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Le Premier Cartulaire de l’abbaye cistercienne de Pontigny/Chapitre I-III

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Texte établi par Martine GarriguesBibliothèque nationale de France (p. 13-30).

III. Le temporel de Pontigny au xiie siècle.

Pour essayer de cerner le temporel de Pontigny, c’est-à-dire la provenance de sa fortune foncière et sa répartition géographique, il faut nous adresser directement au cartulaire qui réunit les principaux titres de propriété du monastère aux xiie et xiiie siècle. Aussi pour esquisser cette étude, nous prendrons comme division, dans cette longue période, la date de 1190 : elle correspond, comme nous le verrons, à une division interne du cartulaire, mais elle répond aussi à un changement dans le climat économique, en général, et à une nouvelle orientation de la fortune de Pontigny.

Il est à remarquer, cependant, que cette étude des possessions de l’abbaye est fort difficile à faire avec précision en effet de nombreux actes se contentent de donner en gros la localisation des biens et même si certains délimitent de façon fort détaillée les terres, c’est bien souvent par rapport à des champs ou à des bois voisins qui sont qualifiés par le nom de leur propriétaire ou de lieux-dits aujourd’hui disparus ou dont le toponyme a changé.

FONDATIONS FRANÇAISES DE PONTIGNY AU XIIe SIÈCLE
Fig. 1
1 Bouras (1119)
2 Cadouin(1119)
3 Fontaine-Jean (1124)
4 Jouy (1124)
5 Saint-Sulpice (1133)
6 Quincy (1133)
7 Chaalis (1137)
8 Les Roches (1137)
9 Le Pin (1141)
10 Cercamp(1141)
11 L’Estrée(1145)
12 L’Étoile (1145)
13 Trisay(1145)
14 Notre-Dame de l’île de Ré (1156)
15 Dalon (1162)
Pontigny

De plus le concept même de fortune foncière à cette époque ne recouvre pas seulement un ensemble de possessions que l’on peut reporter sur une carte, mais aussi un certain nombre de droits — droit de chasse, de pêche, de pâturage ou d’usage, pour ne nommer que les plus connus — que l’on peut difficilement matérialiser et même localiser, car, bien souvent, ils ne portent que sur une partie du finage ou de la paroisse concernée, sans que les limites précises nous soient données.


Les modes d’acquisition.

Pontigny, tout comme sa mère, Cîteaux, bénéficia du système traditionnel de la dotation immobilière. Ce sont les donations inspirées par le sentiment religieux qui formèrent son premier noyau. L’aumône, en effet, prise dans son acception large d’une « aliénation consentie dans un but pieux, à titre gratuit, à un établissement religieux[1], fut très usitée tout au long des xie et xiie siècles. On a même fait remarquer que cet esprit pénétra à un tel point les gens de cette époque que même les ventes et les transactions étaient rédigées en forme de donation. Si le cartulaire offre peu d’exemples de legs

MODES D’ACQUISITION AU XIIe SIÈCLE
Fig. 2

pour le xiie siècle[2], les donations faites du vivant du donateur sont fort nombreuses. Elles nous sont connues de deux façons soit par les actes de donation eux-mêmes, soit par les amortissements accordés par les seigneurs des biens ou par les multiples confirmations consenties par la famille du donateur. Elles sont faites en général en « perpétuelle aumône » et sans contre-partie, pour le seul repos de l’âme du donateur ou de celle de ses parents, héritiers ou successeurs. Certains réclamèrent, cependant, la participation aux bienfaits de l’abbaye ou le droit d’y établir leur sépulture[3]. Nous voyons même la comtesse de Troyes, Marie, demander en contre-partie du don d’une rente que l’abbaye de Pontigny célèbre une messe en faveur de son fils[4]. Mais, à l’exception d’un acte de 1118,dans lequel le donateur met comme condition à son aumône la célébration de l’anniversaire de sa femme par les moines de Pontigny[5], les exemples de ces exigences sont tardifs et n’apparaissent que vers 1186[6]. Au total, l’ensemble des donations consenties au monastère de Pontigny au xiie siècle représente un peu plus de 62 % des actes rassemblés dans le cartulaire.

Les échanges et accords constituent le second mode d’accroissement du monastère[7]. L’ensemble de ces actes, qui forme 26 % du total, est essentiellement passé avec d’autres abbayes du voisinage Molesme, Vauluisant ou Celle. Le premier date de 1133 et fut passé avec Saint-Martin de Chablis[8].

Le dernier mode d’acquisition que connut Pontigny est l’achat[9]. Il est bien moins important que les deux autres, puisqu’il n’englobe que 6 actes. Le premier date de 1119[10], mais c’est un cas isolé qui s’explique par le fait que les moines, pour s’installer à Pontigny même et y bâtir leur abbaye, ont dû avoir besoin de la terre de Jean Dumoulin qui se trouvait en ces lieux. D’ailleurs ce n’est que vingt-cinq ans plus tard que Pontigny fit un second achat[11], et la plupart des autres acquisitions à titre onéreux se situent entre 1160 et 1190. Ce peu d’empressement à acheter des biens peut s’expliquer par le fait que le Chapitre général lui-même s’est toujours élevé contre cette pratique[12], sans être, d’ailleurs, beaucoup écouté. On peut même noter que l’achat, s’il resta peu usité au xiie siècle, fut plus précocement employé, comme mode d’accroissement, à Pontigny que dans d’autres abbayes cisterciennes, et en particuler à Clairvaux qui n’effectua son premier achat que trente-deux ans après sa fondation[13].

On voit donc que l’essor de Pontigny ne fut possible au départ que grâce aux nombreuses aumônes des fidèles, mais que bien vite l’abbaye, par un début de politique d’accords, d’échanges et d’achats plus ou moins spontanés, a su arrondir le noyau initial de ses possessions et le rendre plus cohérent c’est là tout le problème de la politique d’expansion de Pontigny que nous devinons ici et qui apparaîtra encore plus nettement dans l’étude chronologique du temporel de l’abbaye.


