Le Zend-Avesta (trad. Darmesteter)/Volume II/Vendidad/Fargard 19

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Traduction de James Darmesteter

Édition : Musée Guimet. Publication : Ernest Leroux, Paris, 1892.
Annales du Musée Guimet, Tome 22.


VENDIDAD
Fargard 19
19.
I (1-12). Du prêtre indigne qui ne se conforme pas aux rites orthodoxes (1-4) ; qui ne veille pas pour étudier et pratiquer la loi (5-6) ; qui enseigne de fausses doctrines (7-10) ; — du mal qu’il attire sur ceux qui remploient.

II (13-29). De la sainteté du coq, l’oiseau de Sraosha, qui éveille le monde pour la prière (15-16, 24-25 ; et pour que le fidèle entretienne le feu que le démon Azi menace d’éteindre. Trois fois la nuit, le feu crie au secours ; à la troisième fois, Sraosha éveille le coq et le coq éveille le fidèle.
III (30-59). Des quatre péchés qui rendent la Druj enceinte d’une progéniture de démons : comment en détruire l’effet.
IV (60-65). Du mal causé par la Jahi (la femme de mauvaise vie) ; elle mérite la mort.
V (66-76). Expiation du péché commis en ayant commerce avec une femme dashtân.


FARGARD 19

Ce Fargard est devenu célèbre sous le titre de Récit de la Tentation de Zoroastre. Ce litre n’est exact qu’en partie, car la tentation n’est qu’un incident d’une lutte plus vaste. Le véritable titre serait Lutte et Révélation : lutte d’Ahriman contre Zoroastre qu’il essaye d’abord de luer, puis de séduire : révélation de la loi d’Ormazd à Zoroastre. 1(1-10 ;’. .

graMainyu envoie le démon Bùiti tuer Zaralliushtra : Zarathushtra chante l’Ahiina Vairya et le démon recule confondu, réduit à l’impuissance par la gloire qui émane du Prophète (1-3). Angra Mainyu l’attaque avec des énigmes de mort : Zaralhushtra, sans se troubler, dirige contre lui des pierres célestes données par Ahura (4) et lui annonce qu’il va détruire la création du démon (5). Angra Mainyu lui promet l’empire du monde, s’il l’adore comme l’ont adoré ses ancêtres et s’il abjure la loi de Mazda (6) : il repousse avec énergie les ofTres du démon. 11 détruira le démon avec les armes qu’Ahura lui a données, le mortier, la coupe sacrée, le Ilaoma, les paroles sacrées (7-9). 11 récite le Tat th"wâ peresâ, c’est-à-dire la Gâlha qui sollicite les instructions d’Aliura sur tous les mystères du monde matériel et moral. Le reste du Fargard donne des spécimens des questions faites par Zara- 1 . Dinkart, l. l. § 74. « Lutte de Zanàk Miiiùi contre Zoroastre, victoire de Zoroastre, etc » [madam kihhishn-î Zanâl ; Minât ol Zarlûltashtar, plrûzih-’t Zartùhastar patasli, ma madam ham bahn). Page:Annales du Musée Guimet, tome 22.djvu/311 Page:Annales du Musée Guimet, tome 22.djvu/312 Page:Annales du Musée Guimet, tome 22.djvu/313 Page:Annales du Musée Guimet, tome 22.djvu/314 Page:Annales du Musée Guimet, tome 22.djvu/315 Page:Annales du Musée Guimet, tome 22.djvu/316 [Assis 30 sur la haute rive de la Dareja devant Ahura Mazda ; devant le Bon 3 ’, aux bonnes mesures ; devant Asha Vahishta, lvhshathra Yairya et Spenta-Ârmaitij.

12 (39). Comment délivrerai-je le monde de cette Druj ? Du mauvais AngraMainyu ? Comment de ce bourg mazdéen chasserai-je la souillure directe ? Comment la souillure indirecte ? Comment la Nasu ? Comment purifierai-je le fidèle ? Comment apporterai-je la pureté à la fidèle ?

13 (12). Ahura Mazda lui répondit :

Invoque, ô Zarathushtra, la bonne Religion Mazdéenne 32.

Invoque, ô Zarathushtra, sans les voir 33, les Amesha-Spentas qui régnent sur la terre aux sept Karshvares.

Invoque, ô Zarahtushtra, le Ciel souverain 34 ; le Temps sans borne 33 ; Vayu, à la haute action 36.

Invoque, ô Zarathushtra, le vent puissant, créé de Mazda ; la belle et bienfaisante fille d’Ahura Mazda 37.

