Le Véritable Métropolitain/Travaux pour les ouvriers

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J. Michelet (p. 56-58).


Travaux pour les ouvriers


Une des circonstances, qui rendent intéressante et urgente la construction du Métropolitain, c’est le travail à fournir à nos populations ouvrières.

Avec les divers Métropolitains souterrains proposés, ce seront surtout des terrassements, qu’il y aura à exécuter.

Or, tout le monde sait que les ouvriers d’état, c’est-à-dire ceux vraiment intelligents, sont impropres à ce genre de travail ; qu’aussi, dans presque tous les grands travaux de cette nature, ce sont des étrangers (Belges, Allemands, Italiens) ou des habitants des campagnes, qui sont les exécutants.

Il n’y aura donc pas là de travaux sérieux pour la population ouvrière de la capitale et on arrivera seulement à ce résultat : attirer les ouvriers du dehors, qui ne sont que trop disposés à venir à Paris. Agir ainsi, ce sera créer une pléthore, dont plus tard on aura peine à se débarrasser.

Le véritable Métropolitain exigera, au contraire, soit pour la construction de son matériel d’établissement, soit pour sa propre édification, des travaux métalliques considérables. Ceux-ci, depuis l’instant où le minerai sera extrait de terre jusqu’à l’achèvement de l’œuvre nécessiteront le labeur d’ouvriers intelligents, capables, répandus dans nombre de contrées françaises. Les ouvriers d’états de Paris et de la province bénéficieront donc complètement, de l’immense somme de travail qui sera ainsi créée.

Ajoutons, que de nombreuses maisons s’édifieront aux extrêmités des lignes ainsi formées, que, par suite, l’industrie du bâtiment trouvera sa large part d’activité.

N’est-ce pas là ce qu’il faut en ce moment, où le travail manque de bien des côtés et où, par conséquent, il est intéressant de le faire naître ?

J’arrive, en parlant de travaux, à un sujet complémentaire.

J’ai examiné les différents projets de Métropolitain qui ont été présentés successivement et je dois dire que dans la plupart d’entre eux je n’ai trouvé que la reproduction de choses faites à l’étranger ou de moyens connus.

Faire cheminer un souterrain dans un sens ou dans un autre, tracer une trajectoire au milieu d’un abattis de maisons, ne présentent à l’esprit rien de neuf.

L’Haussmanisation de Paris nous a habitués à ce mode de procéder.

Les chemins aériens, que l’on propose d’établir sur les trottoirs, ne sont eux-mêmes qu’une réminiscence de ce qui se fait à New-York et des inconvénients, qu’ils y ont produits.

Bref, les deux seules choses vraiment neuves que j’ai vues se résument par le projet de la Compagnie Eiffel et par le véritable Métropolitain, objet de la présente étude.

L’idée de pratiquer un souterrain, sous un bouclier mobile permettant la circulation, est évidemment une idée nouvelle à laquelle j’applaudis. Et en fait, si je critique absolument le projet Eiffel, parce qu’il a le tort d’être souterrain et ne peut pas remplir le but proposé, j’admire l’ingéniosité des moyens combinés pour l’exécution des travaux.

Quant au véritable Métropolitain, s’appuyant dans le lit même du fleuve, il est incontestable qu’il y a là un fait sans précédents, et qu’en dehors de tous les avantages, signalés dans cette brochure, il a le mérite de la nouveauté.

Pourquoi ne pas le laisser à l’actif de la France, qu’on cherche de tous côtés à primer, à dépasser, et qui doit cependant rester en tête du monde civilisé ???