La nature économique des biens.

La nature économique des biens acquis par le monastère est très variée, d’autant qu’il est parfois difficile de déterminer si les termes employés représentent la réalité économique ou bien si ce ne sont que des formules stéréotypées. En effet de nombreux actes portent la mention « je donne tout ce que j’ai en terre, bois, pré… » [14].

Cependant il semble que les terres soient nombreuses. On les trouve surtout dans les alentours du monastère à Pontigny même[15], à Roncenay[16], Sainte-Procaire[17] et Beugnon ; mais aussi, plus à l’Est, entre Pontigny et Ligny[18] et surtout dans la région de l’Armançon, vers Crécy et Duchy[19] ; et plus au Nord, vers Saint-Florentin et Champtrouvé[20]. Cependant Pontigny reçut aussi des terres arables dans des localités plus éloignées de l’abbaye même : à Villiers et dans ses alentours[21], au Sud dans la région de Chailley et de Bœurs, au Nord[22] ; ou encore vers Chablis, où pourtant Pontigny ne possédait pas de grange[23].

Les acquisitions de bois sont presque aussi nombreuses. Dès sa fondation, l’abbaye se vit attribuer des portions de forêt près de Pontigny même[24] et vers Sainte-Procaire[25]. Mais l’essentiel de ses possessions forestières se situe aux environs de Chailley et de Bœurs, dans la forêt d’Othe[26], bien qu’elle tienne aussi quelques étendues boisées près de Villiers, au bois d’Hervaux[27]. Enfin, vers la fin du siècle, la générosité des comtes de Nevers permet à Pontigny de prendre pied dans le bois de Bar, non loin d’Auxerre[28].

À défaut du bois lui-même, bien souvent les moines se procurèrent des droits d’usage dans la forêt, qui leur permettaient de mener paître leurs animaux, et en particulier leurs porcs, et de se procurer du bois de chauffage et de construction. L’intérêt que représentait la possession de ces droits, explique les nombreux accords que l’abbaye passa avec les seigneurs qui les détenaient, et surtout avec les autres établissements religieux de la région, afin de les partager et de délimiter ainsi les pâturages respectifs de chacun, en particulier dans la forêt d’Othe[29].

Quelques vignes furent aussi acquises par les moines pendant cette période, mais leur nombre représente à peine le quart du total des possessions de terres ou de bois. Elles se situent, essentiellement,dans la région toute proche d’Auxerre[30], bien que, vers la fin du siècle, Pontigny reçût une vigne à Irancy, dans le grand vignoble de Saint-Bris, ce qui annonce le futur développement des biens de l’abbaye vers cette localité au xiiie siècle[31].

Enfin Pontigny obtint quelques prés aux alentours de Villiers et d’Aigremont, quelques maisons, dont deux à Auxerre et une à Chablis[32], et deux moulins, dont l’un dans l’aleu de Revisy, tout près de Pontigny[33]. Très tôt aussi les moines s’efforcèrent de se procurer des droits de pêche et, parfois même, ils achetèrent des droits d’usage sur les rivières ou des portions de ces étendues d’eau : l’eau, en effet, leur était nécessaire pour faire marcher leurs moulins et entretenir des viviers si utiles à une époque où le poisson était la nourriture essentielle des moines[34].

Ce ne sont pas là les seuls droits et redevances que Pontigny chercha à acquérir pour augmenter son temporel. Pourtant, plus que des acquisitions de dîmes[35], elle s’efforça d’obtenir des exemptions de cette redevance qui dans la région était perçue sur tous les revenus de la terre[36]. L’évêque est, en principe, le seul à pouvoir en faire don ou en exempter un établissement religieux. Aussi les premiers actes la concernant à Pontigny viennent-ils des prélats locaux. Dès 1123, l’évêque de Langres exempte les moines de Pontigny de toute dîme dans l’étendue de son diocèse[37] ; l’archevêque de Sens fait de même en 1127[38]. Par un acte de la même année, l’évêque d’Auxerre donne à Pontigny toutes les dîmes des terres que l’abbaye a mises en culture dans la paroisse de Venouse[39]. Aussi, très vite, la papauté entérine-t-elle cette pratique et, en 1132, Innocent II exempte-t-il tous les Cisterciens de la dîme sur leurs terres, ce qui, bien vite, amena de nombreux conflits. C’est pourquoi, comme d’autres établissements cisterciens, Pontigny, en dehors des dons de dîmes que lui accordèrent des seigneurs, qui eux-mêmes les avaient usurpées[40], préféra avoir recours à des solutions transactionnelles[41]. C’est ce qui se produisit dans un acte du doyen de Notre-Dame d’Auxerre, Oury, qui concéda à Pontigny une dîme en échange de la perception d’un cens[42].

Cependant, au xiie siècle, ces acquisitions de dîmes ne peuvent être considérées comme des infractions à la règle cistercienne qui interdit à tout monastère de son ordre de percevoir des dîmes sur les biens d’autrui[43]. En effet, il est bien précisé dans toutes les donations ou accords que la dîme ainsi consentie ne porte que sur des terres que possède l’abbaye.

Pontigny put aussi acquérir des cens, c’est-à-dire ces redevances que payait, à titre récognitif, le tenancier d’une terre à son propriétaire éminent.

Or les Statuts de l’ordre en interdirent longtemps la possession[44], avant de l’autoriser dans le cas où ses abbayes seraient inquiétées à ce sujet[45]. Cela ne fut, en fait, que la reconnaissance tardive d’une pratique depuis longtemps enracinée et impossible à supprimer. En effet, dès 1126, Pontigny reçoit, par exemple, de Bertrand de Seignelay le cens d’un courtil et d’un pré sis à Sainte-Procaire[46]. Cependant ces donations sont peu nombreuses et ne rapportèrent guère d’argent au monastère[47].

