Le Parnasse contemporain/1876/Naufragé converti

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Le Parnasse contemporain : Recueil de vers nouveauxSlatkine ReprintsIII. 1876 (p. 390).



NAUFRAGÉ CONVERTI


Naufragé converti, j’ai voué ma carène
Au repos absolu ; je vous renonce, ô mers !
Et vous, dangers aimés, traîtres cieux, bords pervers,
Hurlements de Charybde, appels de la Syrène !

Ainsi je me berçais sur la plage sereine,
Lorsqu’un cri de détresse émeut soudain les airs,
Et j’aperçois, roulant parmi les flots amers,
Une pâle beauté dont la perte est certaine.

Je plonge et la saisis. Mais de ses bras si doux
Elle a lié mon front, mes mains et mes genoux ;
Et la voilà qui chante : « Océan, tiens ta proie !

Si la pitié d’un sot t’affronte en ma faveur,
Tant pis pour lui ! — je suis la femme qui se noie
Par état ; je me sauve en noyant mon sauveur ! »