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Le mystère des Mille-Îles/Partie IV, Chapitre 2

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Éditions Édouard Garand (p. 41-42).

— II —


Hughes se remit au travail avec fièvre. En même temps, il tâchait de tirer des renseignements de son assistant. Mais celui-ci, à qui son fils avait évidemment fait la leçon, refusa de parler. L’aviateur y vit une raison de plus pour craindre les suites de la malencontreuse visite.

Quand la nuit vint, inquiet plus qu’il ne voulait le laisser paraître, il prit ses mesures pour éviter toute surprise.

D’abord, aidé du gnôme, il roula l’avion dans le hall d’entrée du château, dont il verrouilla la porte. Ne pouvait-il redouter en effet qu’on profitât des ténèbres pour causer des dégâts irréparables ? C’était peu probable ; mais il ne fallait négliger aucune précaution.

Puis il exigea que Renée se mette sous sa protection. Il ne voulait pas qu’elle passât la nuit dans un pavillon isolé, exposée à tous les coups de main.

Il choisit deux chambres du corps principal de logis qui donnaient du côté de l’eau et qui communiquaient entre elles. De cette façon, il pourrait entendre ce qui se passerait dans le petit port, seul point accessible de l’île et, par ailleurs, on ne pourrait pénétrer chez Renée sans qu’il en eût connaissance. Il avait, en effet, fermé à clé les portes des chambres s’ouvrant sur le couloir, et ouvert celle qui faisait communiquer les deux pièces.

Ayant pris ces dispositions, il se coucha, après avoir tendrement souhaité une bonne nuit à Renée.

Mais il dormit mal, l’esprit agité de toute sorte de pressentiments.

Au milieu de la nuit, il fut réveillé brusquement par un bruit assez fort et régulier.

En même temps, il entendit la voix apeurée de Renée qui l’appelait.

Il courut dans la chambre de cette dernière, qu’il trouva assise dans son lit. À la lueur d’une veilleuse, il remarqua ses traits défaits.

— Hughes, dit-elle, j’ai peur.

— De quoi donc ? répondit-il.

— N’entendez-vous pas ce bruit ?

— Oui, mais je ne vois pas…

— C’est le bruit d’un moteur, Hughes ! Je l’entends depuis quelques minutes, car je ne dormais pas.

Tâchant de lui communiquer une confiance qu’il n’éprouvait pas lui-même, l’aviateur dit :

— Ne vous inquiétez pas, chérie. C’est sans doute des touristes qui rentrent dans une île du voisinage.

— Des promeneurs, à cette heure ? Vous savez bien que c’est impossible… Écoutez, le bruit se rapproche toujours. On vient ici, c’est sûr. On doit même être tout près.

En effet, le tapage s’était fait plus net. Bientôt, il s’arrêta.

— Vous vovez, dit Renée, on aborde à l’île.

Hughes se précipita à la fenêtre. Mais il ne put rien distinguer dans la nuit sombre.

— Je ne vois rien, dit-il. Il faut croire, comme je vous l’ai dit, que les promeneurs se sont dirigés ailleurs.

— Mais, non, répliqua Renée. Comment expliquer que le bruit s’est rapproché d’ici, puis a cessé brusquement, si les occupants du yacht n’ont pas abordé dans notre île ?

— Peut-être ont-ils eu une panne. Cela arrive si souvent aux yachts !

Hughes essayait de tranquilliser sa compagne. Mais il savait bien qu’elle avait deviné juste.

Ce qu’il prévoyait s’était produit : on venait tenter d’empêcher l’enlèvement.

Mais, quel était le plan des assaillants ? Par où attaqueraient-ils ? À tout hasard, le jeune homme alla chercher son révolver. Il revint s’asseoir sur le lit de Renée et entoura celle-ci d’un de ses bras.

Ils ne se disaient rien. Leurs nerfs tendus, ils attendaient l’agression et leurs yeux allaient de la fenêtre à la porte, pensant à tout moment voir paraître l’ennemi.

Le moindre bruit, le moindre bruissement de feuillage au dehors les faisait sursauter. Et alors, Renée s’agrippait à Hughes en faisant entendre un gémissement très faible.

Des minutes de mortelle angoisse passèrent ainsi, sans qu’ils pussent en faire le compte. Dans ces instants où l’on attend un arrêt du sort, peu importe ce que marque l’horloge : dans une seconde tient toute une existence. L’attente, fût-elle seulement d’un moment, devient une éternité, car notre esprit, notre sensibilité parcourt alors un cycle complet, alors que dans l’ordinaire de la vie routinière, on n’avance pas du tout.

Cela ne pouvait durer.

Enfin, le bruit du moteur, — le même qu’auparavant, — se fit entendre de nouveau.

D’un bond, Hughes fut à la fenêtre et il vit, s’éloignant du petit port, un yacht extrêmement rapide s’enfuir dans la nuit.

Il comprit alors que les agents de Jarvis s’étaient rendus, soit pour enlever Renée, soit pour détruire l’aéroplane, soit pour commettre tout autre méfait.

Le jeune homme se félicita de sa prévoyance qui, en lui faisant prendre des mesures de sûreté, avait sauvé Renée.

Il poussa un grand soupir de soulagement.

— Sauvés ! s’écria-t-il en se tournant vers la jeune femme. Ils s’éloignent vers la terre ferme.

Avec un cri de joie, Renée sauta à bas de son lit et vint constater par elle-même.

Puis, ils rirent, soulagés et s’étreignirent avec force.

Il n’était plus question de dormir. Ils s’habillèrent rapidement et attendirent l’aurore en devisant des moyens à prendre pour échapper au danger qui n’était que retardé, sans doute.