Plus normalement il est fait remise d’un cens ou d’une partie que l’abbaye devait payer sur une terre. On voit ainsi le comte de Blois abandonner huit deniers sur le cens que lui devaient les moines pour une terre sise à Saint-Florentin[48] ou encore Pierre de Reigny faire remise d’un cinquième du cens que lui payait le monastère pour se faire pardonner les exactions qu’il avait commises à son égard[49]. Nous possédons enfin un exemple dans lequel, en même temps qu’il est fait don de biens fonciers, il est fait remise des cens et des coutumes qui grevaient ces terres[50].

Il est, en effet, parfois aussi fait mention dans le cartulaire de coutumes. Il semble bien que ce terme, vague et qui peut recouvrir toute sorte de redevances, réponde dans la région à la notion de tonlieu ou de péage, c’est-à-dire d’une redevance que le seigneur banal percevait sur les marchandises qui traversaient son domaine. Nous n’avons qu’un seul exemple de don de cette sorte de taxe, et encore est-il très tardif en 1189, en effet, Étienne de Pierre-Pertuis accorda à Pontigny ses « coutumes de Bassou[51]. Par contre, les grands personnages du royaume exemptèrent très tôt le monastère de toute coutume sur leurs terres. Le roi de France, en tête, accorda cette faveur à Pontigny[52], imité en cela par les grands seigneurs du voisinage, telle comte de Blois[53], ou des princes dont les moines devaient traverser le territoire pour leur commerce, ce qui explique les exemptions que donnèrent les comtes d’Evreux et de Flandre, le vicomte de Corbeil et même le roi d’Angleterre[54], sans parler de certaines immunités locales que consentirent les seigneurs des alentours sur une terre dont ils faisaient don à l’abbaye[55].

Enfin, vers la fin du siècle, Pontigny enrichit son patrimoine d’une nouvelle sorte de revenu la rente. La rente peut être de deux sortes. Ce peut être le produit d’un arrentement, c’est-à-dire d’un contrat. Nous en possédons un exemple intéressant dans le cartulaire en 1168 Augalon de Seignelay arrente sa part de l’eau de l’Armançon à l’abbaye de Pontigny contre la somme de quatre-vingts livres d’Auxerre et une rente annuelle de quarante sous. Mais il est précisé qu’une fois qu’il aura rendu aux moines la somme qu’il en a reçue, il recouvrera son bien et la rente cessera de lui être versée[56]. Il s’agit bien d’un arrentement, car le contrat est temporaire, et, bien que le latin soit fort imprécis[57], cet acte ne peut être un accensement qui, lui, a un caractère perpétuel. En fait, nous sommes en présence d’un accord qui cache un prêt à intérêt Augalon, qui certainement avait besoin d’argent frais, a, contre une somme en liquide et une rente, engagé un de ses biens aux moines, en leur en laissant la jouissance et les revenus jusqu’à ce qu’il ait rendu la somme.

L’autre forme est la constitution d’une rente nous n’en avons que deux exemples pour le xiie siècle, et encore sont-ils fort tardifs, puisque l’un est de 1189 et l’autre de 1190. Aussi, comme ils sont à la limite de notre période[58], nous n’étudierons ce genre nouveau de ressource de l’abbaye qu’au xiiie siècle.

On voit donc, en examinant les modes d’acquisition de Pontigny au xiie siècle et leur nature économique, que l’essentiel de la richesse du monastère provient de dons en biens immobiliers, puisque les terres arables et les bois représentent à eux seuls 60 % de l’ensemble des possessions des moines.


La nature juridique des biens.

La nature juridique des biens entrés dans le patrimoine de Pontigny est, elle aussi, variée, mais les textes sont souvent laconiques sur ce sujet.

Nous trouvons peu d’exemples dans lesquels il soit nettement précisé qu’une terre donnée ou vendue est un alleu. Nous voyons, cependant, Guillaume le Fauconnier donner à Pontigny tout ce qu’il possède dans les alleux de Forterre et Lignorelles[59]. Par contre les formules de donation, de vente ou d’échange, même si elles sont stéréotypées, nous laissent entrevoir que les biens baillés deviennent des alleux entre les mains de l’abbaye. En effet, c’est «en pure et perpétuelle aumône» que Pontigny reçoit, soit gratuitement, soit contre une somme d’argent, une terre dans plus des deux tiers des actes ces biens deviennent des « aumônes» au sens restreint du terme[60].

L’abbaye obtient aussi de nombreuses terres féodales dans toutes les régions dans lesquelles les moines se sont installés à Chailley[61], Sainte-Procaire et Beugnon[62] et même, tout près de Pontigny, à Roncenay où fut concédé aux moines un fief relevant du trésorier de Saint-Étienne d’Auxerre[63]. En général, lorsque ces biens féodaux sont concédés à l’abbaye, ils sont libérés de tout service et de toute charge. Parfois, cependant, quelque service expressement note grève le fief en 1136, par exemple, Jean Capel donne tous ses fiefs à Pontigny, mais se réserve le service des vassaux[64].

Enfin Pontigny reçoit aussi des censives. Le premier exemple que nous en ayons, date de 1144 : dans cet acte l’abbé de Molesme, Giraud, et le couvent approuvent l’accensement d’une terre sise à Bœurs en faveur de Pontigny[65]. Mais il semble que l’abbaye ait eu peu de terres en censive.


Les donateurs.

Ce sont, essentiellement, les nobles et les ecclésiastiques qui contribuèrent à la constitution du temporel de Pontigny. C’est le reflet même de ce qui se produisit lors de la fondation du monastère un ecclésiastique fit don de la terre et fut encouragé dans son projet par l’évêque et le comte du lieu, qui, à son tour, suggéra aux possesseurs des terres avoisinantes de les céder au nouvel établissement religieux[66].