14. Invoque, ô Zarathushtra, ma Fravashi, à moi, Ahura Mazda, le plus

30. âonhânô est traduit par conjecture d’après âonkenli (Yasna IX, W^yatîbûnd), Alaska (LXVII1, 9 ; yatîbûnê) ; dans ce dernier passage, le mot yatlbûnê, « assiedstoi », est glosé gôsh yakhsûnê, « prêle l’oreille » ; âonbânù revient donc à « écoutant Ahura » ou en « conférence avec Ahura ». Toute la phrase semble transposée.

31. vaiikavê voku-maidkè (Yasna XII, 1, voku-mailê) : dans le passage du Yasna vafihavê se rapporte à Ahura ; ici ildésigne certainement Yoliu Manô que l’onaltend avec les autres Amshaspands.

32. Glose : « invoque le Jâl-dîv-ddt » (le Vendidad), c’est-à-dire la partie de la loi qui a rapport aux purifications : cf. Farg. V, note 43.

33. avaên (K 1, L*), avêndpatdklh ( ?) ; le sens est donné par la glose : amatshàn là vînê aps/idn olàîzishn, « bien que tu ne les voies pas, il fautpourtant leur sacrifier ». La glose prouve que le traducteur avait dans son texte la lecture avaèn ; le traducteur du Yasna LVI, 23, avait adopté la lecture avâin, sâtûnand, « vont » — avaên est composé d’a privatif et du mot racine vaên, pris adverbialement (cf. vol. 1, 210, n. 39).

34. kvadkâtakê, khûtàt { — khûdât) ; litt. « qui a sa loi propre », c’est-à-dire qui ne dépend de rien d’autre. Glose : « sa qualité de khûtàt consiste en ceci que dans l’accomplissement de ses fonctions (khvêshkârîh) il n’a besoin de rien autre »

35. Par opposition au temps limité de la vie du monde qui est de 12, 000 ans (Bund., XXXIV, 1).

36. Le Génie de l’atmosphère : voir Yt. XV.

37. Spenta-Armaiti : cf. vol. I, 24. grand, le meilleur, le plus beau (des êtres), le plus ferme, le plus intelligent, le plus parfait de forme ; suprême en sainteté^* ; de qui la Parole Divine ’" est l’âme.

Invoque, ô Zarathushtra, le créateur Ahura Mazda même^". 15 (50). Zarathushtra imita ^’ mes paroles : J’invoque d’Ahura Mazda*- la sainte création. J’invoque Milhra, le maître des vastes campagnes, le bien-armé, qui a la plus victorieuse des armes ".

J’invoque le saint Sraosha à la belle taille, qui lient une arme dans ses mains qu’il brandit sur la tête des Daêvas. 16 (5i). J’invoque la Parole Divine ^’ très glorieuse. J’invoque le Ciel souverain ; le Temps sans borne ; Vayu, à la haute action. J’invoque le vent puissant, créé de Mazda ; la belle et bienfaisante fille d’.hura Mazda.

J’invoque la bonne Religion Mazdéenne, la Loi de Zarathushtra, ennemie des Daêvas.

m

17 .85). Zarathushtra demanda à Ahura Mazda Créateur des choses bonnes ", Ahura Mazda ! 38. Voir Yasna, 1,1. Dans le texte toutes ces épitliètes se rapportent à laFravashi. 39. Màltii-a .Speùla, cf. vol. I, p. 15, n. 47. 40. bvatô, hhôl.

41.asàsal ; traduction conjecturale ; le mot ne peut signifier « répéta », car Zoroaslre ne répète pas la formule d’.uhrmazd. Le pehlvi a madammùnist , ressembler, sembler, ce qui indiiiuerait que pour lui sàs est dérivé de sad ( zr *sand-s ?). 4’2. aliurô-iuazdào, construit comme un composé, comme en vieux perse (aurama /dà) .

43. Cf. Yaslit X, l^S-lS-i. — I^e pehlvi semble protester en faveur de Verelhraghna (Yt. XIV), le victorieux par excellence : « Celles-ci [les armes de Millira] sont bonnes, celles de Valiràm sont meilleures ». Au lieu de « armes », il faut peut-être traduire « créatures » ; le petilvi zdi/ân est entendu ainsi par la traduction persane : zaya serait synonyme de zàta : « qui est la plus victorieuse des créatures ». 44. dàtù-vanlien ; les anciens manuscrits, Iv’ et L’, ont aûbcn ; mais le pehlvi dpâlïhd conlirme la lecture vafilicn (Yasht X.V, 20), quoique la forme reste obscure : ZEND-AVESTA : VENDIDAD. - FARGARD 19 265

Quel sacrifice offrirai-je, quel sacrifice ferai-je offrir " à la création d’Ahura Mazda ?

