Le Salut par les Juifs/Chapitre 16

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Joseph Victorion et Cie (p. 61-64).

XVI


Exspectans exspectavi, chantaient les chrétiens attendant la Résurrection des morts.

Exspectaveram et adhuc exspectabo, rectifiaient avec profondeur les gémissants d’Israël. J’avais attendu et je veux attendre encore. Votre Messie n’est pas mon Messie et quand même tous vos tombeaux s’ouvriraient, j’attendrais toujours !

La patiente Église de Jésus considérait silencieusement ces suspendus éternels, fortifiés par un indicible espoir et dont nul sauveur n’aurait pu porter la pénitence épouvantable, — cependant que les basiliques et les monastères carillonnaient à la gloire d’un Enfant Juif qui était mort dans l’ignominie pour sauver les vagabonds.

Les sanglots ou les chants des cloches, dont tous les empires chrétiens frissonnaient d’amour, frappaient en vain l’âme obstinée de ces orphelins de Léviathan.

Créanciers d’une Promesse impérissable que l’Église jugeait accomplie et forts d’un Pacte sempiternel enregistré par l’Esprit-Saint jusqu’à trois cents fois, le Fils de Marie leur paraissait à peine l’égal de ce roi lépreux qui régna sur Jérusalem, qui fut « plein de lèpre jusqu’au jour de sa mort » et le terrible habitant d’une maison solitaire, pour son crime d’avoir usurpé l’encensoir des fils du grand prêtre[1].

Comme ils devaient mépriser les pompes douloureuses du Christianisme, ces guenilleux indomptés qui pensèrent toujours que la Gloire du Dieu d’Ézéchiel avait besoin de leur propre gloire !

Ah ! l’Église avait beau leur dire : « Celui qui a vendu son frère, un fils d’Israël, et qui en a reçu le prix, doit subir la mort[2] », toute la postérité de Jacob pouvait lui répondre :

— Si vous nous croyez semblables à Caïn parce que nous sommes errants et fugitifs sur la terre, souvenez-vous que le Seigneur a marqué d’un Signe ce meurtrier, pour que ceux qui le trouveraient ne le tuassent pas[3] et voyez, après cela, combien sont vaines vos menaces d’extermination.

Nous avons la parole d’honneur de Dieu qui nous a juré son alliance éternelle et nous refusons de le délier. Cette parole subsiste à jamais et, quand elle s’accomplira, vous deviendrez notre esclave.

Si c’est son Fils que nous avons crucifié, qu’il se sauve donc lui-même, ce Sauveur des autres, puisque nous avons promis de croire en lui quand il descendra de sa Croix.

  1. Paralipomènes, liv. II, chap. 26.
  2. Deutéronome, XXIV, 7.
  3. Genèse, IV, 15.