Les grands seigneurs des alentours firent peu de donations proprement dites, mais préférèrent, bien souvent, exempter le monastère de toute coutume sur leurs terres, comme nous l’avons déjà vu. Il faut, cependant, citer parmi ces donateurs les comtes de Nevers[67], de Troyes[68], de Joigny[69], de Blois[70] et de Bar[71] ou encore les vicomtes de Joigny[72] et de Saint-Florentin[73].

Mais le gros des acquisitions provient des hobereaux de la région. Encore est-il difficile au XIIe siècle de voir si nous avons affaire à des membres de la noblesse locale. En effet, le nom de l’auteur de l’acte est rarement accompagné de qualificatifs qui nous renseigneraient sur l’origine sociale de ces hommes. Nous ne possédons que trois exemples dans lesquels un personnage voit son nom accompagné du titre de seigneur d’une terre[74], encore ces actes sont-ils tardifs. De la même façon, le titre de chevalier n’apparaît que dans deux textes[75] et celui de damoiseau dans un seul[76]. En fait, nous nous rendons compte que nous sommes en présence de nobles, insérés dans le système féodal, parce qu’au cours du cartulaire nous les voyons, en tant que seigneurs, accorder des lettres d’amortissement à Pontigny ou lui faire don de fiefs qu’ils possèdent. Nous voyons ainsi un certain nombre de familles, qui ont des terres proches des granges de Pontigny, accroître son patrimoine. Dans la région de Villiers et d’Aigremont, ce sont les seigneurs de Montréal[77] et de Noyers qui dotèrent l’abbaye[78], ainsi que ceux de Préhy[79]. Vers Saint-Bris, où les dons sont moins nombreux, les libéralités proviennent des familles de Saint-Vérain[80] et de Mello, tandis que dans les alentours de Chailley et de Bœurs, ce sont les nobles d’Ervy[81], de Villemaur[82] et de Venisy[83], ainsi que ceux de Saint-Florentin[84] qui comblèrent de leurs bienfaits Pontigny. Enfin, vers le centre des possessions de l’abbaye, à Sainte-Procaire, Crécy ou Ligny, les familles de Bouilly[85], de Seignelay[86] et de Ligny[87] contribuèrent à étendre le domaine du monastère.

Les ecclésiastiques, après les nobles, furent aussi de généreux donateurs. En tête viennent les évêques non seulement, comme nous l’avons dit, ils accordèrent à Pontigny des dîmes ou réglèrent des conflits nés à leur propos, mais encore, en leur nom, ils dotèrent l’abbaye. C’est ainsi que l’archevêque de Sens, Hugues, donna aux moines le droit d’usage dans ses bois de la forêt d’Othe[88]. Les abbayes de la région, par le truchement d’accords à l’amiable ou d’échanges, permirent à Pontigny de mieux organiser ses biens et d’avoir ainsi un domaine plus homogène et plus cohérent[89]. Enfin, certains hommes d’église, à titre personnel, firent des aumônes : tel Étienne, trésorier de Saint-Étienne d’Auxerre, qui offrit ses terres et bois de Roncenay[90] ; ou encore le prêtre Joubert qui concéda aux moines de Pontigny sa vigne de Milly et la moitié de son pré de Poinchy[91].

En résumé, ce sont les petits seigneurs qui possédaient des biens proches des diverses exploitations agricoles de l’abbaye de Pontigny, qui, poussés par les prélats et les grands du voisinage, constituèrent le patrimoine de Pontigny. Ils furent aidés en cela par certains hommes d’église et d’autres établissements religieux, bien qu’il semble aussi que de simples particuliers aient participé à l’édification de la fortune foncière de la troisième fille de Cîteaux, sans que l’on puisse définir de façon précise leur condition sociale[92].


Les étapes de la formation du temporel.

Pontigny doit sa fondation, comme nous le savons, à la générosité d’un prêtre du nom d’Ansius qui lui fit don d’une terre inculte sise à Pontigny. Bien vite les propriétaires des alentours grossirent ce maigre noyau initial. Pendant les cinq premières années de son existence, elle s’efforça d’arrondir et d’organiser les terres toutes proches de ses premiers bâtiments[93]. Dès
LES PREMIÈRES ACQUISITIONS DE PONTIGNY
Fig. 3

l’année suivante, la donation d’un ecclésiastique permit aux moines de traverser le Serein et de prendre pied sur l’autre rive, à Roncenay[94]. Cependant, dès le début, les moines reçurent aussi des dons disséminés qui formèrent autant de têtes de pont pour une expansion ultérieure à Chablis, comme le prouve un accord passé avec Saint-Martin de Chablis[95], et à Saint-Florentin[96].

Une dizaine d’années après sa fondation, l’abbaye s’installa plus au Nord elle commence, en effet, à recevoir des biens en bordure de la forêt d’Othe, vers Chailley[97]. Mais elle continue à consolider son noyau central vers Sainte-Procaire[98], dans l’alleu de Revisy[99] ; mais, pendant cette période, c’est surtout vers l’Est qu’elle porte toute son attention vers 1133, elle s’efforce d’acquérir des biens près de Ligny, en particulier grâce à un échange qu’elle passa avec Saint-Martin de Chablis[100], et, un peu plus tard, avec le comte de Nevers[101].

Ainsi, en vingt ans, Pontigny a su acquérir des biens tout autour de la première terre qui permit son installation, tout en faisant quelques percées vers le Nord, ce qui l’amena à fonder là une exploitation agricole. Par contre, elle resta assez démunie vers le Sud, mises à part ses possessions de Chablis.


Une deuxième étape dans l’extension du temporel se situe vers 1138. A partir de cette date, en effet, Pontigny organise un centre d’exploitation autour de Crécy et de Duchy, franchissant ainsi une nouvelle barrière fluviale, le Créanton et l’Armançon[102]. En remontant ce cours d’eau, elle s’installe aussi plus à l’Est, vers Germigny et Soumaintrain[103].

