Le diabolisme en France/IX

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Traduction par Wikisource.
George Redway (p. 182-200).

CHAPTIRE IX

COMMENT LUCIFER EST DÉMASQUÉ.


M. le Docteur Bataille est un vaillant chasseur devant l’Éternel, écumant les terres de la franc-maçonnerie et tout le pays d’Hiram ; grande est aussi la Diana des palladistes. Après leurs révélations et confessions monumentales, celles de tous les autres transfuges et pénitents sortis du mystère de l’iniquité sont « comme le clair de lune devant le soleil, et comme l’eau devant le vin[1] ». Dans les deux précédents chapitres, mes lecteurs ont bu de l’alcool fort et doivent maintenant le diluer à la mode écossaise. L’intellectualité aqueuse et le flot tranquille des dépositions sans prétention de M. Jean Kostka seront bien adaptés pour tempérer les exaltations excessives et rétablir l’ordre dans un univers bouleversé par les sorciers. Il nous montrera comment Lucifer est démasqué d’une manière courtoise et peu démonstrative par un ancien gnostique et initié du 33e degré. Il écrit, comme il nous le dit franchement, dans un esprit de réparation et de gratitude, après avoir ouvertement commercé avec les démons au cours de ses longues années d’impiété. « Bénies soient la main toute-puissante et la bonté toute bonne, qui m’ont retiré de l’abîme ! C’est pour leur rendre hommage, que j’écris ces lignes. C’est pour les glorifier, que je démasque l’ange déchu. » La délicatesse du motif et le sentiment chevaleresque seront appréciés même par la victime, et la gentillesse du traitement incitera Lucifer à pardonner à son insulteur, qui a déjà été gracié par M. Papus pour avoir trahi l’ordre des martinistes. Et pour rendre justice à un écrivain aimable, qui n’a guère les qualités nécessaires soit pour saper, soit pour faire avancer quelque cause que ce soit, on peut ajouter aimablement qu’il a considérablement exagéré son propre cas. Après un examen attentif de sa déclaration, qui est extrêmement naïve, je suis tenté de conclure qu’il n’a jamais approché l’abîme ; il est innocent en hauteur comme en profondeur, et loin d’avoir plongé dans le vide infernal, il a à peine pagayé dans la flaque d’eau du purgatoire. Ses expériences surnaturelles coupables sont en réalité de l’occultisme du dimanche des plus enfantins, et sa sorcellerie de salon pourrait être comparée de manière appropriée au tube de papier parlant de notre vieil ami John King ; il n’y a rien dedans quand la voix ne parle pas, et il n’y a rien dedans quand elle parle.

Depuis sa conversion, M. Jean Kostka a fait preuve d’une dévotion inoffensive envers Jeanne d’Arc, enthousiasme qui a son origine chez des occultistes, et il garde de pieux souvenirs de saint Stanislas Kostka, je suis certain que tous mes lecteurs auront la complaisance de louer sa dévotion. Il écrit, en outre, « au déclin de l’âge mûr, au seuil de la vieillesse, en plein automne de ma vie », une manière affectée de dire qu’il à dépassé les soixante ans et il cache un « nom inutile » sous le patronyme de son saint préféré. Jean Kostka n’est pas Jean Kostka, mais ce n’est pas par volonté de tromper qu’il dissimule son identité ; c’est une sorte de pieux effacement de soi. J’espère que tout le monde croira ce qu’il dit et lui donnera tout le crédit de s’être « tourné vers l’Église outragée. » En matière de témoingnages, les déclarations sous pseudonyme sont toutefois discutables. J’identifie donc notre témoin comme étant Jules Doinel, qui s’occupait principalement de la restauration de la Gnose et de la création d’une « église gnostique » à Paris vers 1890, et n’est d’ailleurs pas inconnu en tant qu’orateur maçonnique, et dans le monde des belles-lettres. M. Papus, avec la générosité d’un mystique, ne peut que parler du pieux enthousiaste qui a trahi sa cause et scandalisé l’école qu’il représente ; il explique que Jules Doinel est un merveilleux poète, dépourvu d’une culture scientifique qui lui aurait permis d’expliquer de façon pacifique les phénomènes qui ont été gâchés sur lui par le monde invisible, de sorte qu’il ne lui restait que deux chemins possibles : le renoncement à la voie transcendentale, ou la folie. « Bénissons le ciel que le patriarche de la Gnose ait choisi le premier. » C’est peut-être montrer de la gratitude pour les petites miséricordes, car notre ami a sauvé sa raison, mais il est un meurtrier du bon sens. Pendant ce temps, la Gnose veuve illumine son fils déchu dans les quartiers secrets de Paris, Lyon, etc.