18 (60), Ahura Mazda répondit :

Descends vers les arbres qui croissent, ô Spilama Zaralhushtra, et devant l’un d’entre eux, beau, de haute croissance et puissant, prononce ces paroles : Hommage à toi, bel arbre, créé par Mazda et saint. Ashem vohû.

19 (63). Le prêtre en détachera un Baresman, de la longueur d’un soc de charrue, de la largeur d’un grain de blé^". Que les fidèles ne cessent pas de fixer l’œil sur le Baresman ^", le tenant de la main gauche, pendant qu’ils offrent à Ahura Mazda, pendant qu’ils offrent aux Amesha-Spentas les hautes el belles tiges d’or de Haoma, et la Bonne Pensée, et la bonne Râla*-, créée de Mazda, excellente.

on attendrait une forme en ô. — jazànè, frâj ham, « je sacrifierai " ; frayazànè, fràj yazbakhûnam hdvishtdni H, « je sacrifierai : moi et mes disciples » ; frayaz semble donc indiquer le sacrifice de Zoroastre accompagné de ses disciples ; le sens littéral serait : « je sacrifierai en nombre ». Comparer la nuance analogue de fradatlieu en regard de dathat (note 28).

45. Pour cueillir un Barsom ; le Barsom, représentant de la nature végétale, recevra l’eau des libations, symbole des pluies fécondantes (vol. I, pp. 397 et lxxxv). Le sacrifice à la nature se fera donc sous l’espèce du Barsom : c’est pour cela que, durant tout le sacrifice, le fidèle doit avoir les yeux sur le Barsom (§ 19). L’espèce n’est pas spécifiée : aujourd’hui c’est du grenadier que l’on prend le Baresman.

43. aêsoô-dràjù yavù-fratliù, ês/i drâj javak pa/inâ ; on pourrait penser à deux noms de mesure : « long d’un aêsha, large d’un yava » : mais le rapport singulier qu’offre la signification des deux noms, si on donne à yava sa valeur ordinaire et à aèsha celle qu’il a presque certainement dans le seul autre passage où il paraisse (Farg. XIV, 10). donne à penser que nous avons ici un nouvel exemple du même symbolisme : le Barsom, représentant de la nature végétale, est supposé rappeler, par ses dimensions, le produit le plus précieux de la terre et l’instrument qui le procure. Se rappeler que le grain sert souvent de mesure de longueur : le grain d’orge est à la base du système métrique anglais : 3 liarleycorns pour 1 incli. 46. pairi-keretcm, apar-nikirhhinli, « le regarder » ; pairi-kcrefitish, madam karmê « que tu interrompes », glosé bard s/ia/jkùnê ; les deux mots ne font donc qu’assonner et ne sont pas parents ; l’un est dérivé de kar, l’autre de Ucrcftl. kcrci-itish est sans doute un pluriel abstrait construit avecanhen. Les fidèles dont il e.= ;t parle, naro aslinvanù, ne sont pas les spectateurs, lesquels ne tiennent pas le Barsom en main, mais les prêtres. La phrase passe subitement du pluriel au singulier, qui est plus natu rel, car il s’agit du seul Zaotar. — Râla, rdii/i, personnification des libéralités faites aux dieux parles hommes (sous forme d’olfriindes) et parles dieux aux hommes. Page:Annales du Musée Guimet, tome 22.djvu/320 Page:Annales du Musée Guimet, tome 22.djvu/321

au feu des bois durs, tu porteras au feu des parfums de Vohû-gaona, tu en parfumeras le Vohu Manô ^

23(82). Vohu Manô sera purifié, l’homme"" sera purifié ; il prendra le Vohu Manô"’ avec le bras gauche et le bras droite avec le bras droit et le bras gauche ; et Vohu Manô" prononcera ces mots : Hommage à Almra Mazda ! Hommage aux Amesha-Spenias ! Hommage aux autres saints !




V


26 (85). Zarathushtra demanda à Ahura Mazda : Omniscient Ahura Mazda !

Dois-je pousser" l’homme de bien, dois-je pousser la femme de bien, dois-je pousser les méchants, les .adorateurs de Daôvas, qui vivent dans le péché", à faire don"^ de la terre donnée par Ahura, des eaux qui courent, du blé qui pousse et de leurs autres biens ? Ahura Mazda répondit :

Oui, saint Zarathushtra !