Parallèlement, l’abbaye de Pontigny s’efforce d’acquérir toute une série de droits d’usage et de pâturage ainsi que des possessions immobilières, en terre et en bois, dans la forêt d’Othe, ce qui lui permit d’y fonder deux granges, l’une à Bœurs et l’autre à Chailley, et de s’y installer solidement[104], cette nouvelle poussée se situant surtout vers les années 1138-1148.

Dans le même temps, elle prit pied bien plus au Sud, vers Villiers[105] et Aigremont[106] où elle reçut des terres, des bois et des pâturages, grâce auxquels elle put encore créer une nouvelle grange.

Toute cette activité déployée dans des régions assez excentriques par rapport à l’abbaye ne l’empêcha nullement de renforcer sa position autour de Pontigny même, et l’on décèle un renouveau d’intérêt vers Sainte-Procaire où elle acquit de nouveaux biens par des dons et des échanges entre 1146 et 1156[107].

Une nouvelle phase s’ouvre vers 1156-1160. Désormais le noyau central semble bien organisé autour de Pontigny et des granges de Sainte-Procaire et Beugnon, et les donations se ralentissent considérablement dans ces régions.

Vers Chailley et Bœurs, à une période d’extension succède une ère de réorganisation des possessions Pontigny, en effet, se fait confirmer de nombreux dons qui lui avaient été consentis auparavant[108]. De plus, par une série d’achats, d’accords ou d’échanges elle cherche à clarifier la situation et à délimiter, sans conteste, les contours de ses biens[109].

Dans la région de Crécy le même regroupement foncier eut lieu là encore elle s’attache à grossir les dons primitifs en achetant ou échangeant des terres mais elle veut surtout s’assurer la possession de l’Armançon ou, tout au moins, pouvoir y accéder librement pour y faire boire son bétail[110]. De plus, elle se fait donner des revenus attachés à ces terres telles les dîmes de Crécy[111].

Au sud de Pontigny, dans les granges de Villiers et d’Aigremont une série d’accords et de confirmations, des dons d’exemptions et quelques rares aumônes permirent une meilleure cohésion du domaine abbatial[112].

Vers l’extrême fin de la période, le monastère reçut des biens qui formèrent de nouveaux points d’extension qui, comme nous le verrons, se sont fortement développés au xiiie siècle.

Tout d’abord autour de Fouchères, Montigny et Poinchy, l’abbaye organise un lot de terres qui forment une sorte de relais entre ses possessions de Pontigny et celles de Chablis[113].

Au sud-ouest, en 1190 elle reçoit les dîmes de Saint-Bris[114], alors que la même année Dreux de Mello lui fait don de quatre arpents de vigne à Irancy[115] : c’est là le début de l’important vignoble que Pontigny organisera au siècle suivant.

Enfin, dès 1167, Pontigny cherche à s’installer à Auxerre même : elle y reçoit plusieurs maisons[116], des dîmes[117] et quelques vignes[118]. Une fois de plus, elle jette les premiers fondements d’une future zone d’expansion.

En résumé, Pontigny consacra les premières années de son existence à grossir et organiser un noyau central proche de son abbaye, puis s’étendit au Nord, vers la forêt d’Othe, et au Sud, vers Villiers et Aigremont, tout en terminant la mise en place de ses biens centraux. À partir des années 1160, elle s’efforça, par toute une politique d’achats, d’échanges et d’accords, de regrouper les possessions qui lui avaient été consenties, pour en faire des exploitations plus cohérentes, en même temps qu’elle créait de nouvelles têtes de pont vers le vignoble de Saint-Bris, relayées par des points d’attache à Montigny et Chablis, et qu’elle s’installait à Auxerre.


Les granges.

Toutes ces terres acquises par la seconde fille de Cîteaux furent ordonnées autour d’un certain nombre de points, appelés des granges dans l’organisation cistercienne. Cependant nous ne pouvons ici qu’esquisser l’organisation du temporel de Pontigny, car notre cartulaire renferme essentiellement, comme nous l’avons dit, les titres de propriété de l’abbaye et laisse dans l’ombre toute la vie matérielle du monastère et le mode de gestion de ses biens. Ce n’est que par un bref détail ou une courte allusion que les actes nous livrent quelques rares notations qui nous permettent d’entrevoir le système d’exploitation de Pontigny.

La grange, centre agricole périphérique, n’est pas une innovation de Pontigny, mais la forme habituelle des exploitations cisterciennes. Sortes « d’abbayes au petit pied »[119], elles se composent d’un ensemble de bâtiments nécessaires à la mise en valeur par le monastère des terres, bois et pâturages qui lui ont été donnés[120]. En effet, par réaction contre les Clunisiens, les Cisterciens ont renoncé au faire-valoir indirect, pour eux-mêmes cultiver leurs terres[121]. Ainsi, s’ils ont accepté des dons, c’est pour les mettre en valeur de leurs propres mains, sans avoir recours à des tenanciers.

Les statuts issus des chapitres généraux, qui chaque année réunissaient les abbés cisterciens, ont fixé l’emplacement de ces granges : dès 1152, un règlement défend d’en fonder une à plus d’une journée de marche du monastère dont elle dépend[122]. De même, en 1134, on fixa la distance qui devait séparer chaque exploitation agricole[123]. Pontigny semble avoir respecté ces règles les granges les plus éloignées de l’abbaye Bœurs au Nord, Villiers au Sud — ne sont pas à plus de trente ou trente-cinq kilomètres.

La seule exception est la grange de Loron ou Laurent qui se trouve à plus de quarante-cinq kilomètres de l’abbaye mère : elle provient du don que fit en 1120 un certain Gautier Prévost d’une terre en ce lieu[124] et est attestée comme grange dans un acte de 1127 de notre recueil[125]. C’est certainement sa situation éloignée qui poussa les religieux de Pontigny à l’échanger en 1156 contre des terres et droits à Sainte-Procaire[126].