Tout le monde peut convenir avec M. Papus que Jean Kostka est un très élégant écrivain au style discret et peu profond, mais qu’à une exception près, il a dû retenir la fleur de ses phénomènes dans l’ordre de l’esprit, car son livre est plein d’expériences sentimentales et vaines de jeune fille, tandis que, sur le sol léger et spongieux, il a maintenant posé les pavés pesants de sa nouvelle explication, et qu’il avance sur le chemin de la déraison.

Cela mis à part, Jean Kostka était évidemment familiarisé depuis de nombreuses années avec les centres et le fonctionnement de toutes les lumières croisées de la pensée ésotérique qui se croisent et s’entrelacent dans la nuit de la pensée commune française. Il a fréquenté les gnostiques, les martinistes, les albigeois modernes et les spirites ; il semble avoir été identifié à tous, et bien qu’il ne se reproche pas le péché capital de satanisme conscient, il a très bien connu le satanisme et, s’il n’a pas tout à fait rencontré le diable, il a connu beaucoup de ceux qui l’ont rencontré. À ce moment-là, il nous dit qu’on peut rendre visite à Lucifer « chez lui » dans un tabernacle terrestre situé dans une rue peu fréquentée, d’où le voyageur pensif pourrait entendre le « lointain bruissement du Paris nocturne » s’il n’était pas aussi déterminé à diaboliser. Or, il a découvert que Lucifer était « chez lui » partout. « Je vise Satan et ses dogmes. » Toutes ses facultés psychiques se sont concentrées dans un dispositif transcendantal à flairer la diablerie, et il avance tristement pour nous dire, dans une variation de l’énoncé de Fludd : Diabolus, in quam, diabolus ubique repertus est, et omnia diabolus et diabolus. « Qu’il suffise de dire que les démonologues n’ont rien inventé, ni rien exagéré. » Pour les spirites, Lucifer est John King et Allan Kardec ; pour les gnostiques, il s’agit de la Gnose, de Simon le Mage, d’Hélène Ennoia et de tout ce qui vient de la vallée du Nil au IVe siècle ; pour les martinistes, il est le « philosophe inconnu » ; pour les Albigeois, s’il y a des Albigeois parisiens, il est tout ce que les Albigeois invoquent, s’ils invoquent quoi que ce soit ; pour madame X., il est Mary Stuart ; pour ses propres adeptes, au son du « lointain bruissement », il est un « jeune homme blond aux yeux bleus », que je crois comprendre vêtu d’un dalmatique, et qui est curieusement redevable à l’auteur d’Aut Diabolus aut Nihil ; pour les théosophes, il est cette « illustre démoniaque », madame Blawatsky ; sa délicatesse innée le conduit à la permutation de Typhon V. ; et ensuite la franc-maçonnerie — il va sans dire que la petite corne de Lucifer a déplacé toutes les autres cornes dans tous ses grades et loges, et que la fraternité est son trône et son marchepied, et la ville du grand roi.

Si nous prenons Jean Kostka à part et lui demandons de nous dire confidentiellement et sur l’honneur ce qui a changé son point de vue, lui faisant découvrir le regard méchant de Baal-Zéboub là où il voyait jadis le sourire de l’Éos spirituelle, il se fait trappiste se met aussitôt en retraite avec M. Huysmans ; il n’y a aucune syllabe d’information dans tout son « beau volume » sur le cheminement intellectuel par lequel il est passé, et je suppose que sa conversion a pris la nature d’une « pénétration », pour parler sa propre langue ; ce n’était pas une opération intellectuelle, mais un volte-face soudain. Jean Kostka a changé de « pince-nez », et c’est tout le secret :

The reason why I cannot tell,
But now I hold it comes from hell.
[2]