27 (89). Créateur du monde matériel, ô saint ! Où donne-t-on h l’homme, où lui fait-on advenir ; où lui répartit-on, où lui fait-on échoir la part"" qu’ici-bas il conquiert lui-même pour son âme ?

59. Voliu Manô comme vêtement (vaslraf/). 60. « L’homme qui porte le vêtement » [nnshûld man zak vastrag dàrcl). 61. Vohu Manô vêlement.

62. Vohu Manô homme.

63. Laltlisliànù ; la tradition lit le pehlvi correspondant khizênd, « se lèveronl-ils ? » (Frâmji uthçe) ; mais halilishùnè gouverne un régime à l’accusatif et s’oppose à une seconde personne d’impératif, lialibsliaêsha, ce i|ui indique une première personne d’impératif moyen actif ; probablement « je fais lever " : cf. Yasna XLIV, 10 d, lialihsliài, utihdpaijdmi, « je fais lever ». 64. Traduction conjecturale, mei-ezii-jillin, liliàl ; :’i)-zâijishndn : M. a jlj »lj, les bandits. Cf. Yt. XXll, 4’2.

65. nipàrayafila, /jard mlknhiét, « ils font passer » (à d’autres mains) ; glose : barà yahliùntan, faire don.

60. (làtlira, ddxr, les dons : voir la (in du § ’2t) ; imité des Gàthas (Yasna XXXI, 14, note 54).

ZEND-AVESTA : VENDIDAD. - FARtiARD 19 269

28 (90). Ahura Mazda répondit :

Quand riiomme est moii, quand il a trépassé"’, alors les méchants, les misérables Daèvas lui retranchent la vue ^ A la troisième nuit, quand l’aurore brille ' et s’allume, que Milhra le bien-armé arrive aux montagnes de sainte félicité et que le soleil se lève ; 29 (93). alors le démon nommé Yîzaresha" ", ô Spitama Zaralhushtra, amène enchaînée l’âme des mortels méchants, adorateurs des Daêvas, et qui s’ouvre pour le bon et qui vivent dans le péché. Elle entre dans le chemin créé par le Temps*- pour le méchant’^ A la tète du pont Cinvat’ créé par Mazda, l’esprit et l’àme redemandent la part des biens terrestres qu’ils ont donnés ici-bas"^

30(98). Alors vient la belle jeune fille’*', bien faite’", forte, de haute 07. frasakhtahê, fràj sajis/in ; glose : (unatshdn sajishn g’Ul hard ijahvùnèt, » quand le temps terrestre est fini » ; sac est le verbe du temps (cf. Farg. V, 9 ; VI, 43 ; XVIII, note 32).

68. pairishneni iL") lierenentè, min lûln nata[r]ûnishn bard ijasagùnishn ; le pehlvi semble analyser le premier mot comme un dérivé de ish, voir, et paii-i pris au sens de paru : litt. « coupent le regard », le troublent, l’aveuglent [’ !). 0)9. vi-usaiti, harà vlcashishnîh ; vi-us répond au sanscrit vi-ucL de vi-vas, vi-usli (cf. zend jas ^ sscr. gach) : vi-usaili ^ sscr. i-uchanti. 70. « Vizaresh est le démon qui, durant les trois nuits [qui suivent la mort ; v. Yt. XXII], lutte avec l’àme des trépassés, les terrifie et les bat ; il est assis à la porte de l’enfer » (Bund. XXVIII, 18). Son nom semble signifier : « celui qui tire, qui traîne » : cf. note 82 et plus haut, p. 08, n. 14. 71. Glose : « Tout homme a un lacet au cou ; quand il meurt, si c’est un juste, le lacet lui tombe du cou ; si c’est un méchant, avec ce lacet [Vizaresh] l’entraîne dans l’enfer ». Cf. les liens de Yama.

72. Le pont Cinvat, créé de toute éternité.

73. Glose : « Tout homme vient là voir Auhrmazd et .Vhriman ; le juste peut rendre hommage, le méchant ne peut ; [le juste^ fait pénitence [quand il pèche ; voir p. 40, note 38 ; 147^ et, par suite de cette pénitence, on le ressuscite ». 74. Le pont Cinvat s’étend par-dessus l’Enfer et conduit au Paradis : pour l’àme des justes, il a une largeur de neuf lances ; pour celle des méchants, il est comme le tranchant d’un rasoir [Dhiharl, IX, 20, 3). Cf. Ardd Vlràf, V, 1 et plus bas, note 83.

