Le Parnasse contemporain/1876/Barbarie noster abundat amor

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Le Parnasse contemporain : Recueil de vers nouveauxSlatkine ReprintsIII. 1876 (p. 391).



BARBARIE NOSTER ABUNDAT

AMOR


Comme un bourreau rusé qui tend à sa victime
L’embûche d’un grief aux détours captieux,
Je t’accuse, et je mets un art très-précieux
A te prendre en défaut sur ta pensée intime.

Défends-toi ! n’as-tu pas mainte arme légitime :
Ta splendide beauté, les larmes de tes yeux,
Et ces bras que tu tords en attestant les dieux,
Et ces baisers qu’hier j’aurais payés d’un crime ?

Ton tort, c’est mon amour ! — Sans quelque orage au ciel,
Vois combien le soleil aux fleurs serait cruel ;
C’est raison qu’à travers l’ondée il leur sourie.

Ainsi du cœur. Pour lui, chérir vaut torturer,
Et le mien ne s’apaise en sa chère furie
Que par le doux remords de t’avoir fait pleurer.