et à faire ses dispositions pour partir dans la soirée.

Comme il quittait la chambre, deux jeunes garçons vermeils, les habits en désordre et tout crottés, âgés de huit à neuf ans, se précipitèrent dans le parloir. Ils sortaient de leur école et accouraient pour voir leur sœur, et dire que la Grive était sortie du port. Ils s’appelaient Thomas et Charles ; celui-ci était né depuis le départ de Fanny ; mais elle avait vu Thomas enfant, et elle était charmée de le revoir. Tous deux furent tendrement embrassés par elle ; mais elle voulait garder Thomas à ses côtés, pour reconnaître les traits de l’enfant qu’elle avait chéri. Thomas, toutefois, ne s’arrangeait point de ces caresses. Il n’était pas venu à la maison pour y rester assis, mais pour courir et faire tapage. Bientôt les deux garçons s’échappèrent d’auprès de leur sœur, et firent un tel vacarme dans le corridor et dans le parloir, que Fanny eut bientôt un violent mal de tête.

Elle avait vu toutes les personnes de la famille qui étaient à la maison. Il y avait encore deux autres frères plus jeunes qu’elle, dont l’un était employé dans une administration à Londres, et l’autre, officier marin, à bord d’un bâtiment de l’Inde. Mais quoiqu’elle eût vu tous les membres de la famille, elle n’avait pas encore entendu tout le bruit qu’ils pouvaient faire. William appela bientôt, du second étage où il se trouvait, sa mère et Rebecca ; il cherchait quelque chose qu’il ne retrouvait plus. Une clef était égarée : Betsy était accusée d’en avoir fait un jouet.

Madame Price, Rebecca et Betsy montèrent ensemble pour se défendre, toutes parlant ensemble, et Rebecca plus haut que les autres. Pendant ce temps-là, Samuel, Thomas et Charles se poursuivaient sur l’escalier, en faisant des cris et en sautant les uns après les autres.

Fanny était presque assourdie. La petitesse de la maison, et le peu d’épaisseur des murs, n’empêchaient aucun bruit de venir frapper ses oreilles. Dans la chambre, tout était assez tranquille ; Susanne ayant disparu avec les autres, il n’y était resté que son père ; et celui-ci prenant une gazette qu’un voisin avait coutume de lui prêter, s’était mis à la lire avec attention, sans paraître se rappeler l’existence de sa fille. La seule chandelle qu’il y eût dans l’appartement, lui servait entièrement ; il la tenait entre le journal et lui, sans penser pour cela aux convenances pour les autres.

Tel était l’état de la maison. Ce n’était pas ce que Fanny avait attendu, mais elle se reprochait d’en être attristée ; quel droit avait-elle de se croire de quelque importance dans la maison ? Peut-être ne serait-ce pas tous les jours de même. Le départ de la Grive était en ce moment l’objet qui absorbait tout. Un ou deux jours suffiraient pour lui montrer qu’il n’en était pas toujours ainsi. Cependant, elle pensait que cela ne se serait pas passé de la même manière à Mansfield.

Elle fut interrompue dans ces réflexions, par une exclamation de son père, au moment où le bruit avait redoublé dans le corridor. « Au diable ces jeunes drôles ! quel vacarme ! Hé !… La voix de Samuel l’emporte par dessus tous les autres ; il est bon pour faire un matelot. Holà ! Samuel ! soyez plus tranquille, ou bien je vais après vous. »

Cinq minutes après cette menace, les trois garçons entrèrent tout à coup dans la chambre, et s’assirent, le visage enflammé et tout essoufflés, continuant de se faire des niches sous les yeux de leur père.

La porte s’ouvrit enfin pour un objet qui fut bien reçu. C’était le thé que Fanny avait désespéré de voir arriver dans la soirée. Susanne, accompagnée d’une seconde servante, prépara tout, et s’acquitta très-bien de cet emploi. Les esprits de Fanny furent ranimés ; ses forces furent de même réparées. Susanne avait une physionomie ouverte et aimable ; elle ressemblait à William, et Fanny espérait trouver en elle, comme dans William, des dispositions amicales pour elle.

Dans cet état de choses, qui était plus paisible, William rentra, suivi de sa mère et de Betsy. Il était en uniforme de lieutenant, ce qui le faisait paraître encore avec plus d’avantage. Il s’avança vers Fanny avec le sourire du bonheur sur les lèvres. Fanny se leva et le regarda pendant un moment avec admiration, et se jeta ensuite dans ses bras, émue à la fois par le chagrin et le plaisir. Mais elle se remit bientôt et essuyant ses larmes, elle examina l’uniforme de William, écoutant les espérances qu’il lui donnait de le voir chaque jour avant qu’il mît à la voile.