75. Cf. Farg. XX, n. 4, §27, et Farg. 111, 34-35 ; XVlll, 33 sq. — yàtem gaêthanàm, hahr i gêhdn.

76. La Conscience même, la Daèna du juste qui l’emporte au Paradis : voir Yt. XXII. 77. kereta, hû-karl. taille, avec ses chiens"’* ; la jeune fille qui sait distinguer", riche en enfants’ ", heureuse^’, pleine de talent. [Elle tire l’âme des méchants dans les ténèbres".] Elle fait passer l’âme des justes par delà le HaraBerezaiti*’, elle les place par-dessus le pont Cinvat avec" les Yazatas célestes. 31 (102). Vohu Manô se lève de son trône d’or : Vohu Manô s’écrie : « Comment es-tu venu*, ô juste, du monde périssable dans le monde impérissable " ? »

32 (i"5). Les âmes des justes, réjouies, passent pardevant Ahura Mazda, par devant les Amesha-Spenlas, par devant le Irône d’or, par devant le Garô-nmâna-^ demeure d’Ahura Mazda, demeure des Amesha-Spenlas, demeure des autres saints.

33 (108). Le juste purifié*’, les méchants et les misérables Daèvas tremblent de son parfum après la mort, comme la brebis poursuivie par le loup tremble devant le loup’°.

78. spànavaiti, kalbâ-ûmand ; glose : aighask p/inak Ivatà ; c’esl-à-dire qu’avec ces chiens elle garde l’âme contre les démons : cf. Farg. XIII, 9 ; Saddar, XXXI. 79. nivavaili, vkârlshnômand ; glose : aigh padtàk aigli hatâr min katâr ukatâr min kalâr : « elle sait distinguer qui de qui » ; le bon du méchant. 80. pusavaiti, pusômand, a’igh vêsh bajak Ivatà ; sans doute pris au sens mystique : les justes sont ses enfants, comme les damnés sont ceux de la Druj (Farg. XVllI, 30 et sq.). Noter pusa, synonyme ou corruption de pullira. 81. yaokhshtlvaiti, kàmakômand, aîgli cigûn gahrâ apdyat, « qui a son désir, c’est-à-dire comme l’homme désire » : cf. Farg. XX, 1, note 3. 82. Omis dans la traduction pehlvie. — nizareshaiti, de zaresli qui a donné le nom de Vi-zaresha : cf. note 70.

83. Le pont Cinvat a une extrémité sur l’Alborz (tiaraberezaiti, vol. 1,101, note 28), l’autresurle Cikàt Dàitik dans l’Iran vêj (Pehl. a(f§101,éd. Sp. et Dhikarl,[,<2.0,3). 84. haètô : le pehlvi traduit manshàn nafshâ, ceux qui appartiennent [aux Yazatas ] ; il semble assimiler haêtu à Lvaèlu ; peut-être est-ce le sanscrit belu, pont, et faut-il traduire : le pont Cinvat des Yazatas... 85. Vohu Manô est V inlroducteur du Paradis.

86. Glose : anôsli vushtamîm, « bois l’immortalité » (ou l’ambroisie ) ; ce qu’il fait en buvant le rôghan du /armai, qui donne l’oubli (comme l’eau de Lélhé ; Arda Fîm/ ; V, 10 ;Yt. XXII, 18).

87. Cf. Yasht XXII, 16 et Farg. VII, 52.

88. Le Garôlmân, Paradis suprême.

89. Le juste qui a subi la purification du Baràshnûm nû-shaha. 9U. Ormazd est tout parfum, Ahriman toute infection (Eznig, Réfutadon des hérésies, II). Cf. Iiitrod. à ce Fargard, note 4.

ZEND-AVESTA : VENDIDAD. — FARGARD 19 271

34 (110). Les justes sont réunis là : Nairyô-sanha est avec eux-. iSairyô-sanha est un ami " d’Ahura Mazda.

lia.

Invoque, ô Zaralliuslitra, cette création même d’Ahura Mazda. 33 (114). Zarathushtra répéta cette parole de moi * : J’invoque la sainte création d’Ahura Mazda. J’invoque la terre créée d’Ahura, l’eau créée de Mazda, l’arbre saint. J’invoque la mer Vouru-kasha’

J’invoque le beau ciel ’".

J’invoque la lumière infinie et souveraine. 36 (120). J’invoque le Paradis des saints, lumineux, tout bienheureux. J’invoque le Garô-nmâna, demeure d’Ahura Mazda, demeure des Amesha-Speûtas, demeure des autres saints.

