Le parfait mareschal/11

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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 32-34).
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CEtte Opiate ne cederoit en rien pour les Chevaux, à la confection d’Alkermes, si au lieu des grains de Kermes secs qui n’est proprement que l’écorce, on employoit la vraye & precieuse moüelle qu’elle enferme, de consistance liquide, qui se reduit par sa maturité sans aucun artifice, en une poudre fort rouge, qui sort elle-mesme par le trou de son écorce ou enveloppe, du costé qu’elle adheroit au bois, ou à la feuille d’un petit arbrisseau, appellé ilex baccisera, où elle s’engendre ; il faut éteindre cette poudre rouge si tost qu’elle commance à s’animer & se changer en petits vers fort rouges avec du suc de limons deflegmé d’un quart, & la pétrir entre les mains & la faire secher en petits trochisques ; ainsi preparée elle vaut mieux que son écorce, telle qu’on nous l’apporte de Languedoc ; si on a de ces petits trochisques que je viens de décrire, il en faut prendre quatre onces ; que si on n’a que la graine, il en faut prendre une livre de la plus recente & belle quoy que seche, & grains de genevre bien murs & secs, demie livre ; graines de cubebes & de bayes de laurier, de chacun six onces ; racines de scorzonere d’Espagne, d’imperatoire, de zedoaire, d’iris de Florence, & de rapure de corne de cerf & d’yvoire, de chacun quatre onces demie, racine d’enula campana autant ; écorces d’orange & de citron sechées à l’ombre, de chacune quatre onces, canelle demie once, cloux de girofle & muscade de chacun deux gros.

Le tout doit estre pilé & passé par le tamis fin, pour estre pesé ensuitte, si toute la dose y est, elle doit revenir à trois livres dix onces & deux dragmes de poudre, le tout poids de marc. Il faut méler ces poudres, avec onze livres de bon miel écumé & cuit en demy sirop, & les bien incorporer. Lorsque le miel est encore chaud, & la bassine estant ostée de dessus le feu, on y adjoustera peu à peu les poudre, & l’Opiatte sera faite. On la laissera Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/47 Chap.
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dehors par les conduits ordinaires, & par le mesme mouvement de la nature, tout ce qui luy nuit & qui peut dégenerer en pourriture.

L’on ne doit pas apprehender la chaleur de ce remede, parce que les cordiaux comme celuy-cy, n’enflamment point les parties ; & bien loin de cela, on détruit plûtost avec ce remede les mauvaises humeurs, qu’avec la purgation, à cause de la répugnance que les Chevaux y ont par le déreglement que la nature en souffre ; veritablement ce n’est pas si tost que l’opération se fait, mais c’est avec moins de prejudice : car au lieu que la nature s’affoiblit par la purgation, dans cette opiatte elle trouve une aide qui a de l’affinité avec elle, & qui la fortifie, pour chasser les mauvaises humeurs & s’en deffaire ; & ensuitte le sujet qui souffroit se trouve gaillard, & prest à rendre de bons services à son Maistre.

On peut reïterer plusieurs fois la prise de cette opiatte, comme des autres cordiaux, que nous décrirons cy-apres, & donner des billots au Cheval qui seront composez comme il suit.

Prenez beurre gros comme un œuf, faites le fondre, mêlez parmy canelle en poudre le poids d’un écu d’or, une grosse muscade râpée, sucre le poids de deux écus, mêlez bien le tout ensemble, puis y ajoutez demy verre d’eau de vie, remuez le tout sur un petit feu, seulement pour l’incorporer ensemble, & le mettez tout ou la moitié dans un linge, que vous lierez en rond, & attacherez au mastigadour, pour le faire mâcher au Cheval trois ou quatre fois le jour : une demie once d’Assa fœtida dans un linge attaché au mastigadour comme j’ay dit cy-dessus, fera presque la mesme chose, l’un & l’autre fait le mesme effet des billots.