Le Roman de Renart/Avis

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Traduction par Paulin Paris .
Texte établi par Paulin Paris J. Techener (pp. ix-xi).
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AVIS.



Je dois avertir mes jeunes lecteurs que j’ai conservé dans ce livre un petit nombre de mots vieillis, dont le Dictionnaire de l’Académie ne me donnoit plus le parfait équivalent. Je ne crois pas avoir abusé de cette liberté : mais comment raconter les aventures de damp Renart sans nommer les bacons, ces quartiers de porc frais ou salé qui tenoient une si grande place sur la table de nos pères ? Nos jambonneaux, nos jambons eux-mêmes, n’en sont qu’un méprisable diminutif.

Au lieu du joli mot de geline on dit aujourd’hui poule : passe encore pour poulette, au lieu de gelinotte ; mais le gelinier étant le théâtre assez ordinaire des hauts faits de Renart, j’aurois craint de trop avilir mon héros en le montrant si souvent dans le poulailler.

J’ai laissé ces anciennes façons de parler, être en bon ou en mauvais point, parce que de là nous avons formé notre embonpoint ; de même l’aguet appensé, qui nous a laissé guet-apens.

On a perdu defermer, qui étoit un mot bien fait, je l’ai gardé. — Être séjourné, c’est-à-dire reposé comme ceux qui sont restés plusieurs jours sans sortir.

Le fau, du latin fagus, n’est pas oublié en province ; il l’est à Paris, où l’on ne connoît guères le hêtre que par les traductions de Virgile et les romances pastorales.

On verra le chien Rooniaus désigné comme justice dans le procès de Renart. C’est encore, en Angleterre aujourd’hui, le juge ou le président d’un tribunal. Le plaids est l’instruction et la décision de la cour. Il y a lieu de croire que le mot tant reproché aux ordonnances de nos rois : tel est notre plaisir, étoit la traduction consacrée du tale placitum de l’ancienne cour du Roi.

Les montres étaient les revues de l’ost ou armée que l’on passoit pour compter ceux qui avoient droit aux soudées ou soldes du mois ou de l’année.

Le graile étoit un instrument sonore en cuivre de l’espèce des cors et trompes.

La rotruenge étoit un air à refrain ou ritournelle.

Les grenons étoient nos moustaches d’aujourd’hui, et les barbes du renard ou du chat.

Les brachets étoient de petits chiens courants ; les gaignons, des chiens de garde, dogues ou mâtins.

Dans une ferme il y avoit le plessis, dépendance immédiate du domaine, et le courtil, ordinairement fermé de haies ou de murs.

Enfin le moutier étoit l’église plutôt que le monastère ; et le prouvère (presbyter), le curé du moutier.