Quelques instans après, parut M. Campbell, chirurgien de la Grive, qui venait chercher son ami. Après un quart-d’heure de vif entretien entre les hommes, le bruit fut à son comble. Les hommes et les jeunes garçons se mirent en mouvement. Le moment de partir était venu ; tout était prêt ; William prit congé, et tous sortirent. Les trois garçons, malgré les instances de leur mère, voulurent voir leur frère et monsieur Campbell s’embarquer, et M. Price sortit en même temps pour aller rendre à son voisin la gazette qu’on lui avait prêtée.

Une espèce de tranquillité pouvait être attendue enfin, lorsque Rebecca eut emporté l’attirail du thé, et que madame Price, après avoir serré quelques robes que Betsy avait ôtées d’un tiroir pour s’en faire un jouet, s’assit en exprimant ses regrets de ce que Samuel n’eût pas été prêt à partir avec William.

Les questions commencèrent, et l’une des premières, fut comment lady Bertram agissait à l’égard de ses domestiques. La famille Bertram fut oubliée, pour le détail des défauts de Rebecca, contre laquelle Susanne et la petite Betsy elle-même formaient aussi des plaintes.

Fanny gardait le silence, et en regardant la petite Betsy, se rappelait une autre jeune sœur qui était morte depuis son départ. Mais craignant d’affliger sa mère, elle n’en avait pas fait mention. Pendant qu’elle était occupée de ces pensées, la petite Betsy, à quelque distance, examinait quelque chose furtivement, et paraissait vouloir en dérober la vue à Susanne.

« Qu’est-ce que tu as là, mon amour ? dit Fanny ; viens me le montrer. »

C’était un couteau d’argent. Aussitôt Susanne s’élança de sa chaise, en le réclamant comme sa propriété, et cherchant à l’ôter à Betsy. L’enfant courut se mettre sous la protection de sa mère, et Susanne ne put que se plaindre en cherchant à mettre Fanny dans ses intérêts. « Sa petite sœur Marie lui avait donné ce couteau à son lit de mort, dit-elle ; mais sa mère le lui avait ôté, et le laissait toujours prendre à Betsy. »

Fanny fut tout à fait choquée. Tout sentiment de devoir de tendresse et de délicatesse était blessé par le discours de sa sœur, ainsi que par la réponse de sa mère.

« Comment, Susanne, pouvez-vous être si revêche ? Vous êtes toujours en querelle à cause de ce couteau. Pauvre petite Betsy, combien Susanne est peu complaisante pour toi ? Mais tu n’aurais pas dû prendre ce couteau dans le tiroir, parce que Susanne se fâche toujours à cause de cela. Une autrefois je le cacherai, Betsy. La pauvre petite Marie ne se doutait pas qu’il deviendrait un sujet de dispute, lorsqu’elle me dit, deux heures avant qu’elle mourût : « Maman, donnez mon couteau à Susanne quand je serai morte. » Pauvre petite ! c’était un couteau de sa marraine, madame Maxwell. Elle l’avait reçu six semaines avant sa mort. Pauvre petite créature ! Mais elle fut enlevée aux maux à venir. Betsy ! Tous n’avez pas le bonheur d’avoir une pareille marraine ; la tante Norris demeure trop loin de nous, pour penser à de petits enfans comme vous. »

Fanny n’avait, en effet, rien apporté de la part de la tante Norris, qu’une recommandation à sa filleule, d’être une bonne fille, et de bien apprendre à lire.

Fanny, fatiguée de corps et d’esprit, accepta avec empressement la première invitation que sa mère lui fit d’aller se mettre au lit, et elle quitta la chambre dans laquelle tout était devenu de nouveau en désordre. Les trois garçons rentraient, demandant leur souper ; M. Price criait qu’on lui apportât son rum, et Rebecca ne se trouvait jamais où elle aurait dû être.

L’appartement où se rendit Fanny n’avait rien qui pût ranimer ses esprits. La chambre qu’elle devait partager avec Susanne était petite et à peine meublée. Son imagination était frappée de la petitesse des appartemens qu’elle avait vus, ainsi que de celle de l’escalier et des corridors. Elle ne pensait plus qu’avec respect à sa chambre de Mansfield.