Le drapeau canadien-français/1

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L'abbé Pierre Gravel (p. intro).

M. l’abbé Lionel Groulx


NOTRE éminent historien national, M. l’abbé Lionel Groulx, est le maître indiscuté de la jeunesse sérieuse, au Canada français. Et il a mérité ce magistère, par un travail de tous les instants, par une vie entièrement consacrée à l’éducation religieuse et nationale de ses compatriotes, par des livres impartiaux, d’une scrupuleuse exactitude, faisant de l’histoire une maîtresse de vie.

Je ne répéterai pas, ici, ce que tout le monde sait. Mais on me permettra de redire à monsieur l’abbé Groulx l’hommage des patriotes de chez nous, de ceux qui savent se compromettre pour la cause nationale. À toutes les époques de notre souvent lamentable histoire, la Providence a suscité, pour nous indiquer le chemin, des éveilleurs, des éclaireurs irrésistibles et compétents. Aujourd’hui, l’abbé Groulx continue en beauté la lignée des Champlain, des Dollard des Ormeaux, des Papineau, des Lafontaine, des Lavergne…

C’est l’homme d’un enseignement urgent, compris par les âmes intrépides et résolues. Il a osé dire : « Notre État français, nous l’aurons ». Quand il a prononcé ce mot d’ordre, cet avertissement, tout un peuple a frémi, parce qu’il eut conscience d’entendre une voix, la voix de toute la race, des anciens, des preux, des chevaliers d’autrefois, dédaigneux des honneurs mais l’honneur pour cuirasse, ayant sans cesse devant eux, à l’horizon, l’unique et beau destin du pays, leur maison.

M. Groulx a le mérite d’une histoire complète, impartiale, sans réticences et sans fausse pudeur. En fait, parce qu’il a plus consciencieusement étudié les faits et les hommes, M. Groulx écrit des livres formateurs. Chacune de ses œuvres est une pierre sacrée dans l’édifice de rénovation humaine et nationaliste qui se construit actuellement dans notre province.

Un souvenir personnel, avant de terminer cet article écrit à la hâte au milieu des nécessités d’un ministère très prenant. J’étais sur le bateau du Saguenay, en mil neuf cent vingt, au mois de juin. L’A. C. J. C. tenait, à Chicoutimi, son congrès sur la colonisation, et avait convoqué les officiers de ses cercles. Un soir, donc, vers dix heures, près du Cap Trinité, dans la nature grandiose que l’on devine, un groupe se forme. Il y a, sur le pont, M. Groulx, M. Héroux, et d’autres, et d’autres, que nous, les jeunes, entourons avec respect. Un jeune missionnaire, tirant d’une poche de son manteau un tout petit volume, se met à nous lire « Les adieux de la Grise », « La leçon de français », etc… Le religieux lisait avec une émotion poignante, nous étions pris, et nous applaudissions. M. Groulx se tenait modeste, les yeux baissés, les mains jointes. Alors, devant le fracas de notre enthousiasme, M. Héroux se penche vers M. l’abbé Groulx, et lui dit, en indiquant la jeunesse ardente et qui le vénérait déjà : « C’est votre châtiment, monsieur l’abbé ».

Le lecteur d’alors est aujourd’hui le cardinal Villeneuve, et je me rappelle souvent cette scène inoubliable, cette lecture impressionnante, ce grand décor. Plusieurs d’entre nous, ce soir-là, ont entendu vraiment l’appel de la race…

Monsieur l’abbé Groulx, depuis cette époque, vous avez souvent senti que la jeunesse vibrait à vous entendre. Aujourd’hui, nombreux sont les jeunes, et les hommes mûris par la rude vie, qui vous lisent, vous comprennent, vous aiment. Vous êtes le chef intellectuel de la réaction nationale, le prêtre que nous vénérons, l’écrivain qui avez toujours publié en vue d’instruire, d’édifier, d’encourager vos compatriotes. Et vous êtes dans votre rôle quand vous dites aux jeunes, et aux moins jeunes, les devoirs et les gestes qui s’imposent.


Pierre GRAVEL, ptre.