Voici la preuve incontestable : il n’a rien qui ressemble à une accusation ; il dit voir Lucifer dans tout ce avec quoi il a coupé les ponts, par un procédé d’instillation très simple et civil. « Je le sens », « je vise Lucifer ». Ainsi, l’Ordre des Chevaliers du Parfait Silence invite ses initiés à devenir les architectes de la ville sainte. Jean Kostka, armé de cette technique, dit : « lisez l’Enfer ». Les martinistes se préoccupent de la création d’Adam Kadmon, l’humanité idéale. Jean Kostka vous dit qu’ils ne se préoccupent de rien de tel, et que Satan est la seule personne qui peut vraiment nous révéler le secret, ce qui est curieux, car il nous informe immédiatement que l’exercice des trois vertus cardinales au profit de Lucifer est la somme de tout le mystère, et le vrai sous-entendu du martinisme. Les grades maçonniques d’Apprenti, de Compagnon, de Maître, en passant par le Chevalier Rose-Croix et le Kadosch, et ainsi de suite, sont exploités de la même manière par la moins subtile des méthodes, celle de tout inverser. Par exemple, le mot sacré du 33e degré du rite français, à savoir Souverain Grand Inspecteur général, est Deus meumque Jus. Cela signifie, dit Jean Kostka, que « Lucifer est Dieu unique et que le monde matériel, comme le monde spirituel, lui appartiennent de droit. » Si vous lui demandez quel est le procédé par lequel il obtient ce résultat, il répond : « je n’ai qu’une intuition d’ensemble, mais je vous assure que son sens extensif est immense », et il vous donne immédiatement un mot de passe, il vous invite à prendre chaque lettre individuellement et lui attribue exactement le mot qui, par une autre intuition, lui semble lui appartenir, lorsque vous verrez par vous-même. Ainsi, le terme kadosch Nekam, qui signifie vengeance, ayant été dûment décomposé, apparaîtra comme suit : N (ex) E (xterminatio) K (risti) A (dversarii) M (agni), à savoir : « Mort, extermination du Christ, le grand ennemi ». Le méchant et rusé Jean Kostka, pour outrager toute convenance orthographique et contre toute raison, écrit le nom du Libérateur avec un K, dissimulant ainsi le vrai sens, que je révèle pour la première fois : N (equaquam) E (ritis) K (ostka) A (rtium) M (agister), qui interprété à son tour, signifie qu’il n’y a jamais eu une invention aussi maladroite !

Or, il va sans dire qu’un écrivain utilisant ces méthodes ne doit pas être pris au sérieux, mais il vaut la peine d’apprécier la qualité des renseignements reçus avec acclamation par l’Église catholique en France dès qu’ils parviennent de l’ennemi. Lucifer démasqué figurait à l’origine dans les pages du journal La Vérité. Il fut immédiatement reproduit en espagnol par l’Union Catolica ; la presse cléricale fit donner de grandes canonnades en son honneur et son éminence le cardinal Parocchi bénit le livre ou son auteur, ou les deux, et pense qu’il produira une grande impression, et « contribuera, je n’en doute pas, à éclairer les esprits et à les ramener à Dieu ».

