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Le mystère des Mille-Îles/Partie III, Chapitre 12

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Éditions Édouard Garand (p. 40).

— XII —


— En somme, je n’ai pas été malheureuse, ici. Je suis parfaitement libre, à condition de ne pas tenter de m’évader. Je ne manque de rien. Mon gardien se rend souvent à la terre ferme pour m’acheter ce que je désire.

« Seulement, je m’ennuie beaucoup, parfois. Je suis si seule !…

« Mes gardiens sont de braves gens. S’ils ont accepté le rôle indigne que leur fait jouer Jarvis, c’était, d’abord, pour échapper à la misère. Ensuite, pour obéir à leur fils unique, qu’ils ont toujours gâté et qui est devenu leur tyran.

« Ce jeune homme est un assez méchant drôle, à ce que j’ai cru comprendre. Débauché, sans scrupule, mais fort intelligent, il est devenu l’âme damné de Jarvis, qui s’en sert pour exécuter ses manœuvres louches.

« C’est lui qui a forcé ses parents à suivre les ordres de mes persécuteurs. C’est lui encore qui est chargé de voir à leur exécution. Il vient souvent à l’île et je crois qu’il entretient des émissaires dans le voisinage.

« Ses parents, aveuglés par un amour déraisonnable, font ses quatre volontés. Au surplus, il leur a fait croire que, si je n’étais pas bien surveillée, il en résulterait des malheurs, pour lui, le fils.

« Aussi, malgré leur pitié pour moi, mes gardiens prennent bien soin que je n’essaie pas de m’enfuir. Je n’en avais pas l’idée, d’ailleurs. Où irais-je ?

« Ils m’entourent de soins empressés et tâchent d’adoucir l’amertume de mon état.

« Comme je n’ai que deux domestiques, je ne demeure pas dans le corps principal du château, dont l’entretien constitue une lourde charge. Je n’y viens que de rares fois. J’ai choisi un pavillon en retrait, situé à l’ouest de la terrasse que vous connaissez.

« Quand votre aéroplane est tombé dans l’île, nous avons d’abord craint que vous ne soyez un émissaire de Jarvis et nous nous sommes cachés. Mais j’ai bientôt compris, en vous observant de loin, qu’elle était votre situation.

« J’ai été si heureuse alors de voir un être humain, qui ne fût pas mon domestique !

« Vous m’avez plu, ai-je besoin de vous le dire ?… Et voilà mon histoire ! Le reste, vous le savez, mon amour.