Le Salut par les Juifs/Chapitre 11

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Joseph Victorion et Cie (p. 41-44).

XI


La sympathie pour les Juifs est un signe de turpitude, c’est bien entendu. Il est impossible de mériter l’estime d’un chien quand on n’a pas le dégoût instinctif de la Synagogue. Cela s’énonce tranquillement comme un axiome de géométrie rectiligne, sans ironie et sans amertume.

Je m’embarrasse peu, quant à moi, de ce que les théologiens ou les économistes leur reprochent. Il me suffit de savoir qu’ils ont commis le Crime suprême, en comparaison duquel tous les crimes sont des vertus, le Péché sans nom ni mesure qui touche à l’Intégrité divine et qui n’aurait aucune chance de rémission si la prière insensée de Jésus, ivre de tourments sur sa Croix folle, n’intervenait pas.

Ils ont détesté le Pauvre, d’une détestation infinie. Ils l’ont tellement détesté, que pour l’outrager et le torturer à leur convenance, il a fallu qu’ils rassemblassent de partout et qu’ils appelassent à leur secours l’énergie de feu souterrain des ressentiments héréditaires contre un Sabaoth qui châtiait si terriblement, autrefois, leurs transgressions.

Il a fallu qu’avec la patience de plusieurs millions de fourmis qui s’acharneraient à construire une montagne, ils accumulassent, à l’avance, pendant des générations, contre l’Homme Unique et volontairement désarmé, les plus féroces témoignages du Livre implacable où l’Esprit du Dieu d’Israël avait écrit sa colère.

Retournant contre lui l’excessive menace de leurs vieux textes, ils semblaient lui dire : « Ton Père nous a battus de verges, mais-nous allons te flageller avec des scorpions[1] ». « Nous froisserons ta chair avec les épines et les chardons du désert[2] », etc.

Les clameurs de possédés qui précédèrent la Sentence et qui accompagnèrent, comme une basse continue, l’incommensurable Supplice furent assurément la plus complète manifestation de l’horreur humaine pour la Pauvreté.

Ce délire surnaturel ne pourra jamais être dépassé et lorsque la houle des populaces démentielles grondera de joie sur les cadavres des « Deux Témoins » dont l’Apocalypse a prophétisé l’immolation, ce ne sera pas plus épouvantable.

Il n’est pas nécessaire d’avoir fait de puissants travaux d’exégèse pour savoir qu’en effet Jésus-Christ fut le vrai Pauvre, — désigné comme tel à chaque page de l’Ancien ou du Nouveau Testament, — l’unique parmi les plus pauvres, insondablement au-dessous des Jobs les plus vermineux, le diamant solitaire et l’escarboucle d’Orient de la pauvreté magnifique, et qu’il fut enfin la Pauvreté même annoncée par des Voyants inflexibles que le peuple avait lapidés.

Il eut pour compagnes les « trois pauvretés », a dit une sainte. Il fut pauvre de biens, pauvre d’amis, pauvre de Lui-même. Cela dans les profondeurs de la profondeur, entre les parois visqueuses du puits de l’Abîme.

Puisqu’il était Dieu et qu’il n’avait accepté de venir que pour prouver qu’il était Dieu en se manifestant vraiment pauvre, il le fut dans l’irradiation et la plénitude infinies de ses Attributs divins.

Il n’y eut donc pas d’autre Victime que le Pauvre et les excès absolument incompréhensibles de cette Passion toujours actuelle, flagrante à perpétuité, dont l’athéisme lui-même ne peut assoupir l’effroi, sont inexplicables aux gens qui ne savent pas ce que c’est que la Pauvreté, « l’élection dans la fournaise de la pauvreté », selon le mot d’Isaïe qui montra les choses futures et qui fut scié entre deux poteaux.

  1. Rois, Livre III, chap. 12.
  2. Juges, chap. 8.