Le parfait mareschal/179

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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 515-521).
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AMoins que la necessité ne vous y oblige, il faut toûjours donner le feu à un Cheval pendant le decours de la Lune ; le meilleur temps est cinq ou six jours apres la pleine.

Dans le cours de ce Livre, nous avons expliqué une partie des endroits & des maux ausquels il faut donner le feu, mais pour ôter une difficulté qu’on propose souvent, si on peut sans peril donner le feu sur des parties nerveuses, & si l’on ne doit pas apprehender de les estropier.

Je soûtiens qu’on peut donner le feu par tout sans aucun danger pourveu qu’on ne perce pas le cuir avec les coûteaux de feu dont on se sert : pour bien donner le feu, premierement il faut avoir la main legere, c’est à dire qu’on n’appuye pas beaucoup avec le couteau de feu sur les rayes qu’on fait, & que les couteaux ne soient que simplement rouges, & non flambans, c’est la seconde observation, & qu’ils ne doivent estre chauffez qu’avec du charbon de bois, voylà pour la troisiéme. Ainsi pour bien donner le feu, il faut observer trois choses que celuy qui le donne aye la main legere, qui est de ne point appuyer avec le coûteau de feu sur la raye qu’il fait, voylà la premiere ; la seconde que les coûteaux soient seulement rouges & non flambans ; la troisiéme de ne les chauffer qu’avec du charbon de bois. Estant donné de la sorte, il reüssira tres bien par tous les endroits du corps, & les nerfs n’en peuvent estre endommagez, non plus qu’aucune autre partie n’en souffrira pas le moindre préjudice. L’experience en ces occasions, qui est plus forte que tous les raisonnemens, convaincra tout le monde : y a t-il une partie plus pleine de nerfs Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/530 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/531 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/532 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/533 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/534 Chap.
ⅽⅼⅹⅹⅸ
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confirmée par cent differentes operations : l’importance est si grande d’apporter les précautions que j’ay dit en donnant le feu, d’avoir la main legere, qui est de ne presser pas sur la raye avec les coûteaux, qui doivent estre seulement rouges, sans les faire flamber, & au feu de charbon de bois ; que j’ay veu deux Mareschaux, l’un donner le feu à une jambe de devant, l’autre à l’autre : celuy qui avoit la main legere, le feu luy reüssit tres-bien, & l’autre qui avoit appuyé & fait trop chauffer les coûteaux, fit dépouiller toute la jambe, qui eut mille peines à guerir, & ils avoient donné mesme nombre de rayes l’un & l’autre.

Lors qu’on veut que le feu penetre & resolve une enflure dure, si on n’a pas eu le temps de la ramolir, il faut le feu estant donné comme je l’ay ordonné, passer sur les rayes avec un pinceau de l’esprit de vitriol deux ou trois fois, il fera agir le feu, & concentrera sa chaleur, ensorte qu’il fera beaucoup plus d’effet qu’il ne feroit si on ne se servoit pas de cet esprit de vitriol ; que si c’est un endroit où on veuille mettre un ceroüenne apres le feu, il faut attendre un moment apres que l’esprit de vitriol a esté mis, afin de le laisser imbiber avant d’y mettre le ceroüenne, les escarres tomberont plus nettes & plûtost, & le feu fera un plus grand effet.

Je crois estre un de ceux qui ont mis l’usage du feu en vogue à Paris, j’ay fait perdre l’apprehension qu’on en avoit, car je l’ay fait donner à tant de Chevaux, qu’on a esté desabusé, & ayant veu les bons effets qu’il a produit, on s’est rendu à l’experience, qui est la maistresse des Arts, & presentement on le fait donner tres-communément, en cela je crois avoir servy utilement le public : Il y a vingt-cinq ans que parler de donner le feu à un Cheval, & parler de l’envoyer à l’escorcheur, c’estoit tout de mesme : presentement ce n’est plus une affaire, & les gens y consentent au premier mot.