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Le Puits de la vérité/À propos de Faust

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À PROPOS DE « FAUST »



Tout arrive, même qu’à propos de Faust, qu’on va enfin jouer sans musique, on parle dans un journal populaire du vieux trouvère Rutebeuf et de son naïf petit drame, Le Miracle de Théophile. C’est une chose dont je ne me doutais pas, quand je m’amusai, il y a quelques années, à le mettre en langage modernisé, du moins un peu plus clair à nos oreilles. L’histoire de Théophile est une légende chrétienne très ancienne, qui remonte au moins au ive siècle et qui semble une forme adoucie de l’histoire de Cyprien, à laquelle fait allusion Grégoire de Naziance. Bref, c’est l’anecdote de l’homme qui vend son âme au diable, en échange d’un bien temporel. Le Moyen âge a beaucoup travaillé là-dessus, mais sans arriver à rien de bien mémorable, car le drame de Roswitha est encore plus enfantin que celui de Rutebeuf, qui au moins se relève par la verdeur de sa langue. C’est d’ailleurs tout ce que cette légende a fourni en France, car au moment où notre théâtre allait se développer selon son originalité propre, il fut accaparé par les imitations gréco-latines. La légende avait pris en Allemagne une force particulière. Pourtant ce fut Marlowe qui lui donna la première forme littéraire, puis Calderon ; enfin, Gœthe et aussi d’autres Allemands, car l’Allemand a une étrange faculté d’imitation. Près de Faust et du Magicien prodigieux, Théophile est bien peu de chose, moins qu’une esquisse. Il n’en fut pas moins célèbre et Villon en parle encore. Son mérite, ou peut-être sa tare, c’est la sincérité. Rutebeuf croit à la Vierge et au diable. Mauvaise condition pour émouvoir. L’art est un artifice. L’art est incompatible avec la croyance. Il fallait Gœthe, type même de la sereine incrédulité, pour donner la vie à ce drame religieux et c’est un homme du même esprit qui écrivit la Tentation de Saint-Antoine.


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