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Le Tremblement de terre de la Saint-Pierre/01

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LE TREMBLEMENT DE TERRE
DE LA SAINT-PIERRE (29 JUIN 1873).

(Suite. — Voy. deuxième article.)

Le centre de cet ébranlement, dont les proportions ont dépassé celles des tremblements de terre, assez fréquents dans le district alpestre, parait avoir été dans l’intérieur du triangle formé par Trévise, Bellune et Conegliano, et principalement sur les bords du Soligo, petit torrent qui se jette dans la Piave.

Les secousses ont fait vibrer le sol au delà de ce district. On les a senties avec une intensité d’autant plus grande qu’on s’en approchait davantage ; mais tout l’État vénitien, la Lombardie, la partie orientale du Piémont, l’Illyrie, le Tyrol autrichien, même les vallées bavaroises et quelques villes de la Suisse romande, telles que Lucerne, ont éprouvé également des secousses. Le lac de Tégerne, non loin de Munich, aurait débordé.

Dans la vallée du Soligo, la terre s’est soulevée verticalement, aussi plusieurs édifices ont-ils été ruinés de fond en comble. L’église de Saint-Pierre de Felletre s’y est entièrement écroulée. On a ramassé 40 cadavres sous les décombres. Comme le 29 juin coïncide avec la Saint-Pierre, il y avait, malgré l’heure matinale de la catastrophe (5 heures), beaucoup de monde dans les églises. Cette malheureuse coïncidence a multiplié considérablement le nombre des victimes ; car, à cause de leur orientation indépendante des plis du terrain, et de leur volume, ces édifices sont excessivement dangereux quand la terre se met à trembler. On a vu, dans plusieurs villes, les prêtres épouvantés fuir de l’autel sans prendre le temps de déposer leurs ornements sacerdotaux ; on cite même un officiant qui tenait d’une main convulsive le calice dans lequel se trouvait l’hostie consacrée !

Les oiseaux qui chantaient dans les arbres et sur les toits ont immédiatement cessé de faire entendre leur ramage.

Les malfaiteurs, détenus dans les prisons, ont fait des efforts pour se faire mettre en liberté. Il a fallu l’intervention de la force publique pour les retenir dans le devoir.

Les personnes qui se trouvaient dans l’intérieur des maisons bourgeoises ont elles-mêmes éprouvé, dans bien des endroits, une excessive difficulté à en sortir ; car un des premiers effets d’un tremblement de terre est de déranger presque toujours les portes et d’empêcher de les ouvrir.

On a remarqué que les fils télégraphiques ont été arrachés dans un grand nombre d’endroits. Le fait suivant donnera une idée de l’énergie des oscillations qu’ils ont éprouvés. On a vu deux fils distants de 0m,10 (1 décimètre), se choquer l’un contre l’autre !

Ce tremblement de terre semble donner raison au professeur Palmieri qui prétend qu’un volcan finira par sortir au milieu des Alpes. C’est le voisinage du mont Baldo que le directeur de l’observatoire vésuvien a indiqué pour la place du futur cratère.

Le bruit s’était répandu que le lac de Santa Croce s’était mis à bouillir. Ce qui est certain, c’est que, deux jours avant la catastrophe, un pécheur s’est aperçu que le niveau des eaux était plus élevé qu’à l’ordinaire. Nous ne croyons pas que l’on ait découvert des cendres volcaniques dans le voisinage de Farra, mais à Puos on a entendu très-nettement le son de bruits souterrains.

La secousse principale a été accompagnée de mouvements accessoires dans la vallée du Soligo et dans toute l’étendue de Trévise à Bellune. Les habitants épouvantés ont campé sous la tente et sont restés plusieurs jours sans oser rentrer dans leurs demeures.

Comme toutes ces villes sont pourvues d’instruments enregistreurs des tremblements de terre, nous aurons à recueillir d’autres renseignements sur cette épouvantable catastrophe.

La suite prochainement. —