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Le vol sans battement/Forme de l’aéroplane

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Édition Aérienne (p. 352-355).

FORME DE L’AÉROPLANE SOUS PRESSION


Nous avons vu à l’article « Direction horizontale », qu’il est intéressant de connaître la forme de l’aéroplane lorsqu’il est chargé, forme qui non seulement change énormément sous l’action de la flexion de l’ensemble de l’appareil, mais même perd, hélas trop souvent, sa forme normale et utile de marche.

Si on était obligé d’attendre les données fournies par l’expérience, ce serait d’abord très long, puis surtout excessivement dangereux ; ce serait en somme se livrer à un appareil absolument inconnu, car un aéroplane très correct au repos, peut devenir, une fois chargé, tout à fait défectueux.

Voici le procédé que j’ai employé pour étudier, en chambre, sa forme sous pression.

Au plafond du couvert sous lequel est l’aéroplane, je plante 250 clous auxquels j’attache autant de fils de caoutchouc pouvant supporter chacun, sans être à bout de force, 300 grammes ; ce qui fait une force de suspension totale de 75 kilogrammes.

J’ai eu soin de poser ces clous dans le dessin d’une silhouette de l’aéroplane tracé au plafond. Les 250 fils sont donc tous perpendiculaires.

J’attache l’appareil par 250 points différents, et me livrant à la suspension, on voit de suite se produire la déformation qu’aura l’aéroplane lorsqu’il sera en marche.

J’avais soumis le n°3 à cet essai, et je dois constater que j’ai eu à renformer et à amincir beaucoup de points défectueux.

Ce procédé a deux défauts, il est d’abord très long à établir et est ensuite assez coûteux. Les fils de caoutchouc, à l’époque, étaient très chers, puis il en faut 375 mètres. Mais, quand tout est en position, on éprouve une réelle satisfaction à se faire porter par tous ces points différents, qui, tirant tous également, font l’office d’autant de filets d’air de forces égales.

Si on remplace son individu par un poids pareil, on peut, en tournant autour, comme un sculpteur tourne autour de son œuvre, avoir une foule de points de vue différents qui font juger sainement de la bonne ou mauvaise tournure de l’aéroplane.

Le plus grand des défauts de ce système est de crever le cœur, en mettant à nu une quantité de défauts qu’on n’aurait jamais soupçonnés sans lui.

Un moyen bien moins coûteux, plus expéditif, mais qui donne des résultats renversés, par conséquent d’une étude bien moins facile, consiste à pendre au plafond l’aéroplane retourné.

On a eu soin de le fixer dans une position normale de marche, c’est-à-dire légèrement en V. Il suffit alors de lui pendre par le plus de points possible une charge de 75 à 80 kg. de plomb, qu’on a divisée en morceaux d’un poids minime : quelque chose comme une balle de fusil. Ces petits plombs, attachés par une ficelle munie d’un crochet, sont accrochés deux par deux, un à chaque aile, à des points correspondants, se contresemplant (sic) en un mot. La charge est donc ainsi divisée en deux parties, de poids égaux, de nombres égaux, et de points similaires d’attaches. Les effets de cette charge représenteront donc, d’une manière à peu près exacte, les points de pression de l’air qui supporte l’appareil, quand il est en fonction.

Les choses se passent-elles comme cela dans l’aéroplane qui chemine ? A première réflexion on penserait que oui, l’effort se répartissant également sur chaque portion de la surface offerte à l’action de la résistance aérienne, le centimètre carré du bout de l’aile supportant le même effort que le centimètre carré du corps de l’oiseau.

J’ai déjà indiqué dans cette étude que je ne croyais pas à l’égale répartition de l’effort dans l’aéroplane.

Ce centre de la main dont j’ai parlé, ce point utile de l’aile, qu’il ne faut pas toucher sous peine de suppression du vol, indique d’une manière probante que l’effort, non seulement en vol ramé, mais même en vol plané, va en progression de la ligne médiane passant de l’épaule à la queue, à la pointe de la rémige la plus longue ; en d’autres termes l’effort augmente en allant du centre de l’oiseau à l’extrémité de l’aile.

Je m’en suis persuadé en coupant à des milans toutes les plumes du bras et de l’avant-bras. L’oiseau ainsi mutilé avait un aspect curieux : il ressemblait à un squelette. Les mains et deux plumes de l’avant-bras étaient intactes. Il n’avait plus que douze plumes à chaque aile et cependant il a pu vivre. Je le voyais chaque jour et il était facile à distinguer de ses congénères.

Ce fait indique donc que la répartition des plombs doit être progressive du centre à l’extrémité. Mais dans quelle progression ? Je l’ignore. — C’est pour cela que je m’en suis tenu à l’égalité de la charge sur tous les points de l’appareil.

Le premier procédé est donc meilleur que ce dernier, en ce qu’il esquive ce point litigieux tout en le démontrant, car la tension ou l’allongement plus ou moins grand des fils de caoutchouc indique la pression que supporte chaque point.