Pour ce qui est de la distance à respecter entre les diverses granges[127], il semble a priori qu’il y ait eu dès le début transgression. Beugnon et Sainte-Procaire ne sont pas séparés par plus de 2 à 3 kilomètres, preuve, certainement, de l’importance des biens en ces régions avoisinantes du monastère.

Les autres granges mentionnées — et qui viendraient transgresser la Règle — ont disparu ou bien ne semblent pas avoir été de véritables unités d’exploitation suffisamment importantes. Avaranda qui est donné comme grange dans l’échange de 1156 entre Pontigny et le comte de Nevers (acte 85) et est située entre la grange de Beugnon et le village de Sainte-Procaire, n’est plus jamais citée. On peut penser qu’à la suite des acquisitions à Sainte-Procaire, ce lieu a été abandonné comme siège de la grange au profit de Sainte-Procaire. Par contre, Sévy, qui se trouve qualifiée de grange aussi bien dans le cartulaire (acte 62) que dans la confirmation d’Adrien IV[128] semble plutôt une étape, un relais pour les troupeaux à]la limite des terres de pâturage entre Pontigny et Vauluisant qu’une véritable « abbaye au petit pied ». La preuve en est donnée par un acte qui autorise la construction en ce lieu de maisons de bergers (acte 39). C’est certainement le même type de problème que l’on retiouve au xme siècle avec Beauvais, dans la commune de Venouse, qui est qualifiée de grange aux côtés de Beugnon et de Sainte-Procaire : il doit s’agir plutôt d’une ferme installée sur quelques terres — en particulier la terre dite Commune donnée en 1156 (acte 85) dans les alentours de Venouse, que l’on sait être un village avec une active communauté[129].

Il y a peut-être donc là abus du terme grangia, ce qui ne nous étonne pas, car l’on voit dans notre cartulaiie même certains seigneurs utiliser ce mot pour qualifier leurs domaines agricoles (nos 168, 296, 386). À l’inverse deux unités agricoles dont on est sûr qu’elles étaient des granges, ne sont pas qualifiées comme telles Sainte-Procaire, qui ne figure sous ce titre que dans un seul acte (no 254), et Champtrouvé, qui n’est jamais nommée ainsi dans le cartulaire alors qu’elle porte ce qualificatif dans le privilège d’Adrien IV[130].

Au total, au xiie siècle, on peut recenser les granges suivantes près de l’abbaye, Sainte-Procaire et Beugnon ; vers le Nord, Crécy et Champtrouvé ; dans la forêt d’Othe, Chailley et Bœurs, avec le relais de Sévy au Sud, Fouchères, puis les deux granges de Villiers et Aigremont. À ces granges s’ajoutent au xiiie siècle des unités dans des villes, (ou à leurs abords), qui prennent au xiiie siècle à la fois l’allure de centres d’exploitation et de centres de rassemblement et perception des rentes Auxerre, Sens, Troyes, Tonnerre, Mâlay-le-Vicomte, le tout formant un ensemble de satellites dont on peut au début du xive siècle, par les annotations marginales, dresser la carte des zones d’influence.

Il est impossible à l’aide du cartulaire de dresser la chronologie des granges de Pontigny. Tout au plus pouvons-nous donner les noms des principales qui font chacune l’objet d’un chapitre du cartulaire : Aigremont, Bœurs, Chailley, Crécy, Sainte-Procaire et Villiers. En définitive, Pontigny possède un nombre assez restreint de granges importantes, alors que Clairvaux, à la même époque, en compte douze[131]. À côté de ces centres purement agricoles, Pontigny compte aussi un cellier à Chablis[132] : en effet, la région renferme un certain nombre de vignobles dont l’abbaye a reçu quelques parcelles. Convers et serviteurs.

Pour entretenir et mettre en valeur le domaine agricole qui entoure les granges, l’abbaye fait appel à des convers[133]. Nous en voyons apparaître quelques uns dans les actes comme témoins, mais, comme ce sont souvent les mêmes noms qui reviennent au bas des actes, il nous est impossible par le cartulaire d’évaluer leur nombre[134]. Il nous est tout aussi difficile de voir leur lieu de recrutement la plupart du temps les textes ne donnent que leurs prénoms, et même lorsque figure un nom de lieu, encore faut-il admettre qu’il est bien celui du lieu d’origine du convers. Si l’on l’admet, sur le petit nombre d’exemples que nous possédons l’on peut dire qu’ils semblent être recrutés dans les alentours ou tout au moins la région dans laquelle s’est installée l’abbaye[135]. Deux actes nous livrent leur profession dans l’un, un nommé Thibaud est porcher dans l’autre le dénommé Gautier est berger[136].

Les listes de témoins nous laissent aussi entrevoir la place qui est la leur dans la hiérarchie d’un monastère cistercien. A leur tête se trouve le maître des convers ou cellerier[137], qui dans certains actes témoigne avant les convers[138] ceux-ci dans les listes de témoins viennent toujours après les moines[139]. Mais leur condition est supérieure à celle de certains laïcs qui, dans les granges travaillent à côté d’eux ce sont les servientes, les famuli ou les familiares que l’on rencontre dans les textes. Ces hommes, que certains historiens ont assimilés aux oblats de la familia bénédictine[140], sont bien moins favorisés que les convers, comme nous le voyons dans un accord que Pontigny passe en 1155 avec l’abbaye de Vauluisant : les convers qui ne respecteraient pas cette convention, sont menacés d’être mis à l’eau et au pain, tandis que les laïcs risquent le fouet et l’expulsion[141].


Défrichements et désertification.