Jean Kostka, comme déjà indiqué, est un sentimentaliste spirituel ; il a opéré une transition rapide commune à de telles natures, de l’initié gnostique ésotériste au dévot catholique pieux, et il fera un excellent pèlerin de Lourdes. Comme il ne sera plus nécessaire de revenir à lui, il sera permis de justifier mes critiques par un récit de ses expériences personnelles. M. Papus parle de lui en tant que fondateur et patriarche de l’Église gnostique. De ce même patriarche et primat, Jean Kostka parle également comme d’une autre personne, récite les faits de sa conversion et espère qu’il fera un meilleur travail pour l’Église de Dieu qu’il ne l’a fait pour Lucifer. Savoir qui est le Dr Jekyll et le M. Hyde dans cette personnalité double n’a pas de conséquences sérieuses, car ils ont tous deux adopté une meilleure façon de penser et d’agir. Or, depuis sa démission de ces hautes fonctions, Jean Kostka a découvert que la pièce maîtresse de la méchanceté gnostique consiste à nier le fait que les anges déchus sont damnés pour l’éternité. Sur ce point, il a réalisé l’exploit de montrer une touche d’animosité personnelle. Par exemple, dans son état de grâce actuel, il serait bien méchant de donner à l’enfer une chambre mortelle à l’usage des chiens errants. Eh bien, en 1890, si je comprends bien, Jean Kostka a été invité par le chef de l’Église gnostique, c’est-à-dire lui-même, dans une chapelle du palais d’une dame qui apparaît fréquemment dans ses pages sous le nom de madame X ; l’auteur se targue d’avoir caché ses vrais titres, mais il n’a pas caché son identité, et il n’y a aucun danger à mentionner le nom de lady Caithness. En fait, il était présent pour des affaires sérieuses, rien de moins qu’une séance de spiritisme. On avait fait venir un médium, la cérémonie avait commencé, les coups devenaient audibles, un être daignait communiquer et, enfin, il y eut un message, avec un nom prononcé. C’était celui de Luciabel, « que vous nommez Lucifer ». À ce jour, Jean Kostka ne semble avoir conscience d’un aspect idiot dans la variation de ce prénom démodé. Dans la révélation qui suivit, l’être, qui semblait d’un abord aimable malgré ses relations maléfiques, informa le cercle que, comme Jésus, il était engendré éternellement par Dieu, qu’il était exilé du plérome et qu’il était la Sophia-Achamoth de Valentin, l’Helène-Ennoïa de Simon le mage, la pensée de Dieu qui était devenue anathème et qui était maintenant à la recherche d’amour et de consolation, qui pourraient tous deux se concrétiser dans une église gnostique et seraient très acceptables. Il y a, pour ainsi dire, un élément commercial dans ces propositions, qui atténue le sentiment de pitié, ou bien, on pourrait être extrêmement désolé pour cet accord perdu de la pensée éternelle, en espérant charitablement que nous l’entendions encore au ciel.

Depuis sa conversion, le miracle sans prétention de cette séance a été un terrible problème pour Jean Kostka, en partie à cause de son eschatologie, mais encore plus parce que les spectateurs étaient conscients à la fin d’un souffle passant sur leurs visages, tandis que lui-même sentait la présence de lèvres contre les siennes. Pauvre Jean Kostka ! Ils étaient tous agenouillés, ce qui arrive parfois, même lors de séances de spiritisme, à des pieux parisiens, et il conclut qu’il a été embrassé par Hélène-Ennoïa, alias Lucifer, alias Luciabel, qui est également décrite sur cet acte d’accusation de théologie orthodoxe par d’autres titres plus contestables. Sa mémoire honteuse le fait s’exclamer avec ferveur : « Que Celui qui purifia les lèvres d’Isaïe avec un charbon ardent, daigne de purifier les miennes par le saint baiser de la pénitence et du pardon : in osculo sancto ! » Il y a là une touche de sublimité, et les baisers de Baal-Zéboub pourraient bien être plus démoralisants que ceux de Secundus. À l’époque, cependant, il a fondé l’église gnostique.

Nous nous familiarisons avec les fantômes de différentes manières, selon notre état psychique. Il y a le fantôme spontané et accidentel qui est rarement pris en flagrant délit ; il y a le fantôme matérialisé en pleine possession de ses moyens que nous prenons sur le fait de temps en temps, et nous préservons notre équilibre mental en nous accrochant à sa chaîne de montre et à ses sceaux ; ils peuvent être distingués comme le fantôme de toujours et le fantôme qui fait des séjours occasionnels en prison. En plus de ces deux spécimens génériques, il y a le fantôme qui lance, qu’on distingue du fantôme qui hurle, comme le disent nos amis français. Hurler, c’est lancer des cris inacceptables et déraisonnables, de préférence en pleine nuit et dans des endroits isolés. Ce fantôme est très recherché par les spécialistes. Il serait fastidieux de nommer toutes les variétés, mais je peux garantir aux non-initiés que tous les spécimens connus ont été soigneusement catégorisés, à l’exception peut-être du fantôme odorant, c’est-à-dire celui qui se manifeste exclusivement à l’organe olfactif. C’est un genre excessivement négligeable, mais il est familier à Jean Kostka, un connaisseur des odeurs surnaturelles, doté d’un nez psychique entraîné. Il peut distinguer le parfum spirituel qui caractérise, disons, saint Stanislas de l’« agréable odeur » de Lucifer. Il est également un expert en physiologie, et donne une description ravissante de l’amollissement voluptueux qui s’étendait sur tous ses membres lorsqu’il eut reçu une note privée d’Isis au moyen de coups entendus lors de la réception d’un maître dans une loge bleue. À cette occasion, il nous dit qu’il eut l’inspiration de prononcer l’un de ses discours maçonniques les plus malfaisants et les plus dangereux. Cher M. Kostka ! La dynamite perdrait sa puissance destructrice entre ses mains inoffensives.