J’invoque le Lieu, l’Espace souverain "^ de l’éternel bieu-ètre et le pont Cinvat fait par Mazda.

91. Tous les justes. « Quelques-uns disent : liliorshètar, Khorstiêtar-màti et Sôstiyans » (les trois grands justes de l’avenir : Yt. Xlll, G-2V 92. Nêryosang : voir vol. I, 151 et Farg. .X1I, 7. 93. astô, askt, traduit « ami » d’après la tradition {dâst). 94. Cf. note 41.

95. Voir Farg. V, note 34.

96. hvanvaùtem, nlvak kart : cf. vol. 1, p. 124, n. 15. — asmanem, dsmdn, le Ciel suprême par opposition au Firmament, Ibwâsba, qui est plus près delà terre (Sirôza, Appendice), § 12.

97. AnagfUra raocâo livadliàla, znl ; n-snr rôihanlh kliùtàt, « la lumière sans fin, souveraine « : cf. notes 34 et 98. La Lumière inQnie est le Lieu d’..hura, c’est la forme orzmazdéenne de l’espace. C’est VAnéran des Parsis. Cf. Siroza, 30. 98. misvànaliè jfàtvaliè bvadhàtahè, hamâshak-sût gds khùtdl, « le Lieu souveram à l’éternel profit ». Le sens précis de ;jâ.i est donné par une glose de Nériosengh à Yasna XIX, 1 (et VI. I, Ij : « Le Lieu, la Religion et le Temps [sthdnam, dînis, samayas) d’Ahura ont toujours été et sont toujours : cela ressort du passage misvànahê ffàlvahc hvadliàtahè ». I,ittéralement, l’expression signifie « le lieu souverain qui produit continuellement le bien » cl l’épithètc de « souverain », livadliâta, est réservée au ciel et au. formes du ciel : le misvàna jyàlva n’est donc qu’un autre nom de l’espace céleste, siège d’Ormazd^ comme la lumière infinie, l’Anaffhra raocâo. Cette identité du Gàlva avec la lumière infinie ressort encore des premières lignes 272 ANNALES DU MUSEE GUIMET

37 (123). J’invoque la bonne Saoka° au bon œil’"". J’invoque les puissantes ^ravashis des saints ; toutes les créatures bienfaisantes.

J’invoque Verethraghna "", créé d’Ahura, porteur de la Gloire créée de Mazda.

J’invoque Tishtrya ’"-, étoile magnifique et Glorieuse, sous la forme d’un Taureau aux cornes d’or"".

38 (127). J’invoque les bienfaisantes et saintes Gâthas, souveraines sur les Maîtres ’"^

J’invoque la Gâtlia Ahunavaiti,

J’invoque la Gàtha Ushtavaiti.

J’invoque la Gàtha Spenla-Maiuyu.

J’invoque la Gàtba Yohu-Khshathra.

J’invoque la Gâtha Vahishlôishli.

39 (129). J’invoque les Karshvares ’"' Arzahê et Savahè. J’invoque les Karshvares Fradadhafshu et Vidadhafshu. du Bundaliisli où il est dit que le lieu {gâs) d’Auhrmazd est ce qu’on appelle la Lumière infinie. Ceci explique le passage d’Eudème (ap. Damascium, De primis priticipiis, éd. Kopp, cli. c.fxv), selon lequel les Mages ont pour premier principe soit l’Espace, soit le Temps (Td-iç ou Xpdvsç) ; Xpôv :; répond à Zrvan, Tîtuîç à Gàtva. Le Hamêshak-sût mal compris, sût ayant pris le sens technique d’ « intérêt de l’argent », est devenu chez les Parsis une banque mystique où les bonnes œuvres des fidèles fructifient et portent intérêt jusqu’au jour de la résurrection. 99. Saoka, sôk ; m’inôl hùcas/imth, « le Génie du bon œil », par opposition au mauvais œil. Sôk est l’auxiliaire de Mithra et c’est elle qui reçoit en premier lieu du Ciel bienfaisant (le luisvàna {fàtva) les bienfaits qu’elle transmet à la terre (v. I’Ap-PE. vniCE au Sirôza, § 13). Noter la parenté des noms Saolia et mi-svàna, tous deux dérivés de su.

100. voiirii-dôithràm, hnmnk dôisr, « dont le regard est amour » (ou « désir ») ; cf. Yasna XXVI, note 6.

