Mozilla.svg

Le mystère des Mille-Îles/Partie IV, Chapitre 1

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Éditions Édouard Garand (p. 40-41).

QUATRIÈME PARTIE

— I —


Hughes n’avait pas interrompu ce récit, qui l’intéressait au plus haut point.

Quand Renée se tut, il la prit dans ses bras et lui dit :

— Ma chérie, je vous plains d’avoir subi toutes ces persécutions. Mais je vous assure que c’est fini. Dorénavant, vous serez sous ma protection et je défie tous les Jarvis du monde de vous atteindre. D’ailleurs, vos persécuteurs vont payer très cher ce qu’ils vous ont fait. Et d’abord, nous allons quitter cette île. Ensuite je ferai rendre gorge à Jarvis et Edward. Vous reviendrez ensuite dans l’île qui vous appartiendra, si vous le désirez, mais parfaitement libre… Vous voulez bien que je vous enlève ?

— Je veux tout ce que vous voulez, répondit Renée. Mais, comment faire ?

— Rien de plus facile. Je vais réparer mon avion, avec l’aide de votre gnôme et, dans une couple de jours, nous pourrons nous envoler.

Hughes se mit à l’œuvre sans délai. Il lui tardait de soustraire celle qu’il aimait au pouvoir des sinistres coquins qu’il savait, par tout ce que lui en avait dit Renée, capables des ruses les plus diaboliques.

Son hydravion, nous l’avons vu, n’avait pas subi de dommages irréparables. Cependant, il faudrait beaucoup de travail pour le remettre en état de voler, d’autant plus que l’aviateur manquait des outils et des pièces nécessaires.

Néanmoins, en se servant de ce qu’il avait sous la main et de ce que le gardien de Renée put lui fournir, il prépara un plan des réparations et jugea que dans trois ou quatre jours, ce serait exécuté.

La jeune femme avait obtenu facilement de son domestique-géôlier qu’il aide Hughes. Va sans dire, elle lui avait caché avec soin le projet d’enlèvement. L’homme qui ne pensait pas à cette éventualité, était d’ailleurs enchanté de hâter le départ d’un être qui pouvait devenir gênant.

Le travail avança assez bien, ce jour-là et, le lendemain matin, tout s’annonçait parfaitement.

Mais, vers midi, il se produisit un événement qui rendit Hughes soucieux.

Un yacht avait abordé à l’île. Il en était descendu un jeune homme, mis avec recherche, mais aussi avec une exagération et un mauvais goût qui annonçaient un être dépourvu d’éducation, vulgaire et grossier.

La figure était à l’avenant. On y lisait l’absence de scrupules, le vice, la brutalité, la crapule, pour tout dire.

C’était, évidemment, le type de l’aventurier louche, de ce genre d’hommes à la profession et à la résidence mal définies, sorte de financiers de la bohème interlope. Lorsque ces brasseurs de sales affaires n’ont pas atteint le grand succès, on les voit courir les foires avec des roues de fortune, les hôtels de commis-voyageurs avec un paquet de cartes ou les champs de courses. Plus entreprenants, ou ayant plus de relations, ils hantent les études d’avocats sans cause, la bourse ou les bureaux de courtiers pas très bien cotés. Le jeu les attire et tout ce qui permet de pêcher en eau trouble. Ils finissent en prison, ou bien, s’ils sont nés sous la bonne étoile, riches bourgeois, possédant automobile, bureau, femme et filles.

Hughes vit bien vite ce qu’était le nouveau venu.

Celui-ci eut une longue conférence avec le gardien de Renée. L’aviateur comprit que c’était le fils dont lui avait parlé la jeune femme et qui était le bras droit de Jarvis.

Il s’approcha de l’aéroplane et l’examina avec méfiance, mais sans adresser la parole à Hughes. Puis il s’éloigna et, bientôt, quitta l’île.

L’aviateur se rendit compte qu’un danger grave menaçait son projet. Plus clairvoyant que le père, le fils avait dû se renseigner et apprendre les relations de Renée et de l’homme-oiseau. Il en avait certainement conçu des soupçons et il ne manquerait pas de prévenir ses maîtres.

Hughes s’en entretint avec son amie, qui en témoigna une grande crainte.

— Ne doutez pas, dit-elle, que cet être infâme n’ait tout deviné. Il est parti pour prendre les moyens de faire avorter le projet. Qu’allons-nous devenir ?

— Ne vous inquiétez pas, répondit le jeune homme. Nous serons partis quand il reviendra. Je vais hâter les réparations et nous pourrons nous enfuir demain.