Le parfait mareschal/31

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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 88-90).
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ON appelle un Cheval lunatique celuy qui a une fluxion sur les yeux, laquelle paroist en un temps de la Lune, & luy obscurcit l’œil, & en d’autres temps laisse l’œil assez beau, & auquel on ne jugeroit aucune fluxion. Le temps où la fluxion fait plus de desordre est ordinairement aux décours des Lunes, quelquefois au commencement, & les Chevaux souvent en deviennent aveugles : Il y en a qui sont six mois sans estre frappez de la Lune, d’autres trois mois, & d’autres l’ont tous les deux mois.

Dans la seconde Partie, en traitant de la connoissance nous parlerons des signes pour connoistre un œil lunatique. Lorsqu’actuellement la fluction y est, on void à l’œil du Cheval de la chaleur, de l’enflure, & des larmes qui en tombent, l’œil est obscur & couvert, qui sont les mesmes signes de la fluxion, Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/103 Chap.
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bée, comme je l’ay enseigné parlant des fluxions sur les yeux: on peut aussi barrer les deux veines jugulaires, ce qui profite beaucoup aux yeux malades, foibles, ou lunatiques : si on veut, on peut pratiquer ce qui suit.

Il est tres-bon de faire aux Chevaux lunatiques, pour tâcher de leur donner quelque soulagement, deux orties aux cotez des yeux sur le plat de l’os de la ganache, pour divertir l’humeur qui prend son cours sur les yeux, & particulierement pour evacuer celle qui est déja tombée

L’ortie se fait en cette maniere : on fend la peau en travers à l’endroit où on la veut faire avec un bystoris ou razoir, puis avec le manche de l’espatule on détache la peau d’avec la chair, en remontant en haut de la hauteur de trois doigts, & on introduit là dedans une lame de plomb large d’un doigt & haute de deux ; on détache un peu la peau au dessous de la fente faite avec le bystoris, pour y introduire la lame de plomb, afin qu’elle n’échappe : On laisse les orties ouvertes douze ou quinze jours en faisant sortir la matiere deux fois tous les jours: ce qui se fait en pressant mediocrement de haut en bas. Pour guerir la playe faite avec l’ortie, il faut seulement ôter la lame de plomb, de mesme l’on doit ôter la corde du seton ces ouvertures se guerissent d’elles-mesmes : on peut au lieu de la lame de plomb mettre dans l’ortie de la paille, un morceau de savatte, ou bien de la racine de Gentiane. Apres ces précautions, on pourra se servir de l’eau de Rhuë.