À une autre fonction — mais c’était dans une loge rouge — il fut submergé par la présence de Lucifer, qui en fit son élu et lui commanda de se battre pour sa cause. Ce fut un « vif éclair d’intelligence » et il accepta, ainsi l’incompétence choisit son ministre, et Frater Diabolus se montra de nouveau un voyou à courte vue, son émissaire ne s’est-il pas converti et passé chez les organisateurs de pèlerinages ? Également, Mr Kostka à cette époque était si méchant qu’il fit un pacte, mais il réserva deux points, « la personne de Jésus-Christ et de celle de sa Mère. » La réserve de ces sacrements n’est pas particulière en son genre, mais, mon Dieu, comme Lucifer était désemparé d’être si manifestement dupé par un trente-troisième ! Ces deux points étaient cependant personnelles au voyant Kostka, et les loges, qu’elles soient rouges ou bleues, semblent avoir été tout à fait inconscientes d’accueillir Dieu et les démons. Mr Kostka a, en fait, été distingué du commun des maçons par de nombreuses faveurs de Lucifer, et il a naturellement été ingrat, ce pourquoi j’admire Mr Kostka.

Dans les chapitres suivants, il détaille longuement une variété d’hallucinations qu’il a vécues au sujet d’Hélène-Ennoïa, et il a aussi eu des visions de Jansen, d’un faux François-Xavier, d’un faux Christ, etc., mais son expérience la plus importante était celle qu’il appelle la pénétration, qu’il vivait en général en automne, pendant les brumes et douceurs des nuits d’octobre. En ces occasions, il était conscient d’une curieuse extension de personnalité par laquelle il semblait entrer dans toute la nature, et toute la nature prenait voix et s’interprétait intelligiblement à lui. Après la musique venaient des communications verbales, puis l’apparition de formes, principalement de la mythologie classique. La plupart des gens auraient appelé cela un ravissement poétique passant dans la lucidité, mais notre ami affirme que c’est l’ennemi qui était derrière ces visions.

Telles ont été les expériences et les aventures de Jean Kostka dans le monde psychique, et elles sont exactement du même calibre que sa méthode critique. Je peux dire, en conclusion, qu’il fera sans doute mieux dans son prochain livre, car il en promet un autre, qui exposera de manière convaincante comment Lucifer a été vaincu par Jeanne d’Arc. En attendant, nous pouvons le quitter en reconnaissant sa bonne foi absolue et son extrême amabilité. Nous pouvons le féliciter pour sa conversion, et encore plus pour la lecture très agréable qu’il fournit ; il ne semble pas avoir démasqué Lucifer, mais il nous a laissé entrer dans le secret du mieux qu’on peut.

Enfin, la conclusion à tirer des mémoires et des révélations de Jean Kostka est celle-ci : que ni à Paris ni ailleurs, ni dans la franc-maçonnerie ni dans d’autres associations secrètes, qu’il a eu toutes les occasions de juger, il n’est entré personnellement en contact avec un culte de Satan ou Lucifer ; qu’il choisisse de qualifier certaines opinions et pratiques mystiques de diaboliques, parce qu’elles sont condamnées par l’Église romaine, est une question qui est parfaitement indifférente et ne montre que la situation désespérée d’une accusation qui recourt aux expédients. Mais il est très significatif qu’un homme qui s’est mêlé aux mystiques de tous les grades pendant peut-être trente ans, qui s’est affilié à d’innombrables ordres, et dans son humeur actuelle serait heureux de tout dévoiler, n’a rien à nous dire du Palladium, même si il a habité à ses portes, et que les cercles qu’il fréquentait étaient à un jet de pierre de la prétendue mère-loge du Lotus de Paris.

  1. NdT : citation du poème Locksley Hall d’Alfred Tennyson :

    Woman is the lesser man, and all thy passions, match'd with mine,
    Are as moonlight unto sunlight, and as water unto wine

  2. NdT : pastiche de I do not like thee, Doctor Fell, un épigramme de Tom Brown. On peut traduire les vers ainsi :

    La raison, je ne peux pas la dire,
    Mais maintenant je soutiens qu’elle vient de l’enfer.