Tous ces hommes effectuent les travaux nécessaires à l’entretien de chaque unité agricole. En particulier, c’est à eux qu’échoient le défrichement des bois qui ont été donnés à l’abbaye et le labourage des terres incultes[142]. Quelques mentions de ces travaux se trouvent dans le cartulaire, et surtout à l’occasion de certaines contestations avec des donateurs il ne faut pas oublier que bien souvent les seigneurs, grands chasseurs, n’étaient guère favorables à la mise en culture par les moines des zones boisées qui étaient de vraies réserves de gibier André de Venisy, par exemple, précise dans une charte de 1184 que les moines de Pontigny ne pourront essarter le bois Saint-Pierre sans sa permission[143]. Par contre certains donateurs permettent au monastère de défricher à condition de toucher une redevance sur les terres nouvellement essartées[144].

Mais, contrairement à l’opinion longtemps émise par certains selon laquelle les moines cisterciens par leurs défrichements furent des agents de peuplement, les granges de Pontigny ne semblent pas être à l’origine de centres nouveaux d’habitat dans de nombreux cas, l’abbaye, respectant la règle fondamentale de la réforme cistercienne qui est le retour au « désert », obtint de ceux qui la comblèrent de dons, la promesse de faire partir de la terre donnée tous les hommes qui y vivaient et de n’y jamais construire de nouvelles maisons. En 1146, par exemple, Hugues et Salon de Bouilly vendent à l’abbaye une terre, des bois et des noues sis à Sainte-Procaire, en assurant les moines de faire déguerpir de ces biens leurs hommes, et même de détruire leurs maisons[145]. Ainsi, loin d’encourager le peuplement, le monastère amena sur ses terres le retour au « désert et chassa les populations locales pour rester seul. Parfois même, pour satisfaire ce désir de solitude des moines, le donateur est obligé de dédommager ses hommes, telle comte de Nevers[146]. C’est surtout, semble-t-il, dans les régions proches de l’abbaye, et principalement dans la grange de Sainte-Procaire[147], que Pontigny manifeste le plus nettement cette aspiration. Cependant, plus loin, dans la forêt d’Othe, près de la grange de Bœurs, le comte de Troyes, Henri, s’engage, par une charte particulière, à ne jamais construire de maisons sur les terres que possède Pontigny dans ces régions[148]. Il ressort aussi de la lecture du cartulaire que l’abbaye sut conserver intactes de nombreuses zones boisées qui lui étaient nécessaires pour y faire paître son bétail dans la forêt d’Othe, dans la région de Villiers et d’Aigremont, plutôt que de trop étendre les terres labourables, elle chercha à garder de larges pâturages bien délimités, parfois même en les entourant de bornes.

Au total, le cartulaire nous offre une vue très succincte et tronquée de l’organisation administrative du temporel de Pontigny et du personnel qu’elle installa dans ses granges pour exploiter ses biens. Cependant les divisions mêmes du livre des possessions de l’abbaye et quelques brèves allusions glanées dans les actes nous laissent entrevoir à Pontigny une exploitation cistercienne traditionnelle avec ses granges peuplées de convers aidés de quelques laies et dirigés par un cellerier.

Le xiie siècle a donc été pour l’abbaye de Pontigny celui de la naissance d’un puissant domaine foncier et de son extension grâce, essentiellement, aux aumônes de la noblesse locale et à la protection du roi et des princes voisins. Ce fut aussi l’époque de l’installation de toute une administration qui se cristallisa autour de quelques points situés au cœur de chaque groupe de possessions que développa le monastère, d’abord, autour de l’abbaye même, puis vers la forêt d’Othe, au nord, et Villiers, au sud, toutes terres qui, au fil des années, acquirent une plus grande cohésion grâce à toute une politique d’achats et d’échanges.