101. Le Génie de la victoire, lialirdm ; voir Yt. XIV. lO’i. l’ir ; l’étoile de la pluie : voir Yt. VllI. 103. Glose : « Dans ce temps-là surtout je l’invoque ». Tishtrya revêt en eflet trois formes, colle de l’homme, du taureau et du cheval, chacune pendant dix jours. C’est dans la seconde période qu’il importe le plus de l’adorer, afin d’obtenir qu’il triomphe enfin du démon de la sécheresse et amène la pluie (Yt. VIII, 17). 101. ratukhshathrào : voir vol. 1, 351, note 12. 105. Les sept cercles entre lesquels la terre est divisée : voir vol. I, 467, n. 1. ZEND-AVESTA : VENDIDAD. — FARGARD 19 273

J’invoque les Karshvares Yourubareshti et Vouruzareshti. J’invoque le brillant Hvaniratha.

J’invoque le magnifique et Glorieux Ilaêtumant ’"'"^ J’invoque la bonne Âshi ’"".

J’invoque la bonne Cisti’"*.

J’invoque la très pure Cista "’

J’invoque la Gloire des régions aryennes "". J’invoque la Gloire du brillant Yiraa "", le bon pasteur. 40 (133). Soit sacrifice, joie, plaisir, satisfaction au saint Sraosha’", le victorieux et saint Sraosha, à la belle taille ! Offrez les libations à Atar ; ofTrez à Atar les bois durs ; offrez à Atar les parfums de Yobû-gaona"-.

Offrez le sacrifice an feu Vâzishta’" qui lue le démon Spenjaghra"^ Offrez-lui des aliments cuits et pleine libation débordante "^ 41 (137). Offrez le sacrifice au saint Sraosha^ que le saint Sraosha puisse 106. Le Holmend, la région du Saistàn (Farg. I, 14), particulièrement sainte comme berceau de Saoshyant et de ses deux frères (Yt. XIII, 62). 107. Asti, Ashishvanfj ; le génie qui donne la richesse aux gens de bien (cf. vol. I, p. 16, n. 56 et Yt. XVII).

108. Cisti, la Connaissance religieuse (vol. I, p. 16, u. 57). — Cista, synonyme de Cisti, et traduit de même [farjdnak, nirvànajnàna ; Yasna XXII, 24) : est invoquée avec la Religion (Daèna) le jour Dîn (Sîrôza, 24). 109. Le Hvârenô auquel est attachée la prospérité de l’Iran : la Gloire nationale : voir Yt. XIX.

110. Le représentant le plus haut de la gloire iranienne : voir Y. IX, 4-5 ; Farg. II ; Yt. V, 23 sq., etc.

111. Pour qu’il soit victorieux d’Aèslima et des démons : cf. Yasna (iVII. 112. Pour qu’il triomphe des démons ; cf. Farg. VIII, 79-80. 113. VàzisLta, le feu de l’éclair (agnim vidyut-j-ûpam ; Nériosengh ad Yasna XVII, 66) ; cf. vol. 1, 150.

114. Spenjajjhra, Spatijarâs. C’est le démon de l’orage, puisqu’il est vaincu par Vâzishta, qui est le feu de l’éclair. Le Lexique Sachau (s. Spanjarôs, p. 845) voit en lui le démon qui effraye les enfants à leur naissance afin de leur enlever l’intelligence, mais aussi le démon qui empêche la pluie de tomber [jaS jJ»jl) O’j^ * ) • ^’^^^ un frère d’Apaosha, l’ennemi de Tishlrya (Yt. VIII, 21 sq.) : « Apaosh et Aspanjarùsh, dit le Bundahish, XXVIII, 39, sont les démons qui luttent contre les producteurs de la pluie » {Ivald vdrân-kai-liinhi piin kôlchsliislm yahôijamûnd). 115. Traduction conjecturale : percnùm i( ;lizliàraytifilini : voir Yt. XII, 3. T. M. 35 frapper le démou Ruflda, qui est ivre sans boire’"’, et qui précipite dans TEufer de la Druj les méchants, adorateurs des Daêvas, qui vivent dans le péché"".

42*’[J’invoque le poisson Kara "qui vit sous les eaux au fond des lacs profonds.

[J’invoque l’antique et souverain Merezu’-", la plus belliqueuse des créatures des deux Esprits.

[J’invoque les sept Sru éclatantes….’-’.]

