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Le Puits de la vérité/Ecclésiastiques

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Le Puits de la véritéAlbert Messein (p. 95-96).



ECCLÉSIASTIQUES



Les femmes qui prennent pour amant un ecclésiastique sont en général des personnes timides et qui, plus encore que les autres, chérissent la discrétion. L’homme d’église la lui assure. Sa profession même lui impose, plus qu’à tout autre, la plus grande réserve. Avec lui le scandale n’est pas à craindre. La dignité de leur vie s’en accommoderait mal. C’est ce que disait à peu près Catulle Mendès à un homme de lettres qui lui avouait avec honte qu’il était le fils d’un ecclésiastique : « Quel homme plus recommandable aurait donc pu choisir madame votre mère ? » demanda sévèrement Mendès, dont l’ironie n’était pas sans charme. La petite poétesse d’Agen n’avait sans doute fait aucun calcul en donnant son amour au jeune vicaire ; mais elle pensait bien, tout de même, que sa liaison ne finirait pas aussi tragiquement. Un suicide, et elle était pieuse. Un suicide, et son ami était prêtre. Il advient vraiment des choses déconcertantes. Si on réfléchissait de trop près à la vie, ce serait à ne plus faire aucun mouvement, à n’accepter aucune relation avec le monde extérieur. Mais ce serait sot. La vie n’est pas faite d’extraordinaire, mais de quotidien. Or, qu’un monsieur se suicide dans le salon où il est en visite, ce n’est pas fort commun, mais que ce monsieur soit un ecclésiastique à la fois et l’amant d’une des personnes de la famille, voilà qui n’est pas très à craindre. Que ce fait divers n’entame pas la bonne réputation de ces messieurs, je le voudrais sincèrement et ce serait raisonnable. Ils continueront, je l’espère, à être les amants les plus secrets, les plus fidèles, les plus confortables, et l’indigne conduite de ce vicaire ne rejaillira pas sur eux. Quel indiscret personnage et comme il a fait mentir la réputation bien établie de ses pareils !


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