Le Zend-Avesta (trad. Darmesteter)/Volume II/Vendidad/Fargard 8 App B

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Traduction de James Darmesteter

Édition : Musée Guimet. Publication : Ernest Leroux, Paris, 1892.
Annales du Musée Guimet, Tome 22.


VENDIDAD
Fargard 8 Appendice B
8. Appendice B
Les Dakhmas.


APPENDICE B

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LES DAKHMAS OU TOURS DU SILENCE


Los Dakhmas ou cimelières parsis sont des tours rondes et massives, bâties en pierre de taille-, dont le centre est vide et forme un vaste puits. Une scalier de pierre de quelques marches^ orienté à l’est, conduit aune porte de fer qui ouvre sur une plate-forme circulaire. Une série àe pdvis ou canaux, droits et rayonnant du centre idéal de la tour, et deix pdvis circulaires et concentriques, tracés dans la couronne, qui constitue la par- ■1. Mêmes sources que pour le précédent Appendice ; plus la description d’Anquetil, II, 588, ei Plan of Ihe consécration of tlie Sepulchre or Toioer of Silmce erccled by Framjee Coicasjee Esquire al C/iowpat/y Hill in I S 32 (trois planches dont nous reproduisons la dernière). On trouvera au Musée Guimet un plan en relief. 2. Quand le voyageur parsi Kùùs vint de Perse à Nausari, vers 1532, appelé par le fameux Manekshah (Anquetil, . ?enrl Avesta, I, ii, 26) pour l’éclairer sur la religion à demi oubliée, une des premières choses qu’il fit fut de faire hàlir un nouveau Dakhma ; « nous avons, dit Manekshah, en s’excusant, un Daklima en brique cuite, ce qui dans la religion est une abomination » {Qissai Knîis u Afskàd ; mss. Hoshangji de Puna. n" 05) :

3. Les vieux Dakhmas en ruine de Nausari n’ont pas de degrés : on accédait à la porte par des échelles ou des degrés temporaires, pour empêcher ou rendre plus difficiles les profanations. Sous la paix anglaise ces craintes ont disparu. Une vieille tour montre la transition ; la porte est à une certaine hauteur au-dessus des degrés. 156 ANNALES DC MUSEE GL’IMET

lie pleine de la tour, la divisent en deux rangées de tables ou lits, nommés kesli. Les lits de la première rangée reçoivent les cadavres d’hommes, ceux de la seconde les cadavres de femmes, ceux de la troisième les cadavres d’enfants*.

Quand un cadavre y est déposé, les vautours, nature s scavengers , ont en une heure ou deux achevé leur tâche, dévoré la chair et tout ce qui se corrompt^. Les squelettes desséchés sont deux fois par an précipités dans le puits central, où les Nasâ-sâlârs ont déjà, à chaque dépôt nouveau, jeté les vêtements du mort, et sous l’action de la pluie, de l’atmosphère et du soleil tropical le tout est bientôt réduit en poussière. Des trous creusés à l’intérieur du puits font écouler les eaux et la pluie °, qui se sont infectées en tombant sur les cadavres, dans quatre canaux souterrains : ces canaux aboutissent à quatre puits souterrains dont le fond est couvert d’une couche épaisse de sable, qui fait fonction de filtre : les canaux sont séparés des puits par des morceaux de charbon et de pierre à sablon renouvelés de temps en temps. L’eau souillée subit donc un double filtrage qui la rend pure à la terre pure.

Les divers actes de la construction d’un iJaklinia sont accompagnés de cérémonies religieuses.

.vant de creuser le terrain, il faut le consacrer. Au centre du terrain choisi, le prêtre forme un enclos au moyen d’un sillon ou pùvi qui détermine une sorte de temple temporaire. Là il célèbre le Bàj en l’honneur de 4. M. Nusliirvaiiji Tata, lelondateur du Dakliinalu plus récent do .Nausari et le seul qui soit à présent en usage (b ;li en 1878), m’a conté qu’il ouvrit un jour une des vieilles tours tombées hors d’usage, construite parle fameux Minocheiirji. 11 trouva avec élonnement (ju’il n’y avait pas de pùvis et la position des débris de verrerie

— les femmes sont ensevelies avec leurs anneaux de verre, leurs (•//)■ — lui montra que les femmes étaient enterrées d’un côté, les liommes de l’autre. 5. Voir Farg. VIII, 33, note 51. — Les vautours qui fréquentent les Daklunas de Bombay oil’reut un curieu.K exemple de la façon dont la demande crée l’offre. Ils sont en nombre limité, 110 ; ilsso relaient régulièrement ; (}uand une escouade a liiu, une autre vient. Bien qu’il y ail des mftles et des femelles, ils ne se reproduisent pas dans le pays : on n’a jamais trouvé de petits ; ils ne meurent jamais là : on ne sait pas d’où ils naissent ni où ils ont leur nid. (Communication de l’ingénieur Merzban.) (i. Voirie plan ’2. — Le diamétredn pliisgrand Daklima à Bombay est de t)0 pieds,

la liaiileui’ en csl ilc :>() pieds.
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2. PLAN D'UN DAKHMA. — COUPE
Même source que le plan i.
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3 - TRACÉ DU PLAN D’UN DAKHMA
APPENDICE B 157

