Le Parnasse contemporain/1866/Le Pingouin

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Le Parnasse contemporainAlphonse Lemerre [Slatkine Reprints]I. 1866 (p. 214).




LE PINGOUIN




Allongeant dans l’air vide un regard hébété,
Les pingouins sont groupés aux pointes des presqu’îles,
Et la mer saute autour de ces spectres tranquilles,
Immobiles témoins de sa mobilité.

On ne les verra pas s’élancer dans l’orage,
Car leurs pauvres moignons ne peuvent voltiger,
Le ciel les déshérite, et, s’ils veulent nager,
L’Océan dédaigneux les rejette au rivage.

D’une imbécillité calme que rien n’émeut,
Ils se laissent en cercle assommer sur la grève…
Et moi, je sais un être abruti qui ne peut

Nager dans l’action ou planer dans le rêve,
Fixe, les bras pendants, les yeux perdus au loin.
Ah ! l’assommera-t-on bientôt, ce vieux Pingouin ?