Le Soir (« Seule avec toi dans ce bocage sombre ? »)

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Élégies — Romances — Mélanges — Fragments — Poésies posthumesLemerre (p. 147-148).
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LE SOIR



Seule avec toi dans ce bocage sombre ?
Qu’y ferions-nous ? à peine on peut s’y voir.
Nous sommes bien ! Peux-tu désirer l’ombre ?
Pour se perdre des yeux c’est bien assez du soir !
Auprès de toi j’adore la lumière,
Et quand tes doux regards ne brillent plus sur moi,
Dès que la nuit a voilé ta chaumière,
Je me retrouve, en fermant ma paupière,
             Seule avec toi.

Sûr d’être aimé, quel vœu te trouble encore ?
Si près du mien, que désire ton cœur ?
Sans me parler ta tristesse m’implore :
Ce qu’on voit dans tes yeux n’est donc pas le bonheur ?

Quel vague objet tourmente ton envie ?
N’as-tu pas mon serment dans ton sein renfermé ?
Qui te rendra ta douce paix ravie ?
Dis ! Quel bonheur peut manquer à ta vie,
             Sûr d’être aimé ?

Ne parle pas ! Je ne veux pas entendre :
Je crains tes yeux, ton silence, ta voix.
N’augmente pas une frayeur si tendre ;
Hélas ! Je ne sais plus m’enfuir comme autrefois,
Je sens mon âme à la tienne attachée,
J’entends battre ton cœur qui m’appelle tout bas :
Heureuse, triste, et sur ton sein penchée,
Ah ! Si tu veux m’y retenir cachée,
             Ne parle pas !