Srôsh, le psychopompe, d’Auhrma/.d, le dieu suprême, de Spendàrmad, Génie de la terre, d’Arlàfrôhar ou des Ames des bienheureux, et des sept Amshaspands. La cérémonie terminée, le prêtre commence de sa propre main à creuser la partie du terrain destinée à la tour. Ouelques jours plus tard, les fouilles terminées, on procède au plan de la tour : c’est la cérémonie du Tdnd ou du fil On commence par enfoncer au milieu de remplacement un clou de fer d’environ un pied et demi de long, qui marque le centre de la tour ; on enfonce ensuite quatre clous qui occupent le sud-est, le sud-ouest, le nord-ouest et le nord-est, de l’édifice’ ; puis les quatre séries de neuf clous plus pefits* placées entre ces quatre maîtres clous, alternativement sur le cercle extérieur et sur un cercle intérieur ; puis quatre séries de soixante-cinq clous chacune formant deux lignes parallèles de trente-deux clous, qui suivent la direction du canal d’écoulement, le soixante-cinquième clou, faisant vis-à-vis au maître clou m. Les clous posés, on enroule le fil autour du maître clou du sud-est, puis de chacun des autres maîtres clous, jusqu’à ce que le fil revienne au point de départ ; après ce tour quadrangulaire, le fil fait une seconde fois le tour de l’édifice, en s’enroulant un à un autour des trente-six clous intermédiaires. Revenu une seconde fois au point de départ, il s’enroule autour des soixante-cinq clous de la colonne A, puis autour des soixante-cinq clous de la colonne B, de la colonne C, enfin de la colonne D où il s’arrête. Ces fils, dit Anquelil d’après un Birai/dt, marquent que le Dakhma est pour ainsi dire suspendu en l’air et ne touche pas à la terre. L’édifice construit, on procède à la consécration. Elle dure trois jours Ou entoure la tour d’un pâvi et deux prêtres célèbrent dans le puits central, chaque matin, au Hàvan Gàh, le Yasna et, chaque nuit, an Gàh Ushahin, le Vendidad ; le tout en l’honneur de Srôsh : le quatrième jour au matin on célèbre le Yasna en l’honneur d’Orma/.d même. Viennent ensuite le Bàj et l’Afrlngàn en l’honneur d’Ormazd, d’Arlàfrôhar, de Spendârmad et de Srôsh. L’Afrîngân est célébré devant la communauté. Si le Dakhma, comme 7. Les quatre clous m sur le plan 3.

8. fvcs clous II, u, p, (j, ) s, I. u, V.

15S ANNALES DU MUSÉE GUIMET

il arrive souvent, a été construit aux frais d’un particulier et en mémoire d’un parent, le nom du bienfaiteur et le nom du parent sont proclamés et bénis parle prêtre.

A chaque Dakhma est attachée une chapelle ou sâfp’i où les assistants sont en prière tandis que les Nasâ-sâlârs entrent le corps dans le Dakhma. Elle se compose de deux halls symétriques. L’un est ouvert et l’on y récite les Afrîngâns : on y vient en particulier les jours de Jashni, c’est-à-dire les jours qui portent le nom du mois et qui sont jours de fête et de commémoration. L’autre hall est fermé et contient le feu : du côté qui regarde la tour, un treiUis aux trous obliques conduit le rayon éternel sur les morts, à travers une fente ménagée dans le parapet de la tour. Les Dakhmas sont élevés loin de la ville, pour écarter autant que possible les morts du séjour des vivants. Tne fois qu’il est consacré, les Nasâsalârs seuls ont le droit d’y entrer"’.

Nous ne savons pas si la forme du Dakhma au temps du Vendidad était déjà celle du Dakhma moderne,". Le Vendidad autorisait aussi l’emploi (Tastôdâns^-, c’est-à-dire d’ossuaires de pierre et, à défaut de constructions spéciales, il suffisait d’exposer les corps sur des hauteurs écartées ’^ 9. . Bombay, sur les hauteurs de Malabar Hill dans un merveilleux paysage ; à Nausari. dans un immense jardin d’acacias.

10. Le Fargard VII, 58 (cf. note 77), laisserait supposer que les Dakhmas étaient plus accessibles qu’à présent. — Le mot daldimai.^^^, signifie proprement sépulcre, tombeau.

11. Les Dakhmas les plus anciens dont on ait la date sont ceux de Nausari, qui datent d’environ trois siècles. Une vieille sâgrî porte l’inscription gujratie qui suit : l’oj (jos ma mi/iir Le jour Gosh du mois de Mihr, sàvat 1 672 varldie Tan 1672 de l’ère Sàvat. sâgadi pûrîthaî cette sùgri a été achevée.

Vri. Klairsed Kàlu’ijî Vo. Khursed Kàhâji.

[1072 Samvat ^1616 de notre ère]. — Vô, abrégé de Vôlini, était un titre d’honneur pour les laïques, répondant au xdhiOoii sel h d’aujourd’hui. 12. Cf. Farg. VI, 50.

13 Cf. Farg. VI. 45.