VI

43. [Ils criaient à hue et à dia’--, leur pensée courait çà et là:Angra Mainyu, plein de mort, le démon des démons ; le démon Indra’-^ ; le démon Sâuru’-’; le démon Nâonhaithya*-^; Taurvi’" et Zairi’-’; Aêshma, <à l’arme meurtrière ; le démon Akatasha’-^ ; l’hiver, créé des Daêvas ; 116. kuùdem bang^em vit)aùgem, kûnd mast jût mast ; glose:jût min as mdst, « ivre sans liqueur forte »; à la différence d’Âêshma, le grand ennemi de Sraosha, qui puise dans l’ivresse une partie de ses forces (Yasna X, 8). Le Buadaliish XVIII, 42, le définit « la monture des sorciers » {Iduidak shedd bàrald yâtûkân) : cf. la note suivante. — Il est sans doute identique au kuùdi du Farg. XI, 9. 117. drujaskauùm bùiu-pataiti drvatàni, traduit : apsliàii ô drîijaskân dn ham-pallnêt darvandân, « il fait tomber dans le drujaskàn les méchants… » : dràjaskdn désigne le dernier enfer, le plus profond {Dddistdn, XXXII, 4). 118. La traduction pehlvie est perdue pour les parties entre pareulliéses. De cette traduction est restée dans le Vendidad Sade une citation zende que l’on trouvera aux Fragments du Vendidad pehlvi.

119. Le Kara Masya, le chef des poissons ; voir Farg. XX, note 18 et Yt. XIV, 29, note.

120. "Aira ? A£Y ; ; ji.îviv:sens inconnu; d’après ses deuxépithètes « anliciueet souverain >), il doit désigner un des principes éternels, c’est-à-dire une des formes du ciel, de la lumière, de l’espace ou du temps. 121. bapta sravô bùui^a baiiâoiibù putUràoiibù pusàoi’iliô bavaiùti : « Les sept sru éclatantes, comprenant les vieux, les (ils et les enfants ? •> : s’agit-il de quelque constellation ?


122. Confondues par les paroles de Zoroaslre. — rra-davata, vl-davata, de dav (voir note 2).

123. Voir Farg. X, 9.

124. Farg. X, 10.

125. Ou Aghutasha : voir Farg. X, note 14.

ZEND-AVESTA : VENDIDAD. — FARfiARD 19 275 la Deslruclion invisible’-" ; la Vieillesse’-', qui maltraite les pères ; le démon Bûiti ’-% le démon Driwi ’-', le démon Daiwi ’^, le démon Kasvi ’^' ; le démon Paitisha"-, le plus démoniaque des démons. 44 (140). [Et le démon, le misérable Angra Mainyu, plein de mort, s’écria ] : « Allons, rendez-vous’" des méchants, des misérables Daêvas au col d’Arezùra"* ! »

43 (lii). Ils se précipilent en criant, les méchants, les misérables Daêvas. Ils gémissent et crient, les méchants, les misérables Daêvas. Ils s’écrient, en jetant le mauvais œil’^% les méchants, les misérables Daêvas : « Rendons-nous à la Tête d’Arezùra ! » 46(143). « Car il est né le saint Zarathushtra, de la maison de Pourushaspa. Comment trouverons-nous à le faire périr ? Il est l’arme qui abat les démons : il est le fléau’" des Démons. Il est la Druj de la Druj"" ; disparus ’^* les adorateurs de Daêvas, la ^"asu créée des Daêvas, le Mensonge aux paroles de fausseté ! »

47(167). Ils crient et se précipitent, les méchants, les misérables Daêvas, au fond du monde des ténèbres, du monde furieux, infernal. Ashem vohû.

126. Ithyêjô, séj : v. Farg. XVIil, note 11. 127. Zaurva duzbdùm fcdtirù kerenaoiti, c’est le Zarmân du Bunda/i/s/i, XXVIII, 23, « qui produit dùshpat et qu’on appelle aussi lArth isj^i vieillesse ». 128. Voir plus haut note 4.

129. Driwi, le démon Méchanceté : voir Farg. H, note 46. 130. Daiwi, le démon Tromperie : ibid., note 47. 131. Kasvish, le démon Rancune (ou Bassesse) : lôid., note 48. 132. PaitisLa, l’Opposition ( ?), l’action d’.Vhriman opposant son fléau à toute chose bonne : un autre nom de l’aitjàra. 133. hàni-berctha hàm-hàrayantà, « se sont réunis en réunion ». 134. A la porte de l’enfer (Farg. III, 7). 135. Litt. : « ils ont crié le mauvais o^il ». 136. Le paitjàra.

137. vi-drukhsh, l’anti-Druj.

138. njàoiicô, litt. « cachés » ; cf. Farg. V, note 26.