  1. J. Laurent, Cartulaires de l’abbaye de Molesme, t. I, p. 41, note 1.
  2. Voir n° 111.
  3. Ce droit fut interdit par les Statuts de 1152 (cf. Canivez, Statuta…, p. 47.). Mais dès 1157 cela fut admis (id…, p. 68, n° 63.).
  4. N° 200.
  5. N° 95.
  6. Ex. : n° 341.
  7. Ce mode d’acquisition fut autorisé par les Statuts dans le cas où les possessions données sont trop éloignées (id…, p. 118, n° I.).
  8. N° 102.
  9. nos 9, 57, 88, 89, 104, 134, 149, 153, 279.
  10. N° 89.
  11. N° 104.
  12. Canivez, Statuta…, p. 117 : {{lang|la|texte=… proposuimus firmiter… ut… ab omni emptione… terrarum et quarumcumque possessionum immobilium abstineamus.
  13. H. d’Arbois de Jubainville, Études…, p. 148.
  14. Ex. : n°73.
  15. nos 84, 95.
  16. nos 92, 96.
  17. nos 85, 88, 97, 104, 113.
  18. nos 86, 87, 91, 102.
  19. nos 120, 128, 130, 136, 140, 141, 143, 145.
  20. N° 144
  21. nos 42, 43, 46, 52.
  22. nos 25, 26, 28, 59, 61, 63, 65, 75.
  23. N° 104.
  24. N° 84.
  25. N° 88.
  26. nos 19, 20, 29, 32, 77, 117.
  27. nos 42, 43.
  28. N° 14.
  29. nos 17, 19, 23, 24, 33, 34, 60, 62, 66, 67, 69, 74.
  30. nos 8, 9, 10, 15, 103.
  31. N° 342.
  32. nos 103, 308, 358.
  33. N° 101.
  34. nos 84, 101, 134, 149, 153, 274.
  35. P. Viard, Histoire de la dîme ecclésiastique dans le royaume de France aux xiie et xiiie siècles, Paris, 1912.
  36. N° 269 : …de universis laboribus et satis vestris, per singulas species sive holerum, leguminum, pomorum et quorumque graminum in terris quas possidetis.
  37. N° 267.
  38. N° 269.
  39. N° 268.
  40. Ex. : n° 11, n° 266.
  41. J.-B. Mahn, L’ordre cistercien et son gouvernement…, p. 105 et suiv.
  42. N° 10.
  43. Canivez, Statuta…, t. I, p. 14 et 15.
  44. Ibid., p.15.
  45. Ibid., p. 118, n° 1.
  46. N° 110.
  47. nos 61, 67,74,130,140.
  48. N° 112.
  49. N° 31.
  50. Ex. : n° 130.
  51. N° 217.
  52. nos 1, 2, 282.
  53. nos 3, 4, 6, 276, 278, 279, 381.
  54. N° 5.
  55. Ex. : n° 58.
  56. N°147.
  57. Le verbe employé pour qualifier l’acte est accensere.
  58. nos 124, 200.
  59. N° 98 : …quicquid habebat in territorio de Forterra et in territorio de Linieriis…, utrumque vero territorium alodium est.
  60. J. Laurent, Cartulaires de l’abbaye de Molesme, t. I, p. 41, note 1.
  61. Ex. : nos 75, 76.
  62. Ex. : nos 94, 113.
  63. N° 92.
  64. N° 87 : nichil penitus mihi vel heredibus meis in eisdem casamentis retinens, preter servitium casatorum…
  65. N° 26 : {{lang|la|texte=… ita concessit jure perpetuo possidendum… ut fratres illius singulis annis loci V solidos censuales apud Nogemio nobis persolvant.
  66. N° 84.
  67. nos 8, 14, 52, 85, 86, 94, 117.
  68. nos 72, 200, 381.
  69. nos 124, 274.
  70. N° 112.
  71. N° 79.
  72. N° 125.
  73. N°144.
  74. N°49, Anséric, seigneur de Montréal ; n° 46, Milon, seigneur de Noyers ; n° 55, Clarembaud, seigneur de Noyers.
  75. nos 30, 33.
  76. N° 116. Jean, damoiseau de Ligny.
  77. Ex. : n° 42.
  78. nos 47, 48, 49, 55, par exemple.
  79. nos 46, 55, 56.
  80. N° 340.
  81. N° 64.
  82. nos 20,21,75,76.
  83. nos 58, 74, 80.
  84. Ex. : nos 59, 77.
  85. N° 88.
  86. nos 91, 110, 113, 129, 145.
  87. nos 93, 97, 108, 116.
  88. N° 60.
  89. Ex. : n° 62.
  90. N° 92.
  91. N° 111.
  92. nos 19, 22, 24, 63, 84, 95, 96…
  93. nos 89, 95.
  94. N° 92.
  95. N° 102.
  96. N° 112.
  97. N° 75.
  98. N° 110.
  99. N° 101.
  100. N° 102.
  101. nos 87, 91.
  102. nos 125, 128, 130, 136, 137, 142, 143.
  103. N° 126.
  104. 17,20, 21, 23, 24, 26, 34, 58, 59, 60, 61, 62, 63, 65, 66, 67, 70, 74, 115.
  105. nos 42, 43, 45, 49, 52.
  106. N° 53.
  107. nos 85, 88.
  108. Ex. : nos 25, 27, 28, 33.
  109. Nos 18, 19, 29, 32, 72, 78, 80.
  110. Nos 131, 147.
  111. No 149.
  112. Nos 46, 47, 55, 56, 57.
  113. Nos 12, 98, 120.
  114. No 341.
  115. No 342.
  116. Nos 103, 308.
  117. No 11.
  118. Nos 8, 9, 15.
  119. Voir H. d’Arbois de Jubainville, Études sur l’état intérieur des abbayes cisterciennes…, Paris, 1858.
  120. M. Aubert, L’architecture cistercienne en France, t. 2.
  121. Canivez, Statuta…, t. I, p. 14, n° V.
  122. Martène, Thes. Anecd., t. IV, col. 1244.
  123. Canivez, op. cit., p. 20, n° XXXII.
  124. Cet acte ne figure pas dans le cartulaire, mais il est édité d’après l’original dans Quantin, Cart. gén. de l’Yonne, t. II, p. 48, acte 43.
    La localisation de cette terre ne fait aucun doute, car, si le lieu n’existe plus, il est dit dans un autre acte de 1135 (édité par Quantin, t. I, p. 303, n° 178), que les moines de cette grange pourront moudre leur grain au moulin de Crain qui se trouve tout proche (arr. Auxerre, cant. Coulanges). Il doit s’agir de l’actuel lieu dit de Laurent installé dans la clairière au nord de la forêt de Fretoy, que Quantin traduit par le mot Loron. Sur les diverses formes latines de ce nom, voir actes nos 69 (annotation en marge), 85 et 268.
  125. N° 268.
  126. N° 85.
  127. Canivez, op. cit., p. 20, n° XXXIII.
  128. Quantin, Cart. gén. de l’Yonne, t. I, p. 549, no 384.
  129. Voir l’introduction au cartulaire de Quantin.
  130. Quantin, Cart. gén. de l’ Yonne, t. I, p. 549, no 384.
  131. H. d’Arbois de Jubainville, Études…, p. 310.
  132. N° 12.
  133. Canivez, Statuta…, t. I, p. 14, n° VIII
  134. nos 29, 44, 45, 62, 94, 129, 341.
  135. Ex. : n° 29 (Humbertus de Burs).
  136. nos 29, 62.
  137. Canivez, Statuta…, p. 29
  138. N° 34.
  139. nos 44, 45.
  140. U. Berlière, La familia, dans Mém. de l’Acad. royale de Belgique, Classe des lettres, 2e série, t. 29, 1931, p. 80.
  141. N° 34.
  142. Voir nos 27,59,77,85.
  143. N° 82.
  144. nos 84,89.
  145. N° 88 : … in fide sua promiserunt memoratus Hugo et frater ejus terram ipsam ab habitatione hominum suorum immunem et incultam facerent et domos ipsorum, cumpace, eorum a toto territorio auferrent.
  146. N°85.
  147. nos 85, 105.
  148. N° 78.